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Gary Légaré : une patience… inouïe

Interview réalisé par Maude Bélair
Genres et styles : hip-hop / rap keb

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Il semble toujours y avoir de l’espace pour de nouveaux apprentis au sein de l’effervescent monde du rap keb. Apprentis ?  Soyons honnêtes, Gary Légaré n’est pas exactement un néophyte : peut-être l’avez-vous déjà vu et entendu au sein de L’Amalgame ou encore des Fourmis, collectifs montréalais de rap multidisciplinaire.

Cette fois,  Gary Légaré se présente seul et sans équipage sur un tout premier projet : Inouï. Avec l’envolée de son confrère Vendou (aussi membre de L’Amalgame et également sa seule collaboration sur le EP), l’occasion était « juste trop belle pour ne pas la saisir ».  

Même si Gary Légaré « n’a toujours fait que du rap », ce dernier a dû se résoudre à laisser de côté tout ce qu’il croyait savoir pour apprendre une nouvelle méthode de travail. Loin de ses frères, le jeune rappeur a non seulement revisité son processus créatif, mais a aussi appris à mixer, à enregistrer… à faire un projet solo de A à Z. 

Rassurez-vous, il n’était pas complètement seul à s’atteler à cette tâche d’une envergure impressionnante  : FouKi, aussi connu sous le  (vrai)nom de Léo Fougères, a mis de côté son crayon pour prendre le rôle de beatmaker dans ce projet. Alors que l’on connaît ce dernier par son ton enjoué (comment oublier l’été où la chanson Gayé jouait constamment, toujours et partout ?) sur les excellentes productions de son ami, le Michel silencieux. Sur Inouï, les deux semblent avoir choisi de se perdre… pour mieux se retrouver. 

D’ailleurs, si  cet EP n’a pas la prétention de révolutionner le rap québécois, il peut certainement se démarquer par la patience des deux complices : bien que tous les deux ne soient pas novices, ils ont dû travailler de pair pour produire du contenu à la hauteur de leurs attentes. Gary Légaré nous prouve ici  qu’avec patience et humilité, il est possible de s’améliorer et surtout, de se dépasser. 

Avec lui, PAN M 360 en apprend davantage sur ce tout nouveau projet… et de ceux à venir. 

PAN M 360 : Pourquoi avoir choisi le pseudonyme de Gary Légaré ? 

Gary Légaré : Je trouvais ça drôle de faire comme Claude Bégin, qui m’a beaucoup influencé dans mon choix. Mais la vérité est que cela est plutôt né d’une histoire : je fais de la musique avec un collectif qui se nomme L’Amalgame et nous faisions de la musique dans l’appartement de l’un d’entre nous. Même si je n’habitais pas là, il y avait une boîte d’objets perdus… entièrement à moi ; je suis vraiment le genre de gars à oublier ses trucs partout, je suis très égaré. De ça est né Gary Légaré : ça sonnait bien, ça roulait bien dans la bouche. Ce qui était une blague est devenu réalité, mais de toute façon, dans la vie, l’on choisit rarement le sobriquet qui nous est donné. 

PAN M 360 : Inouï, c’est le titre du premier Ep qui sera disponible dès ce vendredi. Quand as-tu décidé de mettre au monde un projet musical solo ? 

Gary Légaré : C’est une bonne question. En fait, l’EP se nomme Inouï un peu à cause de ce que je vais te raconter : j’ai toujours fait de la musique en groupe que ce soit avec L’Amalgame ou encore Les Fourmis. À l’aube de la pandémie, L’Amalgame a décidé de mettre le projet sur pause pour peut-être se retrouver plus tard, mais le mot d’ordre était : on se lance chacun de son bord. J’ai toujours adoré faire de la musique, mais je me retrouvais sans acolytes pour le faire. Donc, je suis un peu retourné à l’école dans le sens où j’ai appris à mixer, à enregistrer… Je suis un peu reparti de zéro pour me réorienter musicalement. Je voulais surtout voir si j’étais capable de faire un bout de chemin seul. Et pour être bien honnête, cela a été un gros défi. Les gens ne le réalisent peut-être pas, mais c’est tout un métier d’apprendre à faire de la musique. J’ai nommé le projet Inouï… parce que le faire m’a demandé un effort inouï. Non seulement j’ai dû apprendre plusieurs choses, mais j’ai aussi dû apprendre comment répondre à la critique seul, à affronter les incertitudes seules. J’ai beaucoup grandi de cette expérience. 

PAN M 360 : Dans tes mots, que raconte Inouï ? 

Gary Légaré : Inouï, c’est deux histoires principales. Premièrement, je parle beaucoup de ma relation avec ma copine. Des chansons comme Temps sans toi et Pas la meilleure place sont orientées vers cette facette de ma vie. Les autres chansons, je les vois davantage comme une critique sociale, c’est le moment où Gary observe le monde qui l’entoure. Ce sont des chansons écrites en plein de cœur de la pandémie : j’y parle du confinement, du fait d’être seul. D’ailleurs, La fin du monde parle un peu de ça avec la référence « ça va bien aller ». Mais ce processus s’est déroulé de manière organique, je n’ai pas vraiment choisi d’axe précis, j’ai laissé tomber plusieurs chansons pour n’en garder que cinq. 

PAN M 360 : FouKi s’est occupé de produire quatre des cinq chansons du projet. Sachant sa grande popularité, avais-tu peur de sonner… trop comme lui ? 

Gary Légaré : Quand tu as quelqu’un près de toi qui a une popularité comme FouKi peut avoir, c’est clair que tu te poses des questions. Qu’on le veuille ou non, ton but n’est pas de faire ce qui a déjà été fait. Mais chez FouKi, ce n’est pas Léo qui s’occupe des beats, c’est Quiet Mike qui s’en charge. Donc, à mes yeux, que Léo passe des textes aux beats évitait le danger de ressemblance avec FouKi. Et d’un autre côté, FouKi ne tient  pas du tout les mêmes propos que moi. Nous n’écrivons pas de la même façon. 

PAN M 360 : Finalement, cela a été un processus d’apprentissage pour vous deux. 

Gary Légaré : Complètement. Nous avons fait beaucoup d’essais et beaucoup d’erreurs. Près de la moitié des chansons ne se sont pas retrouvées sur le projet. Force est de constater qu’il y a eu de l’apprentissage des deux côtés : et je ne veux pas parler pour Léo, mais je crois qu’il serait d’accord que je dise qu’il a beaucoup évolué. Lorsqu’on  observe  les productions qui se retrouvent sur le projet versus celles qui m’étaient envoyées dix mois plus tôt, l’amélioration est vraiment palpable. 

PAN M 360 : Et Vendou a été la seule collaboration sur l’album. À part le fait d’être amis, pourquoi avoir pensé à lui particulièrement ? 

Gary Légaré : Personnellement, je crois que Vendou est le rappeur s’étant le plus démarqué depuis quelques années. C’est le gars qui est parti de plus loin pour se rendre le plus loin. Ce que Vendou créait il y a cinq ans n’a rien à voir avec ce qu’il fait maintenant. Il n’était pas toujours sur la note, ses propos manquaient parfois de clarté, mais ce gars a choisi d’évoluer et il évolue encore. J’admire ce gars, car je crois qu’il est un battant qui n’a pas froid aux yeux, qui n’hésite pas à prendre des risques. Moi, je me retrouve un peu dans la position inverse où j’ai peur de me lancer dans le vide : j’ai beaucoup de retenue alors que lui n’en a pas. J’ai beaucoup d’admiration pour lui et c’est pour cela que je voulais absolument qu’il participe à ce projet. 

PAN M 360 : Le projet sort ce jeudi à minuit. Une fois le EP sorti, quelle est la prochaine étape pour Gary Légaré ? 

Gary Légaré : En ce moment, l’agenda est relativement vide. Premièrement, la sortie s’est faite vers la fin du mois d’octobre, ce qui n’est pas la meilleure saison pour faire des spectacles et nous sortons d’une année assez compliquée, surtout du point de vue de l’industrie de la musique. Mon objectif est donc d’avoir un gros été l’année prochaine. Le projet sera disponible depuis un moment, les gens auront donc le temps de le découvrir. Deuxièmement, j’aimerais beaucoup faire de la musique… avec des musiciens live. J’ai toujours travaillé à partir d’un ordinateur et je crois sincèrement que l’avenir du rap réside dans la performance : ça  habille la scène, tu peux improviser, tu peux plus te laisser aller sur la magie du moment… Tout ça pour mener à un tout nouveau projet en 2022. 

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