The Besnard Lakes : l’alerte est lancée

Entrevue réalisée par Louise Jaunet

Trois ans après leur nouvelle offrande, The Besnard Lakes reviennent nous apporter leur lumière et ainsi guider notre périple à travers cette pandémie. Après avoir lancé un nouvel opus, la formation offre trois concerts virtuels, soit les 5 février, 6 mars et 3 avril. Une interview s’impose !

Genres et styles : rock psychédélique / shoegaze / space-rock

renseignements supplémentaires

Événements passés et à venir

  • ven 05 Fév 2021 • 19:00 The Besnard Lakes -

Alors que le couvre feu est venu faire peser un peu plus lourd de la pandémie dans notre quotidien, il devient difficile de se projeter pleinement dans un nouvel album pour tenter de fuir les mêmes quatre murs blancs de nos appartements et essayer de vivre une expérience personnelle intime et significative.

Mais certains albums ont le don de pouvoir transformer de petits moments insignifiants en quelque chose de plus grandiose que notre petite personne. The Besnard Lakes Are the Last of the Great Thunderstorm Warnings fait parti de cette catégorie. 

À la veille de mon interview, lors de mon tour quotidien de quartier à la tombée de la nuit, je me promène avec les Besnard Lakes entre les deux oreilles. Il vente, la tempête piquotte mon visage et mes bottes s’enfoncent de plus en plus dans la neige. Mais la musique accompagne mon périple et ma réflexion et je me laisse simplement guider au hasard. Finalement, je décide de m’arrêter pour simplement regarder les flocons de neige tombés à travers la lumière d’un réverbère et je me laisse bercer par cette magnifique symphonie qui entremêlent la voix de fausset de Jace Lasek avec les riches et puissantes montées de guitare. 

« With love there is no death » nous dit le morceau The Father of Time Wakes Up. J’ai le frisson. Les Besnard Lakes ont très certainement réussi à composer leur Dark Side of The Moon et nous offrent un époustouflant album d’une heure qui nous pousse à apprendre à mourir pour mieux renaître et se sentir vivant.

C’est exactement pourquoi je me suis entretenue avec Jace Lacek, afin de  mieux comprendre ce qui l’a poussé à retranscrire ce chemin intérieur.

PAN M 360 : Si je devais expliquer à quelqu’un comment se représenter Montréal pendant l’hiver, je parlerais probablement de Godspeed You ! Black Emperor, The Dears et The Besnard Lakes. Froid et mélancolique à l’extérieur, mais chaleureux et humble à l’intérieur. Ressentez-vous ce sentiment ?

Jace Lasek : “En effet, oui. J’aime aller dehors, sentir le froid. J’ai l’impression que ce sont les choses qui vous font vous sentir le plus vivant quand vous ressentez tous ces changements qui se produisent et c’est ce dont il s’agit dans la musique. Notre musique vous emmène dans des endroits, elle vous emmène toujours quelque part. Il faut être résistant pour vivre dans les régions du nord. Il peut aussi faire très chaud ici. J’aime le fait que nous puissions faire l’expérience de tous les extrêmes. Nous vivons à environ 45 minutes de Montréal, à Rigaud. Nous allons pêcher sur la glace en hiver parce que nous sommes très près de la rivière des Outaouais. Nous faisons du ski. J’étais très heureux quand la neige est enfin arrivée.”

PAN M 360 : La voix de fausset, les harmonies vocales et les accords élaborés sont fortement influencés par Brian Wilson et les Beach Boys. L’album sonne carrément comme une symphonie shoegaze avec même trois guitares à un certain moment. D’où vient cette énorme influence ?

JL :  “ Quand j’étais enfant, mon père était un grand fan de musique. Il avait un lecteur 8 pistes dans sa voiture, il faisait jouer les Beach Boys, il faisait jouer Endless Summer tout le temps. Il avait le volume 2 de Best of the Bee Gees,  une compilation pré-disco du groupe. The Bee Gees essayaient  alors de ressembler un peu aux Beatles, donc c’est comme de la musique pop. J’ai grandi avec ce genre de musique et ils ont beaucoup de chants et ils sont aussi orchestraux. J’aime ce genre de danse depuis mon plus jeune âge. C’est lui qui me faisait écouter ces albums quand j’étais enfant. Quand j’ai grandi, je me suis  découvert une nouvelle appréciation pour eux.” 

PAN M 360 : Il y a quelque chose de mystique et de sacré dans cet album qui me fait penser aux œuvres de Brian Wilson, Spiritualized et Talk Talk. Cet aspect de votre musique est encore plus présent sur cet album par rapport aux précédents. Avez-vous déjà pensé à jouer dans une cathédrale ?

JL : “ Oui, plusieurs fois ! C’est vraiment difficile d’organiser des spectacles dans de tels espaces mais nous  avons tellement parlé de jouer dans des lieux dans lesquels il y a un tel bagage, juste pour y être. Ce serait une si belle expérience dans ce bel environnement. C’est aussi un compliment pour la musique.”

PAN M 360 : Vous avez également eu en 2018 un petit projet solo dans lequel vous jouez de l’orgue. Où avez-vous appris à en jouer ?

JL : “ Eh bien, je ne l’ai pas fait (rires). J’ai soumis une demande de subvention au Conseil des Arts du Canada et ils m’ont accordé la subvention pour construire la machine. J’ai voulu faire un orgue Hammond joué en même temps dans une pièce  par 4 haut-parleurs Leslie. Pour réaliser cela, la boîte n’existait pas, alors j’ai dû faire appel à mon ami Tim, qui est un ingénieur électronique extraordinaire et aussi le batteur de Godspeed. Tout ce que je fais, c’est de l’improvisation. Le plus important pour moi est de créer les effets de bourdon (drones). J’ai l’impression que l’orgue a des sonorités tellement étonnantes que je me perds souvent à appuyer sur quelques notes. Je n’en joue pas vraiment comme un instrument conventionnel qui fait des mélodies. J’en joue surtout pour en faire ressortir les harmoniques. C’est peut-être une ou deux notes pendant une demi-heure. C’est plutôt une méditation. C’est fort mais ce n’est pas agressif, on le ressent dans la poitrine plus qu’on n’entend l’agressivité, nous gardons les bruits clairs en fond sonore pour que ça vienne de l’intérieur. C’est très apaisant, c’est assez génial.”

PAN M 360 : L’album peut être vécu comme un pèlerinage ou un voyage. Était-ce votre intention ? Comment le décririez-vous ?

JL : “ Chaque fois que nous faisons un disque des Besnard Lakes, le concept se présente à nous en quelque sorte. Quand nous avons commencé à faire ce disque, nous avons réalisé assez rapidement que nous avions affaire à beaucoup d’idées sur la mort et la vie. Vous savez, mon père est décédé, Prince est décédé, Mark Hollis est décédé, ils ont été une grande inspiration musicale pour nous et le décès de mon père a été une expérience assez intense. Nous voulions que ce soit un album concept pour commencer. Et nous avons réalisé que l’album évoquait cet arc, passant de la vie à la mort, de la mort à la vie à nouveau. Nous avons vraiment développé cette idée. Nous avons eu quelques incarnations de l’album avant de nous décider sur cette séquence parce que nous voulions  cet arc. À la fin, nous avons écrit Christmas Can Wait. Après cela, tout s’est mis en place. C’était en quelque sorte le point culminant du disque, l’apogée de l’endroit où la mort se produit et le début du voyage qui se déclenche  après la mort.” 

PAN M 360 : Vous dites qu’être sur votre lit de mort doit être l’expérience la plus psychédélique que vous puissiez avoir. Que voulez-vous dire par là ?

JL : “ Voir votre père mourir de mort lente – il avait un cancer – a été une expérience bizarre. J’ai eu l’impression de beaucoup réfléchir à ce qui se passait dans son esprit, parce qu’il savait qu’il était en train de mourir. Quand les gens sont dans cette situation, les médecins leur donnent de la morphine, donc mon père a reçu des doses assez importantes de morphine pendant les derniers jours de sa vie. Il s’est réveillé dans ce moment de forte dose de morphine, il m’a regardé et m’a dit : « Tu veux savoir ce que je vois en ce moment ? ».  Fuck oui, je voulais savoir !  Il m’a dit que sur sa couverture, il y avait une fenêtre. Et à l’intérieur, il y avait un charpentier qui sculptait de petits objets et faisait de petites choses.  Et il s’est rendormi. J’y pense encore beaucoup. Quand vous mourez, le corps libère du DMT qui est une autre drogue psychédélique. Donc à ce moment de la mort, quand vous arrivez à ce moment, parce que vous n’avez jamais vécu ça  auparavant et que votre cerveau gère ce moment que lui ne peut pas comprendre, vous ne comprenez pas. C’est un peu comme un trip de LSD. Quand vous êtes sous acide ou sous champignons, votre cerveau est confus et vous essayez de donner un sens aux choses qui se passent à peu près dans le même sens que votre cerveau pourrait être confus quand vous essayez de saisir l’idée de la mort. Vous ne savez pas ce qu’il y a là-bas. Dans le même sens, en prenant des drogues psychédéliques, vous ne savez pas non plus ce qu’il y a là-bas, vous prenez un risque à chaque fois que vous le faites, vous ne savez pas ce que votre cerveau va vous montrer. Avec la mort, c’est la même chose, vous ne savez pas ce que votre cerveau va vous montrer dans ces derniers moments où votre corps est en train de mourir et où votre cerveau libère du DMT.”

PAN M 360 : Vos spectacles en salle comportent une quantité importante de lasers et de brouillard pour créer un décor immersif. Quand je l’ai vécu, j’ai eu l’impression d’entrer en contact avec mon espace intérieur d’une façon magique. Qu’avez-vous prévu pour ces spectacles en direct à longue distance ?

JL : “ C’est la façon dont nous voulons que les gens le vivent, c’est parfait. Nous avons planifié la même chose (rires). Nous avons le brouillard et les lasers. J’ai construit un mur de lumières stroboscopiques derrière nous. Bien sûr, ce ne sera pas la même chose que d’avoir un public, mais nous voulions aborder ces spectacles comme si nous jouions devant un public.”

PAN M 360 :  L’image de la pochette a été peinte  à nouveau par Corri-Lynn Tetz. Le tableau concerne-t-il un événement ou un sujet spécifique ?

JL :  “ J’ai vu un tableau il y a quelques années, c’était presque un tableau de Hieronymus Bosch. Il ressemblait un peu à ce à quoi ressembleraient les fosses de l’enfer. Je lui ai montré le tableau et je lui ai demandé de peindre cette falaise de chaque côté qui descend dans une rivière. D’habitude, je ne lui donne pas beaucoup plus d’informations, juste les éléments de base. Le tableau est génial.  À Todd Stewart, l’illustrateur, j’ai demandé de faire une image miroir de cette  peinture, mais c’est plutôt comme un purgatoire, comme le côté laid, avec l’intérieur qui se déchire, les profondeurs de ce qui se passe à l’intérieur. Sur la pochette intérieure, vous avez tous les éléments de tous les albums plus anciens. Cette œuvre d’art  englobe tout ce que nous avons fait jusqu’à présent, presque comme un portrait de famille.” 

PAN M 360 : Vous avez appelé cet album un avertissement d’orage. Que voyez-vous tous les deux dans cet orage ?

JL : “ Ce titre vient de mon enfance, avant l’Internet. Quand il y avait un avertissement d’orage, on l’annonçait  à la télé. Ça clignotait en bleu et rouge et on pouvait  interrompre n’importe quelle émission. Je me sentais toujours très excité quand il y avait un avertissement d’orage. C’est surtout le fait d’être impressionné par l’orage qui s’en vient. C’est la nature et sa puissance impressionnante qui interrompt votre journée. Nous vivons toujours sans nous rendre compte que la nature est tout autour de nous et,  à tout moment, elle peut complètement perturber ce que nous faisons. Nous sommes tellement absorbés par la rapidité des nouvelles, de la technologie et des médias sociaux que nous ne prêtons pas vraiment attention à ces choses qui pourraient déclencher  des changements massifs. Nous avons réalisé cet album concept d’une durée d’une heure dans lequel nous voulons que les gens se perdent. Il y a de la musique sur Spotify et Apple Music,  tout le monde veut écouter sa simple chanson. Les albums ne sont plus vraiment cool. Nous avons l’impression d’être  parmi  les derniers survivants d’un système dépassé et centré sur l’album. ” 

The Besnard Lakes seront en spectacle virtuel dans le cadre des nuits psychédéliques de Québec ce soir, ainsi qu’en mars et en avril. Pour plus d’informations: Les Nuits Psychédéliques de Québec (lesnuitspsychedeliques.com)

Pour notre critique de leur album c’est juste ici: The Besnard Lakes Are the Last of the Great Thunderstorm Warnings – PAN M 360

Tout le contenu 360

Totalement Sublime| Totalement Immersif | L’univers ambient d’Albédo et Parhélie à la SAT

Totalement Sublime| Totalement Immersif | L’univers ambient d’Albédo et Parhélie à la SAT

À la table d’Annie-Claude Deschênes : entre ustensiles et expérimentation sonore

À la table d’Annie-Claude Deschênes : entre ustensiles et expérimentation sonore

OSL | Naomi Woo | Musique du Nouveau Monde

OSL | Naomi Woo | Musique du Nouveau Monde

Anderson & Roe, grands innovateurs du duo pianistique

Anderson & Roe, grands innovateurs du duo pianistique

Hawa B or not Hawa B ? L’EP « sadder but better » y répond !

Hawa B or not Hawa B ? L’EP « sadder but better » y répond !

Shades of Bowie, pièce composée pour l’homme derrière Blackstar

Shades of Bowie, pièce composée pour l’homme derrière Blackstar

Isabella D’Éloize Perron – à la conquête de l’Amérique avec Vivaldi et Piazzolla

Isabella D’Éloize Perron – à la conquête de l’Amérique avec Vivaldi et Piazzolla

Shaina Hayes et son Kindergarten Heart

Shaina Hayes et son Kindergarten Heart

Piano Symphonique | Julia Mirzoev, Braden McConnell & Antoine Rivard-Landry

Piano Symphonique | Julia Mirzoev, Braden McConnell & Antoine Rivard-Landry

La recette de « l’acclimatisation » de Jean Jean Roosevelt? Produire un album à Montréal!

La recette de « l’acclimatisation » de Jean Jean Roosevelt? Produire un album à Montréal!

In Pursuit Of Repetitive Beats : connexion humaine via la RV

In Pursuit Of Repetitive Beats : connexion humaine via la RV

Un nouveau festival de jazz fondé par Martha Wainwright

Un nouveau festival de jazz fondé par Martha Wainwright

La grande transition d’Anton Webern par le Quatuor Molinari

La grande transition d’Anton Webern par le Quatuor Molinari

Semaine du Neuf | Il n’y a pas de musique sans vent. L’être contre le vent de Matthias Krüger

Semaine du Neuf | Il n’y a pas de musique sans vent. L’être contre le vent de Matthias Krüger

L’électro swana de Deena Abdelwahed: syncrétisme, engagement, nouvelle norme

L’électro swana de Deena Abdelwahed: syncrétisme, engagement, nouvelle norme

Nicolas Boulerice et Frédéric Samson inaugurent le CoolTrad

Nicolas Boulerice et Frédéric Samson inaugurent le CoolTrad

Semaine du Neuf | L’Ensemble Hopper, fréquences liégeoises

Semaine du Neuf | L’Ensemble Hopper, fréquences liégeoises

Semaine du Neuf | Cléo Palacio-Quintin nous parle du Vivier Mix

Semaine du Neuf | Cléo Palacio-Quintin nous parle du Vivier Mix

Semaine du Neuf | Pierre Jodlowski et la « dramaturgie compositonnelle »

Semaine du Neuf | Pierre Jodlowski et la « dramaturgie compositonnelle »

Semaine du Neuf | Architek Percussion et  2 compositrices canadiennes: Sabrina Schroeder et Nicole Lizée

Semaine du Neuf | Architek Percussion et 2 compositrices canadiennes: Sabrina Schroeder et Nicole Lizée

Semaine du Neuf | L’Afghanistan psychédélique de Sam Shalabi et Shaista Latif

Semaine du Neuf | L’Afghanistan psychédélique de Sam Shalabi et Shaista Latif

Semaine du Neuf | Sixtrum : la magie des percussions… aquatiques!

Semaine du Neuf | Sixtrum : la magie des percussions… aquatiques!

Semaine du Neuf | Beethoven 3.0 par l’ensemble collectif9

Semaine du Neuf | Beethoven 3.0 par l’ensemble collectif9

Semaine du Neuf | Les expériences haptiques et interdisciplinaires de Jimmie Leblanc et Fareena Chanda

Semaine du Neuf | Les expériences haptiques et interdisciplinaires de Jimmie Leblanc et Fareena Chanda

Inscrivez-vous à l'infolettre