Valérie Lacombe : Du violon classique à la batterie jazz

Entrevue réalisée par Frédéric Cardin
Genres et styles : jazz

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La batteuse Valérie Lacombe vient de sortir un album intitulé State of Garden and Shadow (dont je parle plus précisément dans cette critique ICI). Le 29 avril 2026, au Lion d’Or à Montréal, elle fera le lancement de ce premier opus, à l’occasion, qui plus est, de la Journée internationale du Jazz. J’ai parlé avec la jeune artiste dans l’entrevue que voici.

PanM360 : Bonjour Valérie. Quel est ton parcours musical?

Valérie Lacombe : J’ai été initiée à la musique à l’école primaire, dans un programme arts-études en musique à Laval, à l’école Des Cèdres, plus précisément.

PanM360 : C’est très drôle! Ma femme enseigne dans cette école!

Valérie Lacombe : Ah oui? Moi j’y étais à la fin des années 1990..

PanM360 : Elle est arrivée un peu après.

Valérie Lacombe : J’ai beaucoup aimé ce parcours. J’y ai énormément appris. C’est une formation solide. Il y avait d’excellents professeurs, dont un qui s’appelait Frédéric Brunel. Il jouait aussi du piano. J’ai suivi quelques cours en privé avec lui, et il m’a un peu initiée au jazz. À l’école, j’apprenais le violon. J’en ai joué longtemps, mais j’ai arrêté car je ne me voyais pas faire une carrière de violoniste professionnelle. Je suis allé à l’Université, en anthropologie, et à un certain point, la musique me manquait, alors j’ai décidé de m’embarquer dans un cours de cégep (à Vanier), en parallèle, en me disant que j’en ferais pour le plaisir. 

PanM360 : Et tu as choisi la batterie?

Valérie Lacombe : Oui. Ça m’attirait, peut-être parce que mon père en avait une à la maison. Il en avait joué dans sa jeunesse, pour le plaisir, avec des amis. Elle demeurait rangée dans des boîtes. Je n’avais pas vraiment le droit d’y toucher quand j’étais jeune. On disait que ça faisait du bruit. Mais ma curiosité avait toujours été présente. 

PanM360 : Mais tu ne savais pas en jouer?

Valérie Lacombe : Non! 10 jours avant d’entrer au cégep, j’ai appris qu’il fallait préparer une audition! Moi je pensais qu’on allait m’apprendre à jouer. Finalement, j’ai réussi, et ensuite je suis tombée en amour avec l’instrument et avec le jazz. J’ai laissé tomber l’anthropologie, complété mon cégep, et suis entrée à McGill.

PanM360 : Un beau parcours inusité! Était-ce intimidant pour toi de sentir que tu débutais sur un instrument alors que les autres, pour la plupart, maîtrisait le leur depuis plus longtemps?

Valérie Lacombe : Je me mettais beaucoup de pression sur les épaules pour réussir, mais le feeling que j’avais à, c’était de retrouver le monde que je connaissais, le monde de la musique justement que j’ai connu à l’école Des Cèdres. Je n’en revenais pas que ça pouvait faire ma vie dans la musique, que les gens étudiaient ça à l’école comme moi j’avais fait au primaire, à temps plein. J’avais envie de travailler fort même si je commençais plus tard.

Je croyais beaucoup en mon potentiel et surtout j’étais tellement en amour avec la musique que je n’ai pas senti que j’avais d’autre choix. J’avais l’impression que ça faisait longtemps que je cherchais à m’investir dans un projet qui m’interpellait à ce point. Je me comptais vraiment chanceuse même si c’est sûr que ça n’a pas été facile de préparer une audition pour McGill quand ça faisait juste un an et demi que je jouais.

PanM360 : Avec qui as-tu étudié?

Valérie Lacombe : Avec Jim Doxas. 

 PanM360 : Grosse pointure. C’est du très très solide.

Valérie Lacombe : Oui, en effet! Ensuite j’ai aussi étudié avec André White, Kevin Dean, Dave Lang, Darryl Green. J’ai maintenant terminé ma maîtrise. 

PanM360 : Comment t’es-tu familiarisée avec le répertoire jazz? Qui ont été tes premiers modèles?

Valérie Lacombe : Quand j’ai commencé à Vanier, je ne connaissais rien du jazz. Un exemple que je mentionne souvent quand je parle de ma première année là-bas, c’est que je n’étais pas certaine si John Coltrane jouait de la trompette ou du saxophone! Lol.  Puis quelqu’un que j’ai rencontré m’a fait un mixtape avec ses batteurs préférés. Une liste que j’ai écoutée pas mal.  Là-dessus, il y avait Soul Station de Hank Mobley. Ensuite, un ami m’a fait écouter Night Train de Oscar Peterson. Avec Elvin Jones à la batterie. Là, j,ai commencé à copier ce que les batteurs faisait. J’étais dans ma salle de répétition et j’essayais de jouer, comment on dit, ‘’play along’’. J’écoutais l’album et je portais attention à ce que le batteur jouait et j’essayais de le reproduire. Je l’ai beaucoup fait avec Ed Dickman. Puis avec Jimmy Cobb. Je sens que c’est vraiment eux qui m’ont appris à aller chercher un bon feel à la cymbale.

J’y ai passé des heures et des heures et des heures et des heures. Il y a aussi Max Roach que j’ai beaucoup étudié. Plus pour le langage, dans son cas. C’est un batteur qui a passé beaucoup de temps à construire un discours pour faire parler toutes les pièces de la batterie.

Le hi-hat, le bass drum, le snare, les toms. Il y a un langage extrêmement mélodique quand il improvise. J’ai passé beaucoup de temps à repiquer ses solos.

PanM360 : Et finalement, l’album? Ça vient comment?

Valérie Lacombe : C’est mon projet de Maîtrise. On doit enregistrer une heure de musique originale. 

PanM360 : Et l’univers musical en est un sans piano. Pourquoi?

Valérie Lacombe : Je dirais que ma source principale d’inspiration pour la composition, c’est celle que j’associe avec le groupe d’Elvin Jones. Je dois aussi nommer André White, qui a une influence sur le monde qu’il crée dans ses compositions, de cette façon.

PanM360 : Est-ce que tu te sens autant accompagnatrice que compositrice ou est-ce que la composition, ça t’a donné le goût d’aller là-dedans encore plus? 

Valérie Lacombe : Principalement, je me sens comme une musicienne. J’aime jouer, accompagner les musiciens qui présentent leur propre musique originale parce que c’est personnel. Tu rentres dans leur monde à eux. Tu découvres d’autres facettes de leur personnalité musicale. Puis, ça a été le même sentiment que j’ai eu avec moi-même de me poser puis d’écouter les sons que j’entendais, et ensuite créer des pièces à partir de ça. 

PanM360 : L’album a un fil conducteur, une inspiration extra musicale…

Valérie Lacombe : Oui, je suis allé pigé chez une autrice qui s’appelle Clarice Lispector, dans une nouvelle qu’elle a écrite et qui s’appelle Àgua Viva. Plus précisément une citation là-dedans, State of Garden and Shadow.

PanM360 : Quelle est la signification?

Valérie Lacombe : Quand j’ai lu ce livre, c’était une grande période de transformation pour moi, parce que j’allais finir mes études, que j’avais énormément grandi en tant que musicienne, mais aussi en tant que compositrice. 

C’est un livre que j’avais lu un peu avant de commencer le processus de composition, puis cette citation m’avait beaucoup interpellée. C’est une autrice qui écrit de façon très imagée. des fois une phrase va me faire réfléchir puis voyager énormément, puis cette phrase, State of Garden and Shadow, ça me fait me connecter avec le sentiment de prendre le temps, de s’occuper d’un jardin. Ça prend de la patience, ça prend beaucoup de travail, mais il y a tellement de beauté qui ressort de tout ça.

C’est juste une image qui collait vraiment bien avec ce que je vivais à McGill. D’un point de vue esthétique, il y aussi ce qui m’attire dans les sons que j’entends, l’équilibre de noirceur et de beauté.

PanM360 : Et les trois membres qui complètent ton quatuor, ce sont tous des gens de McGill. De bonnes connexions?

Valérie Lacombe : Oui, très bonnes. Des musiciens que j’aime beaucoup. Camille Thurman, Caoilainn Power et Ira Coleman. Caoilainn, ça fait longtemps que je joue avec elle. J’ai déjà eu un sextet dans les années 2016-2017, puis elle en faisait partie. Elle joue du saxophone alto, puis j’adore sa façon de jouer. Camille Thurman puis Ira Coleman, des musiciens que j’admire. Pour moi, c’était le band idéal, même que quand j’écrivais avant même de savoir s’ ils acceptaient d’enregistrer avec moi, c’est leur son que j’imaginais.

PanM360 : Comment tu ressens le fait de les avoir avec toi, sur ton premier album?

Valérie Lacombe : C’est un grand privilège. J’ai vraiment senti en enregistrant que j’étais avec des pros, puis j’étais touchée de savoir qu’ils avaient envie de m’accompagner dans ce projet. Ils ont vraiment compris l’esthétique de l’album, le genre de musique à laquelle je faisais référence. 

PanM360 : Je trouve que tu fais beaucoup dans la finesse. Tu es capable de puissance, mais il n’y a jamais de tonitruance. Et tu aimes dessiner de fines lignes, non? Est-ce que les années classiques, le violon, ont une influence?

Valérie Lacombe : Je pense que ça a forgé quelque chose de très solide en effet.

PanM360 : Le lancement aura lieu le 29 avril, la veille de la Journée internationale du Jazz. 

Valérie Lacombe : Oui, je suis très contente. Depuis 2015 qu’on fête cette journée à Montréal (ça avait commencé quelques années avant ailleurs dans le monde). C’est une très belle occasion.

PanM360 : Ensuite?

Valérie Lacombe : Un projet un peu fou qui va commencer  le 11 mai, et jusqu’au 5 juin. Je vais présenter mon projet, State of Garden in Shadow, à travers le Canada.

J’ai booké des concerts partout au Canada. Puis, j’engage des musiciens locaux. Moi, je vais partir de Montréal en voiture. Je vais conduire jusqu’à Vancouver. 

J’aimerais aussi booker une tournée dans l’est du Canada. Puis, ben, tranquillement, je pense au prochain album. 

INFOS ET BILLETS POUR LE LANCEMENT DE L’ALBUM LE 29 AVRIL 2026

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