chant lyrique / classique occidental / période classique / période romantique

Lanaudière 2026 | Le Voyage d’hiver de Matthias Goerne : entre introspection et emportement

par Alexandre Villemaire

Parmi les grands cycles de lieder du XIXe siècle, Die Winterreise (Le Voyage d’hiver) de Franz Schubert tient lieu de monument. Aux côtés de ces deux autres opus tels le Schwanengesang (Le Chant du cygne) et Die Schöne Müllerin (La Belle Meunière).

Dans le cadre du Festival de Lanaudière, le baryton allemand Matthias Goerne offrait en l’église de Mascouche le 21 juillet une performance de cette ultime œuvre du compositeur viennois. Goerne en était à sa troisième présence au festival après y avoir présenté deux récitals de Schubert en 2022 et 2024. En présentant l’ultime cycle de Schubert dans cette programmation, Goerne a offert au public son regard et son interprétation du récit de Schubert.

Au moment où il compose Die Winterreise, ce dernier est très malade et en proie à des phases dépressives. Il trouve dans les vers de Wilhelm Müller tout ce qui l’habite : l’amour refusé, la solitude, l’aspiration à la libération par la mort. Les vingt-quatre lieder que Schubert compose peignent ainsi un voyage à la fois philosophique et psychique où la figure du voyageur errant présentée dans l’arc narratif que tresse le cycle peut aisément représenter le compositeur disant tranquillement adieu au monde et marche vers son destin. Parmi les éléments centraux qui caractérisent l’écriture du Voyage d’hiver, on retrouve les contrastes des textures sonores et les oppositions marquées entre les tonalités majeur et mineur qui viennent ponctuer et illustrer l’action des différents vers.

La marche du voyageur est entamée avec Gute Nacht (Bonne Nuit), sur un rythme obstiné où la figure emblématique annonce son départ (Étranger je suis arrivé, étranger je repars […] Je dois trouver ma route moi-même dans cette obscurité ». Dès ce premier énoncé, la voie de Matthias Goerne dévoile une partie de sa richesse et de son étendue vocale. Des graves généraux, un médium boisé et des aigus clairs font que son timbre est malléable dans tous les contrastes que peuvent exprimer les intentions du texte et de la musique. Un des meilleurs exemples se trouve dans le onzième lied Frülingstraum (Rêve de printemps) où trois environnements musicaux sont clairement exposés, allant d’un songe émerveillé, à un furieux récitatif pour finir par un doux, mais amer retour à la réalité dans un évanouissement. Ces balancements constants de contrastes, d’émotions et d’intentions différentes jalonnent le cycle. d

Le voyageur arrive au bout de son chemin devant un joueur de vielle (Der Leiermann), représentation de la mort, qui l’accueille dans une simplicité mélodique qui tranche avec la complexité et l’inventivité des accompagnements précédents. Du simple bourdon de la vielle s’élève une mélopée grinçante, en alternance avec la voix qui emprunte la matière de trois segments de phrases de manière hypnotique. « Étrange vieillard, dois-je aller avec toi ? Veux-tu tourner ta vielle pour accompagner mes chants ? » sont les dernières paroles que souffle le voyageur avant que sa voix ne s’éteigne dans le plus imposant silence.

Matthias Goerne, dans toute son expertise, a offert une interprétation incarnée et investie émotionnellement et physiquement, mais avec beaucoup de mouvements corporels et de gestes parfois superflus qui, malheureusement pour nous, venaient détonner avec le récit vocal. On aurait peut-être attendu par moment un peu plus de recueillement et d’introspection dans le caractère du voyageur. L’interprétation que Goerne a choisi de mettre de l’avant nous a semblé exposer bien plus la rage, voire la colère, de voir son monde tranquillement disparaître que le côté désespéré dans un écrin de tristesse et de résignation. C’est une vision qui est tout à fait logique et qui se tient, mais qui nous a demandé un certain temps d’adaptation avant de suivre son narratif. Un narratif, qui, avec raison, a suspendu à ses lèvres le public dans une attention des plus strictes pendant les 70 minutes.

Au piano, Tamara Stefanovich, qui en était à ses débuts au festival, a accompagné Matthias Goerne de manière solide et nuancée, suivant avec écoute et souplesse la direction et le tempérament que ce dernier dictait à l’œuvre.

crédits photos : Gabriel Fournier

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cumbia / latino / ranchera

Nuits d’Afrique 2026 | Somos Más : Célébration de mémoire, de communauté et de résistance

par Juliana Cortes

Jeudi 16 juillet, le collectif musical Somos Más a investi la Scène Loto-Québec au Festival International Nuits d’Afrique. Tour à tour, les chanteuses ont investi la scène, exécutant des percussions corporelles et harmonisant leurs voix. Venues du Pérou, du Chili, de Bolivie, de République dominicaine, du Salvador, du Brésil et du Maroc, elles ont partagé leur talent, nous laissant sans voix devant la suite.

Elles ont interprété des chansons de genres musicaux variés, dont des rancheras, des cumbias, du festejo et des musiques folkloriques chiliennes et boliviennes. Certaines étaient des compositions originales des membres du groupe, tandis que d’autres étaient des chansons que beaucoup de Latino-Américains reconnaîtraient de leur enfance. Pour moi, ces genres musicaux étaient la bande-son des fêtes, des voyages en voiture, des réunions de famille et du rituel le plus important de ma famille, qui avait lieu chaque week-end : le ménage. Somos Más m’a replongée dans ces moments du quotidien qui, maintenant que je vis si loin de chez moi, sont devenus des souvenirs précieux.

Crédit photo: Ivan Arturo Escobar M

J’ai été profondément touchée de voir ces femmes qui, pour différentes raisons, se sont retrouvées à Montréal et ont créé ensemble ce magnifique projet. Elles m’ont rappelé que, même si l’Amérique latine est une région vaste et diverse, nous pouvons créer des liens en nous reconnaissant dans les réalités des unes et des autres.

Somos Más a offert une performance intimiste. On pouvait ressentir la complicité, la sororité, la vulnérabilité et la solidarité dont elles parlaient dans leur interview. Chaque fois qu’une membre prenait la parole, les autres la soutenaient de leurs voix et de leurs instruments, et l’on pouvait aussi voir leur fierté envers celle qui menait le groupe ou interprétait un solo. La percussionniste, récemment arrivée dans le groupe et d’origine marocaine, m’a captivée par son talent et son incroyable polyvalence, suivant avec aisance l’exploration par le groupe de multiples traditions musicales.

Crédit photo: Ivan Arturo Escobar M

Au fil du spectacle, je ne savais jamais à quoi m’attendre. J’ai ressenti une chaleur réconfortante, comme si j’étais à une fête entre amis, mêlée à une profonde admiration pour l’authenticité de chaque artiste et à un émerveillement constant face à chaque surprise qu’ils réservaient sur scène.

Somos Más a collaboré avec les danseuses Carmen et Paula de Girovago Productions, qui ont accompagné le groupe avec de la cumbia et de la danse contemporaine avant d’animer un moment interactif invitant le public à danser. La grâce des mouvements et la chaleur de leur présence ont permis au public de se connecter encore plus profondément à la musique de Somos Más. Le groupe a également collaboré avec le Centro Cultural Kusiy, dont les artistes ont présenté les danses boliviennes saya et tinku. En frappant du pied à l’unisson, les danseurs de Kusiy ont ancré la musique dans la terre et les racines indigènes d’Amérique latine.

Crédit photo: Ivan Arturo Escobar M

Pour le final, tous les danseurs ont rejoint Somos Más pour interpréter un medley de trois chansons latino-américaines emblématiques : Cariñito, Canción y Huayno et Adiós Pueblo de Ayacucho, dont une partie des paroles était chantée en quechua. Une danseuse Kusiy a traversé la scène en portant le drapeau Wiphala, symbole des peuples autochtones des Andes. Ce fut une conclusion poignante, réunissant musiciens, danseurs et chanteurs pour célébrer les peuples autochtones, dont les cultures sont essentielles non seulement à l’histoire de l’Amérique latine, mais aussi à l’essence même de son identité contemporaine.

J’ai perçu ce spectacle comme une invitation à explorer ces liens. Que ce soit par un amour partagé de la musique ou un attachement commun à l’Amérique latine, nous pouvons nous soutenir mutuellement grâce à la solidarité, la communauté et l’art.

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Afrique / Morna

Nuits d’Afrique 2026 | Elida Almeida, une escale capverdienne inoubliable

par Juliana Cortes

En collaboration avec Sandra Gasana

C’est toute vêtue de rouge qu’Elida Almeida est apparue sur la scène Loto-Québec en cette dernière journée de la 40ème édition du Festival international Nuits d’Afrique. Alors qu’elle était de passage dans la métropole il y a plusieurs mois dans le cadre de la tournée Hommage à Cesaria Evora, ici on la découvrait à travers son propre projet, et elle a pu exprimer son art de manière encore plus authentique.

Accompagnée d’un guitariste, d’un bassiste, d’un batteur et d’un claviériste, elle a débuté comme elle a clôturé, c’est-à-dire avec la chanson “Bersu d’oru”, une chanson qu’Elida a écrite pour rendre hommage au Tabanka, genre musical de l’île de Santiago qui émerge des pratiques culturelles et spirituelles des personnes esclavisées qui étaient amenées au Cap-Vert. Au 19e siècle, ce petit archipel servait de « passage des milieux » pendant la traite transatlantique des esclaves. 

On pouvait voir des drapeaux cap-verdiens dans la foule. Cet archipel a attiré beaucoup d’attention durant les dernières semaines grâce à sa participation à la Coupe du monde de soccer. Le gouvernement a décidé de chercher des joueurs à travers le monde pour jouer dans cette Coupe du monde et ils gagnent le cœur des fans du soccer. Les Cap-Verdiens, comme Elida nous l’a dit pendant son entrevue, sont des gens qui voyagent à travers le monde, mais qui ont encore leur cœur et une fierté de leur pays.

« Je suis très contente d’être là avec vous et c’est notre dernière danse au Canada. On retourne aux États-Unis », nous apprend-elle avant de nous proposer de nous emmener en voyage sur son île natale.

Et c’était parti pour une véritable évasion musicale, avec des rythmes capverdiens variés, certains aux allures carnavalesques, des influences latines,  alors que d’autres étaient plus mélancoliques ou encore s’apparentaient au kompa ou au zouk.

Sourire aux lèvres, elle avait l’air de tripper à être sur scène, la météo contribuant probablement à sa belle humeur. Elida avait une présence scénique puissante, elle interagissait avec ses musiciens et avec le public, qu’elle faisait chanter à plusieurs reprises. Mais c’est au fur et à mesure qu’on avançait dans le spectacle qu’elle s’est arrêtée pour enlever ses bottes blanches pour annoncer ce qui allait suivre.

« La fête va réellement commencer », avant de se mettre à danser et de voir les festivaliers en faire de même.

Un moment coup de cœur était durant son interprétation de la chanson « Nta Konsigui » qui était tout simplement époustouflante puisqu’on avait l’impression qu’elle vivait la chanson devant nous. Une femme que je voyais au loin avait les larmes aux yeux durant ce moment, m’indiquant que la chanson parlait d’un sujet triste.

La qualité de la performance d’Elida nous a complètement impressionnés, au point que nous voulons la voir en tant que headliner dans une prochaine édition des Nuits d’Afrique. C’est sûr que beaucoup de festivaliers seront contaminés par le charme et le talent d’Elida, les rythmes de Cap-Vert qui d’une manière ou d’une autre nous parlent.

Crédit photo: Juliana Cortes

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autochtone / Brésil

Nuits d’Afrique 2026 | Suraras dos Tapajós : Connection à la forêt amazonienne par la musique

par Juliana Cortes

Pour le 40e anniversaire du Festival Nuits d’Afrique, les organisateurs ont décidé de consacrer le spectacle de 19 h aux artistes féminines. Cette année, la série a débuté avec Suraras dos Tapajós, un groupe musical féminin autochtone de la région de Pará, au Brésil. Accueillir ce groupe a été un véritable privilège pour les Montréalais. Il est rare d’avoir l’occasion d’écouter de la musique traditionnelle amazonienne, une région que beaucoup d’entre nous n’ont jamais visitée. Pourtant, nous reconnaissons qu’il s’agit de l’une des forêts tropicales les plus importantes de la planète, aujourd’hui menacée de déforestation, ce qui a de graves conséquences pour les communautés autochtones, la biodiversité et le climat mondial.

Le groupe est monté sur scène vêtu de ses vêtements et coiffes traditionnels. L’une des membres jouait d’un petit instrument à vent en céramique appelé « ocarina », qui imite le chant des oiseaux. Tandis que chaque femme prenait place et son instrument, je ne pouvais m’empêcher d’imaginer ce que serait ce concert sur leurs terres, au cœur de la forêt. Chacune se donnait corps et âme. Leur musique portait en elle leurs racines et leur engagement à défendre les droits et le territoire des femmes autochtones. Le groupe a rapidement instauré une ambiance festive. Elles ont invité le public à former une roda, un cercle de danse, où chacun pouvait se joindre à la danse. La communauté brésilienne rayonnait de joie ; les danseurs se reconnaissaient, s’enlaçaient et partageaient un moment de communion.

Au beau milieu de leur prestation, le ciel s’est couvert et le vent s’est levé. Plus tôt dans la journée, la fumée des feux de forêt au Québec et en Ontario masquait presque le soleil. Le concert de Suraras dos Tapajós avait été annulé à cause des risques de foudre. La pluie s’est mise à tomber, apportant un soulagement bienvenu à la chaleur, mais nous laissant déçus de ne pas avoir pu assister à la fin du concert. Face à ce revirement soudain, je suis retournée à l’Amazonie que j’avais imaginée. Chaque été, les feux de forêt semblent se multiplier ici au Canada, touchant malheureusement les communautés autochtones. À l’instar des communautés amazoniennes confrontées à la dévastation environnementale, de nombreuses nations autochtones du Canada sont également touchées de manière disproportionnée par des feux de forêt de plus en plus violents, devant faire face à des évacuations, à des menaces sur leurs territoires et à des perturbations de leur vie culturelle et quotidienne. À cet instant, la distance entre l’Amazonie et le Canada me paraissait bien plus faible.

Heureusement, le lendemain, Suraras dos Tapajós a animé un atelier où elles ont expliqué que le groupe était issu d’une organisation communautaire. Le groupe musical est leur projet principal ; cependant, elles mènent également des projets bioéconomiques et de production textile. Le groupe est spécialisé dans le carimbó, principale manifestation culturelle de la région : une danse ancestrale centrée sur le tambour du même nom, qui mêle traditions indigènes et africaines. Pratiqué en cercle, réunissant musiciens et membres de la communauté, le carimbó contribue à perpétuer la culture à travers des chants évoquant la vie quotidienne, la nature et la spiritualité.

Le groupe a pu se produire à nouveau, cette fois-ci au sol, où la distance entre la scène et le public s’estompait, ne laissant place qu’à un cercle partagé de musique et de mouvements. Nous avons tous formé un cercle et avons été invités à rejoindre la roda, à revêtir leurs jupes et à danser ensemble, guidés par l’un des membres. J’ai beaucoup apprécié ce moment plus intime avec le groupe, car il nous a permis d’établir un lien plus direct et de vivre cette tradition de plus près. J’aurais seulement souhaité avoir plus de temps pour parler de la situation sur leur territoire, de la manière dont nous pourrions amplifier leur engagement envers la protection de la forêt amazonienne et de la façon dont leurs luttes font écho à ce qui se passe ici, au Canada. Alors que les feux de forêt continuent de nous rappeler que les forêts canadiennes sont elles aussi menacées, j’espère que nous aurons davantage d’occasions de tisser ces liens, car c’est là que commencent la compréhension – et l’action.

Photo Credit: André Rival

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Afrique / reggae

Nuits d’Afrique 2026 | Entre reggae et militantisme, Tiken Jah Fakoly signe une clôture mémorable

par Sandra Gasana

La tête d’affiche pour clôturer la 40ème édition du Festival international des Nuits d’Afrique n’est nul autre que le grand Tiken Jah Fakoly, un habitué. Il avait ouvert le festival il y a quelques années au MTelus mais cette année, c’est sur la scène extérieure TD qu’il a ambiancé les festivaliers.

Alors que les deux premières chansons étaient uniquement avec les musiciens, ce n’est qu’au bout du troisième morceau qu’on a vu débarquer Tiken Jah. Vêtu d’une sorte de poncho à capuche fait d’un tissu africain, il est fidèle à lui-même, toujours prêt à sauter, parcourir la scène d’un côté à l’autre, en faisant parfois des acrobaties tirées des arts martiaux.

Avec ses nombreux musiciens, dont certains étaient vêtus de tenues militaires, et ses deux choristes, il nous a proposé des titres de ses nombreux albums, des plus anciens aux plus récents.

« Est-ce que le peuple est là ce soir ? » demande Tiken devant une marée de festivaliers. En effet, pour cette dernière soirée, la météo était clémente. Et malgré l’heure tardive pour un dimanche soir, tout le monde était au rendez-vous, adultes, enfants et tout ce qu’il y a entre les deux.

J’ai croisé plusieurs artistes qui étaient dans la programmation cette année, et d’autres venus voir le géant du reggae africain.

Il a joué aussi ses morceaux en anglais, « Discrimination » et « Africa wants to be free », avant de poursuivre avec ses titres en français et dans sa langue maternelle. Comme souvent lors de ses concerts, Tiken Jah rappelle la place importante de l’Afrique aujourd’hui tout en évoquant le paradoxe africain : le plus riche continent mais avec la population la plus pauvre.

Le côté militant de Tiken Jah est resté intact. Il invite d’ailleurs les jeunes à revenir construire leur pays après leurs études au Canada.

Un des moments de la soirée était sans aucun doute durant le morceau mythique « Plus rien ne m’étonne ». La foule s’est transformée en véritable chorale. Cela dit, j’ai découvert le morceau « Massa » qui figure dans l’album Braquage de pouvoir mais après cela, il nous a fait un genre de medley de tous ses plus grands succès : « Le balayeur », « Quitte le pouvoir », « On en a marre », et j’en passe.

Autre moment fort, après une petite pause d’hydratation, il revient avec « Africain à Paris » avant de dénoncer les visas refusés aux Africains lorsqu’ils veulent aller en Occident alors que les Occidentaux sont accueillis à bras ouverts en Afrique. Un autre paradoxe.

Une surprise qui a plu aux festivaliers est lorsque Tiken a invité l’artiste Meiway sur scène pour une petite session d’improvisation. Meiway était de passage sur la même scène quelques minutes plus tôt pour chanter l’hymne conçu spécialement pour les 40 ans du Festival.

« Quand le grand frère est là, on laisse la place », dit Tiken avant de céder la scène à Meiway en signe de respect.

Le concert s’est terminé avec « Ouvrez les frontières » sur lequel on a pu apprécier les belles voix des choristes. C’est ainsi que la 40ème édition du Festival international des Nuits d’Afrique a pris fin, aux alentours de minuit.

En somme, cette édition, qui se voulait ambitieuse de part son chiffre rond, a su relever le défi. Montréal vibrait du 7 au 19 juillet inclusivement et ce sont de nombreux Montréalais et touristes qui ont su en profiter. Rendez-vous l’année prochaine pour une autre programmation tout aussi éclatante !

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classique occidental / période romantique

Lanaudière 2026 | Double anniversaire dans les profondeurs maritimes avec Charles Richard-Hamelin et l’OSQ

par Alexis Desrosiers-Michaud

Le concert donné par l’Orchestre symphonique de Québec (OSQ) le 17 juillet au Festival de Lanaudière, soulignait un double anniversaire; très exactement, cette date marquait la naissance du soliste de la soirée, Charles Richard-Hamelin, ainsi que l’inauguration de l’endroit dans lequel il performait, l’amphithéâtre Fernand-Lindsay. 

La soirée a débuté avec le rare Tombeau de Nelligan du québécois Jacques Hétu. C’est une pièce complexe, lente, mais dense, reflétant la tourmente du poète. L’OSQ et son chef Clemens Schuldt la rendent très bien, faisant résonner adéquatement les cordes graves. On décèle un mouvement de houle par moment, clin d’œil au Vaisseau d’or, et la pièce se termine sur une longue ligne des violoncelles, jouée avec délicatesse, non sans inquiétude. 

Le meilleur moment de la soirée fut le Concerto pour piano d’Edvard Grieg. Hamelin a un toucher très délicat et les notes s’enchaînent avec une fluidité remarquable. Avec la caméra placée à l’extrémité gauche du clavier, l’effet visuel de la main gauche qui approche à toute vitesse est effrayant, même si la musique nous fait ressentir le contraire. Le troisième mouvement souligne avec merveille l’aspect folklorique du concerto, toujours avec délicatesse. L’OSQ accompagne discrètement tout au long du concerto, non sans amener une finale rayonnante et pas du tout pompeuse. 

Ce qu’on a entendu dans La petite sirène d’Alexander von Zemlinsky après l’entracte résume bien la tenue de l’OSQ tout au long de la soirée; des graves généreux, des moments lents sublimes et tendres, des solos précis, mais par moment un rapide plafonnement des nuances quand la musique s’envenime. C’est dommage, car il y a tout un jeu de contraste dans cette œuvre peu jouée, dans la même veine que les poèmes symphoniques de Richard Strauss, mais avec plus de couleur par endroits. L’exemple le plus flagrant de ce manque de détail est le début du second mouvement, aux allures de pastorale exaltante. Tout sonne égal, avec trop de retenue dans le crescendo initial, sans distinction aux différents accents et motifs qui s’entrecroisent.

crédits photos : Gabriel Fournier

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classique / classique moderne / musique contemporaine

Lanaudière 2026 | Explosion de couleurs et d’émotions grâce à Payare, Weilerstein, Ortiz et Chostakovitch

par Frédéric Cardin

Le concert de samedi soir à l’Amphithéâtre de Lanaudière a donné lieu à un concert épatant, donné par un Orchestre symphonique de Montréal (OSM), dirigé par Rafael Payare, dans une forme technique et expressive redoutable. Au programme : Egmont de Beethoven, Dzonot (un concerto pour violoncelle) de Gabriela Ortiz et la Dixième symphonie de Chostakovitch. 

Avant de lancer la musique prévue, l’orchestre a interprété une œuvre d’Antonio Estevez (1916-1988), Mediodía en el Llano, en hommage aux victimes du tremblement de terre survenu au Venezuela le 24 juin dernier. Le titre, qui signifie Midi dans la plaine évoque efficacement la chaleur enveloppante du soleil tropical, dans un langage élégiaque et bellement lyrique, un peu à la façon d’une partition cinématographique. L’OSM  a pleinement réussi à créer le rayonnement voulu. La musique a été suivie d’une minute de silence entièrement respectée par le public. À noter que la présentation de la pièce a été faite par la violoncelliste Alisa Weilerstein en anglais, en espagnol et en français (très bon). 

L’Egmont de Beethoven a été bâti minutieusement par Payare et ses musiciens, aboutissant à une finale élégamment héroïque, svelte mais adéquatement musclée. 

Dzonot de Gabriela Ortiz (née en 1964) est un concerto pour violoncelle créé en 2024 par Alisa Weilerstein. L’œuvre a d’ailleurs remporté un prix Grammy pour la meilleure composition classique de l’année. On comprend pourquoi. La musique de Ortiz est un véritable feu d’artifice expressionniste qui rend hommage à la nature de son pays. La construction est divisée en quatre mouvements : Luz vertical (Lumière verticale) pour les cénotes (des gouffres très profonds remplis d’eau); El ojo del Jaguar (l’oeil du jaguar); Jade, en référence à la couleur vibrante des rivières souterraines dans certaines régions du Mexique;  et El vuelo de Toh (le vol du Toh) qui évoque le Motmot à sourcils bleus, un oiseau coloré en danger de disparition. 

La partition de Ortiz pulse d’une énergie fébrile. L’orchestre est sollicité au maximum de ses subtilités coloristiques. La difficulté technique est impressionnante et seul un orchestre de premier plan peut lui rendre justice. Ce fut le cas samedi. Payare a soutiré le meilleur de l’OSM et des nombreux passages rythmiquement difficiles. Dans certains passages, on avait envie de danser avec les musiciens. Mais la première étoile du match revient à la soliste Alisa Weilerstein, pour qui la compositrice a tissé des lignes et des décors sonores d’une virulente difficulté. Rien pour ralentir l’artiste étatsunienne, qui a déployé l’immensité de son talent sans anicroche. Dzonot est un véritable bijou d’orchestration, une musique d’aujourd’hui qui sait charmer et oser en même temps, parcourue de traits lyriques, d’épisodes chaloupés et d’élans d’expressionnisme contemporain naturellement intégrés dans la trame narrative. 

Le morceau principal est arrivé après une pause interminable où le chef, prêt à lancer la musique, a dû attendre quelques longues minutes afin que tout le public finisse par se placer et faire silence. Comme on dit, tout vient à point à qui sait attendre, et dans ce cas, tout est venu magistralement. Payare est profondément habité par l’âme de cette musique. Il construit un monde trempé dans la mélancolie et la grisaille, mais puissamment imprégné d’humanité et d’émotions. Les épisodes lents ne sont heureusement pas trop appuyés, ce qui les alourdirait. Ils respirent abondamment et très naturellement. Le chef les guide ainsi vers les passages tempétueux, dans lesquels il déchaîne la puissance de son orchestre. Une puissance paroxystique, mais toujours maîtrisée. La qualité sonore est époustouflante. Notons les solos exceptionnels de tous les vents sollicité à cet effet (flûte/piccolo, clarinette, hautbois, cor anglais, basson/contrebasson, cor).

Un chef d’œuvre absolu interprété à la hauteur de ses intentions. Pour le premier des concerts que l’OSM donnera à Lanaudière, Rafael Payare vient de placer la barre très, très haut. 

C’est avec ce programme (en partie) que l’OSM ira en tournée européenne au mois d’août. Je pense que le public d’Edimbourg, de Varsovie, d’Aarhus et de Hambourg en auront pour leur argent. 

Antilles / Caraïbes / haïtien / kompa

Nuits d’Afrique 2026 | Tabou Combo fait rayonner l’âme d’Haïti

par Sandra Gasana

Le kompa a fait parler de lui ces dernières années avec le succès planétaire de Joé Dwèt Filé ou encore plus récemment l’artiste Naïka qui a enflammé le quartier des spectacles.

Mais tout cela a commencé avec un groupe légendaire, l’orchestre Tabou Combo qui a mis le kompa sur la carte. Fondé en 1968 dans les banlieues de Pétion-Ville par les frères Chancy, Albert à la basse et Adolphe à la guitare, ce groupe en est à sa quatrième participation au Festival international des Nuits d’Afrique, et ont même clôturé le festival en 2014.

Au fil des années, le groupe a évolué, plusieurs nouveaux membres ont rejoint le groupe, d’autres ont quitté en cours de route. Après Haïti, ils se sont installés aux États-Unis et leur chanson « New York City » était au top des palmarès. Ils ont rempli des stades en Europe, en Afrique et en Amérique latine, et même après près de six décennies sur la scène, ils continuent à enflammer les foules.

Pour cette soirée du 18 juillet, un invité spécial était sur scène avec la formation, en remplacement d’un des membres absent en raison des conditions météorologiques plus tôt cette journée-là.

La communauté haïtienne était présente en grand nombre, toutes les générations confondues. Les nostalgiques et les plus jeunes appréciaient tout autant la soirée. Sur la scène, une panoplie de musiciens, un ensemble de cuivres, des percussions, deux guitares, une basse et un clavier, en plus des chanteurs.

Avec le kompa, on peut également remarquer les influences de funk et de soul sur certains morceaux venant de leurs années passées aux États-Unis. Un de leur plus grand succès qui figure dans l’album Sans limites paru en 2000, « Tu as volé », que je connaissais sans savoir que c’était une de leurs chansons, a particulièrement plu à l’audience qui se déhanchaient devant la scène TD. Les chansons étaient parfois très longues, composées de plusieurs sections, avec un changement de rythmes, pour revenir au rythme initial du début. Les classiques tels que « Mabouya » ou encore « Lakay » ont reçu un accueil chaleureux en cette soirée post-pluvieuse.

On peut entendre de l’espagnol également dans le morceau « Fiesta », qui nous donne l’impression d’être à Cuba, démontrant leur lien particulier avec l’Amérique latine, entre autres avec le Panama, où ils sont très populaires. Ils ont d’ailleurs un morceau intitulé « Panama Querida », qui figure dans l’album Fiesta Caribena paru en 2012. Au clavier, un musicien qui animait également la foule, parfois en anglais, parfois en créole. C’est d’ailleurs lui qui a volé la vedette lorsqu’il a repris le morceau « We are the world » pour dénoncer la situation politique et économique actuelle en Haïti. Durant cette chanson, les cellulaires avaient tous leur lumière allumée et nous vivions un moment de communion que seule la musique peut créer.

« Nous avons besoin de la lumière pour éclairer les mauvais esprits », annonce le claviériste, avant de brandir le drapeau haïtien sur la scène.

Après la tristesse, place à la joie. Le groupe enchaine avec « Feel Good », comme pour consoler l’audience qui venait de vivre un moment de recueillement, avec une touche de rap et la participation du public sur certaines mélodies.

Quelques chorégraphies étaient au menu, les musiciens et chanteurs faisant quelques pas synchronisés tout en animant la foule avant de faire une dédicace spéciale pour le peuple du Congo, plus particulièrement à l’un de ses pionniers, Patrice Lumumba. C’est ainsi qu’ils ont poursuivi avec un titre iconique « Indépendance Cha Cha », une bonne rumba congolaise.

Deux femmes à côté de moi, qui ne se connaissaient pas, l’une qui semblait Haïtienne et l’autre Blanche, ont tout simplement commencé à danser ensemble. Sans se parler, sans s’expliquer, juste danser.

C’est aussi ça la force de la musique: elle rapproche les gens, elle crée des moments de communion et soulage les coeurs. Tabou Combo a fait tout cela et plus encore pour son public venu le voir en grand nombre.

Crédit photo: André Rival

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afro-antillais / jazz / konpa / reggae

Nuits d’Afrique 2026 | Chris Combette : l’élégance groovy du troubadour guyanais

par Frédéric Cardin

Fort de près de cinquante ans de carrière musicale, le chanteur et compositeur Chris Combette était de passage au Festival international Nuits d’Afrique 2026. Il était sur la scène du Balattou le 15 juillet dernier, avec ses ‘’Angels’’, Patrick Plénet à la basse, Aymeric Létard aux claviers et Éric Valérius à la batterie. 

INTERVIEW DE CHRIS COMBETTE AVEC ALAIN BRUNET

C’est un savoir faire et un savoir vivre complet, authentique et expérimenté que Combette présente dès les premières notes. On entend un panorama pas mal complet des titres qui ont fait son succès d’un demi-siècle, de La Danse de Flore à Maroni en passant par Salambô, Lè siel si ba, Lévanjil dan bouch (critique acerbe de la colonisation religieuse, sur des ruthmes chaloupés – ‘’ils nous ont laissé la bible, et sont reparti avec l’or’’), Les Enfants de Gorée, et plein d’autres. Un programme très généreux sur deux sets de plus d’une heure chacun. 

Des chansons qui parlent de la vie, de l’amour, du quotidien en Guadeloupe, en Guyane ou ailleurs dans les Antilles, des histoires qu’on y raconte, un peu comme un troubadour provençal le faisait dans la France médiévale. Tout cela sur des rythmes afrodescendants du 20e siècle, reggae, cumbia, folk créole, un peu de zouk. 

L’homme présente ses chansons avec un humour tranquille et une classe que l’on remarque chez tous ces artistes d’une génération de gentlemen qui savaient s’exprimer avec retenue et beaucoup d’honnêteté. En le voyant et en l’écoutant, j’ai pensé au grand Henri Salvador, qui avait ce genre de charme éduqué. 

Si vous avez envie d’avoir une (très) bonne idée du concert, écoutez son album Chris Combette & Angels – le Live paru en janvier dernier. C’est presque exactement ce qu’on a eu mercredi soir. 

Amérique latine / cumbia / cumbia électro / Hip Hop

Nuits d’Afrique 2026 | Systema Solar met le feu à la Place des Arts

par Sandra Gasana

J’avais entendu parler du groupe Systema Solar mais j’étais loin de réaliser à quel point ils étaient des vedettes aux yeux de la communauté colombienne mais également en Amérique latine en général. Composé de 4 membres, ce collectif mêle hip hop et électro de manière très naturelle et ont transformé la place des arts en une gigantesque discothèque à ciel ouvert.

Avec une batterie au centre de la scène et une station pas loin pour le DJ du groupe, les deux autres artistes animaient la foule en occupant tout le reste de l’espace. D’ailleurs le DJ se joint aux deux autres par moments pour rapper, danser ou les deux.

J’ai reconnu le drapeau colombien et un groupe de danseurs et danseuses apparaissaient sur scène à plusieurs reprises, je ne suis pas sûre qu’ils fassent partie de la formation ou s’ils sont Montréalais. Une chose est sûre : entre leurs danses en tenues traditionnelles colombiennes ou encore celles plus contemporaines avec des chorégraphies bien maitrisées, ils sont à l’image du groupe.

Partant d’instrumentaux électros aux rythmes dansants, sur lesquels ils rajoutent le rap ou le chant, ainsi que la batterie, le résultat est tout simplement magique.

« On a besoin que la terre respire », mentionne l’un d’eux, faisant allusion à quelques reprises à l’importance de la terre, à ce que l’on mange et aux fermiers, mais en le faisant à travers la musique, l’humour, la danse. Bref, on a vraiment l’impression qu’ils s’éclatent sur scène, tout en étant complémentaires.

Ils font participer la salle, ils dénoncent la corruption, rendent hommage aux personnes afro-caribéennes de la Colombie, tout en nous faisant voyager dans le temps. Par moment, on aurait dit qu’on était dans les années 90, lorsque le hip hop, le break-danse et le beat-box étaient à la mode. Même dans les habillements des danseurs, on était dans une autre  époque, optant pour des couleurs vives et lumineuses.

Le DJ occupait le rôle de MC à plusieurs reprises, allant et venant entre son ordinateur et la scène. Un morceau de leur nouvel album a particulièrement plu à la foule, il s’agit de « Futuro Primitivo » sur laquelle on pouvait se défouler mais les morceaux tels que « Rumbera » ou encore « Quien es el Patron ? » ont aussi reçu un bel accueil.

J’ai même reconnu un peu de raggamuffin sur une chanson, un indicateur de leur ouverture d’esprit en termes de musique, osant faire des mélanges inattendus. La soirée s’est terminée aux alentours de 23h30, dans la joie et la bonne humeur, sous une température idéale. Un autre pari réussi pour ce festival!

Crédit photo: André Vial

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Afrique / blues saharien / éthio-jazz

Nuits d’Afrique 2026 | Sahra Halgan fait résonner la voix du Somaliland

par Sandra Gasana

Je suis arrivée sur la scène Loto Québec un peu avant le show et j’ai pu assister au test de son du groupe originaire de Somaliland qui allait suivre. Et déjà, je reconnaissais plusieurs Somaliens dans la foule, tous venus voir ou découvrir leur sœur artiste et activiste Sahra Halgan.

Cette dernière était vêtue d’une tenue traditionnelle somalienne, une longue robe que l’on retient autour de la taille puisqu’elles sont habituellement très longues, par-dessus quoi elle avait rajouté une écharpe jaune. Avec son micro, le drapeau de Somaliland qu’elle n’a pas lâché de tout le concert.

 Dès le début du concert, on reconnaissait dans ses mélodies millénaires une modulation typique de cette région. Cela me faisait beaucoup penser aux chants venant d’Ethiopie, d’ailleurs Sahra puise dans l’ethio-jazz, en y insufflant du blues touareg, des percussions et des riffs.

Les musiciens, qui semblent être français, faisaient les chœurs sur la plupart des chansons et maitrisaient la langue maternelle de la chanteuse, qui s’adressait à la foule dans cette même langue.

Le spectacle a commencé avec des chansons plus douces et plus ça allait, plus le rythme s’accélérait. Les interactions avec le public étaient plus rares mais lorsqu’elle a pris la parole, c’était surtout pour parler de la situation politique de son pays. En effet, et grâce à mes échanges avec certains festivaliers, le Somaliland veut son indépendance du reste de la Somalie. Avec un français impeccable, Sahra a expliqué pourquoi c’était important de reprendre son pays et que la musique a joué un grand rôle dans sa vie puisque « c’est la seule chose qui nous réunit ».

Sahra a rajouté une petite maraca sur quelques morceaux, alors que la batterie, la guitare électrique et une sorte de claviers venaient agrémenter le tout.

On pouvait reconnaitre d’autres drapeaux de Somaliland dans la foule, et sur certains morceaux, les musiciens mettaient leurs instruments de côté pour applaudir et encourager la foule à le faire. On pouvait lire la fierté dans le visage des compatriotes présents dans la foule, certains semblaient connaitre les paroles de certaines chansons, alors que d’autres découvraient Sahra.

Lors de mon entrevue avec Suzanne Rousseau, co-fondatrice du Festival international des Nuits d’Afrique, je lui avais fait la remarque qu’il n’y avait pas beaucoup d’artistes d’Afrique de l’Est dans la programmation. C’était avant de voir le nom de Sahra Halgan, mais il en faudrait d’autres comme elle, venant de la région des Grands Lacs et de la Corne de l’Afrique. Je vais en faire ma mission.

Crédit photo: André Rival

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baroque / chant lyrique / classique occidental / danse / musique ancienne / opéra

Lanaudière 2026 | Les sublimes symboles musicaux des Arts Florissants

par Alexandre Villemaire

Grand habitué de la scène champêtre de l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay et du Festival international de Lanaudière, William Christie et les Arts Florissants ont, lors de leurs trois derniers passages, offert une expérience enlevante avec des soirées d’enchantement comme eux seuls savent le faire.

Pour ce nouveau programme, William Christie a fait le choix des symboles pour marquer son passage. Dans une grande intelligence stylistique et programmatique, le maestro des Arts Florissants a mis en relation dans ce programme double deux œuvres lyriques de Marc-Antoine Charpentier dont les sens se répondent. Il y a de ces moments musicaux où, pour un auditeur, le temps lors d’un concert semble s’arrêter tant les éléments qui se présentent sous nos yeux forment un tout cohérent. D’abord, le soutien musical assuré par l’ensemble était à la fois léger dans les moments détendus et vifs dans les passages animés. Puis, la scénographie et la mise en scène élaborées par Stéphane Facco et Marie Lambert-Le Bihan, qui ne se limitaient pas à une mise en espace, ont offert un ravissement pour les yeux avec des éléments de décors ingénieux pour représenter divers lieux, le tout nourri par des chorégraphies de Martin Chaix dont la rhétorique accompagnait l’action de manière fluide. Les formes d’arts réunies dans ce concert étaient portées par une distribution vocale composée des lauréats de la douzième édition du Jardin des Voix, l’académie fondée par William Christie pour former des chanteurs et chanteuses à la musique baroque.

La première partie s’ouvrait avec l’idylle Les Arts florissants, œuvre qui a donné son nom à l’ensemble fondé par Christie en 1979. Dans cette allégorie musicale, les quatre formes d’arts (la Musique, la Peinture, la Poésie et l’Architecture) placées sous la protection de la Paix, font face aux assauts de la Discorde, icône guerrière qui glorifie la violence. C’est notamment le Québécois Olivier Bergeron qui se démarque dans ce rôle de la Discorde en y donnant une incarnation tout à fait machiavélique, sans être puéril. Invoqué par les Arts auprès des dieux, La Paix finit par imposer le silence aux armes et à faire reculer la Discorde, dans un enchaînement de scènes éthérées.

En deuxième partie, l’opéra de chambre La Descente d’Orphée aux enfers a donné au public un important contraste stylistique et thématique. Le mythe est connu. Pour secourir sa belle Eurydice, morte après avoir été mordue par un serpent, le berger Orphée entreprend de traverser les Enfers pour demander à Pluton de la lui rendre. Transi par le chant du berger et convaincu par sa femme Proserpine, le dieu cède : Eurydice pourra suivre Orphée vers la lumière à la condition que ce dernier ne se retourne pas avant d’avoir quitté les enfers. 

Si nous devions nous représenter l’effet que le pouvoir de la musique peut avoir sur l’esprit humain dans cette production, le ténor Bastien Rimondi en serait l’icône. Il a incarné un Orphée absolument sublime à l’intonation claire et au timbre cuivré. C’est surtout dans la majorité du deuxième acte que l’action est la plus captivante, avec tout le périple d’Orphée. La première scène qui s’ouvre avec le trio des grandes figures du châtiment éternel – Tantale, Ixion et Titye, interprétés brillamment par Olivier Bergeron, Attila Varga-Tóth et Richard Pittsinger. Il se crée un effet dichotomique fascinant à voir et entendre sur scène, la souffrance de ces personnages qui s’expriment avec une musique qui est en opposition totale avec le propos. Cet effet nous happe et nous captive émotionnellement. Les moments où Orphée apaise les Furies et où Pluton se laisse charmer et convaincre par sa voix, et celle de Proserpine, sont menés avec une interprétation touchante. 

Dans cette sublime production, à laquelle on ne pourrait seulement que reprocher une articulation et une prononciation inégales par moment, rien dans ce qui est présenté sur scène n’est laissé au hasard et l’investissement complet des interprètes, que ce soit les instrumentistes par leur jeu ou les chanteurs par la présence, l’interprétation scénique et la rhétorique exprimée par les mouvements de danse : tous les goûts étaient réunis dans une forme d’art total qui nous a transportés.

crédits photos : Gabriel Fournier

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