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Porto Porto ! n’exclut rien, vise le grand tout

Interview réalisé par Alain Brunet

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Porto Porto ! est l’une de ces formations de pointe pour qui la musique de pointe ne doit exclure aucun champ d’inspiration.

Porto Porto ! préconise fusion singulière des instrumentations et des référents stylistiques. 

Porto Porto ! étudie l’équation aujourd’hui + hier = demain. 

Porto Porto ! suggère une puissante déclinaison de l’éclectisme en 2021 : électronique, électrique, numérique, analogique, acoustique, improvisé, écrit, programmé, suites composées, suites improvisées, ambient, techno, ethereal wave, space jazz, groove, house, kuduro , on en passe.

La créativité numérique prévoit désormais toutes les associations, tous les amalgames, une grande diversité de référents. Porto Porto ! y souscrit.

Quatre artistes de MTL aux origines distinctes pavent leur chemin. Samito du Mozambique, Fender Rhodes, programmation, voix.  Alex Tibbitts de Californie, harpe, machines, voix. Quan du Vietnam, synthétiseurs modulaires.  James Benjamin alias Boogieman, de MTL, claviers, synthés, programmation, désign sonore.

En peu de temps depuis sa constitution, Porto Porto a beaucoup enregistré  en audio comme en audiovisuel. Le band s’est peu produit, des concerts virtuels ont d’ores et déjà été diffusés à MUTEK Tokyo et MUTEK Mexico, voilà le premier concert d’envergure devant public, ce qui justifie la conversation qui suit. Il y est question de cet ambitieux concert donné avec invités,  joué au MTelus en première mondiale, vendredi 27 août, dans le cadre de la soirée Nocturne 1 de MUTEK Montréal. 

PAN M 360 : Nous avons accès aux prémisses musicales de Porto Porto ! , nous voulons en savoir plus. Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce projet passionnant ?

James Benjamin/ Boogieman : C’est un projet assez récent. Avec la pandémie, il a débuté l’année dernière. Samito et moi avions une collaboration, nous avons joué à MUTEK en 2020, puis j’ai réuni le duo et les nouveaux éléments aux Breakglass Studios, dont je suis copropriétaire depuis 12 ans et qui m’ont beaucoup aidé dans ma propre carrière de musicien. On a commencé à faire de la musique ensemble, à la volée, on a vu où ça allait. Au fur et à mesure des séances, des pièces ont émergé, nous avons fait beaucoup d’enregistrements,  nous avons touché de nombreux écosystèmes musicaux. Et nous sommes devenus de bons amis. Ce changement est naturel, nous sommes prêts pour la prochaine étape. 

PAN M 360 : Après avoir écouté les premiers enregistrements, suggérons que Porto Porto ! propose une chillwave électronique et la combine à différents rythmes et aussi un influx de spacey electric jazz dans le courant des séances mythiques de Miles Davis entre 1968 et 1972. Comment le décririez-vous vous-même ?

James Benjamin/ Boogieman : Cette description est exacte mais notre musique va aussi stylistiquement ailleurs, vous le verrez en concert. Cette musique de Porto Porto est devenue un véritable melting pot.

PAN M 360 : Porto Porto n’est pas seulement une musique éthérée, il y a des aspects de composition. Pouvez-vous en parler ?

James Benjamin/ Boogieman : Bien sûr, il y a un aspect expérimental dans notre musique, mais nous sommes aussi tous intéressés par la composition. Samito et moi travaillons ensemble depuis quelques années, nous pensons aussi aux accroches et aux structures de chansons. Samito est aussi un producteur naturel. Et j’aime aussi me voir comme ça. Toutes ces influences sont donc tangibles, notre prochain spectacle offrira le cadre de création pour l’album à venir. 

PAN M 360 : Voyons maintenant l’instrumentation.

James Benjamin/ Boogieman : Ok. L’instrumentation est basée sur des synthétiseurs modulaires construits par Quan – ce gars a un esprit très intéressant, il conçoit ses propres instruments à partir de rien et il a sa propre compagnie de synthétiseurs modulaires, donc nous jouons tous les deux des synthétiseurs modulaires et nous apprenons beaucoup l’un de l’autre. Samito joue aussi des claviers, principalement le Fender Rhodes. AlexTibbitts joue de ce qu’elle appelle une harpe bionique, un instrument analogique qui peut également générer des effets sonores au-delà du son naturel de la harpe. Elle est également connectée à certains logiciels et ordinateurs. Donc avec ces excellents musiciens formés, nous avons pensé qu’il serait vraiment cool d’enregistrer de longues séances, voire composer des suites.

PAN M 360 : Le prochain concert est une nouvelle étape, il y en aura d’autres. Quoi  

James Benjamin / Boogieman : Pour ce concert, nous ajoutons de la basse.  En studio nous avons fait équipe avec Milo Johnson (Busty and the Bass), fantastique bassiste et également compositeur, nous avons enregistré quelques sessions. L’ajout d’un super bassiste de jazz nous a permis d’explorer d’autres sons avec nos claviers. Pour le spectacle MUTEK, toutefois, Milo sera remplacé par un autre bassiste car il se trouve actuellement en Colombie Britannique et ne peut traverser le pays.  Il y aura également deux joueurs de cordes qui accompagneront certaines parties de la musique. Ce sera donc la première fois que nous présenterons tout un tas de chansons et de mouvements, de sentiments différents, d’ambiances, de lignes vocales, d’accroches et aussi de choses expérimentales. 

PAN M 360 : Y a-t-il des leaders conceptuels dans ce groupe ?

James Benjamin/ Boogieman : C’est toujours en évolution mais cette musique vient des 4 membres principaux. Quand nous avons commencé à jouer ensemble, nous avons essayé de faire en sorte que chaque personne soit capable de diriger et d’écouter attentivement les autres. Donc les choses sont poussées dans différentes directions et aussi des choses sont tirées vers le centre.  C’est un projet d’équipe, tout le monde participe, chacun dit ce qu’il veut dire, c’est une question de consensus, nous faisons tous de la musique ensemble. 

PAN M 360 : Il y a donc une évolution importante depuis que nous avons assisté à l’expérience de Boogieman et Samito.

James Benjamin/ Boogieman : En effet, c’est assez différent mais c’est aussi une expansion de ce duo, qui devient maintenant une part de l’univers de Porto Porto !  Il y a quelques titres qui sont prêts à sortir, un album suivra. Le concert à MUTEK vous donnera une idée de cet univers sonore et de l’album. Nous fréquenterons plusieurs endroits différents mais il y aura des fils qui connecteront le tout. 

PAN M 360 : Donc la prochaine étape sera un album et… encore plus ?

James Benjamin / Boogieman : Ambitieux est un bon mot pour décrire Porto Porto !. Dans mon esprit, nous pourrions éventuellement avoir un orchestre autour. Notre truc, ce n’est pas seulement l’improvisation expérimentale, ce sont des joueurs entraînés qui lisent les diagrammes et les accords, qui savent vraiment ce qu’ils font. Une étape à la fois mais… nous avons l’intention d’entourer cela de plus grands ensembles.

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