Pays : États-Unis Label : Colombia Records Genres et styles : disco / indie pop / pop / synth-pop Année :

Harry Styles – Kiss All The Time. Disco, Occasionally

· par Helena Palmer

Kiss All The Time. Disco, Occasionally. est l’équivalent, en album studio, de ces nouveaux cafés-raves de jour ultra-tendance : viraux et plaisants pour certains, mais au fond une version diluée d’un pan riche de la culture nocturne. Que l’on parle des clubs underground sombres et un peu crasseux (qui auraient pourtant inspiré le nouvel album de Styles) ou du disco en tant que genre musical, les deux sont des piliers de liberté et d’expression. Tous deux sont nés de la nécessité de contourner la répression sociale. Le disco est né dans les clubs, fréquentés principalement par des groupes minoritaires : qu’il s’agisse des communautés afro-américaines, latines ou queer, c’était une forme de rassemblement et de rébellion. C’était audacieux, novateur, et cela représentait ceux qui n’avaient pas peur.

Le quatrième album de Styles se présente comme « expérimental » et « incroyablement aventureux » (des citations tirées mot pour mot de sa biographie Spotify). Il s’écarte légèrement de ses travaux précédents, et certains éléments m’ont effectivement fait tendre l’oreille — la ligne de basse Moog combinée à des batteries réverbérées sur « Season 2 Weight Loss » est minimaliste et nette ; la ligne de basse et le chœur de voix qui chantent ensemble sur « Dance No More » sont accrocheurs et donnent envie de se déhancher un peu. Cependant, je ne peux m’empêcher d’avoir l’impression d’avoir déjà entendu beaucoup de ces idées chez d’autres artistes.

Le deuxième morceau, « American Girls », porte l’empreinte de The 1975 de manière presque troublante. Styles fait rimer « ages » et « stages » exactement comme Healy le fait dans « Me & You Together Song ». The 1975 a d’ailleurs aussi une chanson consacrée à l’amour des filles américaines sortie il y a dix ans.

Styles a expliqué que l’album était en partie inspiré par les clubs berlinois, mais aussi par LCD Soundsystem. Cela saute immédiatement aux oreilles, notamment avec ce Moog sur « Season 2 Weight Loss ». Bien sûr, la pop recycle sans cesse les mêmes influences, avalées puis régurgitées sous des formes légèrement différentes, alors on ne peut pas trop reprocher à Styles de s’inspirer d’artistes électro-indé qui l’ont précédé.

Ce qui rend cet album difficile à aimer, selon moi, c’est qu’il semble manquer de l’abandon total et de l’absence de retenue si présents dans la musique de LCD Soundsystem. James Murphy, lui, semble n’avoir aucune peur ; sa musique donne l’impression d’une expression sincère. En revanche, sur l’album de Styles, on perçoit une certaine retenue dans la manière dont les chansons sont interprétées.

Ce n’est pas que l’album soit objectivement mauvais ; c’est simplement que je m’attendais à quelque chose de plus audacieux. L’idée que Harry traverse une période « incroyablement aventureuse » était enthousiasmante, et la production comme les paysages sonores de l’album sont intéressants et dansants. Mais je ne suis pas convaincu que Harry lui-même ressente réellement cette musique. Je ne suis pas convaincu qu’il ait été prêt à quitter le confort du mainstream pour plonger dans les eaux profondes d’une véritable expérimentation artistique.

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