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Pays : États-Unis Label : Dead Oceans Genres et styles : folk orchestral / indie rock / pop / space-rock Année : 2020
Bright Eyes

Down in the Weeds, Where the World Once Was

· par Luc Marchessault

Le musicophile qui écoute et regarde défiler Conor Oberst depuis un bon quart de siècle est en droit de se poser la question suivante : le leader du trio Bright Eyes est-il davantage hyperactif qu’introspectif ? Puis, comme question complémentaire : dans ses envolées introspectives, Conor s’est-il déjà demandé si, advenant qu’il soit né au XVe siècle en Irlande, disons, il serait devenu un barde, un poète-chansonneur celte marchant de villes en hameaux, rejoignant l’Angleterre, puis la France en faisant, à l’envers, la traversée qu’il évoque dans Calais to Dover ?

À défaut d’obtenir réponse à ces interrogations, constatons que le Nebraskain Oberst est l’un des créateurs de chansons les plus doués et les plus féconds de sa cohorte, celle des nouveaux quadras qui s’expriment dans la langue de Springsteen. Down in the Weeds, Where the World Once Was porte à dix le nombre d’albums créés par Bright Eyes, trio que complètent les multi-instrumentistes Nathaniel Walcott et Mike Mogis. Il s’agit également de la première parution de Bright Eyes depuis The People’s Key, en 2011. Nul besoin de préciser que Conor Oberst a profité de cette quasi-décennie pour étoffer son corpus, en solo ou avec d’autres formations.

Oberst signe les quatorze textes de Down in the Weeds, Where the World Once Was, dont un conjointement avec son concitoyen omahan Miwi La Lupa. Toutes les musiques sont le fruit du trio, qui a aussi réalisé l’album. Le musicophile curieux – un pléonasme ? – risque de tirer jouissance, encore une fois, des aptitudes éclatantes d’Oberst comme mélodiste et raconteur. Et de quoi parle-t-il, au fait ? De n’importe quoi, pourvu que ce soit propice à la mélancolie, inclination que vient appuyer son trémolo constant. Musicalement, c’est à la fois sobre et somptueux, astral et terre à terre. Des cordistes, une mini-chorale et un trio de joueurs de cornemuse ornementent avec goût ces compositions où foisonnent moult nuances imaginées par Oberst, Walcott et Mogis. Sans oublier les valeureux compagnons : Jesca Hoop au chant, ainsi que l’über-bassiste Flea, le batteur Jon Theodore et le percussionniste Kip Skitter, alias derrière lequel se cacherait un certain Zack de la Rocha !

À Omaha, au XXIe siècle, vit donc un barde qui chante ceci : « Des cadavres jonchent le sol du Bataclan, des chants s’élèvent – On entend “Éphémère, éphémère, éphémère…” – Et “Wish You Were Here” »

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