OSHEAGA 2026 | Lorde clôture le festival Osheaga au rythme de son propre cœur
par Stephan Boissonneault
Son concert de clôture sur la scène principale d’Osheaga a débuté par un moniteur cardiaque — un enregistrement vidéo d’Ella Marija Lani Yelich-O’Connor (plus connue sous le nom de Lorde) —, puis elle est apparue sur la scène latérale et s’est mise à danser au rythme d’une ligne de basse jouée sur un Korg Kaoss Pad. Nous avons ensuite eu droit à une version d’une minute de « Royals », sorti (mon Dieu… il y a 13 ans) sur l’album Pure Heroine, qui a propulsé cette pop star atypique et introspective au sommet de la gloire.
J’ai tout de suite remarqué le mouvement de caméra pendant la prestation de Lorde : une prise de vue plongeante et cinématographique, oscillant entre des moments très intimes où l’on voit son visage et sa tenue en gros plan (un imperméable noir Arc’teryx et un pantalon de survêtement). Lorde était également équipée d’un moniteur cardiaque, et la toile de fond visuelle affichait ses mesures (des signes vitaux ésotériques et en lien avec le thème de l’album, comme « Melodrama », son rythme cardiaque réel et ses battements, ainsi que les résultats de son ECG). L’arrière-plan visuel diffusait également différentes vidéos du spectacle — davantage axées sur le décor, composé de deux danseurs flamboyants, d’un groupe d’accompagnement (ce qui était très surprenant étant donné qu’une grande partie du nouvel album est issue d’une production studio assistée par ordinateur) et d’une fontaine argentée à gauche de la scène, que Lorde et les danseurs ont beaucoup mise à profit pendant le concert.
Lorde a parcouru chaque recoin de la scène dans une frénésie synchronisée, tandis que les effets visuels se transformaient en images floues, post-technologiques et informatisées, en parfaite adéquation avec le titre « Shapeshifter » et la teinte industrielle et banlieusarde du dernier album.
OSHEAGA 2026 I Zara Larsson’s Lush, Yet Dull Symphony
par Stephan Boissonneault
Based on the attendance of her Osheaga (and Lollapalooza) headlining shows, I’m probably definitely in the minority when I say I find Zara Larsson’s music quite dull and manufactured. Still, as she appeared on stage with her host of dancers at her River stage show, the crowd—packed to the gills—went bonkers for this real-life Swedish Barbie. She also had a band, which I can appreciate in this modern pop backing track age, but much of their Midnight Sun instrumentation was blown out and overshadowed by the generic pop beats and Larsson’s vocals.
The big pop star shows at Osheaga always have an eye-catching set, but Zara Larsson’s, which featured (what looked like cardboard) cut-outs of rolling hills and tropical flowers, felt like window dressing that added nothing to the songs. If you want to actually make your set dressing thematically mean something, take inspiration from Not For Radio or even Lorde’s Osh art decor. Theirs had a pulse, and Zara Larsson’s felt like a Pinterest board.
Larsson’s one addition was the pink sports car (with the license plate Puss Puss 97), which was funny, but fleeting as it disappeared into the « lush » landscape. Zara Larsson herself has an amazing voice, but the songwriting is very paint-by-numbers Top 40 pop — a little cumbia beat here, a 4/4 dance shimmer there, with some sexual innuendos there —there’s no real grit to it, and I couldn’t pick it out from the other pop tracks. You could put these plain-jane lyrics under any beat, and the result would be the same. Great voice, boring songwriting.
Again, these songs are not for me. They’re for Olivia, the young girl who was at the front of the barricade and was picked by Zara Larsson to dance with her on stage and received a signed t-shirt in front of 50,000 people. I’m sure that will be a memory many hold dear. Not me.
OSHEAGA 2026 I Clipse Drip with Swag on the Mountain
par Stephan Boissonneault
As buckets of rain poured from the sky and flooded the VIP terrace floors, I was able to witness hip-hop royalty slay the Mountain stage. Clipse, the mad duo of brothers Gene « Malice » and Terrence « Pusha T » Thornton, burst onto the stage with « Chains & Whips, » the second track off their fantastic comeback album, Let God Sort Em Out, which came out of nowhere last year.
As the bassy beat thundered, Clipse looked as if they were trying to show each other up—both wearing expensive jackets (Louis Vuitton, of course) and then switching into T-shirts and each wearing three to four luxury, blinged-out diamond chains (easily costing over a million dollars). The luxury swag, rappers-living-in-paradise vibe was quickly conveyed by these legends.
As the show continued, the visual backdrop featured moments in time for the Clipse brothers, like the time a few of their gangster friends were arrested for drug and weapons charges. We saw many of these images: legions of pistols, machine guns and bags of delicious cocaine on a quick slideshow that felt very early 2000s. It was real gangster shit, and hit harder than any hip-hop throwback act of the previous 10 years.
I was taken back to my boom bap discovery days during « Keys Open Doors, » from the 2006 album Hell Hath No Fury and grooved my heart out to « Popular Demand (Popeyes). » We heard a bunch of Let God Sort Em Out, including the closer « The Birds Don’t Sing, » but alas, John Legend did not appear. Clipse are legends, and I’m glad they’re back.
OSHEAGA 2026 I Not For Radio se réincarne sur la scène de la Forêt
par Stephan Boissonneault
Pour moi, qui assiste à ce festival depuis environ cinq ans, il y a toujours une découverte à faire à Osheaga, et cette année, c’était Not For Radio.
Il s’agit du projet solo de Maria Zardoya, du groupe The Marías, et mon Dieu, quelle ambiance atmosphérique et éthérée ! J’adore l’album Submarine (2024) de The Marías, alors si j’avais su qu’il s’agissait de la même artiste, je me serais précipitée vers la scène de la Forêt pour me laisser emporter par la musique.
Je n’ai pu assister qu’à la dernière moitié du concert, mais Zardoya m’a immédiatement captivé lorsqu’elle a interprété Comet, vêtue d’une robe en maille couleur albâtre, sur une scène décorée sur le thème de la nature moussue, avec un monticule d’herbe verte au centre. L’éclairage bleu sarcelle se reflétait sur les murs, imitant la pluie, ce qui renforçait le caractère mystique de l’ensemble.
Alors que la plupart des morceaux de The Marías s’appuient sur des riffs accrocheurs et des falsettos, le tout sous un mur de dream pop aux accents shoegaze, Not For Radio présente un rock trip-hop alternatif, avec une musique qui rappelle presque Portishead, dont les chansons vous bercent dans un sommeil brumeux avant d’exploser dans une fureur de répétitions vaporeuses.
La voix de Maria Zardoya a ce côté soyeux, avec ses puissantes lignes de voix de tête qui résonnent jusqu’au ciel. J’ai apprécié le fait que le groupe joue en live, car c’est le genre de son qui aurait très bien pu se contenter d’une bande-son, mais qui est tellement mieux mis en valeur par les instruments joués en direct. Après une chanson, Zardoya s’est allongée sur le monticule herbeux, comme pétrifiée, tout en chantant le refrain répétitif de Back To You.
Un homme vêtu de noir — qui ressemblait au Frankenstein de Guillermo del Toro — a soulevé Zardoya et l’a emportée hors de la scène. Après que son groupe eut improvisé sur un morceau d’orgue synthétique à la Castlevania, Zardoya est réapparue vêtue d’une robe noire gothique.
Je suppose que le groupe White Not For Radio est mort et s’est réincarné en cette version plus sombre, à l’image du cygne noir. Tout cela était très théâtral et calculé, et a eu un impact considérable en très peu de temps. Désormais, je vais suivre de près tout ce que Not For Radio a fait et fera à l’avenir, merci.
OSHEAGA 2026 I Viagra Boys au centre d’un gigantesque défouloir
par Marc-Antoine Bernier
Samedi à 18 h 55, sur la Scène de la Vallée d’Osheaga, les Viagra Boys n’ont pas perdu de temps avant de transformer le site en gigantesque défouloir.
Dès Man Made of Meat, le logo Infinite Anxiety Tour s’affiche derrière le groupe avant de céder progressivement la place à une succession de captations en noir et blanc fortement contrastées, de bains de lumière rouge et d’effets glitch ponctués d’images presque subliminales.
Au centre de cette déferlante visuelle, Sebastian Murphy débarque torse nu, tatouages bien en vue, avec l’assurance d’un provocateur aussi imprévisible que charismatique. Derrière lui, les six musiciens propulsent le tout à coups de lignes de basse massives, d’une batterie implacable et d’un saxophone déchaîné qui fait constamment basculer le post-punk vers quelque chose de beaucoup plus dansant.
Viagra Boys démontre rapidement que derrière son humour absurde se cache une mécanique redoutable. Chaque morceau repose sur un groove implacable qui transforme ce post-punk sale et nerveux en une irrésistible invitation à danser. Punk Rock Loser est repris à pleins poumons par la foule, Ain’t No Thieffait spontanément taper des mains, tandis que Uno II offre un moment plus relâché sans faire retomber l’énergie. Le solo de saxophone qui conclut Down in the Basement provoque même une scène improbable : une partie de la foule se met à en hurler les notes, comme si le musicien lançait un appel auquel son propre clan répondait.
Murphy ponctue le concert de quelques sorties irrévérencieuses, lançant notamment un « Free Palestine » avant Troglodyte, puis laisse les chansons parler d’elles-mêmes. L’absurde atteint son sommet avec Sports, dont la litanie de mots lancée d’une voix détachée est reprise avec un enthousiasme contagieux par un public qui sait exactement ce qui s’en vient et explose au premier « SPORTS! ».
Le finale, Research Chemicals,résume parfaitement l’esprit du groupe. Murphy descend surfer sur la foule avant de tenter quelques pompes avec une détermination inversement proportionnelle à ses talents d’athlète, pendant que le saxophone se déchaîne au-dessus d’une basse hypnotique. Les Viagra Boys donnent l’impression qu’un groupe de marginaux a accidentellement trouvé le moyen de devenir une excellente machine à faire danser, et personne n’a envie de corriger l’erreur.
Il y a quelque chose de singulier chez Turnstile. Héritier du hardcore, le quintette de Baltimore en repousse pourtant les frontières en privilégiant le groove, les mélodies et un esprit de rassemblement rarement associé au genre. Samedi soir, sur la Scène de la Vallée d’Osheaga, cette vision s’est incarnée devant une foule fébrile, confirmant pourquoi Turnstile compte aujourd’hui parmi les groupes rock les plus en vue.
Alors qu’une simple mire de barres colorées occupe l’écran géant, les musiciens rejoignent calmement leurs instruments dans une scène presque minimaliste. En apparence anodine, ce choix visuel tranche avec les codes traditionnellement sombres du punk et du post-hardcore. Le tout est accompagné des nappes de synthétiseurs de Never Enough, pièce inaugurale de leur plus récent album. Dès les premiers accords, cette identité lumineuse et moderne s’impose, tout comme l’impatience de la foule qui attend les premières paroles de Brendan Yates. Lorsque celui-ci entonne les premières paroles, immédiatement reprises par des milliers de spectateurs, l’énergie accumulée éclate enfin.
La transition vers T.L.C. (Turnstile Love Connection) fait instantanément grimper l’intensité. Courte, rapide et sans retenue, la chanson rappelle l’urgence de groupes comme Bad Brains ou Black Flag. Les cris de Yates et l’engagement physique de tout les membres de l’audience donnent le ton à une prestation où chaque morceau semble propulser la foule un peu plus loin dans l’euphorie.
L’un des aspects les plus marquants du concert demeure toutefois sa mise en scène. Plutôt que de privilégier des animations élaborées, Turnstile choisit de placer son public au centre de l’expérience. Les écrans diffusent constamment des images captées au cœur des mosh pits et des circle pits, ainsi que des plans tournés à la caméra portée directement dans la foule. Éclairées par une lumière blanche crue, ces images évoquent l’esthétique d’une vieille caméra vidéo et renforcent l’impression d’assister à un moment spontané plutôt qu’à un spectacle parfaitement chorégraphié. Plus encore, elles mettent en valeur la diversité du public : jeunes adolescents, parents, sexagénaires, tous semblent partager le même enthousiasme.
La setlist, principalement composée de morceaux tirés de Glow On et Never Enough, entretient constamment cet équilibre entre décharge d’adrénaline et moments plus contemplatifs. Des pièces comme Holiday ou Birds déclenchent les plus violents mouvements de foule, tandis que I Care, Mystery ou encore la longue Look Out for Me ouvrent des respirations où les textures plus alternatives, les synthétiseurs et les rythmes dansants prennent le relais sans jamais casser l’élan du spectacle.
Le point culminant survient justement avec Birds, interprétée en clôture. Au moment où Brendan Yates invite la foule à sauter et que des milliers de personnes reprennent en chœur « Finally I can see it / These birds not meant to fly alone », le concert dépasse la simple démonstration d’énergie. Il devient un moment de communion où chacun semble porté par les autres.
En quittant la scène de la Vallée, il restait surtout cette impression d’avoir participé à une immense libération collective. Turnstile ne cherche plus seulement à faire exploser les codes du hardcore : le groupe les transforme en un espace où la rage, la vulnérabilité et la joie coexistent, faisant de cette prestation l’un des moments les plus fédérateurs de la journée.
One of the most striking aspects of the concert, however, is its staging. Rather than relying on elaborate visuals, Turnstile chooses to place its audience at the center of the experience. The screens constantly display footage captured from within the mosh pits and circle pits, as well as shots filmed with a camera held directly in the crowd. Bathed in harsh white light, these images evoke the aesthetic of an old video camera and reinforce the impression of witnessing a spontaneous moment rather than a perfectly choreographed show. Moreover, they highlight the diversity of the audience: young teenagers, parents, and people in their sixties—all seem to share the same enthusiasm.
The setlist, consisting mainly of songs from Glow On and Never Enough, constantly maintains this balance between adrenaline-fueled bursts and more contemplative moments. Songs like “Holiday” and “Birds” spark the wildest crowd reactions, while “I Care,” “Mystery,” and the extended “Look Out for Me” provide breathing room where more alternative textures, synthesizers, and danceable rhythms take over without ever breaking the show’s momentum.
The climax comes precisely with “Birds,” performed as the finale. The moment Brendan Yates invites the crowd to jump and thousands of people sing along in unison to “Finally I can see it / These birds not meant to fly alone,” the concert transcends a mere display of energy. It becomes a moment of communion where everyone seems carried along by the others.
Leaving the La Vallée stage, what remained most of all was the impression of having participated in an immense collective liberation. Turnstile no longer seeks merely to shatter the conventions of hardcore: the band transforms them into a space where rage, vulnerability, and joy coexist, making this performance one of the most unifying moments of the day.
Pour Museums, la prestation de samedi après-midi à Osheaga représentait bien plus qu’un simple concert : il s’agissait d’une étape charnière dans leur jeune carrière. Installé sous le demi-dôme de la scène SiriusXM, face à l’une des nombreuses zones de détente du festival, le quatuor montréalais a su transformer un créneau souvent difficile en véritable démonstration de son potentiel.
Dès les premières notes de In Waves, Ali Kouri capte immédiatement l’attention grâce à une présence chaleureuse et naturelle. Ce qui impressionne surtout, c’est la confiance avec laquelle Museums occupe une scène de cette envergure malgré son jeune parcours.
Souriante, guitare en bandoulière, la chanteuse mène le groupe dont la cohésion saute immédiatement aux yeux. Dès les premières minutes, le public oscille, danse et accompagne le groupe avec un enthousiasme grandissant. Porté par une énergie légèrement euphorique, le morceau déploie des mélodies accrocheuses, tandis que le refrain « It comes, it comes / in waves » continue de résonner bien après sa conclusion.
Ur Best met ensuite en valeur la dimension plus émotive du groupe, alors que This Can Be It, tirée de l’EP du même nom paru en juin dernier, démontre leur talent pour les riffs puissants et les refrains fédérateurs.
Sur scène, la complicité entre les musiciens est évidente. Il est impossible de dire si le bassiste joue de sa basse ou si c’est elle qui joue de lui, chacun de ses mouvements épousant naturellement le rythme des morceaux. Quant au guitariste principal, il enrichit constamment les pièces par ses harmonies..
Au fil du concert, de plus en plus de festivaliers se laissent attirer vers la scène, emportés par ce mélange d’indie rock, de dream pop et de rock alternatif. Le groupe en profite pour dévoiler une nouvelle composition, plus sombre et contemplative que les précédentes, dont la finale explosive constitue l’un des moments forts de la prestation. Le batteur y abandonne enfin la retenue qui caractérisait son jeu jusque-là, laissant exploser toute la fougue de la pièce.
En 30 minutes, Museums a réussi son baptême osheaguien avec assurance et a laissé l’impression d’un groupe déjà prêt à viser des scènes encore plus importantes.
Lanaudière 2026 | Un festin symphonique en quatre services, signé Liu et Payare
par Julie Thériault
Ce samedi 1er août, l’humidité presque tropicale n’a pas empêché une soirée électrique à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay (le commanditaire sera content!), soirée d’énergie, de finesse et de découvertes… Le public estival de Lanaudière semblait ravi par ce programme audacieux, de Penderecki à Prokofiev en passant par un Tchaïkovski plus léger et méconnu, en culminant vers la totale mise en valeur de l’orchestre dans la Suite sylphe de Prokofiev… On se serait cru dans une navette spatiale prête à décoller!!!
En guise de dessert de ce concert, on a pu pleinement savourer la palette de couleurs de cet orchestre fabuleux, et l’énergie contagieuse de son chef chéri si fougueux, à la tombée de la nuit humide dans la suite scythe de Prokofiev. Cette œuvre, à l’origine commandée comme musique de ballet par Diaghilev, mais finalement refusée par celui-ci nous plonge efficacement dans un cinéma intérieur très inspiré. Extrêmement puissant et presque sauvage au début (on se souvient d’un sacre du printemps de Payare absolument électrisant à la Maison symphonique), on passe éventuellement au 3e mouvement complètement contrasté et magique (la nuit). Complètement transportés du début à la fin! Il ne faut jamais oublier que ces musiques ont inspiré les compositeurs des grandes musiques épiques, hollywoodiennes…
Le soliste tant attendu, gagnant du grand concours Chopin en avait beaucoup dans son assiette… Son interprétation du 3e concerto de Tchaïkovski démontrait toute sa finesse, sa brillance, sa virtuosité. Cette œuvre moins connue, venait nous donner un peu de fraîcheur dans ce programme intense… bel entremets!!
Les qualités de Bruce Liu dans le Tchaïkovski étaient moins évidentes dans le Prokofiev —qui nécessite une puissance extrême— une personnalité presque décadente qui peut mener l’auditeur au nirvana… Un piano de concert neuf pieds n’aurait pas été un luxe pour se mesurer à un tel orchestre… En rappel, le pianiste de concert nous a offert une interprétation délicieuse, toute en finesse, de l’étude op.25 no1 de Chopin… La maîtrise est telle qu’on oublie que c’est une étude : on penserait entendre un nocturne… quel cadeau!!
Et comme magnifique hors-d’œuvre à ce concert, véritable prélude à tout ce qui nous attendait, la Sinfonietta no 1 de Penderecki. Pour cordes seulement, l’œuvre nous a fait apprécier les solii des premières chaises, ainsi que le contraste entre le grand orchestre à cordes (quel délice) et la musique de chambre.
Bref, une soirée réussie; un public excité de découvrir à la fois une star internationale du piano (et formée à Montréal!!), et des œuvres moins connues si bien rendues par Rafael Payare et sa brigade !
OSHEAGA 2026 I Little Simz: classe décontractée, énergie phénoménale
par Marc-Antoine Bernier
Little Simz avait tout pour surprendre lors de la journée la plus rock de cette édition d’Osheaga, ceinturée de groupes comme Angine de Poitrine, Viagra Boys, Franz Ferdinand et Turnstile. Accompagnée par ses musiciens de tournée à la basse, à la guitare et à la batterie, elle a offert l’une des prestations les plus marquantes du festival en débutant avec l’énergie explosive de Thief, pièce d’ouverture de son album Lotus.
Vêtue d’un chandail à l’effigie d’Aang, le personnage principal de la série animée Avatar: The Last Airbender, elle affichait dès son entrée cette attitude à la fois cool, décontractée et singulière qui allait caractériser toute sa prestation.
Dès les premières envolées lyriques, son magnétisme s’impose sans artifice. Les percussion dynamique aux influences garage, les lignes de guitare abrasives et les lourdes basses de la chanson créent une tension presque punk, amplifiée par un immense lotus noir et blanc parcouru d’électricité derrière le groupe. Avec Flood etYoung, elle poursuit dans cette direction plus brute avant de replonger dans l’univers introspectif de Sometimes I Might Be Introvert avec I Love You, I Hate You.
Le moment fort arrive avec Venom. Seule sur scène, Little Simz a une présence royale : son flow précis et son intensité donnent l’impression que chaque mot porte un poids physique. Puis, sans perdre son élan, elle transforme la scène en club en passant derrière les platines pour revisiter l’univers électronique de ses EP Drop 7 et Sugar Girl. Casque sur une oreille, elle transforme instantanément l’espace en club nocturne. Sur Mood Swings, Game On et SOS, elle explore une nouvelle facette de son identité sonore, entre rythmes percussifs, house tribale et influences brésiliennes, invitant la foule à danser.
De retour avec son groupe, elle enchaîne les moments forts : Lion, morceau célébratoire où elle revendique fièrement ses accomplissements, accompagné d’un visuel aux couleurs chaudes affichant en arrière-plan « We don’t care for what they say, that’s my superpower », alors que la silhouette d’un homme prenant une pose de force apparaît à l’écran. Elle poursuit ensuite avec Point and Kill, porté par une ligne de basse sinueuse et des cuivres rappelant l’afrobeat de Fela Kuti, un moment rassembleur où la foule reprend les paroles avec elle. Enfin, Woman apporte une touche plus soul et élégante, avant que Gorilla ne conclue sa performance avec son assurance triomphante, l’ombre de Little Simz apparaissant en contre-jour dans une esthétique monochrome.
Cette prestation aura rappelé l’étendue de la palette sonore de Little Simz, toujours prête à repousser ses propres frontières en explorant de nouveaux territoires musicaux. Entre puissance, vulnérabilité et plaisir communicatif, elle confirme qu’elle possède la stature des grandes figures du hip-hop contemporain.
She may have been 15 minutes late on the Forest stage with no explanation, but Sofia Isella, the rising alternative singer-songwriter, burst onto the stage like a filthy banshee, ready to take names. She dove into « Out in the Garden, » and as she strummed a heavily reverbed guitar, followed up with « Hot Gum. »
The young songwriter, who found fame on TikTok and is the daughter of a renowned cinematographer, Claudio Miranda (Life of Pi, The Curious Case of Benjamin Button), wore a white XL T-shirt and baggy cargo pants absolutely caked in mud. Her hair and face were also filthy, and this is kind of the point. Sofia Isella is rejecting everything to do with the modern « hot woman pop star, » the exact antithesis of someone like Zara Larsson who was playing mainstage an hour later. She kind of looked like the Corpse Bride, up there, the difference being her eye makeup was, in fact, mud. She did switch to another XL sweater, equally grubby, and the fans seemed to love it.
Her music is about female empowerment and blatant misogyny that peppers our world. Still, she is performing alone to a backing track while switching between guitar, a frenzied violin, and a banjo, and it does get quite sameish, four or five songs in. Her voice is visceral and powerful, and she sings like someone who has been physically and mentally abused (even though she is only 21), and it does add to the industrial maelstrom. But after five songs, I was rather apathetic and decided to make my way back to the mainstage. I think Sofia Isella is quite talented live, but it’s hard to match the sullen atmosphere of her recorded music.
OSHEAGA 2026: JID s’efface peut-être mais ne faiblit pas
par Lyle Hendriks
Ma dernière rencontre avec le rappeur d’Atlanta JID remonte à l’époque où j’écoutais en boucle The Never Story (sorti en 2017) ; compte tenu de la programmation résolument nostalgique d’Osheaga cette année, ce n’était pas une surprise de le voir à l’affiche une décennie plus tard. Tant de rappeurs ont tout donné sur la scène d’Osheaga, mais rares sont ceux qui ont su habiter l’espace avec une telle puissance brute et une telle endurance.
Son débit est naturellement effréné ; des strophes entières s’enchaînent sans qu’il reprenne son souffle, chaque syllabe étant articulée avec une précision implacable, portée jusqu’au fond de la foule. Physiquement, il impose sa présence en arpentant la scène, semblant plus grand que nature alors qu’il est seul dans ce vaste espace vide, accompagné uniquement de son DJ, Christo.
Par moments, JID se plaît à faire étalage de sa virtuosité. Christo coupe la musique pendant 10, 20, voire 45 secondes, et les paroles continuent de jaillir de JID avec une fluidité plus qu’évidente, soutenues par une capacité pulmonaire à faire pâlir d’envie les plus grands adeptes de cardio. Visiblement déterminé à passer en revue toute sa discographie, JID ne s’embarrassait pas de longs discours entre les morceaux. Il était là pour rapper et déchaîner son énergie, et le premier tiers de la foule était ravi d’assister à cette démonstration d’endurance hors du commun.
Bien sûr, les flammes les plus vives sont celles qui se consument le plus vite, et JID s’est retrouvé dans la situation peu enviable de commencer son set avec cinq minutes de retard alors qu’il assurait la première partie du groupe Geese.
Alors qu’il lui restait deux minutes pour conclure son set, un détracteur malveillant et retors en régie a décidé de couper progressivement le son de JID. Sans doute parce que l’autre scène se faisait littéralement éclipser par la prestation de Cameron Winters. Nullement décontenancé, JID a poursuivi a cappella pendant au moins une demi-minute supplémentaire, porté par une foule bien décidée à maintenir l’ambiance.
Même lorsque la lumière crue et jaunâtre de la salle s’est allumée, il est resté sur place, savourant les acclamations tonitruantes quelques instants de plus avant d’être évacué sans ménagement de la scène. Malgré cette injustice, JID a insufflé un esprit de défi, un flow redoutable et une énergie brute incroyable à cette soirée de vendredi à Osheaga.
OSHEAGA 2026: Wet Leg, direction magnétisme et présence
par Lyle Hendriks
J’ai toujours préféré le style à la fois explosif et soyeux de Wet Leg une fois la nuit tombée. Mais même lors d’un concert en début de soirée sur la scène principale d’Osheaga, Rhian Teasdale et son groupe savent faire vibrer une foule déchaînée grâce à leur musique sensuelle et endiablée, jouée dans la pénombre.
Impossible de détourner le regard de Teasdale, qui se tord et semble léviter à parts égales, tandis que sa voix chantée, toute en douceur, s’élève puissamment au-dessus de nos têtes. La grosse caisse nous frappe en pleine gorge, et les guitares grinçantes et hypnotiques se déforment et s’entremêlent à chaque coup. Teasdale tombe à genoux pour une « réanimation cardio-pulmonaire », ses paroles, véritables bonbons empoisonnés, se diffusant à travers un téléphone rouge.
Sur les morceaux plus calmes, comme liquidize ou davina mccall, elle scrute les visages dans la foule, chantant en regardant droit dans les yeux des milliers de fans en sueur. Son groupe se déchaîne ou se balance derrière elle, selon les circonstances, mais les mouvements de Teasdale sont d’une telle maîtrise qu’ils frôlent la chorégraphie, à la fois félins et féroces.
Des morceaux plus anciens comme Chaise Longue prennent une nouvelle forme, avec désormais des mélodies plus lourdes et plus rugueuses, et encore moins de désinvolture de la part de Teasdale. Son groupe joue à la perfection, mais pourrait tout aussi bien s’évaporer dans les airs derrière elle lorsqu’elle nous offre le morceau « mangetout », à la fois vulnérable et toujours plein d’assurance. Tous les regards sont rivés sur Teasdale, et ce n’est pas un hasard.
Faisant ses adieux à ses œuvres antérieures, plus collaboratives, Wet Leg s’articule désormais autour de son magnétisme et de sa présence, et personne ne vient lui faire de l’ombre.