OFF Jazz| Ruiqi Wang : explorations d’Est en Ouest

par Frédéric Cardin

Dans le cadre de la série Apéroffs de l’OFF Jazz 2023 avait lieu hier le concert de Ruiqi Wang, jeune et fraîche chanteuse diplômée de McGill. Poursuivant désormais des études à Berne en Suisse, elle garde un lien avec Montréal (professionnel et émotionnel), notamment en revenant y présenter le matériel de son prochain album, Subduing the Silence, qui paraîtra le 27 octobre.

En format chambriste de sept musiciens (huit l’incluant), soit un trio piano-contrebasse-batterie (très bonnes Stéphanie Urquhart, Summer KoDama et Mili Hong) bonifié d’un quatuor à cordes, Ruiqi Wang éclabousse ou berce l’auditoire, c’est selon, avec des élaborations vocales qui tiennent soit de la litanie traditionnelle chinoise (mais revisitée), de l’onomatopéisme contemporain (les influences de Meredith Monk, de Pauline Oliveros et de pages de Ligeti sont détectables), du spoken word ou même du chant jazz plus classique. La voix manque de souffle dans l’aigu, mais elle n’est pas dépourvue de jolies timbres dans les graves. En tout cas, elle est belle et juste, et agréable à recevoir. Le modernisme chromatique, parfois atonal, dans les harmonies est généralement de mise, quoique à certains moments on se retrouve tendrement chez Evans ou même Strayhorn. Un mélange qui marque la nature savante et élitistement (dans le sens positif) bien sourcée de la jeune compositrice. 

La structure des pièces, et plus largement celle de l’ensemble du programme, est rigoureusement charpentée et guidée. L’improvisation est libérée dans des conditions précises, à des moments choisis. La musique de Ruiqi Wang est, à mon avis, principalement pensée comme une structure écrite sur laquelle on viendra par la suite accoster des espaces d’improvisation. Ceux-ci sont d’ailleurs bien mis en exergue par les trois musiciennes du trio de base qui accompagne Ruiqi. Urquhart, KoDama et Hong sont franchement solides. La relève féminine jazz de Montréal est impressionnante et laisse deviner un avenir excitant.

Pour ces raisons structurelles, le concert ressemblait, avec des accommodements inévitables parce que, après tout, on est en jazz, à l’album à venir. Autrement dit, écouter l’album (déjà dispo pour écoute sur Bandcamp) et le concert, c’est à peu de différence près une expérience très similaire. Ce qui ne diminue en rien sa qualité, comprenez-moi bien.

Le concert avait lieu à Impro Montréal, un très chouette petit espace situé sur la rue Notre-Dame ouest, dans Griffintown. Même si on s’y consacre principalement à l’impro théâtrale, on souhaite que l’endroit se garnisse d’une réelle programmation jazz, régulière et en bonne et due forme, dans un futur pas trop lointain. Il y a tellement de talent musical dans cette ville que de nouveaux lieux de diffusion et occasions de jouer devant public sont urgemment nécessaires.

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