classique / période romantique

OSM | L’effet grandiose, impératif au coup d’envoi de la saison

par Alain Brunet

Le coup d’envoi d’une saison de l’OSM est l’occasion d’en mettre plein la vue et les oreilles. Le choix de l’œuvre centrale au programme doit être grandiose et implique souvent un choeur et des solistes en plus de sa partie orchestrale. Voilà qui justifie le choix de La damnation de Faust, légende dramatique OP.24 de 136 minutes, composée et écrite par Hector Berlioz, au milieu du 19e siècle et créée en 1846 sous la baguette de son compositeur.

Immense choeur derrière l’OSM (Chœur de l’OSM et Petits Chanteurs de Laval dirigés respectivement par Andrew Megill et Philippe Ostiguy), quatre solistes, le chef, Rafael Payare. Effet mammouth, vous vous en doutez bien. Déjà, l’exécution d’un tel oratorio pour solistes, différents chœurs et orchestre symphonique est une opération colossale, très coûteuse. Inutile d’ajouter que l’OSM a mis toute la gomme à ce titre.

Que choisir alors? Le répertoire d’œuvres propices un tel déploiement est relativement limité, et ces œuvres ne sont pas d’égale valeur. Ainsi, le choix s’est arrêté sur la Damnation de Faust, dont la légende ancienne fut reprise par Goethe et ensuite déclinée musicalemet par Schubert, Schumann, Spohr, Wagner, Boito, Gounod, Liszt, Mahler. Bien de son époque, Berlioz n’y avait pas fait exception et nous en avons eu la démonstration musclée ce mercredi à la Maison symphonique.

Déclinée en 20 tableaux regroupés en quatre partie distinctes et d’un entracte au milieu de l’exécution, cette œuvre a la prétention de son instrumentation, de son faste et de sa longueur. On peut comprendre cette ambition à l’époque où les compositeurs cherchaient à atteindre le spectacle total. En 2025? Il est convenu de croire que cette œuvre fasse partie du grand répertoire, mais on peut quand même se formaliser sur la désuétude de son livret, du caractère pompeux et suranné de cette écriture opératique française, jadis admirée. Quant à la trame dramatique, l’histoire du médecin Faust ayant vendu son âme au démon, un thème qui remonte à la nuit des temps, la version de Berlioz est plus qu’ambitieuse.

L’exécution de l’OSM m’a ici semblé rigoureuse et fervente, toujours au service du chant des choeurs et des solistes – le ténor Andrew Staples campe le rôle de Faust, la mezzo-soprano Karen Cargill se transforme en Marguerite (l’épouse), le baryton-basse Willard White incarne Méphistophélès (le diable), le baryton-basse joue Brander. Quiconque connaît bien la langue française aura remarqué l’accent prononcé des solistes qui, normalement, ont été formés à bien maîtriser le français du 19e siècle puisqu’il est utilisé dans une part importante du répertoire lyrique. On peut s’en formaliser… personnellement, je me formalisais davantage du caractère ampoulé du texte mais bon, à chacun ses ampoules!

Quant aux performances vocales, on observe que la puissance du soliste principal n’est pas la plus grande et qu’un tel exercice exige les services d’un ténor plus aguerri dans les hautes fréquences pour ainsi surplomber l’orchestre. On peut dire aussi que le grain de voix de la mezzo-soprano est absolument magnifique mais que la puissance nécessaire à cet oratorio n’est pas toujours au rendez-vous. Et on applaudira la préparation exemplaire des chœurs, dont l’effet combiné est plus que saisissant.

Et c’est précisément l’effet wow de ce programme, le premier de la programmation 2025-2026.

Crédit photo: Antoie Saito

Artistes

Rafael Payare, chef d’orchestre

Karen Cargill, mezzo-soprano (Marguerite)

Andrew Staples, ténor (Faust)

Sir Willard White, baryton (Méphistophélès)

Ashley Riches, basse-baryton (Brander)

Chœur de l’OSM

Andrew Megill, chef de chœur

Petits Chanteurs de Laval, chœur

Philippe Ostiguy, chef de chœur

Œuvre

Hector BerliozLa damnation de Faust, op. 24 (136 min)

Entracte (20 min)

Chanson francophone / DJ set / Hip Hop

Grandes Oreilles | Une clôture digne de ce nom

par Sandra Gasana

L’arrondissement d’Outremont a vibré en cette belle journée ensoleillée du dimanche 14 septembre, avec la clôture de la 9ème édition du festival Grandes Oreilles.

À peine arrivée, je découvre les multiples tentes installées pour l’occasion. Sous ces tentes, des enfants en train de se faire maquiller le visage ou encore en pleine session de bricolage d’instruments musicaux. Mes fils ont plutôt été attirés par les vélos stationnaires qui émettaient de la musique lorsqu’on pédalait, le tout sous forme de course. Vite, le temps d’aller se prendre une crème glacée pour arriver à temps pour le DJ set de Poirier, que j’avais vu quelques jours plus tôt à l’Aire commune, avec son accolyte DJ Kyou et leurs soirées mythiques Qualité de luxe.

On a eu droit à plusieurs de ses succès et collaborations avec de nombreux artistes montréalais et venant d’ailleurs. Il en a profité pour nous jouer son plus récent morceau Wili sur lequel il a collaboré avec la grande Djely Tapa, tout en faisant un clin d’oeil à l’artiste qui allait suivre quelques heures plus tard, avec le morceau Teke Fren, qui signifie prendre son temps en créole. À mon grand plaisir, on a eu droit à beaucoup de morceaux brésiliens, les siens et d’autres, et mon morceau préféré de l’artiste El Gato Negro, Mundo Cae, que j’ai découvert cet été, a été joué. Alors que Poirier s’apprête à s’envoler vers le sud de la France pour quelques dates, j’ai ainsi pu faire le plein de sa musique dans des contextes totalement différents.

A suivi l’hommage émouvant fait à Luc Plamondon et Mouffe qui ont reçu le prix de l’Ordre d’Outremont par l’entremise du Maire d’Outremont. La chanteuse Martine St-Clair a livré une performance impressionnante en chantant plusieurs chansons de l’auteur, notamment L’amour existe encore ou encore Danse avec moi avec beaucoup de justesse.

Cela dit, le moment fort de la soirée était bien entendu la clôture signée Waahli. C’était la première fois que je voyais un spectacle complet de ce chanteur, rappeur et guitariste montréalais, que j’ai découvert lors de son temps avec le collectif Nomadic Massive. Depuis lors, il s’est bâti une carrière solo qui est en pleine effervescence alors qu’il exprime son talent en français, en anglais et en créole. Il était accompagné pour l’occasion par le saxophoniste Evan Shay, le bassiste James Challenger, le guitariste Ryan Nadin et Shayne Assouline à la batterie.

Sur certains morceaux, Waahli jouait de la guitare, sur d’autres il se concentrait sur la voix et sa présence scénique bien assumée.

« Y a-t-il des gens de Saint-Michel ? » demande-t-il à la foule, après avoir mentionné qu’il avait grandi dans ce quartier. Silence total, qu’il a tourné en humour. Sur Diaspo en diapo, on passe de mélancolie à la joie en un clin d’oeil, sa musique ayant plusieurs reflets. Il dédie la chanson Kouri à une famille haïtienne venue assister à sa prestation et assise en avant de la scène. « Cette chanson est pour vous » annonce-t-il en prélude avant de mettre le feu sur l’avenue Laurier. Il a surpris tout le monde lorsque tout d’un coup, on l’a aperçu dans la foule avec nous, en train d’admirer son groupe sur scène. Après quelques instants, il s’est mis à montrer un pas de danse que la foule a très bien suivi, mon fils en premier plan.

« J’espère que vous avez passé une belle soirée »! dit-il en guise de clôture.

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Électro / pop / trance

Piknic Electronik | DJ Gigola a cassé la baraque

par Léa Dieghi

Alors que le DJ Montréalais DJ Cinéma Quartier Latin terminait son set sur la scène principale du Piknic Électronik, c’est par une explosion de ballons que la Berlinoise DJ Gigola a entamé sa performance.

Au-dessus de la foule, des ballons multicolores virevoltent entre les bras tendus vers le ciel des danseurs. Les teintes orangées du coucher de soleil sur l’île Sainte-Hélène en arrière-plan, la chevelure rouge vive de Paulina Schulz (aka DJ Gigola) devient un point de repère sur l’immensité de la scène principale du Piknic. Seule, vêtue d’un T-shirt baggy noir, sans prétention, elle ouvre son set en force, avec un remix électro qui électrifie la foule.

Connue pour apporter sur la scène électronique des sets à la croisée des genres, son hybridation musicale va de paire avec sa pratique artistique multidisciplinaire : art visuel, mode et musique. En effet, cette touche-à-tout s’est tissée une place de maître dans le monde de la dance-music ces dernières années, y apportant de nouvelles couleurs musicales, ainsi qu’un certain sens du fun. Il n’y a qu’à explorer les musiques de son label/collectif, Live from the Earth, ou encore sa propre discographie. Entre électro, trance et hard-groove, sa musique nous fait plus que danser, elle nous amuse et fait en sorte qu’on se sente bien dans notre peau.

Les seaux d’alcool multicolores continuent à circuler, la chaleur monte, et le ciel prend peu à peu une teinte verdâtre étrange, presque tropicale, contrastant avec les arbres en arrière-plan et la scène illuminée en premier plan. La foule s’embrase, siffle, saute, on se colle les uns aux autres. Un remix inattendu de Sean Paul traverse la foule comme une vague de chaleur.
Gigola alterne avec aisance entre trance, hard-groove et clins d’œil électro-pop 2000s, sans jamais perdre le fil. Dans la foule, l’ambiance est réellement chaleureuse (j’ai connu des soirées au Piknic beaucoup plus chaotiques): des gens s’excusent en me bousculant, un inconnu me demande poliment si son torse nu me dérange, un autre m’offre une cigarette dans une sorte de camaraderie éphémère. C’est ce mélange d’électro qu’on peut parfois décrire comme brutal (hauts BPM et basses cassantes) et de chaleur humaine qui semble avoir rendu la soirée unique.

Et sur scène, au fil du set, le monde afflue autour de DJ Gigola : des silhouettes dansantes, surtout une fille, qui incarne à elle seule l’énergie du moment. Il y a quelque chose d’ironique dans son nom et dans la scène qui se produit devant nous — Gigola, issu de l’ancien français gigole, “la femme dansante” — et ce soir, une femme danse à ses cotés, sur la grosse scène du Piknic Electronik.
Au final, les transitions nettes s’enchaînent et son set se termine exactement à 21h30, dans un tonnerre d’applaudissements.
Entre trance et clins d’œil pop, hard-groove et électro, en ce 14 septembre 2025, DJ Gigola nous a livré une prestation à son image : galopante, fun et sexy. Une magnifique soirée qui marque le début de la fin d’un été.

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Musiques du Monde

Fête de la Musique 2025 | L’esperanto musical de l’ensemble Kuné

par Frédéric Cardin

Le collectif torontois Kuné (qui signifie ‘’ensemble’’ en esperanto) rassemble un groupe écuménique assez vaste d‘influences et de traditions musicales dans un même assemblage. L’Afrique de l’Ouest, la Grèce, l’Irak, le Brésil, la Turquie, le Pérou, le Mexique, etc. sont tous représentés par les musiciens qui en forment le cœur battant. La mayonnaise est délicieusement prise, de toute évidence, car les pièces s’enchaînent avec une rapidité qui ne laisse aucun spectateur sur sa faim. Rythmes accrocheurs, qui puisent autant dans les traditions du Brésil et de l’Asie de l’Ouest que de l’Afrique mandingue, de l’Europe trad et du monde latino; mélodies simples mais porteuses, voix séduisantes, arrangements et instrumentations interculturelles parfaitement imbriquées, bref, Kuné est une sorte de petit orchestre global emblématique du Canada contemporain. On se demande comment il se fait que ces artistes ne soient pas venus au Québec auparavant (à moins que je ne me trompe). En tout cas, il faudrait y voir, car ils savent faire lever le niveau d’énergie sur une scène. 

DJ set

Palomosa I ¥ØU$UK€ ¥UK1MAT$U aurait pu être plus intense

par Stephan Boissonneault

J’ai découvert le DJ et producteur japonais Yousuke Yukimatsu grâce à son set Tokyo Boiler Room, qui l’a propulsé vers la célébrité grâce à son style déjanté : torse nu, il a joué pendant une heure certains des morceaux techno les plus rapides et les plus puissants qu’on puisse imaginer.

Son set au Jardin Stage de Palomosa laissait entrevoir cette ambiance, mais semblait beaucoup plus discret et, oserais-je dire, « prudent ». La musique était entièrement dédiée à la danse, mais je m’attendais vraiment à quelque chose de plus intense, qui me laisserait épuisé et en sueur. Nous avons tout de même eu droit à une avalanche de techno rythmée par les percussions, mais seulement pendant de brefs instants. Il a fini par retirer sa chemise, ce qui a beaucoup plu au public.

L’ensemble m’a semblé un peu plus lisse que ce à quoi moi-même et une grande partie du public nous attendions. Peut-être était-ce dû au fait qu’il jouait en extérieur ? Peut-être était-il fatigué ? Ou bien cherchait-il à séduire le public, comme le suggère sa reprise de « Hollywood Baby » de 100 gecs. Je dois dire que Yukimatsu est un pro. Ses transitions entre les morceaux et l’ambiance générale sont très fluides, et la musique n’a jamais été interrompue (contrairement à beaucoup de DJs précédents au Palomosa), mais j’aurais aimé une ambiance plus Boiler Room.

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pop

Palomosa I Rebecca Black est une force avec laquelle il faut compter

par Stephan Boissonneault

Je n’avais pas pensé à Rebecca Black dans le monde de la musique depuis près de 15 ans. Je me souviens bien sûr du titre Friday, diffusé contre rémunération, qui dominait les pages YouTube en 2011, mais après avoir vu Rebecca Black en concert à Palomosa, je peux dire qu’elle a largement dépassé ce stade.

Rien ne pouvait me préparer au retour de Rebecca Black, qui est passée d’une chanteuse adolescente à une véritable puissance vocale pop. Le spectacle a commencé avec plusieurs pancartes sur la scène, sur lesquelles on pouvait lire « HOMO SEX IS LIFE » (le sexe homosexuel, c’est la vie) ou « STR8? SEEK REBECCA BLACK » (hétéro ? Cherche Rebecca Black), et deux hommes musclés et déchirés tenant une banderole sur laquelle était écrit « Rebecca Black ».

Rebecca Black a surgi de la bannière et s’est lancée dans une chanson de son dernier album, Salvation, intitulée « American Doll », qui traitait clairement de l’image féminine des pop stars, et qui ressemblait immédiatement à une chanson pop à la Lady Gaga, avec une basse lourde et des paroles accrocheuses. Je ne savais pas que Rebecca Black allait revenir en tant qu’icône queer, mais contrairement à la plupart des pop stars qui s’appuient sur des playbacks, elle n’en utilise pas. Sa voix est incroyablement puissante, et elle adore le montrer pendant ses concerts.

Le son s’arrête juste au moment où elle pousse un cri aigu et passe à un grognement en cascade. Ses mouvements de danse synchronisés et vicieux, associés à ses danseurs flamboyants, étaient également très divertissants. « Montréal, si vous ne dansez pas sur cette chanson, je vous tue », crie-t-elle, allongée à plat ventre sur le dos de ses deux danseurs. Elle se donne à fond sur scène, réduite à une flaque de sueur dès la fin des deux premières chansons.

Pendant un très court entracte, le spectacle se transforme en une sorte de publicité bizarre. Les deux danseurs apparaissent avec des plateaux contenant un liquide étrange appelé « Sugar Water Cyanide » (eau sucrée au cyanure) et commencent à le « vendre » au public. Rebecca réapparaît et se lance dans son morceau Sugar Water Cyanide et, pendant 30 secondes, nous avons droit à une version accélérée de « Friday ». Alors qu’elle regardait le public perdre la tête et scander « partyin, partyin’ (Yeah) », le sourire maniaque de Rebecca Black aurait pu couper du verre. C’est peut-être la meilleure façon de se réapproprier une chanson qui vous a rendu célèbre et qui vous a valu d’être trollée dans votre jeunesse, et elle le sait. Chapeau bas, Mlle Black.

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house / soul/R&B

Palomosa | Lis Dalton & Lia Plutonic, Joy & Dedication

par Félicité Couëlle-Brunet

Saturday evening at Palomosa opened with a back-to-back set from Lis Dalton and Lia Plutonic, two DJs whose presence in Montreal’s underground scene radiates both joy and dedication. The crowd was small, mostly friends and familiar faces, but the intimacy only amplified the sense of connection in the space.

Dalton is known for sets that mix devilish drive with heartfelt hedonism, jumping effortlessly from house burners to rave rips and downtempo detours. Plutonic, meanwhile, has carved her own space in the community with a groove-first approach that leans into R&B textures and soulful rhythms, often channeled through her work with Homegrown Harvest and the Parquette venue, home of the FLIP raves. Together, they built a set that felt playful, wholesome, and refreshingly warm, less like a party and more like a gathering of friends.What stood out most was the atmosphere: safe, inclusive, and deeply communal. For women on the dance floor especially, it was a rare pocket of space where joy felt unguarded. That spirit was sealed in one unforgettable moment at the end, when the duo grabbed the mic and shouted in unison: “Lesbians!”, a gleeful declaration that summed up the night’s mix of music, community, and care.

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alt-pop / glitch / pop noire / pop-ambient / shoegaze

Palomosa I Yeule verse des larmes digitales et glitchées

par Stephan Boissonneault

Après avoir été déconcerté par le set court et perturbant de Loukeman (en raison des problèmes de son sur la scène principale), j’espérais que Yeule serait plus claire. Lorsqu’elle est montée sur scène en fumant un joint, vêtue d’une petite veste en cuir ajustée et décolletée et d’un short en jean orné d’un chapelet et d’une queue de renard, elle semblait porter des lentilles de contact blanches pour donner un look androïde.

Yeule est Nat Ćmeil, autrice-compositrice-interprète de 27 ans originaire de Singapour, mais basée à Londres, au Royaume-Uni. Son groupe était composé d’un guitariste et d’un batteur, et pour quelques morceaux plus shoegaze, Yeule a elle-même joué de la guitare, dont l’une ressemblait un peu à la guitare Power Symbol Axe de Prince, mais en blanc.

Il semble que l’équipe technique du festival ait réussi à faire fonctionner les haut-parleurs, mais le son de la guitare et de la voix de Yeule étaient très faibles, et avec la multitude d’effets sur sa voix, il était difficile de l’entendre pendant les quatre ou cinq premières chansons. Une fois que le son est devenu plus clair, cela ressemblait un peu à Björk vue à travers un prisme flou et shoegaze de la fin des années 90. Je ne sais pas pourquoi ils ont utilisé une piste d’accompagnement pour la guitare basse, mais j’étais au moins content de voir un groupe.

Honnêtement, beaucoup de chansons se ressemblaient, et il était difficile de distinguer celles qui provenaient de son dernier album, Evangelic Girl is A Gun. Le spectacle ressemblait davantage à une performance scénarisée, mais il présentait certaines des vidéos de fond les plus artistiques du festival. Sur l’écran géant, on pouvait voir Yeule à califourchon sur une moto tout-terrain dans un entrepôt délabré, avec des métaux cybernétiques et des tuyaux suspendus aux murs. Associé au jeu de lumières et aux mouvements subtils du corps et à la danse de Yeule, ce spectacle semblait mettre davantage l’accent sur l’aspect visuel que sur le son.

hip-hop / hyperpop / rap

Palomosa | Shadow Wizard Money Gang, sortilèges hyperpop & rap

par Félicité Couëlle-Brunet

Nés d’un mème et portés par une esthétique flamboyante, Shadow Wizard Money Gang s’est taillé une place unique dans la culture pop. Leur slogan viral “we love casting spells” s’accompagne de visuels rétro et de silhouettes encapuchonnées, ornées de chaînes et bagues, à mi-chemin entre personnages de jeux vidéo et figures mystiques. Mais l’attrait du collectif dépasse l’humour internet : c’est un mélange de musique, de mode et d’attitude qui incarne une sensibilité générationnelle. Pour eux, leur identité passe autant par la présence médiatique et l’allure que par le son.

Samedi, c’est à Palomosa que la magie a pris forme. DJ Psycho a ouvert le bal, entouré de ses mystérieux compagnons dans le DJ booth. La salle a rapidement basculé dans un univers sonore hyperpop hardcore, entre expérimentations électroniques et éclats métalliques. Tout était pensé dans une logique maximaliste : les visuels saturés, les drops inattendus, l’intensité des rythmes.

Dans la foule, chaque détail devenait une extension de ce sortilège collectif : paillettes sous les néons, capuches colorées, lunettes futuristes et chaînes qui scintillaient au rythme des stroboscopes. Les beats martelaient les corps, faisant vibrer le plancher, et chaque drop déclenchait une vague de cris et de mouvements. Et quand le set a glissé vers du Tizzo, figure rap de Saint-Michel, l’esthétique montréalaise est venue s’entrelacer à un univers surréaliste et un clin d’œil local, ce qui a fait lever la foule d’un cran.

À mesure que la soirée avançait, la frontière entre scène et public semblait s’effacer : tous réunis dans une même intensité, comme membres d’un seul et même gang. Shadow Wizard Money Gang n’a pas seulement donné un concert à Palomosa: il a invité une communauté à festoyer dans l’excès où musique, mode et attitude se fondent dans une expérience totale.

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électronique / house / vaporwave

Palomosa | Cult Member, voyage hypnotique au cœur de la house

par Marc-Antoine Bernier

À 18h30, la scène du Jardin s’est laissée envahir par les pulsations envoûtantes de Cult Member. Dans la lumière douce d’un début de soirée, son set a transporté le public dans un voyage urbain et éthéré, porté par une house expansive aux racines vaporwave, avec ses textures lo-fi et sonorités inspirées de l’imaginaire internet.

Liam Hayden, alias Cult Member, n’est pas un DJ comme les autres. Figure discrète mais influente de la scène outsider house canadienne, il s’est fait connaître par son album culte Ethernet, avant de se réinventer dans des territoires plus techno et trance. Samedi soir à Palomosa, il a donné un aperçu de ce parcours singulier, ouvrant son set avec une réinterprétation planante de U Weren’t Here I Really Missed You.

Son mix, profondément atmosphérique, vibrait de textures lo-fi et d’échos futuristes, comme un patchwork entre mélancolie et pulsation urbaine. Si certains passages rappelaient les ambiances brumeuses d’Ethernet, d’autres basculaient vers l’efficacité frontale de Club Tools Vol. 1, où les basses lourdes et les rythmiques rapides galvanisaient la foule. Alors que la clarté du soleil déclinait lentement, la musique montait en puissance, transformant le Jardin en une piste de danse hypnotique.

Peu expressif derrière ses machines, Hayden esquissait de temps à autre un sourire discret, répondant aux acclamations. Mais tout dans son set invitait plutôt à l’introspection : ses nappes ambient et ses lignes mélodiques semblaient issues d’une jam nocturne dans l’intimité de son studio. Pourtant, dès que les beats s’accéléraient, la foule entière se synchronisait à son tempo, respirant et bougeant d’un même élan.

Entre rêverie solitaire et communion collective, Cult Member a offert un moment suspendu, à la fois froid et incandescent, qui résumait bien l’alchimie de son univers sonore.

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électronique / pop

Palomosa | Cecile Believe lance le samedi sous un ciel apaisé

par Marc-Antoine Bernier

La pluie venait tout juste de se taire quand Cecile Believe a fait résonner sa voix sur la scène Fizz du Parc-Jean-Drapeau. Première artiste à se produire samedi après-midi, elle a transformé l’humidité encore flottante en un moment de communion pop et électro.

À 16h15, alors que les nuages se dissipaient à peine, Cecile Believe a inauguré la programmation de la scène Fizz au festival Palomosa. Révélée au grand public par son travail auprès de SOPHIE sur Oil Of Every Pearl’s Uninsides, l’artiste montréalaise a offert un moment où se déployait toute l’amplitude de sa voix, capable de naviguer entre puissance et fragilité, avec des éclats de vulnérabilité qui touchaient droit au cœur.

Les premiers morceaux, dont une récente collaboration avec Daniel Avery et Andy Bell (Ride, Oasis), ont plongé le public dans une atmosphère éthérée, soutenue par des nappes dream pop et un chant habité. Rapidement, la foule s’est laissée emporter: sur Ponytail, les fans chantaient en chœur, les visages illuminés d’émotion.

Le point culminant est venu avec Blink Twice, titre phare de son dernier EP Tender The Spark paru en 2024. Entre basses midtempo et pulsations nocturnes, le morceau a électrisé le parterre, où les corps bougeaient avec ferveur. Plus tard, Bitch Bites Dog, extrait de Plucking A Cherry From The Void, a ramené une intensité viscérale, avant que la conclusion ne vienne avec Show Me What, production signée A. G. Cook, laissant les spectateurs légers et transportés.

Dans un décor minimaliste baigné de rouge, Cecile Believe n’avait besoin de rien d’autre que de sa voix et de sa générosité scénique pour envoûter. Une performance qui a rappelé pourquoi elle occupe déjà une place singulière dans la scène pop électronique actuelle, même si elle reste encore à découvrir d’un plus large public.

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électronique

Palomosa | After à la SAT, closing de FCUCKERS en dj set sous le dôme.

par Léa Dieghi

Vendredi  soir, la Satosphère a vibré sous les pulsations de FCUCKERS, venus livrer un DJ set de deux heures après s’être produits au parc Jean-Drapeau en formule band. La house s’y est déployée dans une myriade de couleurs sonores. Entre projections abstraites de la part des VJ de la SAT et les montées sonores imprévisibles du duo, l’after Palomosa nous a offert une expérience digne d’un grand club house new-yorkais.  

Dès les premières minutes, les quatre mains activées sur les C’DJ, le ton est posé: Ce soir, ce sera de la house, dansante et joyeuse. Accompagné des projections qui se métamorphosent tantôt en nuées mauves et tantôt en textures abstraites, le DJ set glissait du housy le plus moite à des éclats plus tech house, jusqu’à frôler la frénésie de la drum’n’bass.

La salle entière semblait se mouler dans leur progression : corps en sueur, rythmes qui nous collent littéralement à la peau, respiration qui s’accélère au gré des breaks. Par moments, la moiteur devenait presque -trop- tangible, notamment quand ce spectateur/danseur frôla mon corps par accident, et que sa sueur atterrit sur mon bras: un détail inconfortable mais révélateur de l’intensité d’un espace où les frontières personnelles s’effacent.

« Le son à la SAT, c’est autre chose », glissait dans le creux de mon oreille mon ami, pas mal conquis par la performance. Effectivement, une des grandes qualités du Dôme, avec les bons artistes, c’est de nous offrir une spatialité unique avec des basses enveloppantes, des aigus limpides, et un environnement visuel qui amplifie chaque sonorités. 

Remixant des classiques de la House musique pendant deux heures, tels que Basement Jaxx, Fatima Yamaha (What’s a girl to do), pour finir par le célèbre morceau de Orbital “Halcyon and on and on”, la fin eut un goût doux-amer: Un sentiment partagée entre l’appréciation du DJ set qu’ils nous ont offert, et la déception que ce n’est duré -que- deux heures. On aurait continué toute la nuit, jusqu’à ce que l’aube du matin pointe le bout de son nez. 

Entre leurs quatre mains, ils semblent avoir transformé la house en matière vivante:  À l’image d’une onde moite et violette qui continue de vibrer longtemps après la dernière note. C’était FCUCKERS en dj set, et c’était une nuit remplie de danse, de sourires et de beaux souvenirs. 

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