Codes d’Accès | Battements : Alexandre Amat présente « Tracé, Fossiles »

Entrevue réalisée par Alain Brunet
Genres et styles : Musique de création

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Présenté ce lundi 23 mars, 19h30, à la Chapelle Saint-Louis – Le Saint-Jean-Baptiste, Battements  réunit trois artistes émergents de la musique de création. PAN M 360 choisit de les présenter un à un avant le concert, nous commençons par Alexandre Amat et sa pièce  Tracé, Fossile pour violon et violoncelle, 2023 (12’)

« Tracé, Fossile est inspirée par la lente minéralisation d’une matière organique. Par une métamorphose graduelle depuis les sons fluides jusqu’aux textures rugueuses, cette pièce est conçue comme le résumé d’un procédé de fossilisation s’étendant sur plusieurs ères géologiques. À travers l’augmentation progressive de la densité et la raréfaction graduelle du mouvement, à la fois temporel et physique, « Tracé, Fossile » constitue une réflexion, voire une méditation, sur le devenir de la matière.

Alexandre Amat, composition

  • Paul Ballesta, violon
  • Audréanne Filion, violoncelle

BILLETS ET INFOS

PAN M 360  : Rappelez-nous qui vous êtes, votre formation, comment vous en êtes venu à la composition, ce que vous avez généré jusqu’à maintenant.

Alexandre Amat : Je suis compositeur de musique instrumentale, actuellement étudiant au doctorat en composition et création sonore à l’Université de Montréal. Corniste de formation, j’ai suivi un parcours musical classique dans plusieurs conservatoires de l’ouest de la France, depuis mon enfance jusqu’à l’obtention de mon prix d’interprétation en 2011. J’ai ensuite suivi le cursus de musicologie à l’Université de Bordeaux, avant de me diriger vers la composition instrumentale en intégrant la classe de Jean-Louis Agobet au conservatoire de Bordeaux. Après l’obtention de mon prix de composition, j’ai décidé de poursuivre mes études à l’Université de Montréal, d’abord en maîtrise avec François-Hugues Leclair, puis au doctorat sous la direction de Jimmie LeBlanc.

Je crois que plusieurs chemins m’ont mené à la composition. Je pourrais citer mon intérêt pour l’interprétation de la musique contemporaine depuis l’adolescence ; ma pratique de l’improvisation libre, au cor et au synthétiseur analogique ; enfin, sans doute un goût particulier pour l’imaginaire, l’exploration, l’inattendu, qui m’a conduit à m’intéresser aux pratiques artistiques contemporaines, et aux musiques expérimentales au sens large.

Depuis une dizaine d’années, j’ai écrit plus d’une trentaine d’œuvres presque exclusivement instrumentales, et j’ai collaboré avec plusieurs ensembles, principalement en France et au Canada, comme l’Orchestre National de Bordeaux Aquitaine, l’Ensemble PTYX, l’Ensemble Prisme ou le Quatuor Cobalt. Cette dernière année, j’ai notamment collaboré avec Sixtrum pour leur dernier spectacle Espace d’interactions #1, avec Stick & Bow dans une commande réalisée conjointement par Orford Musique et la SMCQ, avant de présenter plus récemment ma pièce Zone pour guitare électrique et bandonéon au dernier concert annuel du Vivier Interuniversitaire.

PAN M 360 : Au sujet de votre pièce, comment la « lente minéralisation d’une matière organique » est-elle évoquée dans votre pièce?

Alexandre Amat: L’idée de processus, de transformation, d’états transitoires m’intéresse beaucoup. Dans ma pratique de la composition, j’envisage systématiquement le son comme une matière qui évolue, se déploie ou se dégrade à travers le temps. Dans le son d’un instrument comme dans la nature, rien n’est immuable : la croissance d’un arbre, le tracé d’une rivière, la forme d’un continent, chaque chose se transforme constamment en suivant une échelle temporelle qui lui est propre. Mon rapport à l’écriture musicale tend, en quelque sorte, à m’inspirer des phénomènes naturels, géologiques et physiques en envisageant la forme musicale comme une métamorphose continue entre des états sonores, des textures de qualités différentes. Cette manière d’envisager la composition s’inspire de la musique drone et du spectralisme, mais également du travail du sculpteur Giuseppe Penone sur les matériaux naturels.

La trajectoire de Tracé, Fossile est construite par l’articulation de deux processus parallèles : une réduction progressive du mouvement et une augmentation progressive de la densité sonore. La pièce débute par des figures dynamiques aux trajectoires énergétiques mobiles, instables, aux comportements imprévisibles évoquant une certaine forme d’organicité et de fluidité, avant de se diriger progressivement vers un état statique et granuleux, comme si le son devenait solide, s’asséchait, se fossilisait au fil du temps. Cette trajectoire impacte la matière sonore mais s’incarne également dans la corporalité des interprètes, dont les mouvements se réduisent et ralentissent progressivement.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous donner des indications sur la structure musicale, le choix de l’instrumentation et le jeu souhaité pour les cordes?

Alexandre Amat: J’ai conçu la pièce comme un duo pour violon et violoncelle qui évite toute logique de dialogue et d’interactions que l’on retrouve généralement dans l’écriture pour deux instruments. J’ai souhaité les traiter comme un seul organisme sonore dense et fusionné, comme une sorte de « super-instrument à cordes », en jouant sur le rapprochement des timbres et de légers décalages temporels entre les voix par le biais de techniques d’écriture proches du canon.

Mon écriture est fondée sur une approche tactile du jeu instrumental, et investit particulièrement l’idée de contact : toute la structure de la pièce est indissociable des variations progressives de pression, de position, de vitesse, d’amplitude, de direction et de mouvement de l’archet et de la main gauche sur les cordes. Cette pièce explore en particulier certaines positions d’archet extrêmes, depuis des positions très hautes sur la touche jusqu’à différentes positions derrière le chevalet. Enfin, une légère scordatura au violon me permet d’explorer une harmonie microtonale dans une section formée par un jeu d’alternance entre des cordes à vide et des harmoniques naturelles.

PAN M 360: De quelle manière reliez-vous cette œuvre à votre signature compositionnelle? Où la situez-vous?

Alexandre Amat :Tracé, Fossile est une pièce que je considère assez représentative de mon langage musical tel qu’il a évolué depuis mon arrivée à Montréal : l’exploration de la dimension bruitée du son instrumental de manière lente, continue, contemplative et presque minimale constitue une direction esthétique que je poursuis dans de nombreuses pièces récentes. 

Elle a également une place assez importante dans mon parcours créatif. Il s’agit de la première pièce que j’ai composé dans le cadre de mon doctorat, et il me semble qu’elle synthétise une grande partie de mes préoccupations musicales, conceptuelles et poétiques actuelles : l’appréhension du son en termes de matières, de textures, de sensations, de contacts, de transformations et d’échelles temporelles, et la recherche d’une expérience d’écoute immersive, analogue à certaines formes de connexions sensibles que nous expérimentons parfois avec notre environnement naturel.

site internet Alexandre Amat

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