L’humidité presque tropicale n’a pas empêché une soirée électrique (le commanditaire sera content!) remplie d’énergie, de finesse et de découvertes. Le public estival semblait ravi par ce programme audacieux, de Penderecki à Prokofiev en passant par un Tchaïkovski plus léger et méconnu, en culminant vers la totale mise en valeur de l’orchestre dans la Suite scythe de Prokofiev… On se serait cru dans une navette spatiale prête à décoller!
En guise de dessert de ce concert, on a pu pleinement savourer la palette de couleurs de cet orchestre fabuleux, et l’énergie contagieuse de son chef chéri si fougueux, à la tombée de la nuit humide dans la Suite scythe de Prokofiev. Cette œuvre à l’origine commandée comme musique de ballet par Diaghilev, mais finalement refusée par celui-ci, nous plonge de façon très efficace dans un cinéma intérieur très inspiré. Extrêmement puissant et presque sauvage au début (on se souvient d’un Sacre du Printemps de Payare absolument électrique à la Maison symphonique), on passe éventuellement au troisième mouvement complètement, « La nuit », contrasté et magique. Nous sommes complètement transportés du début à la fin! Il ne faut jamais oublier que ces musiques ont inspiré les compositeurs des grandes musiques épiques hollywoodiennes…
Le soliste tant attendu, gagnant du grand Concours Chopin en 2021, en avait beaucoup dans son assiette. Son interprétation du Troisième concerto de Tchaïkovski démontrait toute la finesse de son jeu, sa brillance et sa virtuosité. Cette œuvre, moins connue, venait nous donner un peu de fraîcheur dans ce programme intense… Bel entremets!
Les qualités du pianiste dans le Tchaïkovski étaient moins pertinentes dans le Prokofiev —qui nécessite une puissance extrême – une personnalité presque décadente qui peut mener l’auditeur au nirvana. Un piano de concert neuf pieds n’aurait pas été un luxe pour se mesurer à un tel orchestre…) Liu nous a offert, en rappel, une interprétation délicieuse toute en finesse, de l’Étude op.25, no1 de Chopin. La maîtrise est telle qu’on oublie que c’est une étude : on penserait entendre un nocturne. Quel cadeau!
Et comme magnifique hors-d’œuvre à ce concert, véritable prélude à tout ce qui nous attendait? La Sinfonietta no1 de Penderecki, œuvre pour cordes seulement, qui nous fait apprécier les solis des premières chaises, et le contraste entre le grand orchestre à cordes (et quel délice) et la musique de chambre.
Bref, une soirée réussie, un public excité de découvrir, à la fois une star désormais internationale du piano et formée à Montréal qui plus est, ainsi que des œuvres moins connues si bien rendues par chef Payare et sa brigade !
crédits photo : Gabriel Fournier























