Festival Vibration | Un musicologue franco-mexicain se passionne pour les liens entre musique et politique

par Michel Labrecque

Du 16 au 18 octobre, la Faculté de Musique de l’Université de Montréal, se tenait un colloque appelé Musique, diplomatie, propagande. Curieux de nature et journaliste de profession, notre collaborateur Michel Labrecque s’y est rendu. Il a rencontré Luis Velasco-Pufleau, un musicologue et musicien expérimental, qui opère un blog sur les liens entre la musique et la politique et effectue de nombreuses recherches sur ce sujet.

Luis Velasco-Pufleau a grandi à Guadalajara au Mexique, a obtenu un doctorat en musicologie à l’université de La Sorbonne à Paris et a enseigné à l’université McGill. Il habite à Fribourg, en Suisse, et est professeur associé à l’Université de Montréal.

Ce citoyen du monde est également musicien au sein du groupe de rock-expérimental Mad Song. Un musicologue qui fait de la musique, ce n’est pas si rare. On en trouvait plusieurs à ce colloque organisé par l’Université de Montréal.

Luis Velasco-Pufleau s’intéresse à toutes les musiques et à leurs liens avec la politique. Par exemple, il a disséqué l’album Le Trésor de la Langue (1989), du guitariste québécois René Lussier, qui transformait des archives sonores de langue québécoise en musique, pour le faire partager au monde entier et comprendre sa démarche politique.

Il s’est intéressé à l’utilisation de la musique pendant les guerres ainsi qu’au rôle de la musique pendant la pandémie récente. Il s’interroge sur la manière dont le gouvernement a produit une chanson avec des tas de vedettes, intitulée Love Will Prevail (Titre anglais d’une chanson en mandarin) pour magnifier et dédiaboliser le rôle du peuple chinois dans le pays où a commencé la pandémie. C’était une chanson approuvée par le politburo du gouvernement communiste. Une chanson de solidarité et d’encouragement, mais dont toute critique est absente.

Un des ses récents champs d’intérêts porte sur la guerre en Ukraine. « C’est un sujet très sensible », dit-il. Beaucoup d’orchestres ukrainiens ont tourné en Europe et ailleurs pour sensibiliser les gens à l’invasion russe. « Mais du jour au lendemain, des orchestres qui jouaient beaucoup d’œuvres russes ont arrêté de les jouer, alors que ça fait partie de leur histoire dans le dernier siècle. C’est une réaction compréhensible, c’était une musique impériale, mais il y a des paradoxes: on interdit Dimitri Sostakovich, un compositeur qui a connu beaucoup d’ennuis avec le régime soviétique et qui a écrit une symphonie qui est dédiée à la lutte contre les nazis ».

Luis Velasco-Pufleau ne porte jamais de jugements. Il analyse les faits, les compare et les analyse. « J’essaie de ne jamais généraliser et de ne rien condamner;  j’observe la musique dans des contextes politiques spécifiques. »

Un autre exemple bizarre: les islamistes extrémistes comme DAECH en Syrie et les Talibans d’Afghanistan interdisent la musique quand ils prennent le pouvoir. « Mais en même temps, dans leurs vidéos de propagande, ils utilisent des chants qui s’apparentent à de la musique, c’est très contradictoire. Ils interdisent toute la musique sauf celle de la guerre dijhabiste ».

Luis Velasco-Pufleau a écrit plusieurs textes sur la pop dite « humanitaire » des années 80, comme le Live Aid festival ou les chansons We Are The World ou Do They Know It’s Christmas?, qui ont réuni des dizaines de vedettes rock américaines et britanniques, qui ont permis d’amasser des dizaines de millions de dollars pour lutter contre la famine en Éthiopie, en 1984.

« C’était un discours de solidarité un peu naïf qui disait, nous ne pouvons pas changer le monde, mais nous pouvons aider. Par contre, ça ne s’attaquait pas aux racines du problème, qui était une guerre civile dans un contexte particulier ». Donc, cette solidarité a sûrement sauvé des vies, mais dans un contexte dépolitisé. C’était aussi les débuts du vidéoclip et des réseaux d’informations continus internationaux.

Par contre, ces interventions musicales humanitaires sont beaucoup plus compliquées quand les occidentaux connaissent mieux le contexte politique, note Luis. « Pour Gaza et l’Ukraine, c’est impossible de faire ça de façon aussi dépolitisée, parce que c’est beaucoup plus chargé politiquement dans nos pays ».

Avec la montée du populisme partout dans le monde, notre ami franco-suisso-mexicain et un peu montréalais ne risque pas de manquer de lieux de recherche et d’observations.

« Je pense que la musicologie et les sciences humaines peuvent nous permettre de mieux comprendre la situation du monde. Qu’est-ce qu’une musique nous dit sur un conflit ou sur une situation politique ».

« La musique est un outil formidable pour comprendre les identités, comment les gens pensent, forment une société avec ses conflits », conclut notre musicien musicologue. Nous sommes plutôt d’accord.

Pour en connaître davantage sur les recherches de Luis Velasco-Pufleau, cliquez sur ce lien:https://msc.hypotheses.org

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