électro

SAT / EAF | I Can Still Love: Corporation et Andy Stott

par Loic Minty

Il est 21 h 30, et une file d’attente s’étire jusqu’au coin de la rue. La foule est dense, mais on reconnaît les habitués de l’EAF à cette odeur persistante de parfum de la galerie Foil mêlée à celle de puces électroniques grillées. Cette fois-ci, aucun rideau ne divise la salle en deux ; celle-ci est pleine à craquer, et l’effervescence est palpable autour d’Andy Stott. Mais avant tout, place à Corporation.

Dans un vaisseau de silence, des sons aigus et fins fendent l’espace comme des éruptions solaires. Derrière eux, une éclipse. Dès le départ, on sentait que ce n’était pas un concert comme les autres.

Corporation est composé de Keru Not Never et Julien Racine, tous deux auteurs de projets solo à succès, et collaborateurs de longue date sous différents pseudonymes. Leur talent ne m’a pas surpris. Je leur avais parlé quelques mois auparavant, juste un jour avant qu’Andy Stott ne reporte le concert au mois de mai, et ils m’avaient décrit leurs efforts courageux pour composer du matériel entièrement nouveau pour le spectacle.

Le travail n’est pas passé inaperçu. Du début à la fin, Corporation a construit son univers à travers diverses techniques de composition, sur une trame narrative qui ne cessait de s’étoffer. Il y avait là un mélange de drame, de mystère et de suspense qui tenait le public en haleine. Chaque section était différente, tout en gardant un lien avec l’ensemble, que ce soit par la répétition d’une texture ou par une variation rythmique qui inversait le tempo et faisait vibrer la foule. L’introduction a été légèrement brouillée par une montée d’énergie soudaine et soutenue, et a épuisé une idée initialement excellente de revisiter le dubstep britannique, mais ce n’était qu’un petit accroc, car le reste du set s’est déroulé à merveille. Accompagnée des visuels de William Hayes Dulude, l’expérience était plus cinématographique que purement musicale, et m’a laissé un sentiment d’émerveillement et une profonde admiration pour nos talents et notre scène locale.

Un numéro difficile à suivre, même pour Andy Stott, semblait-il. Après l’approche narrative éclectique du jeune duo, le set prolongé de type club du vétéran a été difficile à digérer pour l’auditeur. Ou peut-être y avait-il une réticence due aux attentes.

Comme c’est souvent le cas pour les artistes aux albums aussi raffinés, Andy Stott avait une réputation à défendre, et tandis que certains dansaient avec une insouciance joyeuse sur les premières vagues de trip hop downtempo, je me surprenais à regretter cette sensation caractéristique d’espace et de nuance que l’on retrouve dans ses albums comme Luxury Problems ou Faith in Strangers. En revanche, son set live a inondé la salle de rythmes mécaniques, dominant le mix d’une manière à la fois agréablement transparente, mais aussi parfois un peu trop puissante. Le début était un peu raide, mais heureusement, ce n’était que passager.

Au fil du temps, l’ambiance s’est un peu détendue et j’ai pu distinguer l’esthétique emblématique du « click and cut », les rythmes brisés et les mélodies à la limite de la pop. Ce son qui est totalement sans prétention et qui attire des gens de tous horizons. Dans l’Espace S.A.T. bondé et humide, Stott a commencé à découper des samples vocaux et le nom a retrouvé une place spéciale dans mon cœur. Les paroles résonnaient à point nommé : « I can still love ».

Dehors, la pluie s’est mise à tomber à verse, mais la petite foule devant le S.A.T. refusait de se disperser, profondément absorbée par des conversations sur les deux sets qui semblaient diviser l’assistance. Une chose est sûre, tout le monde en a eu pour son argent.

jazz / jazz moderne

On se souviendra d’avril… au 9e

par Alain Brunet

Fin PM, un 28 avril de l’année 2026, I’ll Remember April (Gene de Paul) fut le standard d’introduction servi par le pianiste montréalais Chad Linsley, d’abord en trio acoustique (Devon Gillingham, contrebasse, Rich Irwin, batterie) avant de procéder à l’exécution du programme officiel piloté par le musicien et ses collègues chanteuses, la soprano Kerry-Anne Kutz et la mezzo Kristin Hoff. Rappelons que ces deux femmes sont à la fois des chanteuses accomplies et de ferventes promotrice de l’art vocal, respectivement pour le Festival de la voix (mieux connu dans l’ouest de l’île) et Opéra M3F, organisme coprésentateur de la saison de concerts au 9e du Centre Eaton. Ce dont il est ici question.

Au bout de quelques mesures, on a vu de quelles ivoires le musicien montréalais se chauffait ! Digne héritier des pianistes au confluent du jazz moderne et du swing l’ayant précédé, bref le piano jazz triomphant entre 1945 et 1965, Chad Linsley maîtrise ce style qu’adoraient mes propres parents et leurs contemporains et avec lequel j’ai moi-même grandi tout en aimant le blues, le hard rock, puis le rock progressif , le jazz-rock et beaucoup plus par la suite.

Le classicisme assumé de ce jeu pianistique signé Chad Linsley s’inspire directement des plus grands pianistes afro-américain du swing moderne, on pense ici à notre Oscar Peterson, mais aussi à Teddy Wilson, Jaki Byard, Phineas Newborn Jr et autres Bud Powell, virtuoses éclatants mais aussi capables de ralentir le jeu pour les ballades introspectives, pour la plupart des jazzifications du Great American Songbook.

Le trio devient ensuite quartette avec l’arrivée du trompettiste Michael Cartile, question d’accueillir Kerry-Anne Kutz pour une jolie reprise du standard Windmills of Your Mind (Les moulins de mon cœur) de Michel Legrand. On constate immédiatement la culture  hybride de la chanteuse, notamment lorsqu’elle tient des notes longues et soyeuses, mais tout aussi capable de scatter et de bien saisir les enjeux rythmiques du jazz moderne.

Angel Eyes (Matt Dennis/Earl K Brent), le standard suivant, fut ensuite interprété par Kristin Hoff, une interprétation très différente de la précédente, plus musclée, plus robuste et conclue par un belle démonstration d’énergie.

Chad Linsley proposa ensuite une offrande instrumentale avec une ballade typique d’Oscar Peterson, Wheatland, enchaînée de Polka Dots and Moonbeams (Jimmy Van Heusen/Johnny Burke), un standard que Chet Baker a maintes fois transcendé. Encore une fois, on a savouré les chops de Chad Linsley avant que Kerry-Anne Kutz n’interprète sa propre composition, une ballade intitulée We Are One Again.

L’interprétation suivante était une autre occasion d’observer l’approche hybride des chanteuses, cette fois réunies pour la reprise française du fameux tube italien Oasis , composé par Pasquale Losito et Toto Cutugno, et popularisé en français par Joe Dassin en 1975 selon une adaptation des grands paroliers Pierre Delanoë et Claude Lemesle. On comprendra ensuite le choix de Nigerian Marketplace d’Oscar Peterson, dont la progression harmonique s’inscrit dans un esprit comparable au classique de Joe Dassin.

Le concert se conclura dans la célébration, avec une version bien sentie de On the Sunny Side of the Street (Jimmy McHugh/Dorothy Fields), un autre standard issu de la chanson américaine, musique presque centenaire (1930), entonnée par deux chanteuses clairement motivées, assortie de jolis solos (trompette et piano), le tout conclu par une jolie ballade improvisée dans l’esprit des bars new-yorkais d’une époque de plus en plus lointaine.

On en conclut que ce jazz d’une autre époque, interprété par de valeureux musiciens de la scène locale, est devenu aussi … classique.

classique / période romantique

OSM – Le Chopin de Avdeeva et le Brahms de Young : un concert exceptionnel

par Pietro Freiburger

Le 30 avril, la pianiste renommée Yulianna Avdeeva a interprété le Concerto pour piano n°1
de Chopin avec OSM sous la direction de Simone Young. Le programme, qui comprenait
également le Quatuor pour piano n° 1 Op. 25 de Brahms orchestré par Schoenberg, sera
reproposé le 2 mai.
Écouter Yulianna Avdeeva jouer Chopin ne peut pas prévoir une critique qui analyse l’interprétation
étape par étape, ou plutôt, mouvement par mouvement dans ce cas. Car ce qui s’est passé hier à la
Maison Symphonique était une démonstration pure et simple du pianisme de la plus haute classe. Et
j’utilise le mot « classe », et non « niveau », car il y a un grand nombre de pianistes qui jouent à un
niveau élevé ou même très élevé, mais peu jouent « avec grande classe », c’est-à-dire, avec
profondeur et élégance. Et Yulianna Avdeeva relève pleinement de cette dernière catégorie. Elle
joue sans personnalisme, sans exhibitionnisme : seulement de la musique. Pas de fausse note, pas de
forcing expressif. Nous avons assisté à une pianiste capable d’une virtuosité très élevée,
puisqu’entièrement au service de la musique. La capacité à faire parler le piano avec la plus grande
éloquence, du pianissimo chuchoté au puissant fortissimo, a laissé le public en extase, qui l’a saluée
par plusieurs ovations. La deuxième moitié du concert n’a cependant pas été différente :
l’orchestration par Schoenberg du Quatuor avec piano de Brahms est remarquable, et l’OSM s’est
une fois de plus révélé être un orchestre de premier ordre. Un son incroyable, une vision musicale
très solide, une cohésion remarquable, et une cheffe d’orchestre engagée et charismatique. Un
concert magnifique.

Photo credit : Gabriel Fournier

électroacoustique / électronique / expérimental / contemporain

UdeM – Ultrasons | Florence Dubé, Allison Chidiac, Alexandre Hamel, Alexandre Vaillant, Florence Lafontaine, Olivier Martin-Fréchette, Charles Anthony Raymond-Plante Jacob Boucher, Rafaël Bouthillette, Félix Gervais-Richard

par Jeremy Fortin

La Sala Rossa ouvrait ses portes  jeudi dernier à la série Ultrasons de l’Université de Montréal, pour présenter six performances uniques conçues par des étudiants au baccalauréat en musique numérique. 

La performance intitulée Mukput de Florence Dubé et Allison Chidiac entame le concert. Imaginés comme une diffusion en direct sur une plateforme genre Twitch, les deux interprètes nous présentent une table de plats provenant du Liban et du Québec. Tout au long de la performance, ils dégustent les plats accompagnés d’une musique qui évolue parfois selon leur mouvement, créant un groove constant tout au long de la pièce.

Alexandre Hamel présente Dante, un instrument construit par Brui sur mesure, sa compagnie d’instruments électroniques. L’instrument est un double oscillateur, double format, contrôlé par un ruban avec contrôle de détection de hauteur. La performance se veut donc une exploration des possibilités avec ce tout nouvel instrument. 

Conversation saxophonique par Alexandre Vaillant, clôture cette première partie de concert. Seul sur scène, armé de son saxophone et de son ordinateur, la pièce mélange le saxophone et l’électronique, brouillant ce qui est réellement joué par l’interprète et ce qui est repris électroniquement, que ce soit la réverbération ajoutée ou certains motifs joués en boucle.

Après un court entracte, Florence Lafontaine présente Mon pays. Avec l’aide d’Olivier Martin-Fréchette, ils interprètent le texte classique de Gille Vigneault sur une piste sonore qui, au fil de la performance, prend de l’expansion avant de se dissoudre graduellement.

Charles Anthony Raymond-Plante présente sa création intitulée Sirens. C’est dans une atmosphère remplie de tension où la basse est reine que nous entendons les sons éclater aux mouvements de ses mains qui actionnent les bruits, que l’on entend se succéder tout au long de la pièce.

Le concert se conclut sur Sonata industrielle en? mineur, une performance de Jacob Boucher, Rafaël Bouthillette et Félix Gervais-Richard. La composition est certainement celle qui a le plus fait réagir dans la salle. Aux allures parfois de death metal, l’amalgame de sonorités que l’on retrouve (souvent avec un caractère industriel) nous laisse percevoir des motifs mélodico-rythmiques qui, à leur tour, nous donnent l’impression d’entendre une mélodie tout au long de la performance.

Voilà un programme diversifié,  aperçu concluant des prochaines figures de la musique numérique au Québec.

électroacoustique / électronique

UdeM – Ultrasons | Aurélie Théroux Sénécale, Maurice du Berger, Zao Dinel, Platon Beliaevskin, Ziryab El Hihi, Ac Riznar, Alex Ronald Brisson, Matisse Charbonneau, Jaden Brown

par Jeremy Fortin

Une vingtaine de haut-parleurs planait sur la salle Claude Champagne mercredi, pour la première soirée de l’édition 2025-2026 d’Ultrasons. Pour l’occasion c’est un mélange de pièces acousmatiques, de performance et de montages vidéos qui étaient mis de l’avant au travers de projets étudiants.

Le concert s’entame par la pièce Nulle part je n’habite, sauf ici, en moi-même, d’Aurélie Théroux Sénécale. Entourés d’une console et de vieux téléviseurs, les écrans de télévision diffusent sur un écran géant, une apparence de neige où le son et celle-ci sont en constante interaction. Les oscillations sur la neige représentées sur télévision évoluent au fil des changements de fréquences émis par la compositrice nous entraînant dans un voyage stroboscopique.

Sans titre no.1 de Maurice du Berger, pièce entièrement acousmatique, nous sommes absorbés par la masse sonore qui évolue et se déplace autour de nous. Avec un caractère sombre, la pièce évolue sans trop pousser les extrêmes, avec certains moments teintés de légèreté avant de revenir à la même ambiance sombre du début.

Après avoir laissé son violon de côté pendant plusieurs années, Zao Dinel reprend son instrument premier le temps d’une composition acousmatique, I use to play violin. Séparé en trois parties, le début illustre le violon à sa plus simple expression, des enregistrements de violon superposé l’un sur l’autre illustrant les possibilités à l’instrument. La seconde partie représente une répétition où l’interprète s’entête à jouer une partition trop difficile pour son niveau. Cet échange entre lui et l’orchestre imaginatif s’enchaîne sur une dernière section à l’image de la première, où le violon est au centre de l’attention focalisant cette fois-ci sur les pizzicatos au violon.

La pièce intitulée ꙮ, du compositeur Platon Beliaevskin, s’entame sur une section très rythmique avant un moment de rupture où nous chavirons au chaos pur, incluant des cris qui ponctuent la pièce qui tente de revenir à la stabilité rythmique du début, sans réussite. 

Après un court entracte, Reste de Ziryab El Hihi, poursuit le concert. Une structure au centre de la scène avec un vidéo défilant une forêt devant nos yeux, une rupture interrompt ce début de pièce laissant place à un bruit blanc et la structure qui s’anime tranquillement bougeant sous nos yeux, l’aluminium producteur de sons sous ce bruit blanc constant..

Ac Riznar et la pièce Yarning Yearning se construit sur un énorme crescendo prenant de l’ampleur au cours de celle-ci. Tout au long de la pièce, nous avons une impression de déjà vu alors que certains sons reviennent tout en voyageant dans l’espace permis par le dôme de haut-parleur.

Alex Ronald Brisson, de son côté, nomme sa pièce ⅼ┧″⬤⡂. Cette dernière fut certainement une des plus complètes de la soirée. C’est en utilisant la spatialisation offerte à lui qu’il réussit à nous immerger au sein de son univers où, au cours de la pièce, une certaine familiarité s’installe dans les sons perçus malgré l’impossibilité d’identifier de quels sons exactement il s’agit. 

Une vidéomusique, c’est pour cela que Matisse Charbonneau opte avec sa pièce попіл, une pièce où le chaos de la guerre y est illustré, accompagné par une musique ambiante, puis un moment de rupture où le chaos est déchaîné autant sur le plan sonore que visuel.

Jaden Brown et sa composition Mère Michel terminent ce premier concert d’ultrasons. Inspirés de 3 CD’s qui lui sont chers, nous sommes emportés à l’intérieur d’un voyage où nous entendons certaines bribes de cette musique sans pouvoir nécessairement l’identifier clairement.

Les étudiants ont présenté des œuvres de haut niveau dans un concert où le temps s’est déroulé à grande vitesse sous le talent de ceux-ci.

musique du monde

Productions Nuits d’Afrique | Zalam Kao, grand gagnant des Syli d’Or

par Frédéric Cardin


Moi et l’ami Alain Brunet étions jeudi soir à la soirée des Finales des Sylis d’Or 2026, au National. Trois bands étaient en lice : Zalam Kao et leur métissage de latino, groove, hip-hop, Bastin Band et leur efficace dégaine de raï fusion et Tamboréal Samba Bloco avec leur spectaculaire énergie festive et carioca, mêlée de rythmes du nordeste et même de riffs de rock (Smoke on the Water comme un clin d’oeil rigolo dans une des pièces). Le résultat du vote (une combinaison du choix du public et de l’évaluation d’un jury professionnel) a donné la palme d’or à Zalam Kao, l’argent à Tamboréal et le bronze à Bastin Band. 

Moi et l’ami susmentionné sommes pour le moins étonnés de ce classement, car nos oreilles n’ont pas perçu les trois performances de la même manière que le résultat annoncé.

L’exécution de Zalam Kao souffrait de voix sans grande tenue, souvent fausses. Du moins deux des trois, car celle de Mohamed Magri était très solide. Le garçon, il me semble, vient du jazz. En plus d’offrir quelques tours de chant réussis, il jouait aussi du clavier, de la flûte et un cornet piccolo! Il s’agit assurément du musicien le plus accompli du groupe. La guitare, la basse et la batterie étaient corrects, sans avoir dû montrer des habiletés techniques particulièrement exigeantes. L’avantage de Zalam Kao, peut-être, est d’avoir présenté du matériel totalement nouveau. On peut certainement les féliciter, mais il faudra peaufiner plusieurs détails d’interprétation pour aspirer à en faire quelque chose de durable. 

Bastin Band a offert une prestation plus solide dans un National mal sonorisé. La projection manquait de définition des détails et des couleurs. Lors des demi-finales au Balattou, j’ai entendu beaucoup plus de choses. Hier, j’avais l’impression, plus souvent qu’autrement, de recevoir une sorte de grosse bouette phonique. N’empêche que les Algéro-Kebs de Bastin Band ont donné pas mal d’énergie, centrée en grande partie sur des reprises du répertoire, de Sympathy for the Devil en version arabe à Cheb Mami. Plein de trucs qu’on pourra entendre au prochain mariage nord-africain. Pas tellement original, mais ils le font bien. 

C’est la phalange d’une bonne quinzaine de musiciens et musiciennes de Tamboréal qui, à priori, nous avait semblé la plus apte à remporter le grand prix. Essentiellement des percussions de style samba, du genre qu’on entend au Carnaval de Rio ou dans le Nordeste ! Le leader Carlos Enrique Feitosa y a ajouté de la basse et du cavaquinho. Ici encore, le manque d’originalité (il s’agissait essentiellement de samba « classique ») a probablement joué en défaveur du groupe. C’est dommage dans le sens ou c’est lui qui nous est apparu comme celui qui est le plus apte à animer un concert complet, en extérieur ou en intérieur, en satisfaisant des standards de qualité musicale minimaux, et pas seulement un principe de nouveauté à tout prix (ce qui n’enlève rien à notre appréciation de l’originalité, en général). 

Le public et le jury ont fait leur choix. Voyons voir ce que l’avenir en décidera.

Crédit photo : Peter Graham

Antilles / Caraïbes / baroque / musique ancienne / musique traditionnelle d'Afrique australe

Jordi Savall à la Maison symphonique, quête infinie dans l’Ancien et le Nouveau Monde

par Alain Brunet

La Maison symphonique reconnaît les ondes du Catalan Jordi Savall, qui vient régulièrement y proposer ses rencontres historiques entre musique baroque, musique méditerranéenne et aussi celles de tous les continents.

Encore en pleine possession de ses moyens, le musicien proposait samedi un programme modifié par rapport à ses intentions originelles parce que des artistes prévus dans cette production n’avaient pu obtenir de visa.Forcément, le projet s’en est trouvé fragilisé mais pas au point de décevoir le public, qui a acclamé le violiste, chef de choeur et chef d’orchestre,  jusqu’au rappel avec un air très prisé des Nord-Américains, Amazing Grace.

Chant, batailles et danses de l’Ancien et du Nouveau Monde, 1110-1780 fut l’occasion de fondre les chants et danses de l’Afrique et de l’Amérique coloniale, du Pérou à la communauté Xhosa en Afrique méridionale. Ce programme était fondé sur une contre-proposition aux conquêtes occidentales, aux oppressions engendrées et aux inégalités encore criantes entre nations riches et pauvres, entre colonisateurs et colonisés, entre maîtres et esclaves.

Chants d’esclaves,  chants autochtones ou encore blues afro-américain se sont fondus dans le répertoire baroque et ancien, assorti des instruments d’époque comme c’est toujours le cas chez Jordi Savall depuis les débuts de sa carrière.

À défaut de travailler avec les artistes prévus n’ayant pu traverser la frontière, le choeur La Capella Reial ( deux sopranos, deux ténors, un contre-ténor et une basse) et l’ensemble Hespèrion XXI (flûtes, cornet à bouquin, chalemie, sacqueboute, douçaine, violone,théorbe, harpe paraguayenne, percussions, violes de gambe soprano, ténor et basse),   ont accueilli sur scène des artistes des Amériques Neema Bickersteth (Canada), Yannis François (Guadeloupe), sans compter Ada Coronel et Ulises Martinez (Mexique). 

Les chants latino-américains, afro-américans et sud-africains ont ainsi été cousus à l’étoffe catalane, courte-pointe dont seul Jordi Savall a le secret. Les éléments baroques et antiques du programme en ont été le socle, comme c’est habituellement le cas dans ses productions. On aurait aimé l’ajout de percussions africaines ou afro-descendantes dans le contexte, ç’aurait été le cas si les visas des absents avaient été obtenus dans les délais souhaitables.

Le maestro avait prévu 4 parties distinctes : Foi et guerre dans l’Europe médiévale et de la Renaissance, où la polyphonie vocale de la Renaissance est incarnée par le compositeur médiéval Josquin des Prés. La deuxième partie était consacrée au dialogue des cultures dans le Nouveau Monde avec notamment des œuvres de Gaspar Fernandez et illustre la rencontre du conquérant évangélisateur, de ses esclaves africains et des populations autochtones.  La troisième partie illustrait la spiritualité des esclaves et le syncrétisme qui s’ensuivit. Enfin, la dernière portion du programme était consacrée au Codex Trujillo, un répertoire très précieux de musiques recueillies au Pérou à la fin du 18e siècle.

On ne peut conclure à un concert d’exception vu la reconfiguration de ses participant.e.s, ce qui en a un tantinet amoindri la substance, mais plutôt à la continuité créative et fluide d’un maître encore alerte et passionné par son sujet. Univers infini de découverte que celui de Jordi Savall, à qui l’on souhaite encore de longues années de musique.

classique / opéra

UdeM | Soirée aux grands airs

par Jeremy Fortin

Avec une grande confiance et un programme varié, les étudiants de l’atelier d’opéra ont foulé la scène de la salle Claude Champagne, samedi soir à  la salle Claude-Champagne de l’Université de Montréal. Sur près de 2 h, chanteurs et chanteuses se sont présentés à tour de rôle pour y interpréter  différents airs d’opéra à travers les époques, et ce, avec sous différentes configurations.

Outre la performance lyrique en tant que telle, le défi principal pour ses jeunes interprètes se trouve dans leur capacité à nous immerger dans l’univers d’un opéra, le temps d’un air. Parfois, le texte écrit en français ou en anglais contribue à la compréhension,  il reste que le texte est inaccessible pour le fan de nombreux opéras italiens. Dans ce dernier cas, les artistes doivent faire preuve d’un grand jeu d’acteur pour partager les états d’âme de leur personnage.

Parmi les œuvres jouées lors du concert, plusieurs performances ont capté mon attention, commençant par la performance solo de Qingyue Yang dans le rôle de Macduff dans l’opéra Macbeth de Verdi. C’est avec une grande intensité que ce dernier a présenté l’air Ah, la paterna mano.

Le quatuor dans l’acte trois de la Bohème de Puccini, composé de Clotilde Morretti, Cloée Morissette, Qingyue Yang et Philippe Lacaille, a pour sa part su illustrer la complexité de certains d’opéra en ce qui concerne la mise en place de plusieurs voix superposées.

La soprano Kevisha Williams a interprété Glitter and Be Gay tiré de l’opérette Candide du compositeur américain Leonard Bernstein. Dans le rôle de Cunegonde, elle nous a transportés directement dans l’univers du compositeur, et ce avec brio.

Par ailleurs, les prestations de Marie France Eba-Koua dans l’air Signore ascolta de l’opéra Turandot de Puccini, ainsi que celle de Catherine St-Arnaud dans Non, monsieur mon mari de Les mamelles de Tirésias de Francis Poulenc, méritent d’être soulignées pour leur engagement dans leur rôle respectif. Il en va de même pour la performance de Joé Lampron dans la pièce Kuda Kuda de l’opéra Eugene Onegin de Tchaikovsky et pour le duo Cheti cheti immantinente de l’opéra Don Pasquale  de Donizetti, interprété par Philippe Lacaille et Élie Lefebvre-Pellegrino.

Si la deuxième partie du concert était d’un niveau plus élevé, les étudiants de l’atelier d’opéra ont su donner un excellent concert au public de la salle Claude-Champagne.

classique moderne / période romantique

‘’Jeux de couleurs’’ de l’Orchestre métropolitain : on y découvre un chef inspirant, et un bijou de Jacques Hétu

par Frédéric Cardin

Je ne sais pas encore si François Leleux est un bon chef d’orchestre, en règle générale. J’aimerais l’entendre en concert dans, mettons, Beethoven, Brahms, Mahler, Prokofiev ou Chostakovitch. Mais je sais que ce que j’ai entendu hier, du répertoire français manifestement près de son cœur, était excellemment mené et dessiné. Jeux de couleurs, le titre du programme, nous conviait effectivement à un tableau de fines ciselures, de lignes délicates tissées avec soin et de quelques zones de grandeur sonore satisfaisantes. 

En ce qui me concerne, le charme a opéré dès les premières mesures de Ma Mère l’Oye de Ravel. Leleux a créé des atmosphères oniriques, cinématographiques, très réussies avec cette suite charmante basée sur les contes de Perreault. Avec le soutien d’un Orchestre métropolitain (OM) très attentif à la direction studieuse et sensible du chef invité. Les bois ont rayonné et que dire du fameux solo de contrebasson (la ‘’Bête’’ qui s’entretient avec la ‘’Belle’’), avec cette pédale ronronnante à souhait, qui résonnait avec conviction dans la Maison symphonique. Un régal. 

Suivait le moment historique de la soirée, la première interprétation du Triple Concerto du Québécois Jacques Hétu (1938-2010) à Montréal, en fait au monde, après la création, disons, insatisfaisante de 2003 à Lanaudière (à ce sujet, écoutez l’excellente entrevue que m’a accordée Anne Robert, du Trio Hochelaga, qui avait joué l’oeuvre en 2003, et encore hier soir). 

ENTREVUE AVEC ANNE ROBERT À PROPOS DU TRIPLE CONCERTO DE JACQUES HÉTU

N’ayant pas eu l’occasion d’être présent en 2003, c’était donc pour moi une première écoute du concerto. J’ai beaucoup, beaucoup aimé ce que j’ai entendu. Hétu a étudié avec Messiaen et Dutilleux, et c’est ce dernier que j’entendais le plus dans la partition, bien que la personnalité de Hétu y tienne le haut du pavé. Après tout, le Triple Concerto est une œuvre de la maturité du compositeur, en pleine possession de ses moyens et de son langage musical. Son classicisme formel et ses accointances modernistes teintées de romantisme se marient habilement au colorisme contemporain hérité d’une partie de ses études académiques. 

Une force dramatique couve sous la palette sonore et expressive du premier mouvement, elle cherche à s’échapper, mais est maintenue sous contrôle autant par le trio (Anne Robert au violon, Dominique beauséjour-Ostiguy au violoncelle et Dantonio Pisano au piano) que par l’Orchestre. Mais la puissance sous-jacente force la musique à se gonfler d’ardeur, parfois jusqu’à des tuttis orageux, savamment canalisés. Tout cela, toujours, dans une écriture raffinée, pleine de textures et d’échanges stimulants entre les solistes et le grand ensemble. C’est magnifique.

Le deuxième mouvement est un andante habité d’une tendresse teintée d’amertume. Grand maximum dramatique central, comme le sommet de l’ogive, est porté par les cuivres dans une harmonie lumineuse, imposée comme pour un grand choral. Un moment touchant. 

Le troisième mouvement s’amorce dans Andante initial inquiétant, qui laisse place à un allegro piquant dans lequel dialoguent les deux ensembles, avant de conclure, tout de suite après une pause trompeuse, sur un tutti sec et puissant. 

Si ce dernier mouvement ne m’est paru aussi satisfaisant que les deux premiers, je réserve tout de même mon jugement final à de futures écoutes. J’ai néanmoins eu l’impression que nous avions entendu un authentique chef-d’œuvre. 

Le Trio Hochelaga a joué de toutes les couleurs de son apparatus pour insuffler la vie et l’émotion nécessaires à cette musique. L’OM, excellent, a suivi avec flexibilité les indications du chef. François Leleux a donné l’impression de s’être sincèrement investi dans cette partition, et d’en avoir bien maîtrisé les foisonnants détails. Il a démontré du respect envers cette musique québécoise, et il en mérite en retour. Bravo. Maintenant, vite un enregistrement pour que le monde entier puisse en profiter.

La deuxième partie a été lancée par un court et délicat poème symphonique de Mel Bonis, compositrice française de grand talent, du 19e siècle, rejetée par l’histoire musicale comme tant d’autres femmes. Le rêve de Cléopâtre est une partition au croisement du Romantisme et de l’Impressionnisme, un petit voyage de quelque neuf minutes dans des atmosphères voilées, exotiquement séductrices, et avec un haut degré de maîtrise des couleurs orchestrales. Rien de profondément mémorable, cela dit, mais plutôt agréable. 

Les applaudissements n’étaient pas terminés au retour du chef sur scène qu’il lançait la Symphonie de Bizet sur des chapeaux de roue, sans partition. L’OM était prêt, et les ciselures ultra précises des cordes coupaient comme du verre l’espace sonore de la Maison symphonique. Leleux savourait cette musique, jusqu’à danser sur le podium. Une conviction que partageaient l’orchestre, tout aussi bondissant et chirurgical. Les musiciens avaient du plaisir, dont un contrebassiste qui chantait presque en jouant. C’était beau à voir. Notons les superbes solos un peu partout dans la pièce : cors, violon, et le hautbois de Léanne Teran Paul, merveilleux de souplesse lyrique dans l’Adagio, et témoin parfait de l’esthétique orientaliste qui y prévaut, digne du 19e siècle français. Je pense que François Leleux, lui-même hautboÏste d’exception à l’origine, a été impressionné. 

Une soirée qui a montré la valeur du ‘’deuxième’’ orchestre montréalais, et qui nous a donné fortement envie de revoir ce chef sur un podium local. Revenez quand vous voulez M. Leleux.

classique / période classique / période moderne

OSM | La 8e de Beethoven et la 7e de Chostakovitch, contraste réussi et nourrissant

par Alain Brunet

Les contrastes entre les œuvres au programme d’un orchestre symphonique ne sont pas toujours adéquats, mais ceux-ci l’étaient  en ce mercredi 15 avril à la Maison symphonique: la Symphonie no 8 de Beethoven, créée au but du 19e siècle, et la Symphonie no 7 de Chostakovitch, composée 129 ans plus tard. Se nourrir de telles œuvres est une occasion de se remettre dans le contexte historique de leur conception et des formes musicales alors mises de l’avant.

D’abord la première œuvre cette question: comment expliquer la préférence de Ludwig van Beethoven pour sa huitième  symphonie à sa septième, composée durant la même période? 

On sait que la 7e est aujourd’hui la plus prisée, surtout pour le motif de son 2e mouvement. Le côté parodique du troisième mouvement,  joué à la manière  d’un menuet, ne fut peut-être pas pris au sérieux au cours des 2 siècles de diffusion de cette symphonie. Peut-être pour les contrastes stylistiques d’un mouvement à l’autre. Peut-être pour les références trop évidentes à ses prédécesseurs, particulièrement Joseph Haydn.  Peut-être  pour la petitesse de sa taille – un peu moins de 27 minutes. Peut-être à cause de cette sensation de retour en arrière et de sa trop grande propension au romantisme naissant à l’époque de sa conception (1811-1812).

Qu’importe, l’ami Ludwig trouvait sa 8e bien meilleure que sa précédente, avaient rapporté les scribes de l’époque. Mercredi soir, c’était l’occasion d’y réfléchir avec l’OSM dans la face.

Il est vrai que les airs de cette 8e sont moins mémorables que plusieurs autres du répertoire de Beethoven, mais on peut aussi observer que chacun des mouvements ont été construits avec circonspection et maturité. Lors de sa création en 1814, le génie de Beethoven avait été démontré, et le compositeur cherchait à raffiner sa proposition.

Rafael Payare et l’OSM en sont parfaitement conscients et ont offert  une prestation dynamique du premier mouvement Allegro vivace e con brio ainsi que du troisième Allegro vivace. Payare a laissé ses interprètes s’exprimer à souhait dans le premier et le dernier mouvement,  mettant en relief cette dialectique entre des salves orchestrales plutôt violentes, assorties de cuivres et de percussions,  et des répliques gracieuses des cordes et des bois.

Le deuxième mouvement, Allegretto scherzando, est exécuté sur un tempo moyen à la manière d’une fête de cour royale. Les oppositions entre le rythme binaire continu et les punchs qui en brisent la linéarité sont plus fortes que le menuet du 3e mouvement qui donnent probablement cette fausse impression de régression au 18e siècle. Or l’enchaînement est particulièrement brillant entre le 3e et le finale, que d’aucuns qualifient de prodigieux, notamment pour ses brèves incursions dans le système modal des temps anciens (Grèce antique) et ses formidables pétarades en conclusion, ce que Payare et ses collègues maîtrisent à souhait et ravissent quiconque aime Beethove lorsque jaillissent les cuivres, les bois, les percussions et les puissantes marées de cordes.

Et savez-vous quoi? On était présent à la Maison symphonique surtout pour ce qui serait joué à l’entracte : la Symphonie no 7 dite Leningrad de Dmitri Chostakovitch, composée en pleine Seconde Guerre mondiale pendant le siège de Leningrad par l’armée nazie. Le compositeur y habitait alors et fut évacué en 1941 dans une zone moins risquée pour compléter cette œuvre qui se veut une apologie du peuple russe, courageux et déterminé malgré la souffrance extrême engendrée par cette guerre atroce.

Pour l’occasion, Rafael Payare a installé des cornistes, trompettistes et trombonistes (pas tous) au-dessous du buffet d’orgue , surplombant l’orchestre, ce qui avait pour effet de maximiser leur impact dans l’amphithéâtre.

Voilà un orchestre en pleine maîtrise, avec des effectifs beaucoup plus considérables que pour Beethoven vu la modernité de l’approche, très bien préparé à une exécution magistrale d’une durée de 69 minutes, soit plus que le double de la symphonie précédente au programme.

Le premier mouvement Allegretto de plus de 25 minutes dresse la nappe à cette évocation guerrière, amorcée par un thème musclé qui se transforme progressivement en marche militaire (non sans rappeler le Boléro de Ravel) assortie d’un thème récurrent mené par les flûtes, les hautbois et les bassons, puis en marche funèbre dans une atmosphère lourde et pessimiste. Ce qui fascine chez Chostakovitch, c’est sa combinaison idéale de modernité et de continuité historique, ce qui le distingue de la plupart des compositeurs de sa génération soit post-romantiques ou contemporains.

Le second mouvement Moderato (Poco allegretto) est deux fois plus court, plus doux, plus lent.  Il évoque un moment d’accalmie dans la tourmente, avec quelques pointes d’angoisse.

Le troisième mouvement dure une vingtaine de minutes et met en relief une conversation entre cordes et cuivres, au milieu de laquelle explose l’affrontement entre l’envahisseur et la population assiégée. On y explore les basses fréquences et on observe des harmonies souvent construites en cycles de quartes et de quintes. Les cordes enchaînent une mélodie douce et triste, sorte de complainte instrumentale marquée par un regain d’énergie en milieu de parcours.On y ressent une sorte d’angoisse contrôlée, oscillant entre résignation et espoir. Une fois de plus, on contemple le génie de Chostakovitch, capable d’exprimer le spectre entier des émotions humaines.

Le dernier mouvement s’amorce sur un air calme et grave, dominé par les cordes. Les notes aiguës des cordes  brièvement complétées par les bois, puis des notes graves venant des cordes précèdent un air rapide et soudain aux allures de marche, suivi d’une transition dominée par les cordes aiguës, ponctuée par les pizzicati des violoncelles et des contrebasses. On retourne dans un calme grave, lancinant et on retourne aux thèmes antérieurs jusqu’au dernier thème exprimé par la puissance maximale de l’orchestre.

Voilà une expérience à vivre devant des musiciens en chair et en os,  pour quiconque aime profondément la musique, quels que soient leurs goûts.

classique

Meagan Milatz et les musiciens de l’OSM : deux univers opposés

par Pietro Freiburger

Le 10 avril, à la Salle Bourgie, les musiciens de l’OSM ont été rejoints par la pianiste Meagan Milatz pour un concert de musique de chambre. Le programme comprenait de la musique de Haydn et Chostakovitch.

Le concert s’est ouvert avec le Quatuor Op. 77 n° 2 en fa majeur de Haydn, interprété avec raffinement sonore et équilibre structurel. L’excellente articulation et phrasé ont mis en lumière la cohésion entre les musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal, qui ont rendu justice au caractère des différents mouvements avec une grande conscience.

Le concert s’est poursuivi avec Deux pièces de Chostakovitch, un Adagio et un Allegretto, qui représentaient un fort contraste avec l’œuvre précédente. L’Adagio, au nom du drame et de la nostalgie, a une fois de plus mis en avant la qualité du son des musiciens, qui dans l’Allegretto ont fait preuve de brio et d’ironie. Le Quintette op. 57, une œuvre d’une grande complexité, a vu la collaboration de Meagan Milatz.

Après un prélude à la fois discret et intense, la Fugue a été un mouvement écrasant, avec des atmosphères très délicates et des dissonances extrêmes liées par un langage contrapuntique très articulé. Le Scherzo a servi de pont intéressant vers l’Intermezzo, où les musiciens ont captivé le public avec un son magique. La pièce s’est terminée avec le Finale, un mouvement varié caractérisé par l’excellent vibrato des musiciens. Un programme très bien étudié et une interprétation vraiment remarquable de tous les artistes, chaleureusement applaudie par le public dans la salle.

période romantique

Brahms et Beethoven au 9e ciel

par Frédéric Cardin

Deux trios avec clarinette étaient offerts au 9e étage du Centre Eaton hier, à l’heure de l’apéro. La très belle série des concerts HausMusique, organisés par le violoncelliste Cameron Crozman et la pianiste Meagan Milatz, dans le riche environnement Art Déco du 9e étage du Centre Eaton de Montréal, se déploie depuis presque deux ans maintenant. Les concerts durent une heure et les programmes sont toujours invitants, soutenus par des interprètes de qualité.

Hier, l’étage était bien rempli pour l’interprétation d’un trio pour clarinette de jeunesse de Beethoven et d’un autre, un chef-d’œuvre de maturité, de Brahms. Crozman et Milatz ont été rejoints par le clarinettiste canadien James Campbell, une sommité mondiale, et un interprète sensible et aguerri. 

Nous avons été séduit par la pétillance bien articulée du Beethoven, encore imprégné de classicisme haydnien, mais dévoilant par épisodes presque spontanés des velléités expressives qui annoncent la maturité plus dramatique du compositeur. Beaucoup de vivacité chez les trois interprètes, avec un très bon sens de la dynamique et des contrastes expressifs. On a bien savouré la technique cristalline de Meagan Milatz au piano, même si dans une ou deux cascades de notes, l’artiste a peut-être un peu poussé l’urgence du débit au détriment de la netteté attendue. N’empêche, l’intensité du jeu collectif, aspergé de touches d’humour, inhérentes à la volonté du compositeur, a offert de beaux moments de plaisirs mélomanes. 

ÉCOUTEZ L’ENTREVUE AVEC CAMERON CROZMAN AU SUJET DE CES TRIOS ET DE LA SÉRIE HAUSMUSIQUE

Suivait la pièce maîtresse, le Trio pour clarinette op. 114, le premier jalon dans la période dite du ‘’Brahms automnal’’, celle des derniers chefs-d’œuvre initiés par sa rencontre avec le clarinettiste Richard Mühlfeld. Ici, point de bouillonnement effervescent. Nous sommes complètement ailleurs. Les longues lignes langoureuses, imprégnées de spleen saisonnier, certes, mais aussi d’une lumière douce et tendre, nous font penser, comme dans les commentaires de James Campbell, à un novembre frisquet dont on se protège en tirant les rideaux, et en se blottissant au coin du feu avec un breuvage réconfortant. 

Très beaux dialogues entre le violoncelle et la clarinette, Crozman et Campbell y allant d’échanges généreux mais respectueux de l’esprit de la musique. Une grande complicité naturelle se manifeste entre ces interprètes. 

Un inspirant moment de musique, dans la magie d’un lieu unique et enchanteur. 

Le prochain concert de la série HausMusique, et dernier de la saison 25-26, aura lieu le 2 juin. Au programme : Ravel et Debussy. Crozman et Milatz recevront, cette fois, le violon solo de l’OSM, Andrew Wan. 

DÉTAILS ET BILLETS

On vous reparlera de HausMusique lors du dévoilement de la programmation de la saison 26-27. Restez connectés. 

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné