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Aurores orchestrales : sous les cieux du Nunavik avec Elisapie et l’Orchestre Métropolitain

Interview réalisé par Alain Brunet
Genres et styles : autochtone / folk orchestral / inuit

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Nunami nipiit (Échos de la terre) pour voix, chants de gorge, chœur et orchestre, le tout orchestré par François Vallières assisté de Jean-Sébastien Williams.

Voilà la toute première œuvre au tout premier programme de la saison de l’Orchestre Métropolitain sous la direction de Yannick Nézet-Séguin. 

Ce dimanche après-midi à la Maison symphonique, la version symphonique en trois parties du ballet Daphnis et Chloé de Maurice Ravel sera donc précédé d’un dialogue entre l’orchestre et la culture inuite, incarnée ici par la chanteuse et percussionniste Sylvia Cloutier ainsi que l’incontournable Elisapie, à qui on a d’abord fait la proposition. 

Voilà pourquoi elle se prête ici au jeu des questions de PAN M, quelques jours avant de vivre pleinement ces aurores orchestrales avec l’OM et son public.

PAN M 360 : Comment ce projet a-t-il été initié?

ELISAPIE : C’est fou! L’envie de l’Orchestre métropolitain est là, soit aller à la rencontre de la diversité, des communautés. Je l’ai ressenti lors de la première édition du Grand Solstice en 2021, pour la fête nationale des autochtones le 21 juin. J’étais peut-être têtue de vouloir avoir l’Orchestre Métropolitain avec nous pour une émission de télé qui ne se passe pas à Montréal. Finalement nous avions réussi à faire collaborer l’OM avec Jeremy Dutcher, afin de créer une rencontre. J’avais alors exigé que Yannick (Nézet-Séguin) y soit, je voyais ça un peu comme une rencontre symbolique entre chefs pour faire la paix. À mon sens, le chef d’orchestre devait venir car c’est à lui qu’on demandait l’invitation à notre célébration. Une formation restreinte de l’OM, soit dix musiciens approx, s’était alors présentée aux côtés de Jeremy Dutcher, ce moment fut magique. Malheureusement Yannick avait eu un problème avec les douanes canadiennes car il avait changé sa date d’entrée au pays et les formalités de la COVID l’avaient contraint au retard. Il était au bord des larmes lorsqu’il a dû se rendre à l’évidence, il se sentait tellement mal! Alors nous avons dû le présenter en visioconférence afin qu’il puisse parler. Il fut d’ailleurs super généreux et son orchestre venu sur place était magique.

PAN M 360 : L’invitation à un concert de l’OM a suivi ou était-ce déjà prévu ?

ELISAPIE : Il y avait déjà un intérêt de l’OM pour m’inviter, Yannick voulait collaborer avec moi et aussi avec d’autres artistes autochtones, il déplorait nous n’avions  pas assez de place dans l’espace public et il convenait de la nécessité d’un réel travail d’échanges. Ce n’était pas encore clair à ce moment-là mais, aux alentours des Fêtes, j’ai reçu l’invitation. Je travaillais alors sur mon nouvel album, je ne croyais ne pas pouvoir y arriver et … J’ai finalement  décidé que tout se peut et qu’on travaillerait sur cette invitation de l’OM au printemps. Super début de conversation!

PAN M 360 : Cette séquence présentée dimanche prochain avec l’OM résulte-t-elle d’une commande d’œuvre?

ELISAPIE : Je n’avais pas de commande… On m’a simplement dit que l’OM aimerait ouvrir (ce dimanche) sa saison dans la période coïncidant avec la Journée nationale de la Vérité et de la Réconciliation (le 30 septembre). C’était un réel souhait et ils m’ont alors suggéré une carte blanche d’une vingtaine de minutes. Je pouvais faire ce que je voulais et on me confierait à François Vallières pour les arrangements de l’orchestre. 

PAN M 360 : Alors comment as-tu aménagé ces 20 minutes? 

ELISAPIE : Évidemment, je ne voulais pas improviser cette séquence, je voulais créer un mood pour faire frissonner les gens dans la salle. J’ai alors opté pour un mélange de musiques originales et chants de ma culture d’origine à commencer par les chants de gorge, les tambours de chez nous, l’évocation des sons de chez nous… Je voulais que le public parte à l’aventure. Et il y a aussi mon travail, mes propositions, ma voix.  Alors l’OM m’a encouragée à inclure deux chansons de mon répertoire, cette fois en inuktitut, sans imposer quoi que ce soit – Qanniuguma, qui parle de la légèreté et la liberté folle des flocons de neige, et Una une autre plus personnelle, plus émotionnelle, dédiée à ma mère biologique.

Alors cette séquence inclura des chansons de mon répertoire liées à d’autres sons et arrangements symphoniques pour ainsi créer un mood avec les arrangements de François. 

PAN M 360 : L’idée d’une aventure est importante, donc.

ELISAPIE : Oui. Il faut que les gens se sentent dans de vastes territoires où les humains ne sont pas nombreux, où les sons sont différents, où les gens venus du Sud sont déstabilisés et émus par le vrai Nord et non par le Nord qu’on visite dans un voyage organisé. L’inspiration  consiste à inviter les gens du Sud au Nord. Et ce n’est pas seulement de la petite neige qui tombe tout doucement. Ça peut être aussi raide, tough, et il faut avoir confiance en la vie (rires).

PAN M 360 : Plus précisément, as-tu relié tes deux chansons par de nouveaux ponts orchestraux?

ELISAPIE : Oui, en quelque sorte. Je ne veux pas trop aller dans le détail mais les chansons font partie du paysage sonore. Imaginons-nous dans le Grand Nord, il y a l’extrême douceur, l’intimité entre les humains,  mais aussi le côté dur de la vie là-bas. Tout ça est abordé et ce qui se trouve au-delà des chansons nous ramène à la pureté des peuples du Nord, de qui nous sommes. Nous sommes aussi des gens qui sont enclins aux comportements hypnotiques ou aux transes. Les ayaya par exemple, sont des chants ou des contes très lents qui racontent une histoire qui nous mettent dans un mood particulier. 

PAN M 360 : Tu auras d’autres collègues à tes côtés ?  

ELISAPIE : Sylvia Cloutier y sera, aux percussions et au chant de gorge. Elle est originaire de Kuujjuaq, au Nunavik. On pourra aussi compter sur un chœur qui se prête très bien à certaines séquences de notre création. Je ne vise pas à ce que les gens comprennent les mots en inuktitut mais qu’ils en ressentent les émotions et les intentions. Je pense qu’on a une fenêtre extraordinaire !  

PAN M 360 : Que fera l’orchestre grosso modo, selon les arrangements de François Vallières et son collègue Jean-Sébastien Williams ?

ELISAPIE : J’ai demandé d’appuyer le rythme des tambours, toutes les évocations de la nature, aussi le chaos. 

PAN M 360 : Il y aura des sons pré-enregistrés ? Sons de la nature par exemple?

ELISAPIE : Non, tout est live. C’est nous la nature! (rires)

PAN M 360 : Et tu seras au centre de tout ça?

ELISAPIE : Pas vraiment selon ma perception. Je n’aime pas dire au centre, je me vois plutôt comme accompagnatrice qui vient avec mes chansons, ma voix et mes émotions. Je ne suis pas au centre mais avec le troupeau.

PROGRAMME

  1. ELISAPIE Nunami nipiit (Échos de la terre) pour voix, chants de gorge, chœur et orchestre (orch. et arrangements F. Vallières, coarrangements et coécriture J.-S. Williams)
  2. RAVEL Daphnis et Chloé, ballet en trois parties
ARTISTES

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