Dès les premières notes de l’album Skin Slip de Mute Swan, j’ai l’impression d’être lentement englouti par un oreiller rempli de cailloux moelleux. Le morceau Hypnosis Tapes exhale cette irrésistible ambiance shoegaze laissée par des groupes comme Slowdive, les Cocteau Twins et, plus récemment, Nothing. Mute Swan aurait très bien pu enregistrer un album entier dans ce style, et cela m’aurait tout à fait convenu, mais le groupe de Tucson, en Arizona, opte pour une ambiance post-punk plus sombre, mais toujours onirique, sur Like a Chump ou Shadow Of. On trouve également un morceau synthgaze dansant, Cocteau Swan , en featuring avec un autre groupe de Tucson, Citrus Clouds. Ça sort un peu de nulle part, mais c’est devenu l’un de mes morceaux préférés sur Skin Slip.
Ce mur de son débordant d’énergie constitue le fondement de Skin Slip, une sorte de colle maléfique qui ouvre magnifiquement la voie à des paroles véritablement déprimantes. Toutes les voix semblent avoir été enregistrées dans un murmure, lors d’un jeu du téléphone arabe, mais superposées les unes aux autres. Comme dans la plupart des albums shoegaze, Skin Slip repose entièrement sur la montée en puissance vers une libération cathartique qui vous laisse en redemander.
J’ai appris qu’immédiatement après l’enregistrement de cet album, Mute Swan a dû faire face à une tragédie : le décès de l’un de ses guitaristes, Thom Sloane, dont la disparition a jeté une ombre sur la scène musicale de Tucson, en Arizona. À bien des égards, Skin Slip est donc un hommage à Sloane, dont les sonorités et les riffs font partie intégrante de la nature élastique du son de Mute Swan. Cela rend un morceau comme Phantasms of the Living encore plus percutant, car on y entend le fantôme de Sloane se déchaîner à la guitare. Mis à part ce décès, c’est un fantastique album où le shoegaze rencontre le dream punk.






















