Avec mon père, on arrive un peu fesses. Le concert débute à 09h30, nous prenons place sur les bancs de l’église Sainte-Famille à 09h25. En attendant que débute le spectacle, nous admirons le plafond peint de la nef. C’est une merveilleuse petite église où s’apprête à prendre place Rêvance sans paroles, une collaboration inédite entre la compositrice-interprète Jorane et l’octuor Oktopus.
Je ne sais pas trop à quoi m’attendre : Oktopus se spécialise dans la tradition musicale de l’Europe de l’Est, fusionnant musiques folkloriques et compositions classiques, tandis que Jorane offre à découvrir un univers tout contemporain, planant, où le chant dénué de mots devient une pure texture sonore. Le mélange pouvait s’avérer risqué.
C’est jorane qui ouvre le bal, avec son violoncelle et son chant iconoclaste, pour interpréter une de ses compositions. Rien à redire sur la performance, mais notons cependant un problème technique qui perdurera sur la durée du spectacle : peut-être un problème de câble, mais par moment le micro du violoncelle laisse entendre des grésillements. Pas de quoi gâcher le concert, mais un bémol néanmoins regrettable.
C’est ensuite le tour d’Oktopus de saisir la scène et de nous embarquer immédiatement dans un déluge klezmer jouissif, donnant envie de taper du pied.
Après avoir ainsi établi leurs langages respectifs, c’est sur des morceaux communs, que la collaboration Oktopus/Jorane vient pleinement se révéler. Il me faut avouer que la formule chant abstrait/violoncelle de Jorane n’est pas tant ma tasse de thé. Je suis beaucoup plus sensible à la palette d’Oktopus. Par contre, sur des morceaux tels que Le rêve d’Anne Frank ou encore Pour Gabriel, accompagnée d’Oktopus et prenant le rôle de cantor, le chant théâtral de Jorane, émergeant du flux des trombones et dialoguant avec la clarinette, devient une évidence. Les univers musicaux respectifs entrent alors en harmonie et offrent à entendre une riche palette de couleurs et de sonorités, bénéficiant de la théâtralité aux accents mystiques de Jorane.
En tout et pour tout ce fut un concert les plus agréables, tout en crescendo, Gardant les meilleurs moments pour la fin. L’apogée fut certainement la Rhapsodie Hongroise n.2 de Franz Liszt, arrangée par Francis Pigeon le trompettiste d’Oktopus en une version espiègle et humoristique. Des passages solos truculents, étirant des conclusions de manière intentionnellement superfétatoires, particulièrement celui du pianiste Guillaume Martineau, arrachèrent plusieurs rires et applaudissements à la salle, pour se conclure sur un tonnerre d’applaudissements.
On eut droit en rappel à un morceau traditionnel klezmer, une fois de plus avec Jorane au chant, pour un final en beauté, les musiciens prenant visiblement grand plaisir à être sur scène et à interpréter leur musique pour notre plus grand plaisir.
Le concert fini, mon père et moi flânons un moment sur le bord du fleuve, qui fait face à l’église. Puis on rentre chez nous, en écoutant du David Krakauer dans la voiture.























