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Après la “pop paillettes”, Charlēne passe à autre chose…

Interview réalisé par Myriam Bercier
Genres et styles : électro-pop / synth-pop

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La chanteuse  décrit l’approche stylistique de Fossile,  son premier EP paru en 2017 comme étant de la “pop paillettes”, qui se perçoit autant musicalement que par les couleurs ornant la pochette de l’enregistrement. 

Charlēne fait paraître alegria94  ce week-end  et la description de ce deuxième EP n’est plus la même.

Cet enregistrement révèle des sons plus urbains sur fond de synth pop, le tout exprimé en français. Sa voix peut parfois rappeler celle d’Andrée Watters et autres chanteuses prisées par la FM dans les années 2000, qui font  effectivement partie de son paysage musical d’enfant des années 1990.

Ses textes traitent de relations personnelles,  parfois toxiques, mais sans tomber dans l’auto-apitoiement : à l’instar de sa chanson Mes meilleures cartes,  la narratrice joue plutôt les cartes de la force et de l’assurance qui la mènent à  s’en sortir – notamment sur la pièce-titre alegria94.

Elle aborde également le thème  de  la  sensualité assumée avec un  « j’en ai envie et j’ai le droit!» bien fort en sous-texte. On peut d’ailleurs l’observer dans  Les Frontières et Tommytommytommy (avec Vendou). En guise de conclusion à cet EP, elle  soulève le paradoxe de l’atteinte de la perfection  avec, carrément, Parfaite, chanson plus douce au tempo plus lent.

De son vrai nom Charlène Blanchette, notre interviewée est une autrice, compositrice et interprète maskoutaine. Diplômée de  l’École Nationale de la Chanson de Granby en 2014, bardée de prix et distinctions dont le concours Chante en français (2018), le prix Stingray de la même compétition  (2017), le  prix du public de  Ma Première Place des Arts (2015), le statut de future star iHeart Radio d’avril 2019 à Rouge FM. Deux enregistrements ont été rendus publics depuis lors.

PAN M 360  propose cet entretien avec cette jeune femme pétillante. 

Pan M 360 : Qu’est-ce qui t’a menée à faire de la musique?
Charlēne : J’ai grandi dans une famille qui faisait de la musique pour le plaisir. Ma mère joue du violon, mon père et mon oncle jouent de la guitare. J’ai donc  baigné dans cet univers depuis toujours. Assez tôt,  j’ai commencé à apprendre le  piano et le chant. J’avais à peu près 5 ans au moment de mon premier cours d’instrument. J’ai également appris à jouer du violon. Puis j’ai commencé à écrire mes textes au primaire. Finalement, c’est au secondaire, par ma participation au concours de Secondaire en spectacle, que j’ai réalisé que c’était ce que je voulais faire dans la vie.  J’avais peut-être un peu de talent pour écrire des textes et les chanter (rires).

PAN M 360 : Comment écris-tu? Qu’est-ce qui t’inspire?
Charlēne : Beaucoup de choses m’inspirent. Souvent, j’écris soit avec un titre en tête qui va teinter le reste de la chanson, soit avec une phrase punch ou un paragraphe qui  deviendra un refrain catchy et intéressant, puis je bâtis le reste autour. Dans les sujets qui m’inspirent, c’est vrai que je parle souvent de liberté, de confiance en soi, de la femme en général, de voyages… Souvent, je prends un petit élément que moi ou quelqu’un autour de moi a vécu, je l’accentue et ça me donne une chanson.

PAN M 360 : Quel est ton processus de création?
Charlēne : Mon processus de création, c’est surtout d’écrire plusieurs idées tout le temps, n’importe où. J’ai des mémos vocaux avec des mélodies, des phrases chantées, des bouts de phrases écrits dans l’application Notes de mon téléphone.  Puis je m’assois et j’essaie de faire du ménage là-dedans, afin de trouver ce qui est cohérent et intéressant. Une autre méthode que j’aime bien, c’est lorsque je vis une émotion ou un moment intense, je prends le temps de l’écrire, sans m’imposer de structure. J’écris des pages; je remplis trois ou quatre pages dans un cahier sans le structurer comme une chanson, plutôt comme un texte. Puis j’aime bien prendre un surligneur fluo et identifier ce que je trouve bon, puis le retravailler et le placer pour que ça donne une chanson.

PAN M 360 : Tu as fait l’École Nationale de la chanson (ENC), à quel moment as-tu décidé de t’y inscrire?
Charlēne : J’étais au cégep en 2013, j’avais 19 ou 20 ans et j’avais décidé de m’y inscrire  avant d’entrer à l’université. J’ai été acceptée, j’étais contente car ça tombait parfaitement dans mon plan de vie. 

PAN M 360 : Qu’est-ce que ça t’a apporté, concrètement?
Charlēne : Ça m’a donné le droit de me remettre en question et de m’interroger sur ce que j’avais vraiment envie de faire. Quand je suis arrivée à l’école, j’étais jeune, j’avais écouté beaucoup de rock dans ma vie, j’avais un groupe de rock ado en 2009, dans les années emo… C’était la mode d’écouter Fall out boys et ce genre de groupes, j’aimais beaucoup ça. Dans mon groupe, on faisait des reprises emo, et ça a évidemment teinté mes compositions. Or, ça ne me collait pas à la peau, ce que j’ai pu remettre en question à  l’ENC. Ça m’a aussi confirmé que j’aimais beaucoup la gestion de carrière en général. Je n’aime évidemment pas tout, mais je crois que j’ai  une curiosité et un sens des affaires, et ça me l’a confirmé à l’ENC.

PAN M 360 : Quand tu parles de gestion de carrière, tu parles de gérer ta carrière ou celle des autres?
Charlēne : Gérer la mienne, au sens où j’aime comprendre tout de  ma carrière. Je veux savoir tout ce qui se passe, même si j’embauche des gens pour m’aider et faire partie de mon équipe. Je veux savoir ce qu’ils font, comment ils le font… Je veux être capable de me dire : « je pourrais le faire », mais décider de déléguer.

PAN M 360 : Tu as fait beaucoup de concours, pourquoi? Qu’est-ce que ça t’apporte, les concours, concrètement?
Charlēne : Les concours, j’en ai fait beaucoup. J’ai aimé ça tout en n’aimant pas ça tant que ça. Ça a parfois été de très belles expériences, parfois ça a été uniquement stressant. Les concours, ce qui en sort de plus beau, ce sont les rencontres, les gens avec qui tu fais les concours et les liens que tu crées avec eux. Le côté formateur de tout ça aussi est intéressant. Le spectacle en soi, je trouve ça tellement stressant… offrir une performance sous pression, c’est plutôt difficile ! (rires). De plus, quand tu fais des concours, ce sont de grosses salles pour la  finale, mais on n’est pas  nécessairement préparés pour ce genre de salles, en ce sens où les spectacles que j’ai faits dans ma vie étaient dans de plus petites salles ou dans des festivals où il n’y a pas de juges qui te scrutent. Quand tu arrives dans un concours, c’est un contexte différent et c’est difficile de se préparer pour ça, car pour ce faire, il faudrait faire beaucoup de grandes salles auparavant. Malgré tout, j’ai eu de très belles expériences  et j’ai gagné quelques prix d’importance. 

PAN M 360 : J’ai cru comprendre que lors de la confection de ton premier EP, tu étais encore aux études. En quoi étudiais-tu?
Charlēne : J’étudiais en publicité, en communication-marketing. 

PAN M 360 : Est-ce que ça joue un rôle dans comment tu gères et vis ton expérience musicale?
Charlēne : Absolument. Tout ce qui est promotion, je le comprends bien et je peux faire moi-même ma promo web,  je peux aussi comprendre et analyser mes statistiques et ainsi mieux identifier mon public. Même pour ceux qui connaissent un peu moins ça, les réseaux sociaux, ça donne accès à plusieurs outils qui permettent de comprendre facilement et rapidement la base, qui tu peux rejoindre, quel est ton public. On a accès à ça avec les algorithmes. Ce que j’ai beaucoup aimé dans mon baccalauréat, c’est la portion branding – le branding personnel et le branding de produits, comment projeter les valeurs liées à ton image de masse. Ça m’intéresse vraiment beaucoup et j’essaie de l’appliquer dans ma musique.

PAN  M 360 : Comment y parviens-tu ?
Charlēne : Récemment, pour le nouveau EP, j’ai eu le temps, grâce à la pandémie, de vraiment me remettre en question sur ce que j’avais fait avant et la direction à  prendre maintenant. Je veux surtout m’assurer qu’il y ait une cohérence entre mon message, mon visuel, mon apparence, ce que je projette en général. J’ai fait une mise à niveau, en ce sens où avant j’étais beaucoup dans les couleurs, dans une image plus jeune  mais… on dirait qu’en vieillissant et en écrivant sur des sujets un peu plus matures et adultes, cette image ne concordait plus à ce que je suis maintenant. Je me sens plus femme, je me sens plus vieille, plus assumée. J’ai envie que ça se voit.  Sur le plan de l’image, donc, on est moins dans les paillettes et plus dans le classy.

PAN  M 360 : Justement, tu parles de paillettes, avant tu décrivais ton style comme étant de la pop paillettes, est-ce que tu considères encore que tu fais de la pop paillettes ou ça a évolué? Charlēne : La pop paillettes, c’est amusant à dire, mais je crois que de la pop électro en français ça décrit assez bien ce que je fais. Je ne suis pas loin non plus de tout ce qui est assez catchy, j’ai des influences de la pop française et belge. Il y a des artistes latinas que j’aime beaucoup, je ne suis pas loin des influences américaines non plus. Ce n’est pas ce qui est le plus populaire, ou du moins le style de musique le plus dominant au Québec. C’est ce que j’écoute et c’est ce que j’aime, c’est pourquoi j’ai décidé de le reproduire, en français.

PAN M 360 : Outre ces influences, comment as-tu développé ton son?
Charlēne : J’ai développé mon son beaucoup par essais et erreurs. Mon instrument principal c’est la guitare acoustique (rires), mais j’ai réalisé rapidement qu’à chaque fois que je composais à la guitare, ça donnait des chansons un peu folk, pas très loin du country sans en être. Ce n’était pas ce que j’avais en tête ni ce que j’écoute. Je me suis mise à composer au clavier, instrument duquel je connais les accords sans me considérer  pianiste. Je peux donc composer. J’ai également un collaborateur, Olivier Girard, qui est mon réalisateur. Je lui arrive avec des maquettes, et ensemble on travaille les sons, la vibe, il y est pour beaucoup. 

PANM 360 : Sur alegria94,  tu as un duo avec Vendou, comment vous êtes-vous rencontrés? Comment en êtes-vous venus à faire cette chanson ensemble?
Charlēne : Ça fait longtemps que je connais Vendou, et en ce moment on entend son nom de plus en plus puisqu’ il vient de sortir un excellent album, que j’apprécie énormément. Je l’avais rencontré à un spectacle juste avant la pandémie. C’est vraiment en cherchant avec qui je pourrais faire le featuring de Tommytommytommy, qui est une chanson qui se prêtait à ça, d’avoir un verse de rap.  Comme ce n’était pas une chanson qui faisait dans l’humour, je ne pouvais pas aller vers certains artistes qui font dans le rap plus humoristique, je cherchais quelque chose de plus sérieux sans être dans le street ou dans le trop agressif. Je trouve que Vendou était le match parfait pour ça. Il est venu au studio, on l’a rencontré avec Olivier, il a apprécié la chanson. Ça a vraiment cliqué. Ça s’est fait rapidement : en cinq jours, c’était enregistré.

Pan M 360 : Je sais que c’est également le nom d’une de tes pièces, mais pourquoi avoir nommé ton nouvel EP alegria94?
Charlēne : Parce que c’était mon adresse courriel quand j’étais jeune (rires). Alegria, c’est également l’une des premières chansons que j’ai chantées à Secondaire en spectacle en secondaire 1. J’aimais vraiment ça, je trouvais ça bon. Aussi,  je suis vraiment attirée par les artistes latinas, je prends des cours d’espagnol et j’aimerais être trilingue. Je ne suis pas mauvaise, mais je ne suis pas encore trilingue. Alegria, ça veut dire joie en espagnol et sur ma photo de la couverture de mon EP, je n’ai vraiment pas l’air heureuse. J’aimais beaucoup le contraste, je trouvais ça drôle (rires).

PAN M 360 : Si tu avais à nous le décrire, cet EP à venir, qu’en dirais-tu?
Charlēne : Je dirais que c’est dansant, assumé, que ça peut être sensuel aussi, que ça frôle le hip hop, la pop un peu plus dark tout en restant assez catchy et dansant. Je pense que ça a vraiment des saveurs d’été.

Pan M 360 : Qu’est-ce qui a inspiré alegria94 ?
Charlēne : Beaucoup de choses, des remises en question par exemple. J’ai une chanson qui s’appelle Parfaite dans laquelle j’avais envie de parler d’une situation plus personnelle : mon orgueil et à quel point je suis dure envers moi-même, car je parle souvent de relation, d’amour et de rencontres, ce genre de trucs, mais ça c’est un peu plus personnel. J’avais envie de faire cette introspection-là. alegria94, bien que ce soit assez rythmée comme chanson et que ça donne envie de danser, c’est un sujet assez sérieux, soit les relations toxiques. J’arrive à traiter de certains sujets avec une musique moins triste.  

PAN M 360 : La pandémie t’a freinée dans ton élan, en ce sens où tu allais enregistrer les voix et puis pouf! Pandémie, confinement, etc. on connaît la suite. Avec le recul, dirais-tu que ça a été positif?
Charlēne : Oh my god, oui! (rires) Vraiment! Je m’étais mise en tête de sortir l’album il y a un an, en avril dernier. Finalement, entre-temps, de nouvelles chansons ont été écrites, j’ai pu refaire des voix, j’ai pu remettre en question mon son au complet afin d’y ajouter plus de personnalité. Je voulais vraiment, en faisant de la pop, que ce soit intelligent, réfléchi et que ce ne soit pas trop générique. Je crois que j’ai réussi ce mélange-là sur ce qui s’en vient. Enfin, je le crois… Clairement, ce n’aurait pas été pareil s’il était sorti en avril comme prévu. 

PAN M 360 : Tu as lancé un clip pour ton premier extrait d’alegria94, je parle évidemment de la chansons Les Frontières. En regardant le clip, j’ai remarqué que la couleur orange est récurrente : le jus, le popsicle, le poisson, les vêtements… pourquoi avoir fait ce choix esthétique? Que représente la couleur orange, pour toi?
Charlēne :
C’est drôle, car je regarde mes ongles et ils sont oranges en ce moment! (rires) J’essayais de trouver un lien entre ce que je faisais avant, qui était coloré, et ce que je fais maintenant, qui est un peu plus tone down, qui est un peu plus adulte. L’orange, pour moi, semblait être une couleur intéressante, qui inspire l’été, qui est un peu caliente. Je trouvais que ça allait bien avec l’énergie de l’enregistrement. 

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