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NOBRO : Femmes soniques

Interview réalisé par Patrick Baillargeon

Avec le EP Sick Hustle, NOBRO prouve à tous ceux qui en doutaient encore que le rock conjugué au féminin est aussi ravageur que rassembleur. PAN M 360 a rencontré le groupe et vous présente EN PRIMEUR le tout nouveau clip « Don’t Die », réalisé par l’artiste Greg Doble.

Genres et styles : punk rock

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Crédit photo : Chris MacArthur

Comme tout le monde, NOBRO avait des plans. Des plans de concerts avec Pussy Riot au CMW de Toronto, de tournées et de festivals au Québec et ailleurs… et comme pour tout le monde, ces plans sont pas mal tombés à l’eau, vous savez tous pourquoi. Toutefois, s’il y a un projet qui n’a pas été annulé, mais simplement repoussé de quelques semaines, c’est la sortie du EP de 4 titres Sick Hustle – sur l’étiquette torontoise Dine Alone – et du clip qui l’accompagne. « Le clip est pour la chanson Don’t Die… On devait lancer tout ça il y a quelques semaines, mais disons qu’avec tout ce qui est arrivé, on a pensé que ce n’était peut-être pas la meilleure idée de sortir ça trop vite », explique la batteuse Sarah Dion, interviewée en compagnie de la claviériste-percussioniste Lisandre Bourdages, toutes les deux en quarantaine après un voyage au Mexique. « On s’est dit que le timing n’était peut-être pas très bon. Je sais que c’est un dessin animé, qu’il n’y a rien de glauque ou de sinistre, mais on a préféré attendre un peu que ça soit moins la panique avec cette histoire de pandémie et que notre chanson soit mal interprétée ». 

Créé il y a environ six ans par la fougueuse bassiste et chanteuse Kathryn McCaughey, NOBRO a vu défiler plusieurs musiciennes en son sein avant d’en arriver à la formation actuelle. Une mutation qui a transformé le son et l’énergie du groupe montréalais. Aujourd’hui, les quatre musiciennes (Karolane Carbonneau se chargeant de la six cordes) balancent un furieux mélange de rock lourd – et d’un peu de pop – capable de faire rougir L7. « Quand Kathryn a démarré le groupe, son idée était de regrouper les musiciennes les plus flashy et show-off, de les mettre sur un stage et faire des chansons rapides et intenses avec elles », souligne la métronomique Sarah Dion. « C’était vraiment un statement et le nom du groupe ne laisse aucune place au sous-entendu. No bro. Un premier EP est paru en 2015 mais il n’y avait que Kathryn du groupe actuel. Ensuite Lisandre, Karolane et moi sommes toutes arrivées à des moments différents. Je dirais que ça fait à peu près un an et demi que nous jouons toutes les quatre ensembles, et là c’est notre premier disque. C’est pas mal différent de ce que l’ancien band faisait. C’est comme un nouveau départ. »

« Avant c’était pas mal plus punk, plus garroché », renchérit Lisandre Bourdages, qu’on retrouve aussi dans les rangs des Shirley en compagnie de Sarah Dion et de Comment Debord avec Karolane Carbonneau. « Maintenant, je dirais qu’on met plus de temps et de travail dans la recherche de tonalités, dans la composition des chansons. C’est plus complexe et on a aussi plus d’assurance. Là on a des percussions, des claviers… le son est beaucoup plus riche, moins punk et plus rock 70s, stoner et même pop. On suit pas mal les influences de Kathryn : T-Rex, Betty Davis, Black Sabbath, MC5… Quant à moi, j’ai étudié les percussions latines, Sarah a eu un band de reggae, Karolane était dans un combo free-jazz… Donc quand on met tout ça ensemble, on s’arrange pour que toutes ces influences soient cohérentes. » 

F-Rock

S’affichant comme un groupe de rock féministe, les filles de NOBRO précisent toutefois que cette prise de position ne se reflète pas vraiment dans les paroles du quatuor. « Je me vois plus comme une musicienne dans un groupe de rock, admet Sarah Dion. Mais l’idée de base, le statement en fait, c’est que NOBRO est un groupe de filles qui font du rock. Pour montrer que quatre femmes ensemble sont capables de super bien maîtriser leurs instruments et de tout déchirer. Mais avec les années, on s’aperçoit que c’est de moins en moins rare de voir des groupes uniquement composés de femmes. Le jour où ce sera la norme, là je dirai qu’on a gagné notre cause. »

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