MAYSUN à MUTEK : percussions, synthés modulaires, textures

Entrevue réalisée par Jade Baril
Genres et styles : ambient / électro / expérimental

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Passionné de l’improvisation de type ambient expérimental, Etienne Mason, alias MAYSUN se produit gratuitement au festival MUTEK le 26 août prochain, au Parterre du Quartier des spectacles.

Depuis 2016, il utilise le pseuso MAYSUN pour ses projets solos, ce qui le distingue d’autres projets auxquels il a participé.

Il est aussi batteur de très bon niveau et compte sur sa chaîne YouTube plus de 500 vidéos d’improvisation et d’exploration, dont certains ont des objectifs pédagogiques – il y enseigne certaines techniques sur la recherche texturale en musique.

Il discute de tout ça avec PAN M 360.

PAN M 360 : Comment t’es-tu lancé en musique ?

Etienne Mason : Mon père est bassiste, j’ai commencé à jouer de la batterie à l’âge de 9 ans. Ensuite,  j’ai étudié en musique à l’école secondaire, au cégep et à l’université pour finalement lancer mon projet personnel 5 ans la fin de mon parcours scolaire. La batterie est mon instrument principal et je produis de la musique depuis que j’ai cet instrument. Maintenant, je fais plus de choses mais initialement, c’était la batterie.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui t’inspire le plus à créer?

Etienne Mason : Je dirais que je suis toujours inspiré. Les pièces, du moins ma musique personnelle comme les albums et les EP à mon actif, sont toujours inspirées d’événements de la vie. Ce n’est pas nécessairement une situation particulière, c’est plutôt l’ensemble. En fait, c’est comme si je mettais de la musique sur des images ou un film, et ce film est ma vie. C’est de là que je puise mon inspiration pour ma musique.

PAN M 360 : Peux-tu me nommer des artistes qui t’inspirent?

Etienne Mason : Oui. J’aime beaucoup la musique de Philip Glass. C’est de la musique minimaliste répétitive et j’aime ce genre de musique en général. J’aime aussi la musique de Tim Hecker ainsi que des groupes jazz comme The Bad Plus. Je tente de faire un mélange de toutes ces influences, toute la musique que j’apprécie, et d’ajouter le tout dans la mienne.

PAN M 360 : Quel est ton processus de création?

Etienne Mason : Souvent, ça va partir de sons provenant de mon synthétiseur que je vais transformer pour obtenir de nouveaux sons. Par exemple, je peux les passer sur du ruban cassette pour ajouter des intersections dans le son. Ainsi, ça peut me donner des idées pour choisir la direction. Sinon, je vais prendre ce même son et le faire traverser dans des haut-parleurs répartis dans des pièces différentes, des endroits, pour préenregistrer ce son. Je vais retravailler ce son jusqu’à ce qu’il se précise et trouve sa direction.

Je dirais que je crée plus des textures que des notes. La musique que je fais ce n’est pas vraiment accord-mélodie, je le vois plus comme un gros sentiment, une ambiance. Je travaille surtout à créer des textures intéressantes qui sont répétitives, mais qui ont des différences dans les micro-détails afin de maintenir l’attention de l’oreille. C’est ce que j’essaie de créer à la base, mais quand j’obtiens ces textures, je commence à ajouter d’autres sons par-dessus ou essayer de joindre la batterie.

PAN M 360 : Quelle est ta technique préférée lorsque tu retravailles les sons?

Etienne Mason : Ma technique préférée est de ralentir le son dans l’ordinateur ou sur du ruban cassette. Tu enregistres du son sur une cassette et que tu la fais jouer au ralenti, ça étire toutes les textures dans le son, ça amène chaque détail de l’avant. Ça diminue aussi la hauteur de la note, ce qui rend le tout plus enveloppant. À l’inverse, j’aime aussi faire jouer des textures plus rapidement dans un espace. Je prends ensuite ce son et je le ramène à sa vitesse originelle. Comme ça, j’exagère le son des bruits ambiants. Le son de la pièce est quand même à la vitesse normale et quand tu le ramènes à sa vraie vitesse, les sons ambiants sont doublés ou même quadruplés.

PAN M 360 : Que comporte ton équipement de production?

Etienne Mason : Je dirais que ça change tout le temps. Depuis quelques années, j’utilise beaucoup le synthétiseur modulaire. J’aime les bruits dans les endroits physiques donc je vais souvent partir d’un son du synthétiseur modulaire que je vais diffuser dans un haut-parleur situé dans une pièce et c’est à ce moment que je vais l’enregistrer pour capter la résonance de la pièce avant de travailler le tout dans l’ordinateur. Le son devient un peu plus réel que les sons provenant directement du synthétiseur. Il y a donc l’interprétation de l’endroit physique dans le son. Il peut y avoir des échos différents ou même des bruits ambiants de l’extérieur qui vont entrer, moi qui respire par exemple. Tout ça entre dans le son et ensuite je le traite avec l’ordinateur pour créer une texture. En somme, c’est tout simplement amener le son dans un espace réel pour le rendre plus vrai. C’est moins froid que le son direct d’un synthétiseur.

PAN M 360 : Tu conçois l’entièreté de tes chansons, combien de temps ça peut te prendre pour peaufiner une pièce à ton goût?

Etienne Mason : Je ne travaille pas tant par chanson. Quand je travaille sur un album ou un EP, je travaille sur l’entièreté de la chose en même temps. Je vois tout ça comme une grosse pièce. Ça peut me prendre plusieurs mois pour un album ou un EP, mais pour les trucs plus expérimentaux comme les vidéos que je mets en ligne, ça peut me prendre une ou deux heures.

PAN M 360 : Que voudrais-tu que les gens ressentent en écoutant ta musique?

Etienne Mason : Je pense que ça prête à libre interprétation. J’essaie, pour mes prestations, de faire de la musique qui enveloppe les gens afin qu’ils se sentent dans un espace pré-méditatif, qu’ils se sentent ailleurs du moins. Pour les albums que j’enregistre, j’utilise beaucoup l’enregistrement binaural, ça me permet de placer le son en 3D autour de la tête lorsque l’auditeur à des écouteurs. J’essaie vraiment qu’il y ait un environnement qui vient envelopper l’auditeur, comme si c’était de la réalité augmentée, mais avec le son. Pour l’émotion, je dirais peut-être la mélancolie et l’espoir.

PAN M 360 : Depuis quand fais-tu des concerts?

Etienne Mason : Avec mon projet personnel, j’en fais depuis 2016, mais je n’en ai pas fait beaucoup. C’est surtout dû au fait que j’ai beaucoup de difficulté à tout faire en même temps ou trouver le bon équipement pour jouer du synthétiseur et de la batterie en même temps. Cependant, je commence à m’en approcher. Je suis un peu stressé quand je fais des concerts, mais j’aime avoir le son réel dans une pièce avec des gens. Ça fait différent de juste tout seul chez moi devant mon ordinateur. Le stress vient surtout de l’organisation de la logistique. C’est vraiment un défi pour moi.

PAN M 360 : À quoi peut-on s’attendre de ton concert au festival MUTEK?

Etienne Mason : Ce sera surtout des pièces retravaillées de mes deux derniers albums avec des pièces du prochain qui n’est pas encore sorti. Donc, j’ai pris les pistes, je les ai retravaillées pour que ça fonctionne dans une machine. Mon arrangement pour le spectacle est génial! La batterie envoie des impulsions au synthétiseur pour déclencher des sons, ce qui fait que je peux improviser à la batterie, qui elle envoie de l’information au synthétiseur. Le synthétiseur génère du son et me permet en fin de compte d’interagir avec ce son produit par ce dernier. C’est comme une improvisation entre la batterie, le synthétiseur et moi.

PAN M 360 : Quels sont tes prochains projets?

Etienne Mason : Je vais sortir un album bientôt. J’ai déjà commencé à travailler sur le prochain. J’aimerais aussi aller à plus de résidences artistiques à l’international, vraiment n’importe où dans le monde. J’aime m’isoler dans un endroit qui fait partie de l’œuvre. Ça serait plaisant d’en faire un peu partout. J’essaie aussi de faire plus de musique pour le cinéma. D’ailleurs, je commence à travailler sur un film dans quelques semaines. Ça va être officiellement mon premier projet de film, mais j’aimerais vraiment en faire plus.

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