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Anonymus : À la conquête du monde

Interview réalisé par Christine Fortier

Le 12 juin, Anonymus lance La Bestia, un album entièrement en espagnol. Il est composé d’une nouvelle chanson, le premier extrait intitulé Sobrevivir, et de huit morceaux tirés de Stress (1997), Sacrifices (2019), État brute (2010), Instinct (1999) et Chapter Chaos Begins (2006). Quatre d’entre elles étaient déjà en espagnol et les autres ont été traduites pour les besoins de ce 12e disque. L’objectif du quatuor thrash fondé en 1989 est simple : conquérir l’Amérique latine et l’Espagne. Le chanteur et bassiste Oscar Souto nous raconte l’aventure derrière la création de La Bestia.

Genres et styles : metal

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PAN M 360 : Désiriez-vous lancer un album tout en espagnol depuis longtemps ?

Oscar Souto : Je ne pourrais pas te dire depuis combien de temps on travaille là-dessus, mais ça été un long processus. L’idée vient surtout de notre gérant Carlos Ponte qui s’est rendu compte en faisant des recherches que l’Amérique latine est tout un monde à découvrir. On est déjà allé jouer au Mexique en première partie de Blind Guardian. Vu qu’on chante en espagnol, qu’on parle espagnol, on se dit qu’on a certaines qualités requises pour essayer de « conquérir » le marché sud-américain et même l’Espagne. En même temps, je t’avoue qu’a priori je n’aimais pas l’idée de prendre une chanson déjà enregistrée en français ou en anglais et de la traduire. Je trouvais ça bizarre, car ça me faisait penser à ce que Julio Iglesias et certains groupes pop québécois faisaient à une certaine époque! Je voyais ça d’un mauvais œil, mais bon, des fois il faut se dire qu’on n’est pas les seuls à avoir de bonnes idées. Il faut écouter les autres et laisser la place à leurs idées et c’est ce que j’ai fait. 

PAN M 360 : Aurais-tu préféré partir de zéro et écrire de nouvelles chansons en espagnol?

Oscar : C’est sûr que j’aurais préféré cette option-là, mais comme je te dis, c’est un travail qu’on a commencé il y a longtemps. Peut-être qu’il y a deux ans on était un peu plus dans le rush que maintenant avec les shows et tout le reste. Écrire une chanson de A à Z est plus long que d’en traduire une. C’est ce qui fait qu’on a choisi de les traduire pour voir ce que ça donne. 

PAN M 360 : Les chansons traduites sont Bajo Presiόn (Sous pression, tirée de Stress, 1997), Bicho Loco (Vermine, tirée de Sacrifices, 2019), Violencia Versus Violence (La violence engendre la violence, tirée de Sacrifices, 2019) et La Bestia (Je suis la bête, tirée d’État brute, 2010), pourquoi les avez-vous choisies? 

Oscar : Au début de l’aventure, on a préparé un plan de match. On veut conquérir l’Amérique du Sud et les pays où on parle espagnol. On s’est dit qu’on n’y irait pas de main morte. C’est pourquoi on a choisi les chansons les plus fortes, celles qui représentent le mieux Anonymus. On voulait aussi des chansons qui couvrent toutes nos années d’existence. On se présente en tant que groupe canadien qui chante principalement en français, mais qui est capable de chanter en espagnol.

PAN M 360 : Qui est le public cible de La Bestia?

Oscar : Le fan invétéré d’Anonymus voudra peut-être écouter les chansons en espagnol, mais à la base, on a fait cet album-là pour l’Amérique latine et même les États-Unis parce qu’on y parle beaucoup l’espagnol. 

PAN M 360 : En faisant ma recherche, j’ai vu que les vidéos des chansons Sobrevivir et Terromoto ont été partagées sur des sites étrangers, dont MetalInsider, TheInvisibleOrange et Atanatos, un site mexicain dédié à la musique metal, comment se déroule la promotion?

Oscar : On a eu des retours de fanzines d’Amérique latine, de sites Internet, d’un gars qui s’occupe de promotion en Amérique du Sud, et jusqu’à présent, ce n’est que de bonnes opinions. Pour nous autres, c’est une nouvelle aventure. On ne sait pas où elle nous mènera, mais on est enthousiastes. Comme j’ai dit au début, je n’étais pas trop sûr, mais là je commence à embarquer. 

PAN M 360 : Est-ce que ç’a été plus difficile pour toi, car tu es le chanteur et le bassiste du groupe? 

Oscar : Oui! Au début, je disais aux gars, vous jouez la musique et ça ne change rien pour vous. Mais pour moi, ça change tout! Le phrasé n’est pas pareil, c’est comme une nouvelle chanson pour moi. Je dois diviser mon cerveau en deux et me dire « est-ce qu’on fait la version espagnole ou la version française? » Dernièrement, on pratique seulement les versions espagnoles, donc si tu me demandes de chanter Sous pression en français, je vais me mêler un peu. Ça me met pas mal plus de pression que pour les autres, mais s’il faut le faire, je vais me sacrifier (rires). 

PAN M 360 : Avez-vous réenregistré la musique pour chaque chanson?

Oscar : On a réenregistré Bajo Presiόn et Máquinas parce qu’on n’avait plus les pistes de 1997. En ce qui concerne Tierra, on l’a gardée telle quelle parce que Marco (Calliari) n’est plus dans le groupe et parce qu’elle a été produite par Colin Richardson (Anathema, Slipknot, Napalm Death), ce qui peut nous amener des entrevues, tu comprends le concept. Pour la même raison, on a gardé Terremoto parce qu’elle a été enregistrée par Jean-François Dagenais de Kataklysm. 

Je t’avoue que réenregistrer Bajo Presiόn et Máquinas après près de 21 ans, c’était assez weird. On s’est demandé si on les jouait aussi vite qu’à l’époque. On a enregistré Sous pression début vingtaine et on était primés à l’os! Quand j’écoute les morceaux de l’époque, je trouve qu’ils sont tous trop vites (rires), mais c’est correct. Bajo Presiόn est un peu plus lente que l’originale. En fait, elle est comme on la fait en concert maintenant et je pense que c’est pour le mieux. Je ne pense pas qu’on va se faire lancer des tomates pour ça. 

PAN M 360 : Prévoyez-vous donner un concert diffusé en ligne comme d’autres formations l’ont fait depuis le début de la COVID-19?

Oscar : Rien n’est certain, mais si la tendance se maintient et qu’on ne peut pas donner de concerts devant public, peut-être qu’on choisira cette option. Il est question de rouvrir les salles, mais à quel point? Une autre possibilité serait d’avoir accès à une salle de spectacle comme le Club Soda ou le Café Campus et de filmer un concert en direct pour que ce soit professionnel. Un peu comme le fait Mononc’ Serge avec Le point de vente. Il vend des billets et les gens regardent le spectacle de chez eux. 

PAN M 360 : Vous continuez à répéter, si ce n’est pas pour un concert, c’est pourquoi?

Oscar : Parce qu’on s’ennuie et qu’on a besoin de jouer. Après un mois sans se voir et répéter, on s’est dit qu’on devait trouver une solution avant de devenir fous. Finalement, on a trouvé une solution avec les locaux de répétition de la Boîte à Musique. On s’est installés dans des locaux différents et on a joué avec des écouteurs. Ce n’était pas idéal pour des vieux de la vieille comme nous, habitués de jammer dans le même local à fond la caisse. On a recommencé à répéter à la Cité 2000 dès sa réouverture. Après la première répétition, j’étais bien et ça m’a rappelé pourquoi je fais de la musique. Ça enlève beaucoup de pression. Ce n’est pas juste l’aspect musical, c’est aussi l’aspect libérateur que ça amène et je pense que je parle pour tout le monde dans le groupe. On s’ennuyait de notre petite routine.

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