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À l’Occasion du festival Flux 2026 (consacré aux musiques expérimentales), et en collaboration avec Québec Musiques Parallèles, le Quatuor Bozzini jouera trois quatuors à cordes de l’iconoclaste afro-états-unien George Lewis. Le monsieur, on l’a connu et surtout entendu aux côtés de figures emblématiques du jazz d’avant-garde, tels Anthony Braxton, Steve Lacy, Roscoe Mitchell, Wadada Leo Smith, Muhal Richard Abrams, et plein d’autres. Tromboniste en tant qu’interprète, il est aussi un compositeur qui traverse aisément la frontière entre improvisation et musique savante contemporaine (écrite). À l’occasion de ce concert qui aura lieu le 2 octobre en présence de Lewis lui-même, j’ai parlé de cette musique avec Alissa Cheung du Quatuor Bozzini.
PanM360 : Pourquoi avez-vous choisi de monter un concert complet sur la musique pour quatuor à cordes de George Lewis?
Alissa Cheung : Nous avons toujours voulu travailler avec lui. Aux États-Unis, on s’est rencontrés à Brooklyn. Il est venu à notre concert sur Eliane Radigue. Ensuite on s’est rencontrés encore à Witten, en Allemagne. On jouait dans le même festival. On est devenu de plus en plus proches avec le temps. Et puis bientôt, on va enregistrer ses quatuors dans un album portrait. Pour toutes ces raisons, le concert présenté le 2 octobre nous semble parfaitement approprié.
PanM360 : Ses quatuors sont numérotés en décimales (1.5, 2.5, etc.). Pourquoi?
Alissa Cheung : Il considère son premier essai en la matière, Signifying Riffs (1998), comme un ‘’demi quatuor’’. Du coup, les suivants doivent poursuivre avec une décimale…
PanM360 : À quoi ressemble sa musique? Comment la décririez-vous?
Alissa Cheung : Je vais dire très expérimental et avant-garde. Il y a beaucoup de textures, il y a beaucoup de matériaux qui sont éclatés. Ça semble déjanté, mais les matériaux reviennent dans des cycles. Il y a une mémoire de ce matériel et de ces textures. George dit que pour l’auditeur, c’est comme un travail d’improvisation, parce qu’il faut reconstruire le narratif. Juste dans la manière d’écouter, c’est très actif. Il y a des passages qui sont peut-être inusités pour quelqu’un qui écoute habituellement la musique classique plus traditionnelle. Il y a beaucoup de textures, des ricochets, des « scratches », et pas mal de techniques étendues (disons inhabituelles sur l’instrument). Il y a aussi beaucoup de glissandos. George est souvent inspiré par le thérémine. Finalement, il est aussi très inspiré par la musique folklorique coréenne. Georges est tellement intelligent et tellement curieux que sa musique est hyper colorée.
Par exemple, ça me fait penser à son Quatuor no 2.5, intitulé Playing With Seeds. George s’est inspiré par des fermiers et des fermières de Sierra Leone où ils expérimentent la pollination croisée de graines pour leurs moissons. C’est ce croisement d’essences qui est au cœur de sa composition.
PanM360 : C’est une musique qui exige toute l’attention de l’auditeur-ice. Mais qu’en est-il des interprètes? J’imagine que ça vous demande aussi beaucoup de concentration?
Alissa Cheung : Oui, il faut travailler très fort pour tout mettre en place, tous les détails. Mais c’est vraiment excitant de le jouer parce qu’il y a des changements de tempo sans arrêt, il y a des changements matériels, et plein d’éléments excitants. J’espère que le public va ressentir cette énergie, cette imagination de George. En plus, après le concert, on aura une causerie animée par Julie Richard.
Ce sera une occasion en or d’entendre George Lewis parler de sa musique et aussi peut-être lui poser des questions. Il faut en profiter. C’est rare qu’on peut avoir devant soi un créateur vivant de cet ordre.



















