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Dans un programme illustrant la Beauté des Amériques en musique de tradition classique, Les Violons du Roy présentent cette semaine la création d’une œuvre de François Dompierre : Les Chats, tryptique , pour violon solo et orchestre à cordes. Originaire de la région d’Ottawa et d’ascendance sud-coréenne, l’extrêmement doué Kerson Leong en est le soliste. Sans conteste un des meilleurs violonistes au Québec et au Canada, le violoniste est un des grands spécialistes de la résonance des cordes, fruit d’une recherche de son père ingénieur physique s’étant consacré notamment à la maximisation de la résonance des cordes et dont le fiston tire profit avec succès et maximise sa supravirtuosité. Au sortir d’une répétition avec les Violons du Roy à la veille des deux programmes, ce jeudi au Palais Montcalm et celui de la Salle Bourgie, ce vendredi, Kerson Leong nous en dit davantage sur Les Chats, triptyque.
PALAIS MONTCALM, BILLETS ET INFOS
SALLE BOURGIE, BILLETS ET INFOS
PAN M 360 : Notre François Dompierre national a récemment composé un requiem symphonique avec l’Orchestre philharmonique et chœur des mélomanes (OPCM) sous la direction de Francis Choinière. Peu après, il propose cette œuvre Les Chats, Tryptique dont vous participez à la création avec Les Violons du Roy. Parlons-en.
Kerson Leong : J’ai un peu d’histoire avec monsieur Dompierre; dans le passé, j’ai enregistré une pièce qu’il a écrite pour violon et orchestre (de différents formats), Les Diableries. J’ai aussi participé à l’enregistrement de sa pièce Concertango Grosso en 2016. Récemment, il a eu l’inspiration de m’écrire une œuvre exécutée par Les Violons du Roy. Il savait que je faisais pas mal de projets avec cet orchestre, presque annuellement depuis un moment. Et donc, il a composé cette pièce pour violons et orchestre à cordes. Monsieur Dompierre a eu plein liberté pour exprimer ce qu’il voulait dans cette œuvre, Les Chats, tryptique.
PAN M 360 : De quelle manière la thématique du chat rejaillit-elle dans la pièce? Comment est-elle illustrée?
Kerson Leong : C’est marrant! On a trois mouvements dont chacun décrit un aspect différent des chats. Le premier mouvement se nomme Chat botté, inspiré de ce célèbre conte de fées. On y trouve plusieurs imitations du chat, des miaulements ou des sons plus mordants des chats. Dans le deuxième mouvement qui s’appelle Chat persan, il explore un côté plus sensuel des chats et aussi un monde sonore différent de celui du premier mouvement. Le troisième mouvement, Chat matou, montre cette autre dimension des chats.
PAN M 360 : François Dompierre est un grand mélodiste de la période moderne et donc tributaire du post-romantisme. Il reste dans l’harmonisation tonale et donc ses œuvres s’inscrivent sans rupture avec le répertoire pré-moderne tout en y apportant une touche qui est la sienne, incluant notamment le jazz moderne à ses équations.
Kerson Leong : Exactement, il est un grand mélodiste, c’est-à-dire qu’il peut concevoir des mélodies qui ne sont pas que belles mais mémorable. Et c’est certainement le cas dans cette nouvelle pièce. En tout cas, il est toujours intéressant d’observer sa signature musicale qui peut aussi intégrer le jazz, le tango ou autres influences d’Amérique du Sud. C’est ce qui est assez marquant dans les mélodies parce qu’il y a toujours une grande sincérité et un lyrisme exprimant le travail d’un artiste qui compose avec le cœur. On peut chanter ses mélodies de vive voix, et donc illustrer cette dichotomie entre la complexité et l’accessibilité de ses œuvres, ce qui est pour moi très agréable.
PAN M 360 : Cela explique qu’il est devenu un champion de la musique pour le cinéma ou la télévision. Il est capable d’intégrer le classicisme en musique à des saveurs modernes ou aussi locales.
Kerson Leong : Oui, effectivement, c’est ce qui rend sa musique unique. Plusieurs influences sont réunies, parfois même des couleurs folkloriques, sans compter le jazz, les musiques latines et autres musiques du monde. C’est lyrique, c’est vraiment marquant.
PAN M 360 : Cette pièce a-t-elle été conçue exclusivement pour un ensemble à cordes ou bien elle peut-elle être adaptée pour des orchestres symphoniques? Comment ça marche?
Kerson Leong : La pièce a été conçue pour violon et orchestre à cordes, et je n’ai pas mentionné qu’il y a aussi une partie solo pour piano, ce qui est une surprise dans la pièce. Cela ajoute une autre dimension, une autre saveur. Ça donne le meilleur des mondes de la musique orchestrale et de la musique de chambre. À la fois la grandeur et l’intimité dans l’expression, je dirais.
PAN M 360 : Qui sera au clavier?
Kerson Leong : Suren Barry, qui est musicien en résidence chez Les Violons du Roy – piano, clavecin, piano forte. Je le connais car il est originaire comme moi d’Ottawa. Je le connais depuis l’enfance, nous avions participé à plusieurs événements. Je l’ai retrouvé après tant d’années… Le monde de la musique est petit !
PAN M 360 : Votre carrière va très bien, Kerson. Je me souviens très bien de votre approche. Quand je vous ai parlé une première fois il y a quelques années, vous m’aviez expliqué avoir été nourri par les recherches de votre père en physique acoustique. Et que vous avez ensuite appliqué ces concepts dans votre jeu, ce qui est une signature en soi. Où en êtes-vous dans cette évolution?
Kerson Leong : Je suis heureux de la direction adoptée, beaucoup de projets et collaborations marquantes. Oui, les expérimentations de mon père en physique ont certainement influencé ma manière de jouer. C’est toujours une grande expérimentation, ça évolue et ça change tout le temps dans mon approche, dans ma façon de m’exprimer que je souhaite authentique. Le fondement de cette approche est la relâche de l’instrument, ce qui en enrichit la résonance. C’est ainsi que le violon peut mieux se projeter dans l’espace, sans mettre trop l’accent sur la tension. Bien sûr, il y a une tension nécessaire pour jouer, mais une part de cette tension ne l’est pas car elle peut nuire à la résonance de l’instrument. Alors vous comprendrez que je suis toujours en train de raffiner mon jeu pour maximiser mon parcours musical. Faire mieux résonner les œuvres de la meilleure façon possible est un moyen d’y parvenir.
PAN M 360 : Ce qui confirme une fois de plus que l’interprétation classique n’est pas statique, qu’elle constitue un univers illimité de recherche. Et que la science et la musique sont beaucoup plus liées qu’on ne le pense pour repousser les limites de l’expression.
Kerson Leong : Ce n’est pas évident de prime abord, mais on peut constater qu’il y a tellement d’intérêts communs entre science et musique, plusieurs connexions sont possibles. Il a des parallèles à établir entre les compositeurs et les chercheurs. La créativité se trouve dans l’art et dans la science.
PAN M 360 : Absolument. Les avancées de la musique et de la science sont fondées sur l’intuition.
Kerson Leong : C’est là qu’on peut observer le pouvoir humain.
PAN M 360 : Et de quelle manière votre jeu a-t-il évolué à travers cette approche?
Kerson Leong : Très bonne question. Je crois peut-être que, pour tout ce qui se produit sur l’instrument provient d’abord d’une vision que j’ai en tête. Le son que l’on souhaite entendre est un peu comme une boucle de réverbération, en ce sens que le son qu’on entend induit la recherche. Pour moi, la beauté du son de l’instrument a toujours été un fondement du jeu, toujours très importante. Pour moi, l’évolution se fonde dans la résolution de ces enjeux. Pour moi, le violon doit s’exprimer de manière très émotive, comme la voix humaine. Lorsqu’on se parle entre humains, la voix porte toujours une émotion universelle que l’on peut identifier – l’humour, la tristesse, etc. Il s’agit de faire évoluer cette notion dans le jeu de l’instrument, je peux et je veux développer une langue émotionnelle avec le violon. Il faut capturer plus immédiatement ce qui est plus humain et donc augmenter la dimension émotionnelle du son.
PAN M 360 : Et puisque vous êtes un artiste bien vivant, votre quête se poursuivra jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Kerson Leong : Bien sûr, ça va continuer. Toujours!
PROGRAMME
Heitor Villa-Lobos, Bachianas brasileiras n° 4
François Dompierre, Les chats, triptyque (création), pour violon, piano et orchestre
James Montgomery, Strum pour orchestre à cordes
Antonín Dvořák , Quatuor n° 12 en fa majeur, op. 96 « Américain » (version pour orch. à cordes)






















