Pop Montréal Jour 3 | Shabazz Palaces et Bahamadia, nec plus hip- hop

par Laurent Bellemare

POP Montréal est sans conteste un des événements majeurs de l’automne pour les vrais fans de musique. Du mercredi 27 septembre au dimanche 1er octobre, des dizaines et des dizaines de découvertes et acclamations d’artistes nichés dans la pop se produisent à Montréal. Suivez l’équipe de PAN M 360 jusqu’à dimanche ! 

Vendredi à l’Entrepôt 77

Thelonious

Tout droit venu de Toronto, Thelonious est courageusement monté sur la scène d’un Entrepôt 77 pratiquement vide. Aidé pour quelques morceaux par un MC invité, il a déballé un flux rapide et puissant de textes sur des pistes instrumentales plutôt tranquilles. Peu avare de jurons, l’agressivité des paroles semblait plutôt véhiculer l’expression d’un récit personnel et d’une sensibilisation engagée. Le point fort de cette performance aura été la capacité de Thelonious à interagir avec son public, en dépit de l’arrivée au compte-gouttes des festivaliers. Il s’est effectivement montré très communicatif avec la foule, s’exprimant entre les pièces ou même entre les couplets de chansons aux accroches prometteuses. Somme toute, l’artiste et ses acolytes ont bien préparé le terrain pour la soirée tout en hip-hop qui allait suivre.

Blxck Cxsper

Au coucher du soleil, Blxck Cxsper a pris la scène en mode solo, lumières et pistes préenregistrées à l’appui. Déjà, le ton était plus sombre et pesant pour les premiers morceaux. L’identité non-binaire de l’artiste était d’emblée un élément important de la performance, aspect mis de l’avant notamment dans les explications conceptuelles fournies entre les pièces. Blxck Cxsper a effectivement toute une mythologie construite autour de sa musique, où un monde de superhéros bonifié de références queer traverse les textes bilingues. Ce monde s’exprime même à travers des médias extra musicaux comme une bande dessinée ou un jeu vidéo. 

Musicalement, les pistes instrumentales se sont parfois aventurées plus près d’un jazz chaleureux, avec sections de cuivres à l’avant-plan. Blxck Cxsper avait par ailleurs une bonne maîtrise de son registre vocal, passant aisément d’un chant mélodieux aigu à un rap plus grave. Néanmoins, on a observé quelques frottements du côté de la justesse tonale, notamment entre la performance vocale de l’artiste et les couches de voix déjà présentes dans les pistes. Ce détail n’a que peu amoindri l’intérêt de la prestation, qui était autrement variée et engageante malgré une foule encore éparse. 

Shabazz Palaces

Lorsque les cinq membres de Shabazz Palaces sont montés sur scène, c’est tout un univers sonore parallèle qui s’est installé. La foule avait soudainement pris de l’expansion, prête à baigner dans un continuum sonore très dynamique. Les multi-instrumentistes soutenant le rap d’Ishmael Butler passaient aisément de leur instrument acoustique aux synthétiseurs. Manifestement virtuoses, ces musiciens bougeaient à l’occasion en parfait synchronisme, une énergie qui entraînait le public dans un rebondissement collectif. On entendait donc saxophone, basse électrique, guitare électrique, tous ayant eu droit à leur solo durant la performance. 

Butler avait également une parfaite maîtrise de ses outils, créant parfois des boucles avec sa voix et transformant toutes ses interactions avec la foule en élans de slams qui faisaient office de transition entre les pièces. Il utilisait également la tambourine de manière éparse et bruitiste, contribuant à l’effet planant de la musique. Manifestement, le groupe s’est permis une bonne dose d’improvisation, donnant lieu à une prestation distincte de ce qu’on peut entendre sur album. Fidèle à lui-même, Shabazz Palaces n’a pas servi de réchauffé à son auditoire, lequel lui en a visiblement été reconnaissant de par la vigueur de ses applaudissements. Un moment fort du festival.

Bahamadia

Dans un Entrepôt 77 bien réchauffé,  Bahamadia prenait la scène pour clore la soirée, avec son hip-hop exécuté dans les règles de l’art. Les beats insufflés de soul et de funk rappelaient immédiatement les années 1990, décennie musicale à laquelle elle a d’ailleurs grandement contribué. Bahamadia avait un flux rythmique puissant, précis et généralement rapide, témoignant d’une maîtrise totale du micro et des rimes y étant projetées. Ce débit continu était également parsemé d’interventions du beatmaker et d’interjections vocales variées, stimulant un dialogue avec le public. Le hip-hop dans l’âme, la pionnière a donné une performance magistrale. Le contraste entre l’aspect décontracté des trames instrumentales et l’intensité de son rap était à point. Les lignes de basses étaient particulièrement présentes dans l’équilibre sonore, ce qui appuyait de surcroît un mouvement très contagieux et facilement induit à la foule. Difficile de ne pas hocher de la tête du début à la fin dans de telles circonstances.

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