Dans les musiques urbaines, où l’affirmation de soi occupe beaucoup de place, montrer ses failles demande une vraie assurance. C’est le pari de Plame Okt sur Pleure aussi, EP de cinq titres sorti le 6 novembre 2026. L’artiste d’origine congolaise, établi à Montréal, y parle de blessures amoureuses, de doutes et de persévérance, avec une sensibilité masculine assumée.
Coproduit avec Cedric Simon Christian, alias Mozo Beats, le projet navigue entre R&B contemporain, pop urbaine et influences hip-hop, avec quelques accents africains. Sa meilleure qualité tient à sa manière d’aborder les instrumentales : Plame Okt entre sur le beat avec calme, souvent en chantonnant, sans perdre en précision rythmique. Sa voix épouse les productions au lieu de chercher à les dominer, ce qui donne aux morceaux une fluidité presque nonchalante, à l’image de leur côté introspectif.
« OK SANS LE T » ouvre l’EP avec une instrumentale soignée qui installe une atmosphère enveloppante. L’entrée est posée, le débit souple, et la mélodie laisse respirer les mots. Entre interrogations personnelles et attachement sentimental, Plame Okt évoque l’idée de s’éloigner pour mieux retrouver l’autre. Derrière cette image se dessine une relation où la distance peut devenir une manière de préserver un lien. C’est l’un des moments forts du projet.
Avec « PRENDRE LE BLÂME », le regard change : Plame Okt s’adresse à une femme dont il perçoit les blessures et exprime sa volonté d’être présent lorsque les choses se compliquent. Il ne raconte plus ses déceptions ; il reconnaît ce que l’autre porte. Cette responsabilité affective donne au morceau une vraie maturité.
« RAISONS » s’ouvre en douceur sur une belle guitare, portée par une rythmique légèrement plus soutenue. Le morceau déplace le propos vers la persévérance et les questionnements liés à son parcours, conserve la douceur de l’ensemble et élargit la réflexion au-delà des relations sentimentales.
La pièce-titre, « PLEURE AUSSI », est le cœur du projet. Sur une production mélancolique, la voix oscille entre chant et phrasé plus proche du rap. Certaines inflexions rappellent Damso, mais l’interprétation reste nettement plus chantée. Plame Okt joue avec les mots, étire des syllabes et laisse la mélodie porter une douleur persistante. La peine évoquée peut renvoyer à une rupture, à une amitié perdue, à un deuil ou à une période difficile. En ne l’enfermant dans aucune situation précise, le morceau permet à chacun d’y reconnaître ses propres blessures. C’est là que le fil conducteur se révèle : Plame Okt ne cherche pas à masquer cette douleur derrière une posture de dureté ni à la transformer en démonstration. Il lui donne simplement une voix.
L’EP se referme sur « JEAN CHAINE », qui commence par une réflexion posée sur le vécu de l’artiste et ses relations. Dans ses dernières mesures, un passage en lingala, soutenu par une rythmique évoquant le zaïko congolais, change subtilement l’atmosphère, et une magnifique guitare vient enrichir cette finale, l’un des passages instrumentaux les plus marquants du projet. Ce détour par les sonorités congolaises rappelle les racines de l’artiste et offre une conclusion très musicale.
Dans l’ensemble, Pleure aussi séduit par la cohérence de ses ambiances : textures douces, rythmiques souples, chant au centre. Cette continuité donne son identité à l’EP et favorise l’immersion. La force du projet tient à la constance de l’interprétation et à la justesse des émotions qu’elle accompagne.
Plame Okt s’inscrit dans un R&B francophone où les influences hip-hop et africaines nourrissent une écriture tournée vers l’intime. Il possède du rythme et de l’assurance, mais choisit de les mettre au service d’une sensibilité assumée.






















