À 72 ans, la légendaire Kim Gordon, ex-Sonic Youtth, revient avec PLAY ME, un troisième album solo plus actuel et éclaté que jamais. Axé sur le rythme, l’opus de 12 chansons, coproduit aux côtés de son collaborateur de longue date Justin Raisen (Kylie Minogue, Sky Ferreira, Charli XCX), pousse plus loin l’expansion de son univers musical singulier. Elle y fusionne trap, noise-rage rap et guitares électriques dans une sorte d’art-dance-punk contemporain. Avec sa touche d’humour cynique, l’artiste s’attaque dans ce troisième album solo à l’intelligence artificielle, à la technocratie et à la politique dans une prise de parole nécessaire.
D’abord, on entre dans le vif du sujet avec le beat trippy et anxiogène de la chanson titre aux teintes jazz PLAY ME. Elle nous invite à écouter les playlists automatiquement générées par Spotify : « Rich popular girl/ Villain mode/Jazz in the background/Chillin’ after work » par une voix stoïque mettant l’emphase sur l’absurdité. La mélancolique GIRL WITH A LOOK enchaîne, clin d’œil krautrock, explorant le lien entre solitude et prétention par des guitares tournoyantes et des mélodies fragmentées inspirées de vieux segments sonores.
Puis, la critique se fait plus politique sur la pièce à la cadence irrégulière et à la voix libérée NO HANDS, qui lance une flèche à l’inconscience de nos dirigeants, alors que le collage dadaïste de plus en plus auto-tuné BLACK OUT averti des dérives potentielles de l’intelligence artificielle et de la mentalité de « profit à tout prix » adorée des trumpistes. Dans le même ordre d’idées, la bête trap DIRTY TECH assène quelques coups à la technocratie sur fond de basse-synthé sombre accentuant l’interprétation ironique de Kim.
Ensuite, l’extrait dream-pop émotionnel NOT TODAY, où Kim se permet d’être plus langoureuse et vulnérable, nous emmène par un extrait d’interview des années 90 à la spirale consumériste de BUSY BEE, Dave Grohl à la batterie. La masculinité toxique de la Silicon Valley et Elon Musk n’échappent pas aux foudres de l’artiste sur SQUARE JAW et SUBCON, pas plus que la menace d’une société techno-fasciste n’est écartée sur POST EMPIRE.
Enfin, l’artiste tourne au ridicule le culte de l’esthétique et des apparences sur NAIL BITER juste avant de nous quitter avec liberté d’esprit sur BYEBYE25!, une actualisation de sa pièce virale BYE BYE25 dans laquelle elle énumère des mots et expressions dont l’utilisation est déconseillée par Trump : « Injustice/Opportunity/Dietary guidelines/Housing for the future ».
En résumé, un album revendicateur qu’il serait difficile de plus ancrer dans « l’ici et maintenant ». Rempli de chansons courtes et percutantes qui ne lésinent ni sur le propos ni sur l’ambition musicale, cet opus peut devenir la trame sonore à la fois d’un party ou d’une émeute. Efficace et plus mélodique que ses précédents, ne laissant rien ni personne indemne, il nous rappelle ce que c’est que de créer sans compromis et de conserver l’humain au cœur du processus.























