Entre spa nordique et conception sonore de vaisseau spatial des années 1970, la Casa, avec ses échos, est devenue un navire pris dans une distorsion spatio-temporelle à la vitesse des jours qui raccourcissent. Des mouvements lents, presque imperceptibles, ont transformé deux heures en un clin d’œil, nous entraînant dans les ambiances profondes de Ben Grossman et Micheal Mucci, connus ensemble sous le nom de Snake Church.
À mi-chemin de ce voyage, ils sont passés à une nouvelle tonalité par incréments d’un quart de ton. Les sirènes se sont dissoutes en nuages éthérés, dispersés comme des taches de soleil. Le navire a accosté dans un autre monde verdoyant, et les moteurs graves se sont tus, laissant tout en suspension. Alors que la longue fin permettait à la poussière de retomber, le silence est revenu, non plus timide ou inquiétant, mais accueillant. Des applaudissements mêlés à des sifflements de serpents et des rires ont retenti lorsque les lumières se sont rallumées et que les habitués du Mardi Spaghetti se sont rassemblés pour discuter. Pour le premier concert de cette nouvelle série Opus 17, la fréquentation a été forte et l’anticipation est grande quant à ce que les organisateurs présenteront ensuite.
Hermeto Pascoal et l’ONJ| Exécution lumineuse pour le génie disparu
par Michel Labrecque
Mon collègue Alain Brunet l’a écrit: «Hermeto Pascoal doit être considéré comme un génie absolu ». Ce multi-instrumentiste brésilien, peu connu sous nos latitudes, a produit un mélange inédit de musique brésilienne, de jazz, de musique expérimentale et tutti quanti.
Par un hasard total, le concert hommage de l’Orchestre National de Jazz de Montréal, préparé de longue date, était présenté cinq jours après son décès. Le directeur invité, Jovino Santos Neto, est un compagnon de route de Hermeto Pascoal, ce qui ajoutait beaucoup d’émotions. D’autant plus que Jovino parle un excellent français et pouvait nous communiquer aisément cette palette émotive.
Pour les amateurs de la musique de Hermeto, dont je suis, se posait toutefois une question. Comment ce big band de jazz allait pouvoir traduire la musique souvent éclatée et hors format du génie? Parfois, il n’y a qu’un solo de piano, parfois des flûtes indigènes, parfois de l’accordéon?
La réponse est arrivée rapidement, dès le premier morceau, Apresentação: il se trouve que O Bruxo (le sorcier) ,comme on le surnomme, a déjà écrit des arrangements pour big band. Les musiciens ont toutefois dû sortir de leur zone de confort, en commençant la pièce avec des onomatopées vocales.
Les arrangements de cuivres étonnaient ! Et l’orchestre était furieusement « tight ». Ça sonnait hyper-bien malgré la panne de console au début du concert. A suivi Brasil Universo et nous étions en état d’apesanteur. Ça « groovait » sérieusement, avec les dérapages atonaux qui sont une marque de commerce de Hermeto.
Il est devenu rapidement évident que Jovino éprouvait du plaisir à diriger ce groupe. Quand la console s’est rétablie (elle était apparemment morte au début du concert), il s’est installé au piano pour jouer deux pièces en solo de Pascoal, et nous lévitions! Ceci dit, c’est Marianne Trudel qui a assuré au piano pendant la presque totalité du concert et elle et elle l’a fait très très bien, comme d’habitude. Il y avait une complicité évidente entre elle et Jovino, qui s’étaient connus au Brésil il y a longtemps.
La partie suivante du concert était un peu plus jazz traditionnel, bien que savant. Et le public était conquis, semblait-il. L’ONJ comptait un percussionniste invité, le brésilien Carlos Henrique Feitosa. Il y a eu beaucoup de solos; le saxophoniste David Bellemare était dans une forme éclatante, ainsi que Jean-Pierre Zanella, le plus brésilien des saxophonistes québécois.
Ça s’est terminé en lion avec Piramide, sur laquelle tout le groupe était déchainé. Et Obrigado Mestre (Merci au maître) , à la fin de laquelle Jovino Santos Neto a dû essuyer quelques larmes.
Bref, les sceptiques ont été confondus et nous avons passé une magnifique soirée. Le prochain concert de l’ONJM se déroulera le 30 octobre et présentera de la musique de compositrices. C’est un rendez-vous.
Duos violon-piano, virtuosité, posture « agriculturelle »
par Alain Brunet
Virtuose de posture agriculturelle parce qu’il s’inquiète du sort de notre petite planète et se consacre à construire des ponts entre culture et agriculture biologique, le violoniste Emmanuel Vukovich poursuivait dimanche la mise en œuvre de concerts estivaux dans cette salle de concert aménagée à la ferme Cadet Roussel dans la municipalité rurale de Mont Saint-Grégoire en Montérégie. L’enregistrement public de la création de trois duos violon piano de la compositrice fut une expérience d’élévation pour le petit auditoire présent, et le sera fort possiblement pour celles et ceux qui s’immergeront dans cet enregistrement audio et vidéo.
En amont de ce concert présenté le dimanche 14 septembre, nous avions parlé de ce projet avec les trois artistes directement concernés : Emmanuel, la pianiste et maestra canadienne Maria Fuller (de Saskatchewan) et la compositrice américaine Sheila Silver (upstate New York), pour l’enregistrement public de Resilient Earth. Dans un contexte de grande fragilité environnementale, l’inspiration d’une réplique de notre planète aux actions néfastes du genre humain est plus que légitime.
Dans cette optique, Sheila Silver a imaginé une œuvre pour violon et piano trois parties distinctes. Il s’agit d’un prolongement de Resilient Earth, soit quatre caprices pour violon seul composés entre l’été 2020 et février 2022. Pendant la période pandémique, la compositrice a réfléchi à la destruction continue de notre environnement et s’est intéressée aux solutions écologiques pour y remédier. Un enregistrement fut fait, son interprète et la compositrice ont convenu de poursuivre l’expérience avec ces duos flambant neufs.
D’entrée de jeu, les Danses populaires roumaines de Béla Bartók, que maîtrisent à l’évidence Emmanuel Vukovich et sa collègue Maria Fuller, sont très clairement inspirés du folklore balkanique et migrent progressivement vers la modernité pour se conclure dans une gigue musclée, percussive côté claviers, très appuyée dans les attaques du violon. Composée il y a 110 ans, ces danses annonçaient l’immense chantier de Bartok dans l’aventure moderne de la musique au 20e siècle. Nous étions donc en terrain connu avant de passer au plat principal, les trois duos de Sheila Silver.
Trees come from the Skies se déploie dans la lenteur de sa progression harmonique au clavier, les harmonies explorées y sont très clairement modernes – trois premières décennies du 20e siècle. Cette œuvre évoque le miracle sylvestre tel que ressenti par la compositrice, cette capacité qu’ont les arbres de se régénérer et de nous oxygéner. Les phrases mélodiques du violon permettent ici de belles envolées dans les hautes fréquences, on apprécie ensuite le dialogue du violon en pizzicato avec le piano que les motifs alimentent bellement. Bref, une proposition néo-moderne que tout amateur de musique classique devrait comprendre sans forcer.
On se dirige vers Photosynthesis – Magic, une ode à la photosynthèse et à la capacité de régénérescence terrestre. Le jeu se calme pendant un moment, jusqu’à ce qu’il investisse une construction en mesures composées, qui permettent aux deux instruments la superposition d’un discours contrapuntique. Cela, d’ailleurs, n’est pas sans rappeler le modernisme balkanique à la Bartok, qui s’adoucit et propose de magnifiques motifs pianistiques permettant au violon d’élaborer un discours complémentaire. Les changements de tempo ajoutent à cette théâtralité du son.
Le point culminant sera atteint avec Dracula Reimagined, assurément la plus violente des trois propositions de Sheila Silver. Les avant-bras plaqués sur le clavier, les 10 doigts bien enfoncés dans les ivoires, les motifs atonaux, les cadences violentes, le maelström organisé, voilà un beau raccourci pour passer à un discours hybride, construit sur des harmonies modernes du siècle précédent. En somme, les formes observées à travers ces trois œuvres sont connues, digérées, même celles de Dracula Reimagined, plus violentes et plus atonales par moments. Sheila Silver préfère accomplir un très beau jeu de références que d’en imposer des nouvelles, au plus grand plaisir de son public.
En conclusion, on a posé la deuxième tranche de ce succulent sandwich moderne, soit la Rhapsodie pour violon et piano n° 1 de Béla Bartók ainsi que la Rhapsodie tzigane de concert de Maurice Ravel. Le choix de Bartok et Ravel en introduction et en conclusion de programme n’est pas aléatoire, il s’inscrit parfaitement dans l’esthétique néo-moderne de Sheila Silver, qui peut lorgner néanmoins des périodes esthétiques plus récentes, sans bouleverser quoi que ce soit de ce qu’on en connaît.
Il va sans dire qu’une telle immersion dans cette modernité musicale demeure et demeurera une expérience des plus nourrissantes pour une vaste majorité de mélomanes habitués aux référents baroques, classiques ou romantiques. Voilà une autre clé pour ouvrir les portes du présent.
PROGRAMME : Danses folkloriques roumaines – Béla Bartók
L’âme yiddish de Montréal au Centre des musiciens du monde
par Frédéric Cardin
Le Centre des musiciens du monde lançait hier soir sa nouvelle saison de Concerts intimes. Une saison allongée, avec plus de concerts et de découvertes à la clé. Si le concert d’hier est un bon indicateur, ce sera une riche année. Mélodiquement parlant, ce sont certaines des plus belles chansons que j’ai entendues dans les dernières années qui ont été interprétées lors du concert Tur Malka (la montagne du roi) – nouvelles chansons Yiddish du Canada . Plusieurs d’entre elles étaient flambant neuves, jamais données encore sur scène. S’il y a bien quelques détails à fignoler et un rendement scénique à accorder, la beauté touchante du matériel offert par l’ensemble est un gage de succès assuré dans le cœur de ceux et celles qui les écouteront.
Le quatuor est formé de Henri Oppenheim au piano, à la guitare, aux percussions, aux compos et aux arrangements, Mael Oudin à la contrebasse et aux arrangements, Elvira Misbakhova à l’alto et Sheila Hannigan au violoncelle. Oppenheim est l’idéateur du projet, Français d’origine juive installé à Montréal depuis presque 30 ans. Les chansons en yiddish, la langue des Juifs d’Europe de l’est, piochent dans le style mélodique ultra poignant, émotionnellement puissant même, de la tradition est-européenne. Celle-ci, lourdement décimée par l’Allemagne nazie, est heureusement encore bien vivante à Montréal, un des principaux bastions mondiaux de cette culture historique. Oppenheim puise ses textes dans la poésie en yiddish, dont celle de plusieurs poètes montréalais comme Chava Rosenfarb ou Jacob-Isaac Segal.
Les arrangements, empreints de tendresse et de mélancolie, sont portés avec un grand soin par les interprètes hors pair que sont Sheila Hannigan, une habituée de toutes les musiques, et Elvira Misbakhova, excellente altiste de l’Orchestre métropolitain en plus d’avoir joué très souvent dans des ensembles klezmer de la métropole. Mael Oudin à la contrebasse se fait plus discret mais sa présence demeure néanmoins essentielle. Oppenheim anime les enchaînements de manière sobre, et avec une discrète pointe d’humour.
En fin de compte, ce fut un moment de communion humaine extrêmement touchant, trempé dans la richesse culturelle du Montréal juif, sans lequel l’âme de la métropole ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui.
OSM | L’effet grandiose, impératif au coup d’envoi de la saison
par Alain Brunet
Le coup d’envoi d’une saison de l’OSM est l’occasion d’en mettre plein la vue et les oreilles. Le choix de l’œuvre centrale au programme doit être grandiose et implique souvent un choeur et des solistes en plus de sa partie orchestrale. Voilà qui justifie le choix de La damnation de Faust, légende dramatique OP.24 de 136 minutes, composée et écrite par Hector Berlioz, au milieu du 19e siècle et créée en 1846 sous la baguette de son compositeur.
Immense choeur derrière l’OSM (Chœur de l’OSM et Petits Chanteurs de Laval dirigés respectivement par Andrew Megill et Philippe Ostiguy), quatre solistes, le chef, Rafael Payare. Effet mammouth, vous vous en doutez bien. Déjà, l’exécution d’un tel oratorio pour solistes, différents chœurs et orchestre symphonique est une opération colossale, très coûteuse. Inutile d’ajouter que l’OSM a mis toute la gomme à ce titre.
Que choisir alors? Le répertoire d’œuvres propices un tel déploiement est relativement limité, et ces œuvres ne sont pas d’égale valeur. Ainsi, le choix s’est arrêté sur la Damnation de Faust, dont la légende ancienne fut reprise par Goethe et ensuite déclinée musicalemet par Schubert, Schumann, Spohr, Wagner, Boito, Gounod, Liszt, Mahler. Bien de son époque, Berlioz n’y avait pas fait exception et nous en avons eu la démonstration musclée ce mercredi à la Maison symphonique.
Déclinée en 20 tableaux regroupés en quatre partie distinctes et d’un entracte au milieu de l’exécution, cette œuvre a la prétention de son instrumentation, de son faste et de sa longueur. On peut comprendre cette ambition à l’époque où les compositeurs cherchaient à atteindre le spectacle total. En 2025? Il est convenu de croire que cette œuvre fasse partie du grand répertoire, mais on peut quand même se formaliser sur la désuétude de son livret, du caractère pompeux et suranné de cette écriture opératique française, jadis admirée. Quant à la trame dramatique, l’histoire du médecin Faust ayant vendu son âme au démon, un thème qui remonte à la nuit des temps, la version de Berlioz est plus qu’ambitieuse.
L’exécution de l’OSM m’a ici semblé rigoureuse et fervente, toujours au service du chant des choeurs et des solistes – le ténor Andrew Staples campe le rôle de Faust, la mezzo-soprano Karen Cargill se transforme en Marguerite (l’épouse), le baryton-basse Willard White incarne Méphistophélès (le diable), le baryton-basse joue Brander. Quiconque connaît bien la langue française aura remarqué l’accent prononcé des solistes qui, normalement, ont été formés à bien maîtriser le français du 19e siècle puisqu’il est utilisé dans une part importante du répertoire lyrique. On peut s’en formaliser… personnellement, je me formalisais davantage du caractère ampoulé du texte mais bon, à chacun ses ampoules!
Quant aux performances vocales, on observe que la puissance du soliste principal n’est pas la plus grande et qu’un tel exercice exige les services d’un ténor plus aguerri dans les hautes fréquences pour ainsi surplomber l’orchestre. On peut dire aussi que le grain de voix de la mezzo-soprano est absolument magnifique mais que la puissance nécessaire à cet oratorio n’est pas toujours au rendez-vous. Et on applaudira la préparation exemplaire des chœurs, dont l’effet combiné est plus que saisissant.
Et c’est précisément l’effet wow de ce programme, le premier de la programmation 2025-2026.
Crédit photo: Antoie Saito
Artistes
Rafael Payare, chef d’orchestre
Karen Cargill, mezzo-soprano (Marguerite)
Andrew Staples, ténor (Faust)
Sir Willard White, baryton (Méphistophélès)
Ashley Riches, basse-baryton (Brander)
Chœur de l’OSM
Andrew Megill, chef de chœur
Petits Chanteurs de Laval, chœur
Philippe Ostiguy, chef de chœur
Œuvre
Hector Berlioz, La damnation de Faust, op. 24 (136 min)
L’arrondissement d’Outremont a vibré en cette belle journée ensoleillée du dimanche 14 septembre, avec la clôture de la 9ème édition du festival Grandes Oreilles.
À peine arrivée, je découvre les multiples tentes installées pour l’occasion. Sous ces tentes, des enfants en train de se faire maquiller le visage ou encore en pleine session de bricolage d’instruments musicaux. Mes fils ont plutôt été attirés par les vélos stationnaires qui émettaient de la musique lorsqu’on pédalait, le tout sous forme de course. Vite, le temps d’aller se prendre une crème glacée pour arriver à temps pour le DJ set de Poirier, que j’avais vu quelques jours plus tôt à l’Aire commune, avec son accolyte DJ Kyou et leurs soirées mythiques Qualité de luxe.
On a eu droit à plusieurs de ses succès et collaborations avec de nombreux artistes montréalais et venant d’ailleurs. Il en a profité pour nous jouer son plus récent morceau Wili sur lequel il a collaboré avec la grande Djely Tapa, tout en faisant un clin d’oeil à l’artiste qui allait suivre quelques heures plus tard, avec le morceau Teke Fren, qui signifie prendre son temps en créole. À mon grand plaisir, on a eu droit à beaucoup de morceaux brésiliens, les siens et d’autres, et mon morceau préféré de l’artiste El Gato Negro, Mundo Cae, que j’ai découvert cet été, a été joué. Alors que Poirier s’apprête à s’envoler vers le sud de la France pour quelques dates, j’ai ainsi pu faire le plein de sa musique dans des contextes totalement différents.
A suivi l’hommage émouvant fait à Luc Plamondon et Mouffe qui ont reçu le prix de l’Ordre d’Outremont par l’entremise du Maire d’Outremont. La chanteuse Martine St-Clair a livré une performance impressionnante en chantant plusieurs chansons de l’auteur, notamment L’amour existe encore ou encore Danse avec moi avec beaucoup de justesse.
Cela dit, le moment fort de la soirée était bien entendu la clôture signée Waahli. C’était la première fois que je voyais un spectacle complet de ce chanteur, rappeur et guitariste montréalais, que j’ai découvert lors de son temps avec le collectif Nomadic Massive. Depuis lors, il s’est bâti une carrière solo qui est en pleine effervescence alors qu’il exprime son talent en français, en anglais et en créole. Il était accompagné pour l’occasion par le saxophoniste Evan Shay, le bassiste James Challenger, le guitariste Ryan Nadin et Shayne Assouline à la batterie.
Sur certains morceaux, Waahli jouait de la guitare, sur d’autres il se concentrait sur la voix et sa présence scénique bien assumée.
« Y a-t-il des gens de Saint-Michel ? » demande-t-il à la foule, après avoir mentionné qu’il avait grandi dans ce quartier. Silence total, qu’il a tourné en humour. Sur Diaspo en diapo, on passe de mélancolie à la joie en un clin d’oeil, sa musique ayant plusieurs reflets. Il dédie la chanson Kouri à une famille haïtienne venue assister à sa prestation et assise en avant de la scène. « Cette chanson est pour vous » annonce-t-il en prélude avant de mettre le feu sur l’avenue Laurier. Il a surpris tout le monde lorsque tout d’un coup, on l’a aperçu dans la foule avec nous, en train d’admirer son groupe sur scène. Après quelques instants, il s’est mis à montrer un pas de danse que la foule a très bien suivi, mon fils en premier plan.
« J’espère que vous avez passé une belle soirée »! dit-il en guise de clôture.
Alors que le DJ Montréalais DJ Cinéma Quartier Latin terminait son set sur la scène principale du Piknic Électronik, c’est par une explosion de ballons que la Berlinoise DJ Gigola a entamé sa performance.
Au-dessus de la foule, des ballons multicolores virevoltent entre les bras tendus vers le ciel des danseurs. Les teintes orangées du coucher de soleil sur l’île Sainte-Hélène en arrière-plan, la chevelure rouge vive de Paulina Schulz (aka DJ Gigola) devient un point de repère sur l’immensité de la scène principale du Piknic. Seule, vêtue d’un T-shirt baggy noir, sans prétention, elle ouvre son set en force, avec un remix électro qui électrifie la foule.
Connue pour apporter sur la scène électronique des sets à la croisée des genres, son hybridation musicale va de paire avec sa pratique artistique multidisciplinaire : art visuel, mode et musique. En effet, cette touche-à-tout s’est tissée une place de maître dans le monde de la dance-music ces dernières années, y apportant de nouvelles couleurs musicales, ainsi qu’un certain sens du fun. Il n’y a qu’à explorer les musiques de son label/collectif, Live from the Earth, ou encore sa propre discographie. Entre électro, trance et hard-groove, sa musique nous fait plus que danser, elle nous amuse et fait en sorte qu’on se sente bien dans notre peau.
Les seaux d’alcool multicolores continuent à circuler, la chaleur monte, et le ciel prend peu à peu une teinte verdâtre étrange, presque tropicale, contrastant avec les arbres en arrière-plan et la scène illuminée en premier plan. La foule s’embrase, siffle, saute, on se colle les uns aux autres. Un remix inattendu de Sean Paul traverse la foule comme une vague de chaleur. Gigola alterne avec aisance entre trance, hard-groove et clins d’œil électro-pop 2000s, sans jamais perdre le fil. Dans la foule, l’ambiance est réellement chaleureuse (j’ai connu des soirées au Piknic beaucoup plus chaotiques): des gens s’excusent en me bousculant, un inconnu me demande poliment si son torse nu me dérange, un autre m’offre une cigarette dans une sorte de camaraderie éphémère. C’est ce mélange d’électro qu’on peut parfois décrire comme brutal (hauts BPM et basses cassantes) et de chaleur humaine qui semble avoir rendu la soirée unique.
Et sur scène, au fil du set, le monde afflue autour de DJ Gigola : des silhouettes dansantes, surtout une fille, qui incarne à elle seule l’énergie du moment. Il y a quelque chose d’ironique dans son nom et dans la scène qui se produit devant nous — Gigola, issu de l’ancien français gigole, “la femme dansante” — et ce soir, une femme danse à ses cotés, sur la grosse scène du Piknic Electronik. Au final, les transitions nettes s’enchaînent et son set se termine exactement à 21h30, dans un tonnerre d’applaudissements. Entre trance et clins d’œil pop, hard-groove et électro, en ce 14 septembre 2025, DJ Gigola nous a livré une prestation à son image : galopante, fun et sexy. Une magnifique soirée qui marque le début de la fin d’un été.
Fête de la Musique 2025 | L’esperanto musical de l’ensemble Kuné
par Frédéric Cardin
Le collectif torontois Kuné (qui signifie ‘’ensemble’’ en esperanto) rassemble un groupe écuménique assez vaste d‘influences et de traditions musicales dans un même assemblage. L’Afrique de l’Ouest, la Grèce, l’Irak, le Brésil, la Turquie, le Pérou, le Mexique, etc. sont tous représentés par les musiciens qui en forment le cœur battant. La mayonnaise est délicieusement prise, de toute évidence, car les pièces s’enchaînent avec une rapidité qui ne laisse aucun spectateur sur sa faim. Rythmes accrocheurs, qui puisent autant dans les traditions du Brésil et de l’Asie de l’Ouest que de l’Afrique mandingue, de l’Europe trad et du monde latino; mélodies simples mais porteuses, voix séduisantes, arrangements et instrumentations interculturelles parfaitement imbriquées, bref, Kuné est une sorte de petit orchestre global emblématique du Canada contemporain. On se demande comment il se fait que ces artistes ne soient pas venus au Québec auparavant (à moins que je ne me trompe). En tout cas, il faudrait y voir, car ils savent faire lever le niveau d’énergie sur une scène.
Palomosa I ¥ØU$UK€ ¥UK1MAT$U aurait pu être plus intense
par Stephan Boissonneault
J’ai découvert le DJ et producteur japonais Yousuke Yukimatsu grâce à son set Tokyo Boiler Room, qui l’a propulsé vers la célébrité grâce à son style déjanté : torse nu, il a joué pendant une heure certains des morceaux techno les plus rapides et les plus puissants qu’on puisse imaginer.
Son set au Jardin Stage de Palomosa laissait entrevoir cette ambiance, mais semblait beaucoup plus discret et, oserais-je dire, « prudent ». La musique était entièrement dédiée à la danse, mais je m’attendais vraiment à quelque chose de plus intense, qui me laisserait épuisé et en sueur. Nous avons tout de même eu droit à une avalanche de techno rythmée par les percussions, mais seulement pendant de brefs instants. Il a fini par retirer sa chemise, ce qui a beaucoup plu au public.
L’ensemble m’a semblé un peu plus lisse que ce à quoi moi-même et une grande partie du public nous attendions. Peut-être était-ce dû au fait qu’il jouait en extérieur ? Peut-être était-il fatigué ? Ou bien cherchait-il à séduire le public, comme le suggère sa reprise de « Hollywood Baby » de 100 gecs. Je dois dire que Yukimatsu est un pro. Ses transitions entre les morceaux et l’ambiance générale sont très fluides, et la musique n’a jamais été interrompue (contrairement à beaucoup de DJs précédents au Palomosa), mais j’aurais aimé une ambiance plus Boiler Room.
Palomosa I Rebecca Black est une force avec laquelle il faut compter
par Stephan Boissonneault
Je n’avais pas pensé à Rebecca Black dans le monde de la musique depuis près de 15 ans. Je me souviens bien sûr du titre Friday, diffusé contre rémunération, qui dominait les pages YouTube en 2011, mais après avoir vu Rebecca Black en concert à Palomosa, je peux dire qu’elle a largement dépassé ce stade.
Rien ne pouvait me préparer au retour de Rebecca Black, qui est passée d’une chanteuse adolescente à une véritable puissance vocale pop. Le spectacle a commencé avec plusieurs pancartes sur la scène, sur lesquelles on pouvait lire « HOMO SEX IS LIFE » (le sexe homosexuel, c’est la vie) ou « STR8? SEEK REBECCA BLACK » (hétéro ? Cherche Rebecca Black), et deux hommes musclés et déchirés tenant une banderole sur laquelle était écrit « Rebecca Black ».
Rebecca Black a surgi de la bannière et s’est lancée dans une chanson de son dernier album, Salvation, intitulée « American Doll », qui traitait clairement de l’image féminine des pop stars, et qui ressemblait immédiatement à une chanson pop à la Lady Gaga, avec une basse lourde et des paroles accrocheuses. Je ne savais pas que Rebecca Black allait revenir en tant qu’icône queer, mais contrairement à la plupart des pop stars qui s’appuient sur des playbacks, elle n’en utilise pas. Sa voix est incroyablement puissante, et elle adore le montrer pendant ses concerts.
Le son s’arrête juste au moment où elle pousse un cri aigu et passe à un grognement en cascade. Ses mouvements de danse synchronisés et vicieux, associés à ses danseurs flamboyants, étaient également très divertissants. « Montréal, si vous ne dansez pas sur cette chanson, je vous tue », crie-t-elle, allongée à plat ventre sur le dos de ses deux danseurs. Elle se donne à fond sur scène, réduite à une flaque de sueur dès la fin des deux premières chansons.
Pendant un très court entracte, le spectacle se transforme en une sorte de publicité bizarre. Les deux danseurs apparaissent avec des plateaux contenant un liquide étrange appelé « Sugar Water Cyanide » (eau sucrée au cyanure) et commencent à le « vendre » au public. Rebecca réapparaît et se lance dans son morceau Sugar Water Cyanide et, pendant 30 secondes, nous avons droit à une version accélérée de « Friday ». Alors qu’elle regardait le public perdre la tête et scander « partyin, partyin’ (Yeah) », le sourire maniaque de Rebecca Black aurait pu couper du verre. C’est peut-être la meilleure façon de se réapproprier une chanson qui vous a rendu célèbre et qui vous a valu d’être trollée dans votre jeunesse, et elle le sait. Chapeau bas, Mlle Black.
Palomosa | Lis Dalton & Lia Plutonic, Joy & Dedication
par Félicité Couëlle-Brunet
Saturday evening at Palomosa opened with a back-to-back set from Lis Dalton and Lia Plutonic, two DJs whose presence in Montreal’s underground scene radiates both joy and dedication. The crowd was small, mostly friends and familiar faces, but the intimacy only amplified the sense of connection in the space.
Dalton is known for sets that mix devilish drive with heartfelt hedonism, jumping effortlessly from house burners to rave rips and downtempo detours. Plutonic, meanwhile, has carved her own space in the community with a groove-first approach that leans into R&B textures and soulful rhythms, often channeled through her work with Homegrown Harvest and the Parquette venue, home of the FLIP raves. Together, they built a set that felt playful, wholesome, and refreshingly warm, less like a party and more like a gathering of friends.What stood out most was the atmosphere: safe, inclusive, and deeply communal. For women on the dance floor especially, it was a rare pocket of space where joy felt unguarded. That spirit was sealed in one unforgettable moment at the end, when the duo grabbed the mic and shouted in unison: “Lesbians!”, a gleeful declaration that summed up the night’s mix of music, community, and care.
Palomosa I Yeule verse des larmes digitales et glitchées
par Stephan Boissonneault
Après avoir été déconcerté par le set court et perturbant de Loukeman (en raison des problèmes de son sur la scène principale), j’espérais que Yeule serait plus claire. Lorsqu’elle est montée sur scène en fumant un joint, vêtue d’une petite veste en cuir ajustée et décolletée et d’un short en jean orné d’un chapelet et d’une queue de renard, elle semblait porter des lentilles de contact blanches pour donner un look androïde.
Yeule est Nat Ćmeil, autrice-compositrice-interprète de 27 ans originaire de Singapour, mais basée à Londres, au Royaume-Uni. Son groupe était composé d’un guitariste et d’un batteur, et pour quelques morceaux plus shoegaze, Yeule a elle-même joué de la guitare, dont l’une ressemblait un peu à la guitare Power Symbol Axe de Prince, mais en blanc.
Il semble que l’équipe technique du festival ait réussi à faire fonctionner les haut-parleurs, mais le son de la guitare et de la voix de Yeule étaient très faibles, et avec la multitude d’effets sur sa voix, il était difficile de l’entendre pendant les quatre ou cinq premières chansons. Une fois que le son est devenu plus clair, cela ressemblait un peu à Björk vue à travers un prisme flou et shoegaze de la fin des années 90. Je ne sais pas pourquoi ils ont utilisé une piste d’accompagnement pour la guitare basse, mais j’étais au moins content de voir un groupe.
Honnêtement, beaucoup de chansons se ressemblaient, et il était difficile de distinguer celles qui provenaient de son dernier album, Evangelic Girl is A Gun. Le spectacle ressemblait davantage à une performance scénarisée, mais il présentait certaines des vidéos de fond les plus artistiques du festival. Sur l’écran géant, on pouvait voir Yeule à califourchon sur une moto tout-terrain dans un entrepôt délabré, avec des métaux cybernétiques et des tuyaux suspendus aux murs. Associé au jeu de lumières et aux mouvements subtils du corps et à la danse de Yeule, ce spectacle semblait mettre davantage l’accent sur l’aspect visuel que sur le son.
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