expérimental / contemporain / improvisation libre / jazz contemporain

FIMAV 2026 | أحمد [Ahmed] soulève le débat

par Michel Rondeau

أحمد [Ahmed] : ils sont quatre musiciens du Royaume-Uni, saxo alto, piano, contrebasse, batterie. Après s’être fait un nom avec des reprises à leur manière du contrebassiste méconnu Ahmed Abdul-Malik et avoir enregistré une demi-douzaine de ses titres, voilà que le quatuor s’attaque à l’œuvre de Thelonious Monk pour le passer à sa moulinette, que je vais tenter d’illustrer.

Ils ont commencé par énoncer une partie du thème de la pièce Evidence. Je dis bien une partie. Rapidement, cette bribe – dans laquelle on retrouve un concentré des inflexions de Monk – est pour ainsi dire atomisée, dynamitée et se retrouve pulvérisée en shrapnels, que le saxo se met alors à triturer, à permuter de toutes les façons possibles pendant que le batteur propulse la musique, appuyé par un contrebassiste qui au cours de l’heure qui va suivre ne fera que battre la mesure en pinçant ses cordes et un pianiste qui plaquera tout aussi inlassablement les mêmes notes tout du long.

On se retrouve avec d’une part, un matériau mélodique restreint, lequel sera fouillé et permuté à une cadence trépidante soutenue jusqu’à plus soif pendant que la section rythmique continue imperturbablement à avancer, bien que cela ressemble davantage à du sur-place. Réduit à presque rien le thème de Monk tourbillonne sur lui-même comme des électrons autour de leur noyau ou un papillon de nuit qui tourne obsessivement autour d’une ampoule électrique.

Est-ce en raison de la minceur du matériau musical ? Du fait que le piano et la contrebasse se limitent aux mêmes gestes avec des variations certes, mais infinitésimales ? Toujours est-il qu’au lieu d’être happé par la musique ainsi générée (ce n’était pas la première fois que je m’exposais à la manière [Ahmed]), je reste sur la touche, spectateur, incapable de prendre part à la liesse.

Et je ne suis pas le seul. Interloqué par ma réaction, j’ai sondé un peu le public à la sortie de la salle et j’ai été bien surpris par certains commentaires. Je n’irais pas jusqu’à dire que la salle était divisée sur la question, mais elle était loin d’être unanime.

Supercherie ? Imposture? J’ai beau ne pas y prendre plaisir, il y en a un joli paquet qui ont raffolé. Chose certaine, cette approche suscite des réactions et, ne serait-ce que pour cette seule raison, mérite qu’on s’y attarde en écoutant avec attention l’ensemble de la démarche.

Quelques mots en terminant sur la performance du pianiste d’Ahmed, Pat Thomas, qui s’est produit la veille en solo:

Pat Thomas fait partie de ces musiciens plus ou moins autodidactes ayant développé un monde sonore bien à eux, avec une patte, une griffe, mais aussi une fraîcheur par l’absence de prétention et une volonté constante d’exploration ludique. Avec une gestuelle tantôt tachiste, tantôt échevelée, mais toujours tournée vers l’avant, des surprises à chaque tournant.

L’exercice du récital de piano de musique improvisée en solo est un exercice périlleux puisqu’il s’accompli sans filet. Généralement, ce sont les musiciens qui s’y livrent à fond qui s’en tirent le mieux. Et dans le cas de Pat Thomas, on retrouve à la clé, une sincérité, une transparence qui font oublier un côté parfois un peu pataud de son art brut.

expérimental / contemporain / improvisation libre / jazz contemporain

FIMAV 2026 | Yves Charuest à la rencontre d’éminents collègues britanniques

par Michel Rondeau

Respectivement saxo alto, contrebassiste et batteur, Yves Charuest, John Edwards et Mark Sanders (Québec – Royaume-Uni) sont de vieux routiers de la musique improvisée. Avec eux, on sait que nos oreilles sont entre bonnes mains et qu’on ne s’ennuiera pas tant ils semblent avoir conservé, malgré leur longue feuille de route, le même enthousiasme et la même énergie que du temps de leur prime jeunesse.

Ce qui ne manque jamais de fasciner lorsqu’on assiste à des concerts de musiciens de ce calibre, c’est les trésors d’ingéniosité et d’inventivité dont ils sont capables. Parfois on a l’impression que leur processus de composition fonctionne comme un moteur à explosion, une nouvelle idée étant invariablement suivie par une autre, puis une autre, nous entraînant sans cesse dans de nouveaux tourbillons, de nouvelles constructions. D’autant qu’Edwards prend un malin plaisir à jalonner le parcours de ruptures et d’accidents de toutes sortes pour mieux relancer ses comparses sur une nouvelle voie dans laquelle s’engouffrer pour aussitôt bifurquer dans une tout autre.

Et ça se bouscule, ça revole, ça part en vrille, ça dégringole… sans relâche. Ces gars-là, quand ils font de la musique ensemble, ils ont la pèche, et pas à peu près, et ce plaisir qu’ils prennent à jouer, il est contagieux.

crédit photo: Martin Morissette

improvisation libre / jazz contemporain

FIMAV 2026 | Queen Mab, renouvellement des vœux

par Michel Rondeau

Queen Mab (Québec, Ontario): deux vieilles copines en conversation, 40 ans après s’être produites pour une première fois devant public. Ça placote, ça ergote, ça jase. Elles s’emportent parfois, argumentent, commentent. À des plages éparses en succèdent d’autres plus denses. La clarinette parle d’abondance pendant que le piano tranche, campe, baigne d’un éclairage théâtral. De temps à autre, au terme d’une envolée ou d’une bousculade, une plage de silence, un silence porteur, garant de la suite, s’installe, entièrement respecté par les auditeurs, puis s’épaissit avant de glisser, chassé par un nouvel assaut incantatoire, une autre page de dialogue avec les étoiles.

Tout ça s’enchaîne et s’enroule et se dévide, se renverse et se projette en l’air avant de retomber sur ses pattes pour mieux disparaître en s’évanouissant dans le noir des tentures de velours du cabaret.

expérimental / contemporain / improvisation libre

FIMAV 2026 | John Oswald et Plunderphonics… jeu d’impro à plunder-peaufiner

par Michel Rondeau

Trois soirs de suite, John Oswald nous a convié à un jeu musical. Une bande sonore composée d’une douzaine d’extraits de chansons connues (autant en français qu’en anglais) allant de Blue Suede Shoes de Carl Perkins chanté par Elvis à Céline Dion interprétant avec sa vigueur caractéristique All By Myself (eh oui, cette chanson qui emprunte un motif mélodique au Concerto pour piano n° 2 de Rachmaninov) en passant par Tino Rossi et son insubmersible J’attendrai, Goldfinger entonné puissamment par Shirley Bassey ou le What a Wonderful World de Louis Armstrong.

Des modifications ont été apportées à cette trame chaque soir, bien que plusieurs titres sont revenus au programme du jeu. Pour les besoins de l’exercice, trois quatuors ad hoc ont été constitués. Le premier comprenait le contrebassiste Pablo Jiménez, le violoniste Joshua Zubot, la violoncelliste Peggy Lee et Ben Grossman et sa vielle à roue, le second, la saxophoniste ténor Sakina Abdou, le percussionniste Toma Gouband, la violoniste Adrianne-Munden Dixon et la pianiste Marilyn Lerner, le troisième, la tubiste Julie Houle, la harpiste Sarah Pagé, le contrebassiste John Edwards et le guitariste Eric Chenaux.

Chaque formation prenait connaissance de la trame en même temps que le public et faisait de son mieux pour « accompagner » les extraits qui se succédaient, c’était là la règle du jeu, mais peut-être aurait-il été préférable qu’elle puisse le faire un peu à l’avance, histoire de se préparer un brin, les musiciens semblaient en effet souvent désarmés et avaient du mal à jouer le jeu. N’empêche qu’au milieu de la mêlée musicale, assez débridé, merci, fusaient parfois des passages qui se tenaient.

Le déroulement suivait chaque soir le même rythme cahin-caha du brouillon aux brèves éclaircies cohérentes et tout ça baignait dans une ambiance de joyeuse kermesse. Le hic, c’est que l’effet de surprise, important, cesse rapidement de jouer, d’autant que d’un soir à l’autre, la trame varie assez peu. Une préparation supplémentaire au jeu serait peut-être indiquée si John Oswald veut l’imposer à plus long terme.

Crédit photo (vendredi soir) : Martin Morissette

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expérimental / contemporain / improvisation libre / jazz contemporain

FIMAV 2026 | Hammer, Roll and Leaf, équilbre idéal, satisfaction totale et intégrale

par Alain Brunet

Vendredi soir au FIMAV, satisfaction totale et intégrale pour le concert en trio de la saxophoniste (alto et ténor) Sakina Abdou (France), la pianiste Marta Warelis (Pologne) et le percussionniste Toma Goumand (France). Satisfaction totale pour l’équilibre entre les référents et leurs débordements contemporains, entre les traditions du jazz et de la musique improvisée modernes.

Ce trio européen Hammer, Roll and Leaf nous a fait traverser une heure bien tassée de musiques à la fois cohérentes et ouvertes à l’aléatoire.

Chacun de ces artistes s’y est démarqué par une démarche qui lui est propre, qu’il s’agisse des motifs virtuoses et l’articulation exemplaire de la pianiste (notamment ses grappes de notes déclenchées par des mains rapprochées sur les ivoires), des phrases imaginées par la saxophoniste ou encore du soutien absolument organique des percussions – avec ajouts de petites pierres et autres branches d’arbrisseau pour en étendre le vocabulaire.

On ne peut conclure à une proposition unique dans sa facture d’ensemble (ce qui n’est aucunement une obligation) mais à une communication exemplaire entre ces trois artistes, et ce à tous les niveaux d’intensité au programme. Voilà ce qu’on peut nommer symbiose sans exagération.

Crédit photo : Martin Morissettte

jazz / jazz contemporain / musique contemporaine

FIMAV 2026 | Darius Jones Fluxkit Vancouver: pleine félicité

par Michel Rondeau

On a eu la chance d’entendre d’abord séparément les deux formations ici réunies, le trio du saxo alto Darius Jones et l’ensemble Josh Zubot Strings, un quintette à cordes (seuls le contrebassiste du trio et l’altiste du quintette manquent), de les entendre séparément donc et de pouvoir les apprécier dans toute la vigueur de leurs visions respectives, pour bien mesurer le bon dosage de l’assemblage.

Darius Jones et son programme Fluxkit Vancouver (États-Unis, Colombie-Britannique) allient effectivement toutes les qualités de l’un et l’autre sont au rendez-vous, il y a juste la façon dont elles sont distribuées et s’illustrent successivement dans le cours du déroulement qui change. Les compositions sont encore solides, leur agencement en suite construit une trame solide, le jeu des cordes, du batteur et du souffleur sont à l’avenant.

Le festivalier nage en pleine félicité.

improvisation libre / jazz contemporain / jazz moderne

FIMAV 2026 | Darius Jones : trio d’exception, concert d’exception

par Michel Rondeau

Saxophoniste alto, Darius Jones est un musicien exceptionnel, mais comme il n’est pas du genre à faire de l’épate ou à chercher à impressionner par quelque prouesse acrobatique, il faut l’écouter attentivement pour s’en rendre compte. La matière de l’albun Legend of E’Boi (The Hypervigilant Eye) avait mis la puce à l’oreille, sa résultante en fut magnifiée.

En cette première soirée du 42e FIMAV, on réalisait rapidement la profondeur de son jeu – tant sur le plan de ses compositions, aux racines profondes, que sur celui de l’articulation – qui, juste à ses différentes façons de faire vibrer son instrument, porte en lui toute l’histoire du jazz, de Sidney Bechet à Albert Ayler. Mais le plus beau, c’est que cet héritage, il lui donne vie sans jamais se livrer à des débordements, à de l’exagération, de la caricature.

Darius n’a pas besoin de mettre ses tripes sur la table pour nous communiquer ce qu’il ressent, il garde toujours une retenue, une part d’intériorité. Il se présente sensible et vulnérable, mais conserve toute sa verticalité d’homme face aux tourments existentiels et affectifs. L’assentiment avec son univers a aussi quelque chose d’apaisant tant son jeu est droit, vrai et sa musique franche et sentie, dépouillée de tout trucage ou gimmick.

Ses musiciens, le batteur Gerald Cleaver et le contrebassiste Chris Lightcap, font preuve de la même retenue, mais aussi d’une grande agilité qu’ils mettent au service des pièces selon ce dont elles ont exactement besoin, une charge propulsive ici, une ambiance feutrée là… pour leur donner tout leur sens et leur charge.

bruitiste / expérimental / contemporain / improvisation libre / jazz contemporain / musique contemporaine

FIMAV 2026 | Josh Zubot Strings: maximum pertinence, maximum ravissement

par Alain Brunet

Dans son programme, le FIMA qualifiait d’éblouissant quintette à cordes de la côte Ouest, au service de la musique du violoniste Joshua Zubot, dont la suite en création mondiale était une commande du FIMAV. Inutile d’ajouter que Josh Zubot avait pris la commande très au sérieux, car nous avons eu droit au concentré idéal de sa science.

Ex résidant et musicien très actif de MTL de retour en Colombie Britannique d’où il provient, Josh Zubot était entouré vendredi de son frangin Jesse, violoniste dont la réputation n’est plus à faire puisqu’il fut notamment un pilier de la propulsion internationale de la grande artiste inuite Tanya Tagaq, mais aussi de la renommée violoncelliste Peggy Lee, du contrebassiste James Meger et de l’altiste Meredith Bates.

Cette suite était si fraîche qu’elle n’avait pas encore de titre. Une première écoute nous permettait d’en contempler la cohésion, l’inspiration et la pertinence. Josh Zubot regardait le plancher en nous offrant une intro télégraphique de THAT , en attendant de lui trouver un titre.

Ce que j’admire personnellement chez Josh Zubot, c’est vraiment l’équilibre atteint entre haute virtuosité, maîtrise de plusieurs référents musicaux, jazz contemporain, classique contemporain, bruitisme, onomatopées, blues, rock et autres folklores, soit un lexique complet et dynamique mais distinct du vaste corpus des musiques actuelles. 

Le tout était servi sur différents tempos, différents axes de communication entre instruments, différents moments stylistiques, différents degrés de douceur ou de violence, bref un concentré probant de l’existence humaine exprimé par un compositeur ayant atteint la pleine maturité.

Je ne connaissais pas ces qualités de Josh Zubot, que j’ai vu jouer à maintes reprises lorsqu’il vivait à Montréal, je ne m’attendais pas à une telle qualité d’écriture et une telle exigence pour ses interprètes plus qu’aguerris. Sauf l’altiste, cet ensemble aura brillé le lendemain samedi aux côtés de Darius Jones dont il aura marqué la musique de chambre de par sa propre identité et la grande qualité de leur jeu individuel ou collectif. Vivement l’album de ce quintette à cordes et les concerts à suivre partout où les mélomanes sont enclins à de telles propositions.

crédit photo: Martin Morissette

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électro / house / techno

Palomosa 2026: Doss sait fédérer son monde 

par Helena Palmer

Même si Palomosa s’adresse indéniablement à ceux qui sont branchés en permanence sur le neuf, le set de Doss donnait vraiment l’impression qu’elle rassemblait les gens, qu’elle les ramenait à la vie réelle, à des émotions authentiques. Elle a joué plus tard dans la soirée, et à ce moment-là, l’alcool et tout le reste avaient fait leur effet : les gens se mêlaient dans la foule, dansaient avec des inconnus, se partageaient des cigarettes. C’était une nuit chaleureuse, rendue encore plus chaleureuse par tous ces corps en mouvement.

Son set était composé de musique de club et de fête, mêlée à ses propres chansons, dont ma préférée, « Look ».

Le moment fort du set a été lorsqu’elle a joué Music de Madonna. Des centaines de personnes dansaient au rythme de la voix de Madonna qui s’élevait au-dessus d’un beat 4/4 aux basses puissantes, chantant « music makes the people come together ». Et c’était littéralement le cas. Même si la musique de club est répétitive et simpliste, il y a quelque chose de si pur et sincère dans la façon dont on y réagit.

Si tu te sens fatigué ou triste, va danser sur du Doss, et tu es sûr d’oublier tout ça.

électronique / house

Palomosa 2026: MGMT n’apporte rien de neuf

par Helena Palmer

Quand on voit un groupe qu’on adore faire un set de DJ, c’est qu’on ne veut probablement pas le voir faire un set de DJ.

Je suis une fan de MGMT depuis plus de dix ans ; les avoir vus en concert il y a dix ans m’avait profondément émue, et je considère toujours ce concert comme l’un des meilleurs auxquels j’ai assisté. Je sais que les artistes ont le droit d’évoluer et de se lancer dans de nouvelles activités, mais je ne comprends pas pourquoi Palomosa ou les artistes eux-mêmes insistent pour que des artistes géniaux fassent des sets de DJ plutôt que des concerts.

C’est peut-être juste moi et mes préférences personnelles, mais je maintiens que tout le monde n’a pas besoin d’être DJ.

Est-ce que j’ai dansé ? Bien sûr. Mais il n’y avait rien de particulièrement remarquable dans la musique qu’ils faisaient jouer. Je n’ai pas pu m’y perdre comme je l’avais fait lors des précédents concerts auxquels j’avais assisté.

Je sais que tout le concept de MGMT, c’est qu’ils ont en quelque sorte commencé comme une blague, en créant une musique incroyable voilée sous une ironie persistante. Ils ont connu le succès dans les années 2010 et la musique qu’ils ont jouée hier soir avait effectivement un petit côté LMFAO -je ne sais pas s’ils ont vraiment joué du LMFAO, mais vous voyez ce que je veux dire. Peut-être qu’ils faisaient quelque chose d’ironique ou qu’ils cherchaient à créer une ambiance que je n’ai tout simplement pas « comprise ». Quoi qu’il en soit, ça a été pour moi une fin de soirée un peu décevante.

Crédit photo: BIGLAUR Photographie

Palomosa 2026 | On s’échauffe avec Cirque Cosmic, Chippy Nonstop, X-Coast

par Z Neto Vinheiras

Jeudi dernier, le 14, marquait le coup d’envoi du festival Palomosa, qui se déroule au parc Jean-Drapeau jusqu’à samedi. La programmation réduite a attiré une foule fidèle de jeunes de la génération Z, pleins d’entrain, prêts à se laisser emporter par les rêveries des premières heures et de l’after. Cirque Cosmic ouvre le bal à la Banque Nationale – j’aurais juste aimé qu’il fasse plus sombre et qu’il soit plus tard ; un échauffement qui méritait un échauffement. Alliant continuité et élan grâce à des lignes de basse ancrées et aux charmes de l’EDM, c’est un véritable avant-goût pour démarrer la soirée.

La relève est assurée par Chippy Nonstop, un peu plus rapide, un peu plus intense et extrêmement éclectique, brouillant les frontières entre house, pop, ambient, dub et bass. La foule passe d’une ambiance dansante et souple à une énergie sautillante et rebondissante. Le seul bémol de cette première journée est qu’elle se déroule pratiquement tout le temps au même endroit. Pour ceux qui aiment se déplacer et vivre l’expérience de près comme de loin, Palomosa est un bon compromis en ce sens : au cœur du parc Jean-Drapeau et lors d’une première journée où l’entrée au festival se fait assez rapidement sans file d’attente, on peut facilement se promener à pied ou à vélo dans le parc tout en restant dans la rêverie ; les basses fréquences qui traversent les collines verdoyantes et humides rendent l’expérience mystique et digne d’histoires avec ce paysage sonore.

carnatique / électronique / expérimental / contemporain / free jazz / improvisation libre

FIMAV 2026 | Amirtha Kidambi: musiques séduisantes, prolixité militante

par Alain Brunet

À n’en point douter, Amirtha Kidambi est une chanteuse aguerrie et une authentique leader. Sa prestation de jeudi au FIMAV nous l’a confirmé, quoique… Sa voix de contralto fesse dans l’dash, se fond simultanément dans un maëlstrom contrôlé d’harmonium (vu la culture carnatique d’Amirtha, dont les parents sont tamouls, originaires de l’Inde méridionale), synthétiseurs et effets (le groupe au complet), saxophones (Alfredo Colon, soprano, Matt Nelson, ténor), contrebasse (Lester St.Louis) et batterie (Jazon Nazary).

Les ingrédients de cette musique sous la bannière Elder Ones, principal véhicule de Kidambi, constituent un mélange typique du jazz d’avant-garde, singularisé par l’usage du bourdon de l’harmonium comme on l’observe souvent dans la musique classique indienne, bourdon imbriqué dans le groove collectif.

Les ingrédients de la lasagne sont tous savoureux, chaque artiste ici concourt à une œuvre improvisée : la voix n’est pas que chantée, elle est aussi fournie d’onomatopées et de vraies trouvailles texturales, telle est aussi la démarche des collègues de la chanteuse. Ainsi on construit pour chaque pièce un groove sur un patron rythmique relativement linéaire, assortie de thèmes mélodiques et d’explorations typiques du free-jazz pour chacun des instrumentistes.

L’énergie est contagieuse, mais la proposition devient un tantinet linéaire une fois qu’on en a identifié les tenants et aboutissants.

Cette énergie aurait été plus contagieuse si la chanteuse américaine, authentique militante de gauche dont l’art est intimement lié à son engagement politique, ne nous avait pas servi d’aussi longs discours politiques sur des enjeux qui faisaient déjà consensus dans la salle. Non pas qu’il faille réprouver cette posture anti-colonialiste, anti-suprémaciste, ainsi-ICE, anti-ultrariches, anti-Trump et plus encore, mais un tel concert n’a pas besoin d’aussi longues diatribes pour que passe le message. Malheureusement, c’était visiblement too much pour plusieurs festivaliers parce que ça freinait l’élan musical de cette rencontre avec le public. Mais bon, on ne peut conclure à un mauvais concert pour autant, vu la qualité des protagonistes et la justesse du propos.

Crédit photo: Martin Morissette

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