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Pays : États-Unis Label : Blue Note Genres et styles : jazz / jazz contemporain Année : 2020
Ambrose Akinmusire

On the Tender Spot of Every Calloused Moment

· par Steve Naud

Il y a deux ans, votre humble serviteur avait été frappé en plein visage par Origami Harvest du trompettiste californien Ambrose Akinmusire. Aussi ambitieux que touchant, l’album nous proposait une rencontre hors du commun entre un trio jazz, un rappeur et un quatuor à cordes. Nous ne nous sommes pas encore complètement remis de ce choc cataclysmique que l’artiste fait maintenant paraître On the Tender Spot of Every Calloused Moment, une galette moins chargée sur le plan formel, mais tout aussi nourrissante.

Dans le texte d’accompagnement qu’il a rédigé pour l’album, le légendaire Archie Shepp fait l’éloge des compositions inventives du trompettiste tout en s’émerveillant devant sa capacité à faire danser les notes écrites sur la partition. Le vétéran du saxo met le doigt sur quelque chose : Akinmusire a beau flirter avec l’abstraction, il le fait toujours en mettant l’émotion au premier plan. La pièce qui rend hommage à Roscoe Mitchell en est un exemple très probant. Idem pour Blues (We Measure the Heart with a Fist) sur laquelle le quatuor que dirige le leader s’aventure en terrain free. À côté de ces morceaux plus avant-gardistes, quelques ballades bien senties apportent un peu de sérénité à l’ensemble, le rendent moins oppressant. 

Akinmusire a enregistré cet album entouré des membres du quatuor qui l’accompagne depuis de nombreuses années : Sam Harris (piano), Harish Raghavan (contrebasse) et Justin Brown (batterie). Entre ces quatre lascars, la chimie opère depuis longtemps et ça s’entend. Ils sont rejoints par Jesus Diaz qui récite en yoruba sur la pièce d’ouverture et la chanteuse Genevieve Atardi qui pose sa voix sur un intermède joué au Fender Rhodes. Cet instrument revient d’ailleurs pour donner la cadence lors du moment le plus émouvant du disque. On sait qu’Akinmusire a l’habitude de clore ses albums en énumérant les noms d’Afro-Américains tués par les forces de l’ordre. Cette fois-ci, aucun mot n’est prononcé. L’orgue joue sa marche funèbre alors que le titre de la pièce demande à l’auditeur de lire à voix haute les nouveaux noms qui s’ajoutent à cette triste liste qui n’en finit plus de s’allonger.

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