chant lyrique / classique occidental / période romantique

Lanaudière 2026 | Concert aux multiples héros pour Marie-Nicole Lemieux et Rafael Payare

par Alexis Desrosiers-Michaud

Dans la continuité de ses concerts de rodage en vue de leur tournée européenne, l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) et leur chef Rafael Payare, présentaient vendredi soir Une vie de héros de Richard Strauss et le cycle Les nuits d’été d’Hector Berlioz, avec nulle autre que Marie-Nicole Lemieux. 

Il y a eu d’excellents moments dans le poème symphonique de Strauss, à commencer par les différents jeux des solistes. Andrew Wan, premier violon, a livré deux magnifiques solos, captivants, envoûtants, frôlant la diabolisation. Catherine Turner (et sa bande de cors) a joué avec brio la monstrueuse partition qui se trouvait devant eux, exploitant puissance et sonorité riche dans l’entièreté de leur registre. Le cor anglais n’a pas volé son moment non plus. 

Les deux premiers mouvements de l’œuvre ont été les plus réussis. Le premier, par sa vivacité et son dynamisme et le second par la précision des bois, au caractère espiègle. Pour le reste, certains moments tombaient malheureusement à plat, principalement par manque de raffinement. Il y avait parfois simplement trop de bruit, surtout dans le combat du héros. C’est un mouvement dense, mais il y du dosage à parfaire. Par exemple, les pauvres trombonistes, habituellement très sonores, étaient souvent couverts, malgré qu’ont les voyaient s’époumoner sur les écrans géants. 

C’est définitivement avant l’entracte qu’on a vécu les plus beaux moments. Marie-Nicole Lemieux, avec sa riche voix de contralto (NDLR : bien qu’il soit indiqué dans le programme qu’il s’agit d’une mezzo-soprano Festival écrit partout qu’elle est une mezzo-soprano, mais vérification faite, son site web officiel la présente bien comme contralto) ne fait pas que chanter; elle livre une histoire et en vit les émotions. Après quelques pianos trop peu audibles dans Villanelle, rapidement corrigés, nous avons eu droit à de très beaux moments dans Le spectre de la rose, où sa tessiture ne posait plus de questions. Ses graves ressortaient sans effort et nourrissaient une prononciation extrêmement précise. Tout en restant dans l’intimité, elle nous absorbait peu à peu par son jeu vocal et théâtral, sans surjouer, au point d’en oublier presque qu’il y avait un orchestre derrière, aussi discret soit-il. 

L’Isle joyeuse de Claude Debussy, joliment orchestrée par Bernardino Molinari, a constitué un excellent prélude aux Nuits d’été par sa légèreté et son côté méditerranéen.

crédits photo : Gabriel Fournier

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électronique / immersif

SAT | Plongée micro-macroscopique

par Ariel Rutherford

Je m’installe confortablement dans mon bean-bag, prêt à me laisser emporter par la performance micro-macroscopique In the End it’s All the Same Thing du duo Hermanos Riffo Gómez (Cristo et Francisco Riffo). Prenant place dans le dôme immersif de la SAT, la Satosphère, il s’agit d’une performance audiovisuelle en direct, qui invite à la traversée de multiples paysages sonores minimalistes et texturés.

Voilà un voyage visuel mêlant captation en direct de micro-organismes, plans rapprochés de végétaux, une Satosphère miniaturisée et des contrées surréalistes modélisées en 3D et inspirées du Chili natal de Hermanos Riffo Gómez.

La plus grande réussite de la performance est à mon sens le jeu d’échelle qu’elle propose. Nous faisons à la fois les habitants et les observateurs de ce monde microscopique et mystérieux. J’en veux des moments forts de la performance, où Cristo Gomez, en charge de l’aspect visuel, joue avec un dôme miniature translucide, retranscrivant tous les éléments placés en contact direct dudit dôme, sur la surface de projection de la Satosphère.

C’est alors qu’il y dessine des racines, que des percussions transformées, diffractées, se font entendre, comme des milliers de petits cailloux déplacés par la poussée végétale. Un effet saisissant, un massage sonore des plus plaisants, mais aussi cette sensation enivrante d’être un être miniature, enfoui en sécurité au sein de la terre. 

Il y a ici un effet de mise en abîme absolument fascinant, entre cet être gigantesque et distant projeté sur le dôme, qui crée la vie, ces sonorités granulaires, et le fait que les performeurs se trouvent, à notre échelle humaine, à seulement quelques pas.

Nous sommes faits à la fois miniatures, bactériens, observés à la loupe, et nous-mêmes observant celui qui semble nous observer. L’expérience pourrait être angoissante, mais, enveloppés dans des superpositions de drones et de plages sonores intrigantes, le sentiment qui émerge est celui d’une curiosité rassurante. 

J’aimerais conclure sur le dernier segment de la performance, d’une apparente simplicité, mais absolument efficace. Dans ce moment final, ce qui est projeté sur la surface du dôme, c’est l’image magnifiée et aux couleurs changeantes, de la surface d’une feuille de seulement quelques centimètres, placée sur une plaque tournante. Accompagnant cette image apaisante, voilà que la musique se transforme en une boucle de synthétiseur à saveur discrètement rétro, aux tonalités constamment transformées par Francisco Riffo, tirant de cette boucle minimaliste une impression de complexité organique. 

C’était comme se trouver à l’intérieur de Plantasia, l’album culte de Morte Garson. Un apaisement total.

Il y a plein d’autres petites perles dans cette performance dont je ne parle pas ici, par souci de brièveté. Bien que les représentations de la performance en elle-même soient terminées à la SAT, l’enregistrement spatialisé de la performance y sera présenté durant la première moitié du mois d’août et dans la première moitié du mois de septembre. Il sera également possible d’assister à la performance dans le cadre de MUTEK. Je vous recommande chaudement de découvrir ce petit bijou si vous en avez l’occasion.

électro-rock / synth-pop / synthwave

OSHEAGA 2026 I The xx rêve vert monochrome

par Helena Palmer

The xx sont naturellement cool. Vêtu de noir de la tête aux pieds, le groupe a captivé la foule au rythme de ses vieux classiques. Les grands écrans diffusaient en noir et blanc durant toute la première moitié du spectacle — le tout avec un côté très Tumblr, dans le meilleur des sens. La voix de Romy est à la fois douce et puissante. Entendre VCR et Intro insufflait une nostalgie magnifique. Le groupe semblait cyclopéen et intouchable, comme suspendu sur scène tel un souvenir ésotérique. Et puis, au milieu du concert, il y a eu ce basculement.

Les grands écrans ont viré à un vert façon Matrix avant de passer en pleines couleurs. Ils ont joué des morceaux issus de leurs projets solo, notamment Enjoy Your Life de Romy et Loud Places de Jamie xx, ce qui a gagner la foule pour le reste du show.

On est passé d’une ambiance vaporeuse et distante à un spectacle dance ultra dans-ta-face et percutant. Après toutes ces années, The xx reste l’un des groupes les plus hot de la planète. C’était le concert parfait à savourer alors que le soleil se couchait sur la ligne d’horizon de la ville en arrière-plan.

rock alternatif

OSHEAGA 2026 I Wolf Alice domine la Montagne

par Helena Palmer

Wolf Alice a littéralement régné sur la scène lors de son passage à Osheaga. Trempé de sueur, le quatuor rock britannique a livré un enchaînement parfait entre nouveaux titres et anciens classiques. Ellie Rowsell est une rebelle au chant angélique : elle pose sa voix avec une précision chirurgicale et un vibrato à fendre du verre, le tout avec une mine renfrognée et hargneuse à souhait — une véritable force de la nature.

Sans jamais faiblir pendant tout le concert, le groupe a donné à la foule exactement ce qu’elle était venue chercher : une basse lourde et saturée, portée par des riffs de guitare aussi familiers qu’accrocheurs.

Ellie a troqué son micro pour un mégaphone pour chanter Yuk Foo, une décharge de deux minutes sans le moindre temps mort, en hurlant « I don’t give a shit » avec de vifs tripes. Le groupe a ensuite enchaîné avec Play the Greatest Hits, Rowsell scandant « It isn’t loud enough » à genoux sur les planches. Elle s’est véritablement approprié la scène, faisant de chaque centimètre carré son terrain de jeu.

Le public buvait chacune de leurs chansons. Malgré un temps de jeu restreint, ils ont exploité chaque minute pour maintenir une énergie brute du début à la fin. J’ai vu des amis s’enlacer pendant Bros et des couples s’embrasser sur Don’t Delete the Kisses : chaque morceau extirpait une émotion nouvelle de la foule. C’était précis, tout sauf décevant.

art-rock / rock expérimental / rock n' roll

OSHEAGA 2026 I Geese désinvolture dans la Forêt

par Stephan Boissonneault

Psyops ou pas, je me cale sur les marches de style Colisée romain de la scène Forêt, prêt à voir Geese faire ce que Geese fait. Je suis quand même surpris que ce ne soit pas plein à craquer. Faut croire qu’une bonne partie du public d’Osheaga a préféré aller hurler en chœur avec Twenty One Pilots. Bon, chacun ses choix… C’est probablement pas le bon, mais c’est la vie.

N’empêche, Cameron Winter et sa bande dégagent un magnétisme fou. Dès leur morceau d’ouverture Husbands, ils nous attirent petit à petit, la foule et moi comme une force centrifuge. En fond d’écran, une projection argentée du nom GEESE pivote telle une planète — à moins que ce ne soit sous le simple effet hypnotique de ce jeune groupe en pleine alchimie.

Winter chante comme s’il scellait un pacte avec le diable, oscillant entre un grognement dissonant et un falsetto angélique. Il dégage juste ce qu’il faut d’indifférence désinvolte pour rendre le tout dangereusement attrayant. J’ai écouté l’album Getting Killed en boucle pratiquement toute l’année, donc je savais très bien que ça allait être le bordel en concert — mais rien ne m’avait préparé à ce qu’ils font subir à Cobra ou Half Real sur scène. Les morceaux sont littéralement déchiquetés, la voix et les instruments deviennent sauvages, jusqu’à ce que plus rien ne soit reconnaissable… juste avant que Winter ne fasse un signe au groupe pour asséner un final magistral. À un moment, en plein milieu du concert, il s’est contenté de lancer Hallelujah de Leonard Cohen depuis son téléphone, sans la moindre explication, avant de balancer plein pot le pont de 2122, extrait de leur album 3D Country. La folie pure du rock’n’roll.

« Je croyais qu’il nous restait cinq minutes, en fait on en a vingt », rigole Winter, avant d’enchaîner doucement sur « Au Pays du Cocaine » et son petit riff de guitare aussi lumineux que saisissant. Quelqu’un dans la foule hurle « PLAY TAXES ! », et Winter, toujours aussi accomodant, laisse le groupe se lancer à corps perdu dans leur petit chef-d’œuvre sur le malaise humain. Ils concluent avec Trinidad, Winter improvisant un charabia sorti de son lexique personnel en perpétuelle extension, avant de hurler « there’s a bomb in my car / il y a une bombe dans ma voiture » en boucle, tel un balancier devenu follement incontrôlable. Industry plant ou pas — Geese a vraiment ce qu’il faut dans le ventre.

Photos de Benoit Rousseau


art-rock / indie pop / R&B / soul-jazz

OSHEAGA 2026 | Blood Orange, au yable la promo, place au divin

par Stephan Boissonneault

À la seconde où Wet Leg finit de faire exploser son petit pétard post-punk, la ligne de basse de « I Wanna C U » de Blood Orange s’infiltre depuis la scène de la Montagne, comme pour nous défier de la distinguer. Devonté Hynes et sa bande — batteur, claviers et deux choristes qui pourraient sans problème fonder leur propre église à ce stade — lancent cette amorce d’une minute chrono pour nous plonger directement dans Saint, extrait de Negro Swan. Je m’attendais à ce qu’il joue quelques titres du récent Essex Honey, parce que c’est ce qu’on est censé faire : promouvoir un nouvel album ? Mais Hynes s’en fou probablement. Il garde d’ailleurs un gros casque de studio sur les oreilles pendant tout le concert — producteur un jour, producteur toujours.

À un moment donné, je jure avoir entendu le fantôme d’une reprise de Björk traverser le mix — à moins que ce ne soient les edibles qui me parlaient à l’oreille. Puis Hynes se met à shredder comme s’il était possédé par le fantôme de Freddie King, balançant un son de guitare rétro digne d’un papa fan de blues, tout en marmonnant ses paroles comme s’il n’était pas sûr que le public soit digne de les entendre. Et puis la pluie s’invite pile au bon moment — évidemment — juste quand le groupe enchaîne doucement sur Somewhere In Between, de loin le meilleur morceau du dernier album. Hynes troque sa guitare pour les synthés et laisse le champ libre à ses choristes. Et honnêtement, elles ont un registre vocal à faire pâlir de jalousie n’importe quel autre groupe dont elles ne sont pas la tête d’affiche.

Hynes s’efface dans le décor pendant un moment, parfaitement satisfait d’être juste un dude sur scène, jusqu’à ce qu’il empoigne son violoncelle électrique gorgé de réverbération. Il nous sort alors quelque chose de l’ordre du divin — effets de la drogue ou pas. C’était comme une trouée dans le ciel, laissant filtrer un rayon de soleil venu nous dire coucou.

On a droit à un ou deux titres de plus d’Essex Honey, dont l’émerveillement presque enfantin de Countryside, avant qu’il ne conclue avec Champagne Coast — coupé net au milieu de la chanson par les dieux du festival. Bon, c’est vrai que Blood Orange avait commencé avec cinq minutes de retard, mais était-ce vraiment nécessaire de lui faire un coup de pute pareil ? Maudit, quel concert quand même. En route pour le suivant.

Photos de Tim Snow

néo-soul / soul/R&B

OSHEAGA 2026 I Leon Bridges défie la gravité

par Stephan Boissonneault

Il y a toujours un roi autoproclamé de la soul couronné à Osheaga, et cette année, le trône s’est incliné en faveur de Leon Bridges, à une heure trop tôt pour sa propre envergure. Il est arrivé comme une rumeur, à la dernière minute, en milieu d’après-midi, vêtu d’un survêtement Adidas bleu et de chaussures assorties, rayonnant comme une fusée de détresse UV sur la scène.

Ses choristes scintillaient de vert tropical et d’or, formant un petit écosystème humide derrière lui, et pendant Tears of Joy, leurs voix s’enroulaient comme une vapeur douce, si douce. C’était tellement, tellement familier que j’aurais pu jurer l’avoir déjà entendu dans une autre vie. Il s’avère que c’est tout nouveau, un avant-goût de Happiness Anytime de Leon Bridges, qui sortira en septembre, et qui hante déjà les ondes.

Bridges, c’est comme si Marvin Gaye s’était réincarné à travers un miroir déformant : le même phrasé velouté, mais ses pieds exécutent des mouvements à la fois ancestraux et étranges. En plein milieu d’une chanson, presque au milieu d’une phrase, il se met à faire un moonwalk ou une « camel walk ». Lui et son groupe répètent manifestement énormément. Good Thing s’est glissé entre des morceaux plus récents, la transition étant à peine perceptible, tandis que Bridges semblait flotter en toute légèreté tout au long du morceau. Il faut rendre hommage à la section de cuivres, et je suis sûr qu’ils ont joué The River ou Texas Sun, mais plusieurs de mes amis et moi avons dû partir pour aller voir Wolf Alice. C’est comme ça dans un festival. Quoi qu’il en soit, Leon Bridges a été la première partie parfaite pour mon Osh cette année.

Cprédit photos: Benoit Rousseau

chant lyrique / classique occidental / opéra

ICAV | Une relecture contemporaine des Contes d’Hoffmann portée par une distribution inspirée

par Chloé Rouffignac

Avec Les Contes d’Hoffmann, l’Institut canadien d’art vocal (ICAV) proposait une lecture qui misait autant sur la force dramatique que sur les qualités musicales de l’œuvre d’Offenbach.

On observe une belle introduction par l’Orchestre qui happe le public dans l’univers du poète. Les chanteurs surgissent de l’emblématique salle Ludger-Duvernay du Monument national avant même de rejoindre la scène, abolissant instantanément la frontière entre l’audience et l’action. Une entrée en matière simple, mais particulièrement efficace, qui annonce d’emblée une production où le théâtre occupe une place aussi importante que la musique.

La mise en scène de Nathalie Deschamps s’inscrit dans une démarche de réécriture assumée. Cette version 2026 transpose certains enjeux de l’œuvre afin de les faire résonner avec des réalités bien contemporaines, notamment la question de l’addiction, une problématique qui touche particulièrement le tissu social montréalais. Sans dénaturer l’esprit d’Offenbach, cette actualisation propose une nouvelle lecture du parcours d’Hoffmann et rappelle combien les thèmes de l’opéra demeurent universels.

Sous la direction de Julien Proulx, l’Orchestre de la Francophonie accompagne les chanteurs avec cohésion, bien que le premier acte soit parsemé de quelques décalages sans conséquences dans notre divertissement. La direction privilégie la fluidité du récit plutôt que les effets démonstratifs, laissant respirer les différentes scènes tout en maintenant une tension dramatique constante. L’orchestre se distingue également par la richesse de ses couleurs sans couvrir les chanteurs, un des grands défis auquel les musiciens font face dans le contexte d’opéra. Les bois offrent plusieurs des plus beaux moments de la soirée, notamment grâce aux échanges entre le cor anglais et le hautbois, dont les timbres se répondent avec beaucoup de délicatesse. Les cuivres, précis et équilibrés, remplissent leur rôle dramatique que leur réserve Offenbach, tandis qu’un solo de trompette retient particulièrement l’attention.

Le premier acte repose largement sur Olympia, ici réinventée sous les traits d’une poupée robotique adaptée à notre siècle. Hannah Friesen s’approprie avec aisance cette vision renouvelée du personnage et livre une prestation aussi virtuose que réjouissante. Son célèbre air des Oiseaux dans la charmille impressionne autant par la précision de ses vocalises que par la maîtrise des nuances et des redoutables sauts d’intervalles. À cette solide technique s’ajoute un sens du comique particulièrement développé : chacun de ses gestes contribue à donner vie à cette créature mécanique avec une précision presque chorégraphique, jusque dans le moindre détail de son jeu scénique.

À ses côtés, Coppélius interprété par le baryton Wessel Wirken s’impose comme l’un des grands artisans du succès dramatique de cet acte. Son sens du rythme théâtral et son investissement dans le personnage provoquent plusieurs des éclats de rire les plus spontanés de la soirée.

Il convient également de souligner la prestation du baryton Théo Raffin dans le rôle de Spalanzani. Appelé à reprendre le personnage à la dernière minute, il relève le défi avec une assurance remarquable. Sa présence scénique affirmée, alliée à une excellente émission vocale, lui permet de s’intégrer avec naturel à une distribution déjà bien en place, sans jamais laisser paraître les circonstances particulières de cette prise de rôle.

Dans le rôle-titre, Hoffmann (Danny Leclerc) exige une endurance vocale considérable. L’interprète relève ce défi avec conviction, offrant un personnage crédible tant dans les passages plus légers que dans les moments où l’émotion domine la scène. Une légère fatigue vocale se fait certes sentir au fil de la représentation, mais la projection demeure solide et l’engagement scénique ne se dément jamais, témoignant d’une réelle générosité artistique.

Le deuxième acte constitue un nouveau sommet émotionnel de la soirée. L’Antonia présentée ici (Rose Lebeau Sabourin) touche immédiatement par la beauté de son timbre et la sincérité de son interprétation. L’émotion naît de la qualité de son chant ainsi que du dialogue qu’elle entretient avec un orchestre particulièrement inspiré dans cet acte. Les interventions des bois, notamment de la flûte et du hautbois, accompagnent avec finesse la fragilité du personnage, tandis que le grand trio s’impose grâce à un équilibre particulièrement réussi entre les différentes voix.

Le troisième acte, consacré à Giulietta, est porté par une belle alchimie entre les interprètes. Cette complicité nourrit avec naturel les jeux de séduction, de manipulation et d’illusion qui traversent cette ultime histoire, conférant à l’ensemble une tension dramatique qui prépare efficacement le dénouement.

Au-delà des performances individuelles, la cohérence de l’ensemble témoigne du travail considérable accompli en amont. Le dénouement rassemble avec fluidité les différents fils dramatiques patiemment tissés tout au long de la soirée et offre une conclusion pleinement satisfaisante à cette fresque où théâtre et musique avancent constamment main dans la main.

L’ICAV signe ainsi une production qui démontre combien Les Contes d’Hoffmann demeurent une œuvre d’une étonnante modernité. Grâce à une distribution investie, un travail orchestral soigné et une mise en scène qui ose dialoguer avec les enjeux de notre époque, la virtuosité vocale n’y apparaît jamais comme une fin en soi, mais demeure constamment au service de l’émotion et du récit.

crédits photos : Benoît Vermette

classique occidental / période classique / période romantique

Lanaudière 2026 | Impressionnant Beethoven par Eberle et Nézet-Séguin

par Alexis Desrosiers-Michaud

Pour le premier de leurs deux concerts au Festival de Lanaudière, l’Orchestre Métropolitain et Yannick Nézet-Séguin recevaient la violoniste Veronika Eberle dans le fameux Concerto pour violon de Beethoven. 

Ce Beethoven de Eberle a tout simplement été magistral! À plusieurs reprises elle nous a épatés avec des nuances infinitésimales (en espérant que ceux dans le fond de la pelouse aient pu en profiter également), au point de suspendre le temps à chaque fois. La cadence du premier mouvement était virtuose, non pas par une enfila effrénée de note, mais par la qualité technique du son et de la justesse des doubles cordes. Le second mouvement a épaté par sa douceur et il fallait voir le regard complice de Yannick avec sa soliste avant de lancer le troisième mouvement, l’air de dire : « à Go, on saute ! ». Contrairement à la cadence du premier mouvement, celle qui conclut le concerto était endiablée, éblouissant les yeux du chef et des premiers pupitres des cordes juste devant. 

La partie orchestrale était tenue par une Ouverture, la 3e en do majeur, de la compositrice allemande Emilie Mayer. De facture pré-romantique, cette pièce est jolie, très convenue et à l’instar de celle de Fanny Mendelssohn, mériterait de se frayer un chemin dans les programmes classiques de concerts du type ouverture-concerto-symphonie, comme celui de dimanche après-midi. L’interprétation impliquée des cordes avec de vigoureux accents et d’une justesse implacable des vents ont fait fière allure en début de concert. 

L’après-entracte a été occupé par la Symphonie no 5 de Tchaïkovski. L’orchestre a livré une interprétation convaincante, avec une ligne arrière (cuivres et timbales) très sonore, à la limite de la force excessive. Comme à la hauteur de son talent, le corniste Louis-Philippe Marsolais a offert un magnifique solo au deuxième mouvement.

Les seuls éléments que nous avons à reprocher à cette symphonie relèvent principalement du goût personnel, à savoir les multiplesritardandos dans le mouvement final. Alors que le chef lui-même nous l’explique comme « une course contre-la-montre », nous pensions avoir droit à un feu roulant ininterrompu jusqu’à la presque-finale. 

L’Orchestre Métropolitain et son chef seront de retour à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay le 2 août pour venir clôturer cette 49e édition du Festival de Lanaudière dans un programme qui s’annonce tout aussi impressionnant, au côté du notamment du baryton québécois Étienne Dupuis interprétant le rôle-titre du Macbeth de Verdi avec une distribution vocale de haut vol.

crédits photos : Gabriel Fournier

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classique occidental / période romantique / post-romantique

Lanaudière 2026 | Stéphane Denève fait voyager l’OSM, de la Méditerranée au Paris de Gershwin

par Chloé Rouffignac

Pour son concert De Carmen à Gershwin : invitations au voyage, l’Orchestre symphonique de Montréal proposait un itinéraire reliant la Méditerranée, l’Espagne et le Paris des Années folles. Sous la direction de Stéphane Denève, cette invitation au voyage dépassait toutefois la simple évocation géographique.

D’une œuvre à l’autre, le chef français façonnait un véritable parcours sonore où la transparence des textures, l’équilibre des pupitres et la richesse des timbres devenaient les véritables guides de cette traversée musicale.

Jacques Ibert ouvre la soirée avec Escales, une œuvre qui exige une grande finesse de couleurs pour faire naître ses paysages méditerranéens. Dès les premières mesures, un tapis de cordes délicatement installé laisse émerger les interventions des bois avec une remarquable fluidité. La flûte solo (Timothy Hutchins, pilier de l’OSM depuis 1978) illumine cette fresque orchestrale d’un timbre lumineux et d’un phrasé d’une grande élégance. Son jeu s’intègre aux interventions du hautbois, dessinant les contours des différents ports imaginés par le compositeur.

Cette recherche constante de transparence permet à chaque pupitre d’exister pleinement. Les cuivres trouvent leur place sans alourdir la texture, les trompettes surgissent avec éclat lorsque l’orchestration l’appelle, tandis que les célèbres glissandi des trombones apportent juste ce qu’il faut de caractère. Denève ne recherche jamais l’effet spectaculaire : il laisse la partition respirer et les couleurs se révéler progressivement, offrant une lecture d’une grande clarté. Si cette retenue met admirablement en valeur les équilibres orchestraux, elle atténue parfois certains contrastes plus dramatiques que d’autres interprétations choisissent de mettre davantage en relief.

Le Cinquième Concerto pour piano de Camille Saint-Saëns poursuit cette même logique d’écoute. Jean-Yves Thibaudet impressionne par une technique souveraine, mais c’est surtout sa manière de dialoguer avec l’orchestre qui retient l’attention. Loin d’imposer sa présence, le pianiste semble flotter au-dessus de l’ensemble.

Le deuxième mouvement constitue sans doute l’un des sommets de la soirée. Les cordes accompagnent avec une légèreté exemplaire, tandis que le piano déploie une sonorité d’une grande poésie, ciselée jusque dans les moindres détails. La cadence offre un moment particulièrement saisissant où le timbre de l’instrument paraît soudain se transformer, révélant une nouvelle palette sonore avant une conclusion profondément lyrique. En guise de rappel, un Nocturne de Chopin prolonge ce climat suspendu avec une simplicité désarmante.

Après l’entracte, Denève propose une lecture personnelle de Carmen. Plutôt que de suivre l’enchaînement traditionnel de la suite, il choisit d’ouvrir avec Les Toréadors, un parti pris qui modifie immédiatement la dramaturgie de l’œuvre. Là où certaines versions prennent le temps d’installer progressivement l’univers de Carmen, cette entrée en matière plonge instantanément le public au cœur de son énergie et de son éclat. L’orchestre répond avec une remarquable précision, sans jamais sacrifier la souplesse du discours.

Le hautbois d’Alex Liedtke s’impose ici comme l’un des grands protagonistes de la soirée. Chacune de ses interventions séduit par la finesse du phrasé et la rondeur du timbre. Les dialogues entre la flûte, le basson et la harpe témoignent d’un sens aigu de l’écoute collective, tandis que les interventions hors scène de la trompette ajoutent une profondeur supplémentaire à l’espace sonore. Même les épisodes les plus martiaux privilégient le raffinement des couleurs plutôt que la démonstration de puissance.

Avec An American in Paris, George Gershwin offre une conclusion idéale à ce programme consacré au voyage. Denève offre une lecture dynamique, solidement construite et résolument en mouvement, davantage tournée vers une marche énergique que vers une simple promenade parisienne. Là où certains chefs accentuent les inflexions jazz, les libertés rythmiques et le caractère plus rugueux de la partition, Denève demeure fidèle à une approche élégante et rigoureuse. Cette lecture met admirablement en valeur la précision de l’orchestre et la richesse des timbres, mais laisse parfois le désir d’un swing plus assumé, d’un groove plus affirmé et de cette part d’insolence qui fait tout le charme de l’écriture de Gershwin.

Les différentes voix de l’orchestre, progressivement mises en lumière tout au long de la soirée, convergent ici avec une grande cohérence. Le subtil mélange des timbres entre le cor anglais et le hautbois, les interventions de la trompette parfaitement intégrées à la texture orchestrale ainsi que la richesse des nuances témoignent d’un travail minutieux sur les équilibres. Au moment du climax final, toutes ces couleurs se rejoignent dans une conclusion aussi éclatante que maîtrisée. Il suffisait d’observer les sourires des musiciens pour comprendre le plaisir qu’ils prenaient à partager cette ultime escale avec le public.

En réunissant Ibert, Saint-Saëns, Bizet et Gershwin, l’Orchestre symphonique de Montréal aurait pu proposer une simple succession de destinations musicales. Stéphane Denève en a plutôt fait un voyage porté par les couleurs de l’orchestre lui-même. Chaque œuvre révélait une nouvelle facette de cet immense instrument collectif, rappelant que les plus beaux voyages ne tiennent pas seulement aux lieux que l’on traverse, mais aussi à la manière dont on choisit de les raconter.

crédits photos : Gabriel Fournier

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garage / rock n' roll

The Mummies au Festif 2026

par Patrice Caron

24 juillet 2026 – Festif de Baie St-Paul

Y’a des occasions à ne pas manquer.

En février dernier, j’apprenais que The Mummies faisait une rare visite au Canada pour un spectacle à Vancouver. Sur ma ‘’bucketlist’’ depuis les années 90, le groupe s’est dissout une première fois en 1992 et revient sporadiquement, fidèle à son attitude, au gré de son envie de faire chier l’industrie.

Ne sachant jamais si on aura la chance de les voir de ce côté-ci du continent, j’achète 2 billets et commence à planifier le voyage. Difficile de ne faire qu’un aller-retour dans ce cas-ci et en additionnant le tout, bucketlist ou non, ça devient un peu trop cher pour aller voir un spectacle. Déception mais parfois, faut être raisonnable.

Cependant, les dieux du rock ont probablement entendu mes prières et à la surprise des afficionados du groupe au Québec (et surement de certains de la côte est de l’Amérique), au dévoilement de la programmation du Festif de Baie St-Paul 2026, The Mummies y figure.

On espère que c’est un arrêt d’une tournée au Canada ou de la côte est, mais non, seule et unique date pour les maitres du Budget-Rock. Pas le choix de perdre mon pucelage du Festif et de revenir sur les lieux des nos délinquances de jeunes adultes en vacances des années 90.

C’est avec mon frère et son Westfalia qu’on affrontent les 5 heures de route. À notre arrivée, bouchon de circulation jusque chez l’ami Patrick, ou on peut finalement se poser et se couler une frette avant de se diriger dans le feu de l’action.

Depuis 2009, des milliers de festivaliers convergent vers la bucolique Baie St-Paul une fois par année pour un buffet de musique qui déborde jusqu’aux petites heures de la nuit. DJs d’un côté, folk sale de l’autre, avec tout le reste au milieu, l’offre est foisonnante et pour tous les goûts.

Jeunes en bacchanale et moins jeunes en périphérie, la foule est un rêve de trans génération et témoigne de la justesse de la programmation, d’un équilibre entre découvertes et valeurs sures, qui sait rallier tout autant les mélomanes pointilleux que les familles en vacances.

On y rencontre plusieurs Montréalais mais c’est avant tout une occasion pour la région de vivre une expérience unique, qui est sans aucun doute apparenté au FME ou au FEQ, mais avec sa propre couleur et dont la géographie est partie intégrante de l’attrait de l’événement.

Après avoir quadrillé le site avec quelques saucettes devant quelques scènes et sérieusement entamé notre budget de survivance, on commence à stresser de ne pas avoir de place pour la raison de notre visite, je fais alors ce que je n’ai jamais fait de ma vie, j’arrive 90 minutes avant le spectacle pour être certain d’être à l’avant. La veille, Otoboke Beaver s’est produit sur cette scène et malgré l’heure avancée, le site, le Garage du Curé, a dû fermer l’accès au public parce qu’il était complet et plusieurs personnes n’ont pu y accéder. Je n’ai pas fait toute cette route pour manquer cette occasion historique, donc poireautage de longue haleine mais ça en vaudra le coût.

À 22h pile, The Mummies prennent possession de la scène et nous balancent 42 minutes de rock’n’roll fâché, avec leurs hilarantes introductions de chansons et une sélection de vieux non-classiques de son répertoire et de ceux des autres, dont la virale The Fly, sa reprise de Uncontrollable Urge de Devo et ma préférée, (You must fight to live) on the Planet of the Apes.

J’avais l’appréhension que les années auraient entamés l’énergie du groupe ou que leur propension à détruire les attentes viennent mettre à mal toute la hype que j’avais partagé depuis mon arrivée au Festif, mais non. Ça a été parfait et à part la brièveté du set, que personnellement je trouve en phase avec l’attitude des Mummies, rien à redire sur ce moment que quelques centaines de festivaliers ont pu vivre ce soir-là.

Je ne regrettais pas d’avoir fait tout ce chemin pour m’y rendre et c’est avec le sourire que j’ai continué la soirée, butinant un peu de ce que le Festif avait à offrir rendu là. J’ai décliné à contre-coeur une invitation à me rendre au célèbre Pit de Sable pour y voir Les Goules, mais ma soirée était faite et c’était le temps de retourner chez l’ami Patrick pour redescendre vers l’horizontal. C’est avec Gab Bouchard pratiquement installé à côté de mes oreilles que se terminait mon furtif passage au Festif, avec la promesse d’y revenir, idéalement pour un autre groupe sur ma bucketlist.

chant lyrique / classique occidental / opéra / période classique

Lanaudière 2026 | Une soirée classique en beauté avec Labadie

par Alexis Desrosiers-Michaud

Une semaine exactement après la venue de l’OSQ, Lanaudière accueillait un autre invité de Québec, en l’occurrence Les Violons du Roy et Bernard Labadie dans un programme Haydn-Mozart avec la soprano Hanna-Elisabeth Müller. 

Le concert a débuté avec la 81e symphonie de Haydn. Ce qui en ressort davantage, ce sont les cordes vigoureuses dans les mouvements extrêmes et un très bon équilibre sonore entre les différents pupitres, principalement la flûte solo et les violons dans le mouvement lent, et le basson avec ces mêmes violons dans le menuet. 

C’était une excellente idée que d’enchainer l’ouverture de Armida de Haydn avec l’air de concert Alma grande e nobil core de Mozart. Faisant office de prélude, cette ouverture a très bien mis la table pour le premier morceau de la chanteuse. Idem pour la seconde partie avec l’ouverture de L’isola d’isabitata, toujours de Haydn.

Hanna-Elisabeth Müller est une mozartienne de grande qualité. Elle chante avec tant d’aisance que rien ne semble compliqué. Elle possède un timbre clair, qui projette sans forcer. Sa voix semble rouler sur son appui de manière quasi aérodynamique, tellement c’est fluide. Le duo avec la clarinette dans l’air Ecco il punto… Non più di fiori de La Clemenza di Tito était tout simplement sublime tellement ils ont fait un tout. Dans l’air Dove sono tiré de Le  Nozze di Figaro, où le personnage de la comtesse Almaviva se demande « où sont passés ces merveilleux instants », même si ce n’est pas le contexte, on se surprend à lui répondre mentalement que nous sommes en train d’en vivre un en direct. 

Après ces beautés vocales, nous n’étions pas convaincus que c’était une bonne idée de programmer une autre symphonie, la 33e de Mozart cette fois, pour terminer le concert. Celui-ci aurait très bien pu se terminer ainsi, à 21h30, et nous aurions été conquis. Cependant, Labadie et les Violons avaient encore des choses à nous dire. Moins flamboyante que la 81e de Haydn, cette symphonie n’en est pas moins intéressante pour autant. L’orchestre l’a interprétée (avec les pupitres de violons inversés !) avec précision et pureté; une conclusion parfaite pour une soirée agréable. 

crédits photos : Gabriel Fournier

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