Abbey Road, un concerto de Guy Braunstein au Festival Classica

Entrevue réalisée par Varun Swarup

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Cette semaine au Festival Classica, le violoniste, chef d’orchestre et compositeur Guy Braunstein présente aux publics québécois une audacieuse réinvention du dernier album studio des Beatles avec la première nord-américaine de son Abbey Road Concerto. Conçue pour violon solo et orchestre, cette œuvre repense les morceaux de l’album Abbey Road sous la forme d’un concerto, délaissant la nostalgie au profit de la transformation. Interprété par l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières sous la direction d’Alain Trudel, le concerto propose une relecture saisissante de chansons emblématiques telles que « Come Together » et « Here Comes the Sun », filtrées à travers le langage symphonique distinctif de Braunstein.

PAN M 360 : Bonjour, Maestro Braunstein. Est-ce un bon moment pour parler ?

Guy Braunstein : Ça l’était… jusqu’à ce que vous m’appeliez “Maestro”. Appelez-moi simplement Guy. Ma mère y tient beaucoup.

PAN M 360 : Très bien, Guy. Vous devez être très enthousiaste à l’idée de la première nord-américaine de votre Abbey Road Concerto. Nous le sommes tous, en tout cas.

Guy Braunstein : C’est clair.

PAN M 360 : Combien de fois avez-vous joué ce concerto jusqu’à présent ?

Guy Braunstein : Une dizaine de fois, peut-être plus. Dans plusieurs pays. Je l’ai aussi enregistré pour un CD, donc oui — il a déjà pas mal voyagé.

PAN M 360 : Et comment le public a-t-il réagi ?

Guy Braunstein : Les gens deviennent fous. J’ai fait beaucoup de transcriptions — Tchaïkovski, Dvořák, de l’opéra — mais là, c’est autre chose. Le public réagit d’une façon complètement différente par rapport à un concerto pour violon classique. C’est une toute autre expérience.

PAN M 360 : Vous avez dit que ce n’est pas juste un arrangement, mais un vrai concerto. Comment cela a-t-il commencé ?

Guy Braunstein : Totalement par hasard. Il y a environ six ans, mon fils — il avait six ans à l’époque — a attrapé la Beatlemania. Il a découvert les Beatles et est devenu obsédé. Il me demandait sans cesse de lui jouer leurs chansons au violon.

PAN M 360 : Vous avez donc commencé par quelques esquisses ?

Guy Braunstein : Exactement. J’ai fait quelques pièces courtes, pour le plaisir. Et puis la pandémie est arrivée, j’ai eu beaucoup de temps. Je me suis dit : “Pourquoi ne pas faire un vrai arrangement d’un morceau des Beatles, avec accompagnement au piano ?” J’ai commencé à écouter leurs derniers albums, et quand je suis arrivé à Abbey Road, j’ai eu un problème : j’aimais tout. Impossible de choisir.

PAN M 360 : Alors, qu’avez-vous fait ?

Guy Braunstein : Je me suis dit : “Tant pis — je prends tout l’album, bon sang.” Et j’ai commencé à écrire un vrai concerto pour violon solo et orchestre.

PAN M 360 : Abbey Road a déjà une certaine architecture symphonique. Est-ce que ça a influencé votre décision ?

Guy Braunstein : Bien sûr. Ce n’était pas seulement parce que j’aimais la musique. J’adore aussi Led Zeppelin, mais je ne peux rien faire de leur musique au violon. Abbey Road, par contre — je pouvais entendre comment cela pouvait fonctionner en version orchestrale. Il y avait tellement de possibilités.

PAN M 360 : Comment avez-vous abordé l’arrangement de l’album ? Quel a été votre processus ?

Guy Braunstein : Normalement, je commence par une partition orchestrale complète, puis je fais une réduction pour piano. Mais cette fois, j’ai commencé au piano — en jouant les morceaux, en explorant les textures. Ensuite, j’ai orchestré. J’avais un plan, mais je l’ai constamment révisé.

Par exemple, j’ai ajouté un trombone basse pour imiter les lignes de basse puissantes de Paul McCartney. Rien d’autre ne pouvait remplacer ce son. Le tromboniste basse va être bien occupé ce soir.**

PAN M 360 : La première partie du concert inclut aussi d’autres arrangements de chansons des Beatles, non ?

Guy Braunstein : Oui, c’est exact. Je ne les ai pas encore entendus.

PAN M 360 : Vous n’êtes pas le premier à orchestrer la musique des Beatles — qu’est-ce qui distingue votre approche ?

Guy Braunstein : Je sais que je ne suis pas le premier. Des gens ont arrangé leurs chansons dès leur époque. Mais moi, je l’ai fait dans une démarche purement classique. Certains chefs d’orchestre m’ont même dit que c’est plus classique que Rhapsody in Blue. Ce n’est pas une pièce crossover — c’est un concerto.

Et je vais vous confier un secret : la partie de violon est atrocement difficile. Il y a deux ans, j’ai joué les concertos de Sibelius, Abbey Road et Tchaïkovski trois semaines d’affilée. Sibelius et Tchaïkovski sont durs, mais Abbey Road l’était encore plus.**

PAN M 360 : Le fait de travailler d’aussi près sur cette musique a-t-il changé votre rapport à elle ?

Guy Braunstein : J’ai grandi à Tel Aviv dans les années 70. Tout arrivait en Israël avec dix ans de retard, donc j’ai grandi avec les Beatles — les vinyles, la radio. C’était déjà dans mon ADN musical. Mais quand on creuse quelque chose à ce point, on le redécouvre toujours.

PAN M 360 : J’imagine que vous avez remarqué des détails qui vous avaient échappé ?

Guy Braunstein : Absolument. Après la première exécution symphonique, j’ai enregistré le concerto et je suis retourné en studio. J’ai fait beaucoup de révisions. La technologie peut aider à imaginer certaines choses, mais elle ne remplace pas des musiciens réels qui jouent. J’ai eu la chance de pouvoir affiner la partition après l’avoir entendue en vrai — c’est exactement ce que faisaient les compositeurs classiques.

PAN M 360 : J’ai lu le livre de Geoff Emerick — il parle des expériences en studio des Beatles, comme la découverte du synthétiseur Moog par George Harrison sur Abbey Road. Cette richesse de texture orchestrale, c’était un son totalement nouveau à l’époque.

Guy Braunstein : Oui — et c’est cette curiosité qui les rendait géniaux. J’ai vu un peu du documentaire Get Back de Peter Jackson, ainsi que le biopic de Bernstein avec Bradley Cooper. Deux musiciens très différents, mais avec le même feu sacré : une curiosité prête à exploser. C’est ce qui distingue les bons musiciens des grands. Ils ont toujours faim. Les Beatles auraient pu rester dans leur zone de confort, à faire des tubes comme I Want to Hold Your Hand, mais ils ont repoussé les limites. Ils auraient pu faire fortune en se répétant, mais ils ont choisi d’évoluer. C’est pour ça qu’ils restent le groupe pop le plus fascinant de tous les temps.

PAN M 360 : Et c’est ce qui rend votre concerto si rafraîchissant — il offre une nouvelle façon d’écouter quelque chose que l’on pensait déjà bien connaître.

Guy Braunstein : Espérons que le public le ressente ainsi ce soir.

PAN M 360 : J’imagine que l’orchestre apprécie aussi ce changement de rythme ?

Guy Braunstein : On pourrait croire que c’est une pause après Stravinsky, mais non — ils vont transpirer ce soir. C’est du boulot.

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