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Katia Makdissi-Warren boucle la boucle à la SMCQ

Interview réalisé par Alain Brunet
Genres et styles : classique arabe / musique contemporaine

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D’origines écossaise et libanaise, la Québécoise Katia Makdissi-Warren a consacré son œuvre aux métissages culturels en musique contemporaine. Souvent mises de l’avant par son ensemble OktoEcho, ses intégrations singulières de musiques classiques arabes et occidentales sont remarquables, et l’on ne compte pas son travail d’hybridation avec d’autres souches musicales, dont plusieurs musiques puisées dans la culture autochtone au Canada. 

Voilà pourquoi la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) l’a choisie  en 2019 afin d’illustrer la richesse de son œuvre et lui commander une quinzaine de nouvelles compositions dans le contexte d’une série hommage échelonnée sur près de deux ans – prolongée à cause de la pandémie. 

Depuis septembre 2019, la SMCQ met son travail en lumière malgré le contexte sanitaire, pas moins de 24 œuvres de son cru auront été jouées et la dernière étape a lieu ce jeudi 17 juin, 19h. Ainsi, la SMCQ conclut sa saison en formule hybride  (salle et webdiffusion) avec le programme Dialogues à la Cocathédrale Saint-Antoine-de-Padoue de Longueuil.

Initié par la flûtiste Marie-Hélène Breault autour d’œuvres de Katia Makdissi-Warren, ce programme boucle la boucle par une une exploration d’œuvres pour flûtes. Des pièces pour harpe et voix complètent ce programme pour le moins contemplatif. 

Au programme de Dialogues, musiques écrites et improvisées s’inspirent notamment du  nay (flûte de roseau jouée dans les musiques arabes, turques et perses) et impliquent une dizaine d’interprètes au confluent des traditions occidentales et orientales. 

« L’idée d’échange est fondamentale dans l’écriture de Katia. Elle laisse une grande liberté dans l’interprétation, alors c’est un vrai plaisir de pouvoir s’investir  avec nos propres idées … Et plus largement, il y a évidemment le dialogue entre les cultures qui ressort dans son style», indique Marie-Hélène Breault par voie de communiqué. 

Voilà autant de raisons de s’entretenir avec la principale intéressée.

PAN M 360 : Était-ce la meilleure façon de conclure cette série ?

Katia Makdissi-Warren :  « Je suis très contente que la SMCQ ait maintenu la présentation de ce dernier programme mis en œuvre par la flûtiste Marie-Hélène Breault qui travaille fort et qui a monté tout un programme de mes œuvres. Je suis heureuse de conclure avec elle, avec qui je collabore depuis plus d’une quinzaine d’années. C’est vraiment bien !

PAN M 360 :  Quel est l’esprit de ce programme?

Katia Makdissi-Warren : Les pièces choisies sont plutôt méditatives car il faut tenir compte de la réverbération dans la cathédrale. En toute connaissance de cause, Marie-Hélène n’a pas choisi mes pièces plus rythmées.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous décrire certaines œuvres sélectionnées?

Katia Makdissi-Warren : Bien sûr! D’abord, Le dialogue du silence s’inspire d’un livre du philosophe japonais Itsuo Tsuda, Le dialogue du silence / École de la respiration, un ouvrage qui porte sur le souffle. Ça m’avait fascinée, j’y avais réalisé que la musique se trouvait aussi dans le silence. Ma pièce s’inspire donc de cette vision du silence qui se rattache aussi à la flûte shakuhachi japonaise et au takassim arabe. Une rencontre, en quelque sorte. Marie-Hélène avait beaucoup aimé cette pièce, elle la joue d’ailleurs depuis plusieurs années. Un jour, elle m’a annoncé qu’elle voulait faire plus autour de cette pièce, soit en créant un arrangement pour plusieurs flûtes traversières spatialisées  – flûtes alto, basse, contrebasse. C’est super beau! Cet arrangement de Marie-Hélène sera donc une création.

Ô Virtus s’inspire de la pionnière Hildegard von Bingen  (1098-1179), pour voix, flûtes et piano, plus méditative. Dans cette pièce, j’ai choisi un poème inspiré de l’espace et du temps. La composition est fondée sur un jeu de motifs, elle peut changer d’une interprétation à l’autre car les interprètes choisissent de jouer eux-mêmes ces motifs qui s’imbriquent, sorte de hors-tempo à la manière de Messiaen. Peu importe comment ils sont arrangés, ces motifs arrivent donc à s’ imbriquer.  Ainsi, j’ai superposé plusieurs motifs de flûte ou de piano pour que cela puisse marcher à 30 voix. Ici on en a trois.

La Dame du Nil, pour harpe solo, se veut un hommage à la seule femme pharaon de l’histoire de l’Égypte antique, Hatchepsout. Durant son règne, les échanges commerciaux avec les empires voisins allaient bon train, son règne en fut un de paix et de découverte – dont la myrrhe. Une archéologue qui travaillait sur sa redécouverte m’avait contactée afin que je compose une pièce en son hommage. Et voilà.

Jetstream est une commande de musique contemporaine pour flûte et marimba, en l’occurrence Marie-Hélène Breault et Catherine Meunier. J’ai intégré quelques trucs du Moyen-Orient mais le langage est plus proche de la musique contemporaine. 

Au programme, une autre pièce improvisée s’inspire de la musique bédouine, du mejwez.  J’y suis plus metteure en son; au départ j’avais composé avec Marie-Hélène une petite pièce de musique bédouine pour deux ou trois phrases et elle m’avait dit que ce serait le fun de le mettre en environnement sonore. C’est une création improvisée entre elle et moi.

PAN M 360 : Que retenir de ce passage important à la SMCQ?

Katia Makdissi-Warren : Je suis très heureuse de cette collaboration!  J’ai beaucoup appris avec son directeur artistique Walter Boudreau, à la fois très ouvert, très créatif et très précis. Nous avons ensemble couvert beaucoup de terrain, jusqu’au public jeunesse avec une pièce chorale impliquant un millier d’enfants sur scène. J’ai alors travaillé avec le chant de gorge inuit, les enfants apprendraient autre chose que les clichés autochtones, autre chose que les tipis et les plumes.

Autre point fort : avec un orchestre de Kamloops sous la direction de Dina Gilbert, j’ai eu le bonheur de découvrir la Nation autochtone Secwepemc. Cette belle collaboration qui a débouché sur d’autres, d’ailleurs. Je suis très contente que ça se soit passé et que ça puisse continuer.  C’était avant la découverte de l’horreur à Kamloops, et tant mieux que ces événements tragiques nous permettent au moins de prendre conscience de leur condition et de leur culture.

Dialogues est un concert gratuit, en salle et en ligne

Jeudi 17 juin 2021, 19 h

Cocathédrale Saint-Antoine-de-Padoue

55, rue Sainte-Elizabeth – Longueuil (Québec)

Coproduction SMCQ, Marie-Hélène Breault, OktoEcho

Infos –  Billetterie

Programme

  • Katia Makdissi-Warren : Dialogue du silence (2003), Jetstream (2007), Ô Virtus (2018), Chants du prophète (2012, 21), La dame du Nil (2011), Dialogue de l’écho (2003, 2021) 
  • Caroline Lizotte : La Madone, op 43 (2009) 
  • Marc Hyland : Rosarium (2005, 2012)

Interprètes

  • Marie-Hélène Breault, direction artistique, arrangements, flûtes 
  • Guy Pelletier, flûtes 
  • Geneviève Déraspe, flûtes 
  • Jeffrey Stonehouse, flûtes 
  • Ghislaine Deschambault, mezzo-soprano 
  • Vincent Ranallo, baryton 
  • Catherine Meunier, percussions 
  • Pamela Reimer, piano 
  • Antoine Malette-Chénier, harpe.
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