Guy Landry (Flokons Givrés) – (1967-2025)

par Patrice Caron

Le dernier Flokons Givrés

L’homme qu’on pensait invincible, pas tuable et probablement déjà en train de faire suer Satan, Guy Landry des Flokons Givrés, a finalement trouvé, on l’espère, son Walhalla au début de 2025.

Il rejoint Bertrand Boisvert et Peter Boucher, ses premiers acolytes des Flokons Givrés, l’un disparu en 2015 et l’autre en 2005. Pas sur qu’ils sont dans le grand orchestre dans le ciel mais si c’est le cas, ça doit brasser un peu.

Formation mythique montréalaise de la fin des années 80/début 90, les Flokons Givrés seront dès le début « difficiles » avec les personnalités plus grande que nature de Guy et Bertrand, qui n’en avaient rien à chier du concept même de groupe musical, utilisant ce véhicule pour cracher à l’univers tout le mal qu’ils en pensaient et combattre leurs propres démons.

Les Flokons Givrés en show, ce n’était jamais ordinaire et il y avait des bonnes chances que ça chie. Grâce à un demo légendaire paru en 1989, il y avait une demande et le band en a profité…pour fucker le momentum. On ne compte plus le nombre de shows qui se sont terminé dans le chaos, les amplis qui pêtent, Guy qui joue non-stop, avec Bertrand hilare/fâché/indifférent pis Banchon qui s’en va, à bout de patience.

Mais quand la magie se passe, c’est la communion, le public crie les paroles, ça revole et la guitare nous scie en deux. Ce n’était pas de quoi qui se pouvait aux Foufounes, fallait que ça soit plus trash, minimal, primal. Qu’on puisse se faire mal. Ce fut rare, ce fut raide, mais ça fait’ son effet.

Le premier démo, produit initialement en petite quantité et ensuite doublé-copié des milliers de fois, a fait son chemin partout au Québec et même en Europe, par le bouche à oreille uniquement. Ça a établi les Flokons Givrés comme groupe-culte et influencé d’une certaine façon une génération de punks francophones du Québec avec leur punk-metal plus près de Discharge que de Bérurier Noir.

Principalement actifs de 1989 à 1992, les Flokons Givrés incarnent à leur façon le crossover parfait entre le punk, le metal et le hardcore, avec un phrasé québécois qui coule, naturel. Si des hymnes comme Plus rien à boire ou Vedge à l’os peuvent donner l’impression que ça ne vole pas haut, L’escargot ou encore Un skin c’t’un skin viennent brouiller les cartes et laisser entrevoir une intelligence et une lucidité qui, au minimum, pique notre intérêt.

Et malgré les moyens volontairement lo-fi, musicalement, encore là, ça se démarque de ce qui s’écoute dans le créneau à l’époque. Pas dans la virtuosité mais dans l’intention, l’internalisation des influences et la version bien unique de celles-ci rendue par Les Flokons Givrés. Ils vivent ce qu’ils disent et ça parait dans la musique.

C’est presque dommage que leur plus grand « succès » soit une reprise de Banned from the pubs de Peter and the test tube babies, la célèbre Barré des foufs , mais ça correspond tellement à l’idée qu’on se fait des Flokons, encore plus quand on les connaissaient personnellement, que la chanson a fini par complètement leur appartenir et être le premier souvenir qu’évoque la mémoire du trio.  

Loin d’être Vedge à l’os, les Flokons Givrés, malgré un nihilisme intrinsèque, avaient le sens de la formule, avec des titres évocateurs, quelque chose à dire et l’éloquence pour l’exprimer. Le reste des histoires liés au band ont nourris leurs légendes mais à la base, son répertoire se tient tout seul.

C’est les personnalités fortes de Guy et Bertrand qui ont forgés ce répertoire et la trajectoire du band, pour le meilleur et pour le pire. Chacun a ensuite continué à challenger le réel après l’implosion des Flokons, de façon unique à eux seuls et sont le sujet de plein d’histoires qui se racontent au bord d’un feu en fin d’un trip de mush, avec juste assez de distance pour en rire et raviver le souvenir des fameux Flokons Givrés.

Sinon il reste un « Best of » paru en CD au début des années 2000 et un version vinyle parue en 2011, à très petit tirage mais sait-on jamais.

Il y a aussi ça sur youtube, le temps que ça dure.

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