Grand happening gratuit de beats post-minimalistes à l’UQAM avec les Percussions de Strasbourg, Sixtrum et Architek!

Entrevue réalisée par Frédéric Cardin
Genres et styles : musique contemporaine

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C’est le vendredi 7 novembre à 17h, dans l’Agora du Pavillon Judith-Jasmin de l’UQAM, au centre-ville de Montréal, que sera donné pour la première fois au Canada Field of Vision du compositeur états-unien Michael Gordon. Ce dernier, un maître de l’école contemporaine post-minimaliste et créateur de plusieurs œuvres imposantes pour percussions, à écrit ce vaste morceau de quelque soixante minutes en 2022 pour 36 percussionnistes devant s’exécuter en extérieur. Comme Montréal en novembre c’est, disons, plutôt incertain en termes de météo, on a décidé de proposer cette gigantesque partition dans un espace intérieur et vaste. Ce sera la première fois que ce sera fait et, pour l’occasion, le compositeur sera peut-être même présent! L’occasion de côtoyer une véritable légende vivante, car c’est un peu ce qu’est Michael Gordon, fondateur, entre autres, du célèbre festival Bang on a Can de New York. En plus de Sixtrum et de leurs collègues français des Percussions de Strasbourg et de l’ensemble Architek (de Montréal), pour atteindre le nombre de 36 requis par la partition, on a également fait appel au groupe EP4 et aux étudiant.e.s en percussion des universités McGill, de l’Université de Montréal, de l’UQAM et du Conservatoire de Montréal! Imaginez un peu le jouissif tintamarre que cela fera dans l’Agora de l’UQAM! Pour parler de l’œuvre et du compositeur Michael Gordon, j’ai rencontré le Directeur artistique délégué de Sixtrum, Fabrice Marandola.

INFOS ET BILLETS

PAN M 360 : Parlez-nous de Michael Gordon. Qui est-il et que représente sa musique?

Fabrice Marandola (Sixtrum) : Gordon est un compositeur de New York qui a fondé, avec Julia Wolfe et David Lang le festival Bang on a Can il y a une quarantaine d’années. C’est un représentant de la nouvelle école stylistique associée à New York, une école de pensée qui s’appuie beaucoup sur la pulsation, le beat, en création musicale contemporaine. C’est une école qui a une résonance importante dans la musique contemporaine, et la part de Michael Gordon est particulièrement marquante, surtout pour les percussions car il a créé plusieurs œuvres pour grands ensembles. Par exemple, Timber, une partition extraordinaire pour six poutres de bois  »2×4 », le genre qu’on trouve chez Rona, tout simplement. C’est fou ce qu’il réussit à créer comme timbres et comme sonorités. 

C’est quelqu’un qui est en train de s’inscrire dans le paysage de la percussion contemporaine de façon très forte. Et la pièce qu’on va jouer, nous, elle a déjà été jouée plusieurs fois dans le monde. 

Ça veut dire que c’est quelqu’un qui attire les percussionnistes et qui, en même temps, a une façon d’écrire qui donne envie aux programmateurs de programmer ce genre de truc, un peu fou quand même. 

PAN M 360 : Fait-il partie de l’école répétitive, ‘’minimaliste’’, états-unienne?

Fabrice Marandola (Sixtrum) : Je dirais oui et non, en fait. C’est peut-être plutôt ce qu’on appelle post-minimaliste maintenant. Il y a quand même des différences  avec, par exemple, les ‘’répétitifs’’ originaux tels Steve Reich, qui sont dans la répétition exacte de mêmes cellules, avec de graduelles et subtiles modifications. Avec Gordon, on est avec quelque chose qui est dans la répétition mais aussi dans l’évolution constante, plus marquée. Je vais faire une grosse caricature : on est peut-être entre du Steve Reich et du Xenakis.

Pourquoi je mentionne Xenakis? Parce que les timbres qu’il utilise, c’est dans du bois, du métal. Gordon aime beaucoup les métaux résonnants, notamment le bois pour Timber, où il exploite cela avec profondeur. Xenakis aimait beaucoup ça aussi.

Et puis, il y a une énergie très intéressante du fait de ces grandes vagues qui montent et qui descendent, qui sont assez typiques de son écriture. 

PAN M 360 : Qu’est-ce que Field of Vision? Décrivez-nous la pièce

Fabrice Marandola (Sixtrum) : Field of Vision, c’est une grande pièce d’une heure pour 36 musiciens (percussionnistes). Et ça a été conçu pour être joué, à l’origine, à l’extérieur, dans des parcs.

L’idée, c’est d’aller dans un grand espace, et que les musiciens se déplacent d’un endroit à l’autre avec les instruments. Il y a un côté un peu rituel là-dedans. C’est une pièce qui est constituée de quatre mouvements, de différentes longueurs, et qui commence notamment avec des choses résonantes. Puis il y a un moment où on est avec des pierres et avec des fagots de bois. Là, c’est le côté rituel où tout le monde se déplace en tournant avec les pierres. Ceux qui ont les fagots de bois les montent au-dessus de leur tête, etc.

À d’autres moments, on utilise 24 tambours de freins en deux cercles de douze. 

PAN M 360 : Des tambours de freins?

Fabrice Marandola (Sixtrum) : Oui, oui, les trucs pour les freins de voitures! Ça a un côté métallique avec un tout petit peu de résonance, mais pas beaucoup. Et puis, ça ne coûte pas cher… On ajoute des grosses caisses et des tam-tams dans un dispositif en cercle. 

Puis on se redéplace. Il y a beaucoup de mouvement. Les spectateurs, eux, sont libres de se balader où ils veulent. L’idée, c’est qu’il n’y a pas un endroit précis pour écouter. On peut marcher, on peut évoluer, on peut se déplacer, puisque c’était conçu pour l’extérieur.

Comme on est au Québec et que c’est début novembre, on n’a pas voulu prendre de risque. Et donc nous, on va être à l’intérieur. Et c’est la première fois que ce sera joué ainsi. L’UQAM nous a accueilli dans son Pavillon Judith-Jasmin. Quand on sort du métro et qu’on rentre à l’UQAM, il y a cet atrium sur à peu près quatre ou cinq étages. Nous serons en bas, au premier et au deuxième étage, tout en nous déplaçant. Les spectateurs pourront être en bas, pourront aussi se mettre au deuxième, au troisième et au quatrième étage. On pourra voir tout ce qui se passe, toute l’action. 

L’entrée est gratuite. Donc, qui veut passe, s’arrête, apprécie. Et puis, s’ils aiment, ils restent. S’ils n’aiment pas, ils sont libres de continuer leur chemin. L’idée, c’est d’apporter la musique là où les gens sont. 

Dès qu’il y a des humains qui se rassemblent, il y a souvent un aspect rituel. Il y a toujours une organisation plus ou moins consciente de la manière dont on interagit les uns avec les autres. Et donc, Gordon, lui, a ritualisé la pièce avec des mouvements 1, 2 et 4 qui sont très rythmiques et le troisième qui est très ouvert avec de grandes respirations, de grands crescendos et decrescendos.

À la fin, on aura 36 lames suspendues, avec une douzaine de gongs qui se font face de l’autre côté, et des grosses caisses. Ce sera comme un rituel final très puissant, énergisant. 

PAN M 360 : C’est la belle qualité peut-être de ce Michael Gordon de réussir à proposer une musique d’avant-garde, une musique contemporaine assez rigoureuse, exigeante, mais en même temps très accessible… Est-ce la première fois que vous jouez sa musique?

Fabrice Marandola (Sixtrum) : Oui. On a voulu faire Timber, mais ce sont nos collègues de Québec, EP4, qui s’en sont occupé, finalement. Depuis, on cherchait à faire une autre pièce de Michael Gordon et en même temps on cherchait des œuvres pour faire à l’extérieur. En feuilletant un peu je suis tombé sur Field of Vision. Je me suis dit OK, ça, ça rentre exactement dans ce qu’on veut faire. J’ai alors contacté le compositeur. Ce sera la première canadienne, et en plus, la première exécution à l’intérieur. Pour ces raisons, Gordon sera peut-être présent!

Et en plus, on aura les Percussions de Strasbourg avec nous, pour qui ce sera aussi la première interprétation de Field of Vision. Imaginez l’honneur et la qualité que ça donnera! Avec Architek, EP4 (de Québec), les étudiants de McGill, de l’UQAM, de l’Université de Montréal et du Conservatoire, ce sera tout le monde des percussions classiques de Montréal, voire du Québec, qui sera là.

PAN M 360 : Quels sont les défis reliés à la réalisation de cette pièce?

Fabrice Marandola (Sixtrum) : C’est plus compliqué que nos projets habituels. Juste pour répéter, il faut trouver le lieu pour le faire. Présentement on répète à McGill dans le Multimedia Room. On doit tirer profit de ce lieu pour tester la réverbération qu’il y a dans l’atrium de l’UQAM. C’est différent, mais on va quand même pouvoir simuler un petit peu. En extérieur, le son meurt assez vite, alors que là, on va avoir un son qui va grandir et s’accumuler, notamment tout ce qui est résonance de métaux. En amont, on doit être capable de penser à ça et d’adapter notre façon de jouer.

Et puis, il faut organiser le transport des instruments. Dans un espace aussi grand et public, il y a toutes sortes d’enjeux de sécurité. Il faut respecter le corridor de passage pour aller au métro, passer les escaliers, etc. Techniquement, c’est un peu plus que nos concerts habituels, disons. 

PAN M 360 : Qu’est-ce que ça fait de jouer avec un ensemble légendaire comme les Percussions de Strasbourg?

Fabrice Marandola (Sixtrum) : C’est fantastique bien entendu. On est allés jouer avec eux en Europe, et ils nous ont fait visiter leurs réserves d’instruments. Je pense qu’il y a six ou sept mètres de haut d’instruments sur des étagères! Le nombre d’instruments qu’ils ont est absolument incroyable.

On a la chance de les avoir en Amérique du Nord cette fois parce qu’ils viennent jouer pour la 50e convention de percussions aux États-Unis qui s’appelle le PASIC, Percussive Art Society International Convention. Et c’est la première fois qu’ils vont jouer dans ce festival qui est le plus gros rassemblement de percussionnistes au monde. C’est 6 000, 7 000 percussionnistes qui se rassemblent pendant 3 jours.

Ils vont arriver à Montréal directement après. Et donc, on avait la chance d’avoir un petit créneau pour pouvoir les avoir avec nous.

Les mélomanes auront la grande chance d’en profiter car ils donneront un concert à McGill le 5 novembre avec du Steve Reich, notamment (Mallet Quartet entre autres). Et puis, le 6 au matin, ils donneront un masterclass à McGill.

Et le 7, on est en concert à l’UQAM.

PAN M 360 : Permettez-moi de revenir à Michael Gordon. Quelle est la difficulté particulière pour jouer sa musique?

Fabrice Marandola (Sixtrum) : c’est de la musique qui est faussement simple. C’est très pulsé, donc ça, déjà, c’est rassurant. Mais c’est très précis dans la manière dont on ‘’se passe la poque’’, en fait, d’un musicien à l’autre avec les changements de vitesse. Il faut que chaque ligne individuelle soit complètement souple et donner l’impression que ce sont des changements de vitesse très simples. Mais en même temps, on ne peut pas se permettre de prendre un petit peu de liberté sur ces changements-là parce que la prochaine personne prend notre vitesse. Il y a beaucoup, beaucoup de détails dans le jeu. Il faut être extrêmement précis pour que ça fonctionne.

Aussi, c’est une heure non-stop. Il faut quand même être ‘’focus’’ pendant une heure. 

L’avantage par contre c’est qu’on a un plaisir immédiat à jouer cette musique 

PAN M 360 : Il y a longtemps eu du snobisme manifesté par le milieu contemporain face à cette esthétique musicale….

Fabrice Marandola (Sixtrum) : Oui, surtout du point de vue européen. Mais ça change.

PAN M 360 : Gordon a participé à une certaine démocratisation de la musique contemporaine avec Bang on a Can, dont on parlait plus tôt. Un festival de création non dogmatique, décontracté, dans lequel on a pu entendre des artistes venant de l’académisme savant, du jazz, du rock, de l’électro, de l’improvisation libre, etc. Peut-on rêver d’un Bang on a Can Montréalais?

Fabrice Marandola (Sixtrum) : Ça serait génial! Oui ça serait tout à fait possible! La couleur serait différente, car Montréal a une personnalité plus européenne, mais la diversité des créativités artistiques ici est fantastique et se prêterait parfaitement à ça. 

PAN M 360 : La portion indie-rock de la ville apporterait aussi quelques chose d’original et unique…

Fabrice Marandola (Sixtrum) : Ah oui, en effet, ce serait génial!

PAN M 360 : On peut en rêver. En tout cas, PAN M serait présent!

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