À 8h jeudi matin, la friperie qui occupe l’espace du Divan Orange, fermé au printemps 2018. Gérée par une coopérative regroupant une dizaine de membres salariés et d’autres professionnels employés sur une base permanente, le Divan orange avait duré 13 ans, plus de 325 programmes y avaient été présentés annuellement, plus de 10 000 shows au compteur lorsque les lieux furent cédés.
Au-dessus de la salle, il y avait des entreprises culturelles, dont le défunt MEG Montréal. Et puis les choses ont progressivement mal tourné. Les espaces bureau ont été remplacés par des logements, le voisinage immédiat a migré de l’activité commerciale à la location résidentielle. Forcément, la tolérance au bruit a chuté, tout comme celle des propriétaires.
La fermeture du Divan Orange fut suivie par cette histoire débile du Théâtre Latulippe, neutralisé pour des motifs relativements comparables. Sur la Plaza Saint-Hubert, les gestionnaires d’Ausgang ont vu un voisin construire un immeuble locatif peuplé de locataires qui n’ont rien à voir avec le nightlife, les choses semblent s’arranger aujourd’hui mais le vent peut toujours tourner…
Tout ça pour dire que les salles indépendantes des quartiers centraux de MTL font face à leur déclin, même sur les artères commerciales. Les propriétaires d’immeubles consentent de plus en plus rarement à louer ces espaces, et c’est leur plein droit puisque la Ville de Montréal n’a pas ciselé des règlements assez clairs pour protéger les salles indépendantes.
Depuis la mort annoncée du Divan Orange il y a 8 ans, trois commerces auraient occupé consécutivement les lieux. Et…
Pour les 25 ans de Pop Montréal, Dan Seligman a eu l’excellent flash de faire revivre les lieux pendant trois soirs consécutifs, après quoi le Divan Orange retournerait dans la boîte aux souvenirs. Rébarbatif d’entrée de jeu, le propriétaire des lieux s’est laissé convaincre par Dan Seligman. Il serait étonnant que cela se reproduise.
Au menu principal de jeudi : Plants and Animals, qui ont réduit considérablement leurs activités depuis 2020, cadraient parfaitement dans les plans de Pop Montréal: retour d’un band emblématique de la décennie précédente, renaissance d’un lieu emblématique de cette période, idéal pour les 25 ans de Pop MTL. Et puisque que ce fut un authentique hang out pour Warren Spicer et ses potes, le chanteur ayant aussi été barman en ces lieux, le “fit” était parfait. Alors le fameux trio a repris du service jeudi soir et remet ça vendredi.
Ce n’était pas qu’un show rarissime de Plants and Animals, c’était un rassemblement de la génération indie, tant de faces connues et reconnues. Ça remontait dans nos têtes jusqu’à Park Avenue, le premier album de 2008 signé Plants and Animals.
Le show était cool, on put entendre quelques classiques indie pur jus du power trio montréalais et des chansons moins célèbres de Jungle, le dernier opus paru il y a six ans. Les trois mecs sont expérimentés, ils savent exceller dans les tranchées. Plus précisément, leur prestation ne m’a semblé ni ardue ni mémorable, un peu molle parfois, généralement bonne ou très bonne. Le tout assorti d’une apparition d’Adèle Trottier-Rivard qui fait équipe avec Nicolas Basque dans le duo Bibi Club, comme on le sait.
En première partie, j’ai été vraiment mobilisé par la dégaine de Sasha Cay, sa voix susurrée dans les fréquences moyennes ou graves, son regard futé, le sérieux et la cohésion de son art rock et autres constructions chansonnières, me conduisent à découvrir son travail, hautement recommandable après une heure d’écoute.
Avis aux nostalgiques, le Divan Orange n’a pas été reconstitué, on avait l’impression de pénétrer dans une galerie d’art aux murs immaculés, blanc idéal pour une performance multidisciplinaire d’avant-garde. Des tables servaient de bar au sépulcre blanchi, seul le plancher de bois pouvait vaguement rappeler les lieux.
Mais on y était quand même pour de vrai, les souvenirs y ont poussé en septembre comme des pissenlits en mai.
Photo Pop Montréal























