musique contemporaine

Deux anniversaires célébrés avec le génie musical québécois

par Frédéric Cardin

Samedi soir à la salle Claude-Champagne de l’Université de Montréal avait lieu un concert pour célébrer les anniversaires de deux vénérables institutions musicales québécoises : le 60e de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) et le 75e de la Faculté de musique de l’Université de Montréal (UdeM). Confluences contemporaines, c’est le titre du concert, soulignait les nombreux croisements entre les deux organismes. Le programme mettait à l’honneur les différents directeurs musicaux de la SMCQ à travers l’histoire (Serge Garant, Gilles Tremblay, Walter Boudreau, Ana Sokolovic), qui ont tous été également enseignants à l’UdeM. En bonus : une création d’un jeune compositeur, Maxime Daigneault, car il ne faut pas oublier que la mission des deux institutions est aussi d’assurer l’avenir de la musique savante. C’est l’ensemble de la SMCQ, dirigé par Christian Gort, et l’Enseble de musique contemporaine de l’UdeM, dirigé par Jean-Michaël Lavoie, qui se partageaient la scène et les morceaux, parfois en tandem.

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Voilà pour le topo général. Le programme a montré la profondeur de la création savante en musique québécoise. Coffre III(a) (Le Cercle Gnostique I {<Incantations IV>}) de Boudreau lançait la soirée avec la marque habituelle du compositeur, ses coloris épatés et son énergie pétillante. Le trio de jeunes UdeMiens, composé de Jérémie Arsenault à la clarinette, Alona Milner au piano et Leîla Saurel au violoncelle, a été impressionnant de qualité technique, de précision et de beauté timbrale. 

Suivait le Quintette de Serge Garant pour flûtes, hautbois/cor anglais, percussions, piano et violoncelle, une vraie merveille de construction en arche, dont la beauté expressive s’appuie sur un sens de la couleur et de la métamorphose thématique exceptionnel. Les Cinq locomotives et quelques animaux d’Ana Sokolovic portent la trace du style efficace de la compositrice montréalaise. Épisodes descriptifs incluant des motifs rythmiques et stylistiques issus du folklore balkanique, entrecoupés d’interventions courtes propulsés par une énergie motrice excitante. Ironiquement, c’est l’œuvre qui a semblé la plus morcelée de la soirée en termes de cohérence sonore, alors que les autres cherchaient plutôt à créer une totalité intégrée, morphique et organique malgré leur pointraitisme omniprésent. N’en reste pas moins que l’écriture de Sokolovic demeure irrésistible. 

Souffle (Champs II) de Gilles Tremblay nous a rappelé à quel point la complexité formelle et intellectuelle des oeuvres du compositeur s’allie également avec une fascinante maîtrise de l’expression et du discours. Le foisonnement de couleurs et l’épatante poésie de cette abstraction séductrice ne cessent d’émouvoir. Du très grand art, comme l’ont rappelé Lavoie et l’Ensemble de l’UdeM. 

J’ai beaucoup apprécié la dernière pièce de la soirée, Sensations : Lueurs du néant de Maxime Daigneault. Cette commande exécutée par le plus grand nombre de musiciens du programme a témoigné de façon assez explicite de la nature du langage contemporain de 2025, face à celui de ses prédécesseurs, essentiellement concentré dans les années 1978 à 1996. La musique de Daigneault est organique, métamorphique dans le sens d’un fluide mouvant ne recelant presque jamais de coupures sonores. Cette fluidité est très représentative de la musique actuelle en création savante, informée probablement par le post-minimalisme et le néo-romantisme. En ce 21e siècle, on cherche à remplir le champ expressif, à le couvrir entièrement. C’est très différent de l’atomisme qui dominait la pensée musicale avant-gardiste et institutionnelle de la deuxième moitié du 20e siècle. 

Daigneault me disait avant le concert que l’idée de cette pièce était de traduire le processus compositionnel qui caractérise sa propre démarche. Au moment d’amorcer l’écriture d’une œuvre, il n’y a rien. Une page blanche, ou plutôt un néant obscur. Puis, à force de chercher, quelques fils lumineux apparaissent, des idées, des intuitions. On tire dessus, on vooit ce qu’on peut faire avec, on les attache ensemble, on finit par transformer les ténèbres en lumière. Sensations : Lueurs du néant est une musique totalitaire, dans le sens d’un accaparement total de l’espace sonore, sans coupures, ou presque. C’est également une musique très fortement expressive, et qui a un impact presque physique sur l’auditeur-trice. En ce qui me concerne, une belle réussite. Pourquoi m’a-t-il alors semblé que les applaudissements étaient un brin trop polis? 

Les musiciens des deux ensembles ont été à la fine pointe des exigences, nombreuses, des partitions. Avec peut-être l’avantage à celui de la SMCQ, qui est aussi le plus expérimenté.

La célébration des deux anniversaires s’est déroulée de façon sobre tout en soulignant l’essence même de leurs missions : favoriser l’épanouissement du génie musical d’ici.

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