Vans Warped Tour Montreal: Joyce Manor — Bien éveillé à la fin de l’été
par Lyle Hendriks
Depuis près de deux décennies, le groupe punk californien Joyce Manor a accompagné d’innombrables virées en voiture sous le coup de la rage après une rupture, des nuits désespérées passées à boire seul et des beuveries par dépit chez les emos de tous âges. Alors, lorsque ce groupe autrefois frénétique, connu pour son énergie irrévérencieuse et juvénile, a annoncé son retour après une pause de quatre ans, ses membres ayant désormais la trentaine bien entamée, beaucoup se sont demandé s’ils reviendraient adoucis, calmes, fatigués et en état de gueule de bois permanente, comme tant de groupes punk des années 2000.
Heureusement, après avoir vu Joyce Manor au Warped Tour 2026 de Montréal, je peux affirmer que ce n’est pas le cas.
Malgré un créneau peu flatteur vers 14 heures, le chanteur Barry Johnson et son groupe ont apporté une énergie intense et concentrée à leur concert de vendredi. Ils ont enchaîné à un rythme effréné des morceaux récents et anciens (mais surtout anciens, pour le plus grand plaisir de la plupart des spectateurs), en passant par les titres phares de leur discographie tels que Heart Tattoo, Falling in Love Again et Constant Headache.
Des morceaux tirés de leur nouvel album, I Used to Go to This Bar (2026, Epitaph Records), ont également été glissés au programme, et ils sont tout aussi entraînants. Mais à ce stade, le trio originaire de Torrance doit bien savoir à quel point son répertoire est précieux pour ses fans. Chaque morceau familier a fait mouche, la voix rauque mais maîtrisée de Johnson me donnant la chair de poule et faisant jaillir en moi une soudaine vague d’angoisse, tout comme lors de ces nuits d’adolescence où je me défonçais et écoutais Catalina Fight Song en boucle.
Malgré le ton sombre et désespéré de la musique de Joyce Manor, le groupe semble à l’aise, sûr de lui et reconnaissant d’être là. Contrairement à certains artistes, qui semblent regarder par-dessus la tête de leur public en imaginant le plateau de fruits qui les attend dans leur loge, Joyce Manor nous a regardés droit dans les yeux, dégageant une force humble qui n’a fait que nous captiver davantage.
Vans Warped Tour Montreal: The Red Jumpsuit Apparatus
par Stephan Boissonneault
Alors que, pour entrer au Vans Warped Tour, j’attendais aux côtés de ce qui semblaient être des centaines d’autres personnalités, journalistes, etc. — par une journée absolument caniculaire, je tiens à le préciser — le groupe punk emo post-hardcore originaire de Floride, The Red Jumpsuit Apparatus, s’est lancé dans la seule chanson que j’espérais entendre en live, « In Fate’s Hands », le premier titre de Don’t You Fake It — un album qui m’avait aidé à traverser des moments difficiles et angoissants au collège, à l’époque où je portais des sweats à capuche avec des trous pour les pouces et où je caressais l’idée de me taillader…
Pourtant, 20 ans plus tard, In Fate’s Hand sonnait exactement comme sur l’album de 2006, même si je l’entendais de loin. Quand je suis enfin arrivé au festival et que je me suis dirigé vers la scène principale Off The Wall, la foule était déjà importante, même s’il n’était que 12 h 30 — sans doute l’heure la plus tôt à laquelle je sois jamais arrivé pour un concert de festival. Même si les voix gutturales et agressives (un aspect que j’adorais en live) sont assurées par K Enagonio, un nouveau membre, elles s’intègrent parfaitement au groupe, avec ses tatouages sur la poitrine et ses cheveux roux flamboyants. Pendant Face Down, le tube incontesté du groupe, ces musiciens ont su marier à la perfection les passages screamo avec la voix douce de Robbie Winter. La foule était en délire, tout comme moi. J’aurais aimé que le concert dure plus longtemps, mais je n’aurais pas pu rêver d’une meilleure ouverture pour mon Warped Tour.
Vans Warped Tour Montreal: Concrete Vehicles, c’est de la pure violence sur scène
par Stephan Boissonneault
Je suis sans aucun doute en retard sur le sujet, comme beaucoup d’autres sans doute lors du Vans Warped Tour, mais Concrete Vehicles s’appelait autrefois Computer. Il s’agit toujours du même groupe post-punk bruyant de sept musiciens originaire de Vancouver, dont le premier album fulgurant, Station On The Hill, est sorti il y a près d’un an chez Dine Alone Records. Leur nouveau nom est tiré du deuxième morceau déchaîné de l’album, qui porte le même titre.
Je m’attendais à ce que ce concert fasse salle comble. Concrete Vehicles (anciennement Computer) a bénéficié d’une très bonne couverture médiatique internationale et était partout l’année dernière, partant en tournée avec les nouveaux guerriers du post-hardcore de Vancouver signés chez Sub Pop, Piss.
Or, Concrete Vehicles a joué vers 13 h pendant le Vans Warped Tour, devant un stationnement presque désert. Bon, il y avait sans doute une centaine de personnes au total, éparpillées dans la foule lors de ce concert chaotique. Mais grâce à l’énergie frénétique et canalisée du groupe, cela n’avait aucune importance. Ils ont joué fort, vite et avec puissance, comme s’ils se trouvaient devant une salle remplie de milliers de personnes. Le saxophoniste était à peine audible, mais bon sang, quel plaisir de le regarder ! Quant au claviériste, il arrachait son clavier de son support, les câbles pendants, et courait partout sur scène.
Le chanteur et guitariste rythmique, Ben Lock, maniait une guitare qui bourdonnait sans cesse, les cordes pendantes au niveau de la tête, tout en se déchaînant comme un singe. À un moment donné, il s’est mis à lancer le pied de micro en l’air et à le rattraper.
Je m’attendais presque à ce que le reste du groupe se mette à détruire ses amplis ou ses instruments pendant Weird New Vocation. De la pure violence scénique. Dès qu’ils reviendront pour donner un concert devant un public nombreux, vous pouvez être sûrs que je serai dans la fosse.
Vans Warped Tour Montreal: Bearings a fait vibrer la scène Ghost au rythme du pop-punk
par Stephan Boissonneault
Il n’y a rien de mieux que de se déchaîner devant un groupe de skate pop punk en 2026. Du moins, c’est ce que j’ai vécu au Vans Warped Tour depuis la terrasse VIP surplombant la scène Ghost. Bearings existe depuis une dizaine d’années, mais c’était pour moi – et pour une grande partie du public – la première fois que je découvrais ces punks d’Ottawa au style brut. Même s’il y avait bien quelques fans inconditionnels collés contre la barrière, qui chantaient toutes les paroles à tue-tête. Le groupe m’a rappelé les débuts de PUP, et je ne dis pas ça à la légère. J’adorais PUP à l’époque.
Mais Bearings possède ce son pop-punk de stade, net, précis et perfectionné, qui se digère facilement à plein volume. Les entendre et les voir enchaîner à fond leurs anciens morceaux et ceux de leur album de l’année dernière, Comfort Company, c’était le bonheur punk à l’état pur.
J’ai eu l’impression de vivre une véritable expérience du Warped Tour, ou du moins telle que je me l’imaginais : le groupe bondissant sur scène avec une fougue débridée tandis que des vidéos de skate, aux teintes sépia typiques des cassettes VHS, défilait sur l’écran de fond. C’est l’essence même du Warped Tour. La seule chose qui aurait pu bonifier ce moment, c’est d’avoir un autre half-pipe (le seul se trouvait devant la scène principale). Honnêtement, si le Warped Tour continue, ces vieux groupes nostalgiques finiront par s’effacer, mais des groupes un peu plus récents comme Bearings seront prêts à connaître leur heure de gloire.
Vans Warped Tour Montreal: Bowling For Soup est le meilleur groupe de tous les temps
par Stephan Boissonneault
« Mesdames et messieurs, applaudissez-nous, Bowling For Soup, le meilleur groupe du monde. » C’est ainsi que s’est exclamé Jaret Reddick, chanteur-guitariste et seul membre fondateur de ce groupe texan, dont les débuts remontent à 1994.
Je n’aurais jamais pensé voir un jour en concert ce groupe hilarant de pop-punk. À l’époque où je faisais du skate, leur musique passait toujours en fond sonore. En général, c’était « 1985 » et « Next-Ex Girlfriend », qu’ils ont d’ailleurs toutes deux jouées sur scène. Vous devinez sans doute laquelle a été jouée en dernier. Non, c’était une setlist fantastique, remplie de tubes issus de plus de 30 ans de carrière, tirés d’albums comme *A Hangover You Don’t Deserve*, *Drunk Enough to Dance* et *The Great Burrito Extortion Case* (qui est peut-être l’un des meilleurs titres d’album dont je me souvienne.)
Mais ce qui rend ce concert si mémorable, c’est leur présence scénique. Reddick est toujours un vrai clown, peut-être même plus encore à 54 ans, avec ses blagues de papa incessantes et ses plaisanteries sur scène. Il n’arrête pas de se moquer du public, interrompant une chanson en plein milieu pour la « première et unique séance photo de Bowling for Soup », avant de se relancer dans High School Never Ends. « Mesdames et messieurs, cette chanson parle du Texas. Elle s’intitule Ohio ! »
On a entendu deux morceaux plus récents – du moins pour moi, qui n’avais pas pensé à Bowling For Soup depuis un moment. Il s’agissait de Getting Old Sucks (But Everybody’s Doing It) , dont les paroles disent en substance: « T’as eu une crise cardiaque, moi j’ai deux genoux en compote / On veut pas vivre éternellement / C’est quoi ce bordel, TikTok ? » Et un morceau acoustique un peu gênant et trop explicite, Turbulence, qui traite de la santé mentale. Ça a un peu cassé l’ambiance pop-punk festive, mais Bowling For Soup a redressé la barre avec Punk Rock 101, une reprise géniale de Teenage Dirtbag, et bien sûr, 1985, une autre reprise que tout le monde croit écrite par Bowling For Soup.
« Je veux que vous vous déchaîniez tous comme si c’était Simple Plan qui chantait Perfect, a hurlé Reddick.
Ce n’était pas la dernière fois qu’on allait le voir. Il a fait une apparition pendant le concert déjanté de Simple Plan sur la scène principale quelques heures plus tard. Pour vraiment en saisir toute la grandeur, ce concert de Bowling For Soup fut en quelque sorte un moment où « il fallait être là ».
L’OSM au BIG O, un cinquantenaire pop symphonique
par Alain Brunet
Ce 12 août sous un ciel clément, le cinquantenaire du Stade olympique de Montréal, notre mal-aimé Big O, coïncidait avec les perséides, l’éclipse solaire partielle et ce concert annuel donné par l ‘Orchestre symphonique de Montréal, sur l’Esplanade du Parc olympique, soit au pied de l’imposante structure en cours de rénovation et dont on espère une acoustique acceptable – ce qui ne fut aucunement le cas pendant 5 décennies d’activités sportives et culturelles.
On y a évoqué la construction du stade, la longue présence des Expos jusqu’à leur déménagement, Diane Dufresne et sa Magie rose de 1984, les concerts de U2 , Rolling Stones et Pink Floyd venus à quelques reprises. On s’est aussi souvenu des méga-shows de Madonna, George Michael, Aïda de Verdi avec décors grandioses (ou grandiloquents, c’est selon), David Bowie, George Michael, Michael Jackson, Genesis ou même l’OSM sous la direction de Vic Vogel à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de 1976. On a omis notamment le passage de Bruce Springsteen, Sting, Peter Gabriel ou encore l’émeute vécue au concert de Metallica / Guns N’Roses en 1992.
J’ai moi-même couvert une majorité de ces concerts pour La Presse, j’y ai pris beaucoup de plaisir tout en tentant d’en minimiser les grandes frustrations acoustiques, car le Big O fut considérée comme une immense et déplorable chambre d’écho, carence conceptuelle de son architecte Roger Taillibert. Insistons: la réfection annoncée du mobilier intérieur du Stade sera impardonnable si on ne règle pas cet irritant majeur.
Après avoir reçu la plus haute distinction de Montréal par notre mairesse Soraya Martinez Ferrada, Rafael Payare a rejoint son pupitre.
Première œuvre au programme, l’Ouverture festive de Dmitri Chostakovitch fut créée en 1954 pour le Bolshoi, dans le contexte du 37e anniversaire de la Révolution d’Octobre, soit une année après la mort de Staline avec qui il eut une relation pour le moins complexe. Dans cette pièce, le grand compositeur russe continuait de déjouer les diktats de l’autorité soviétique en y mêlant les évidences symphoniques à une écriture audacieuse et virtuose pour les cordes et une section de cuivres disposée à l’avant-plan – 4 cors, 3 trompettes, 3 trombones.
S’ensuivit un texte évoquant la construction et la vie de notre Stade quinquagénaire par la comédienne Sophie Cadieux, sur fond de John Adams, soit A Final Shaking, 4e mouvement de Shaker Loops, une œuvre créée en 1978, à l’origine pour un septuor et adaptée par la suite dans un contexte symphonique. Force est de constater que la narration a largement dominé la musique, comme prévu on l’imagine.
J’avais 17 ans lorsque j’ai visionné à la télé la cérémonie d’ouverture des JO de 1976, c’était la première fois de ma vie que j’écoutais la musique d’André Mathieu (1929-1968), prodige pianistique et compositeur peu prisé à son époque, dont les extraits avaient été ficelés sous l’impulsion de Vic Vogel (1935-1919), incontournable jazzman montréalais et aussi voisin d’André Mathieu dans les années 60. Je ne me souviens pas exactement de la facture des arrangements de l’époque alors exécutés par l’OSM sous la direction de notre regretté Vic, les arrangements d’Alexandre David en ont probablement musclé le rythme, le tout suivi de Daphnis et Chloé, Suite orchestrale n°2 de Maurice Ravel, un compositeur très prisé par les jazzmen.
On imagine mal le très doué Alexandre David, ex-musicien métal reconverti à la composition contemporaine, arranger une valse de Johann Strauss, Frühlingsstimmen, généralement destinés aux bals du Nouvel An et aux patineurs. Encore une fois, on a observé une rythmique plus prononcée, attitude quasi pop rock… et pourquoi pas!? Cette fameuse valse de Strauss fut « mashuppée » avec Take Me Out to the Ballgame (Jack Norworth /Albert Von Tilzer), hymne absolu des fans de baseball depuis 1908, le tout entonné par des choristes coiffés de la casquette des Expos au plus grand plaisir du vaste public réuni sur l’Esplanade.
Arrangés par Hugo Bégin, les grands succès pop-rock du Stade constituaient un pot-pourri des mégatubes joués alors : Sunday Bloody Sunday de U2 (qui n’était pas au centre des programmes joués par le band irlandais, on se souvient plutôt des titres tirés des albums Achtung Baby et The Joshua Tree), Faith de George Michael, Vogue de Madonna, Billie Jean de Michael Jackson (venu au Stade en 1984 avec les Jackson Five et non pour sa première tournée solo), Let’s Dance de David Bowie, Money de Pink Floyd (dont l’album Dark Side of the Moon avait été exécuté intégralement à l’Autostade en juin 1975 et qui ne constituait pas une œuvre centrale des concerts donnés au Stade olympique, contrairement à Another Brick in the Wall, qui fut effectivement la chanson phare d’un show donné au Stade). On a aussi reconnu Paint It Black des Stones, sorti en 1966 et non à l’époque du Stade et de l’album Steel Wheels,
Enfin… on en déduit que l’arrangeur a parfois préféré des tubes connus de tous, plutôt que des pièces emblématiques de ces concerts donnés au Big O. Trève de considération, on observait mercredi la capacité accrue des musiciens classiques d’entrer dans le groove de la pop ou du rock, ce qui n’était pas évident il n’y a pas si longtemps.
Et ça continue ! La marche triomphale d’Aïda, opéra de Verdi, précéda la fabuleuse alto/contralto Rose Naggar-Tremblay dans une solide interprétation lyrique de Je voulais te dire que je t’attends, un classique de Michel Jonasz repris à l’époque par notre Diane Dufresne nationale. Acclamée pour l’interprétation d’un mashup environnementaliste d’Oxygène et de L’hymne à la beauté du monde, choeur à l’appui, l’inégalée performer québécoise a soulevé le public qui n’avait cure de ses évidentes limites vocales, inhérentes à ses 81 ans.
Ainsi, l’OSM, son chef et leurs invités, étaient dans une forme resplendissante avant une tournée européenne qui pourrait s’avérer triomphale. L’incontournable Ode à la joie, célébrissime finale de la 9e symphonie de Beethoven, fut impeccablement exécutée avec la précision, le faste et la passion nécessaires au succès de son interprétation. La soprano Lauren Margison, l’alto Rose Naggar-Tremblay, le ténor Frédéric Antoun et la basse Alex Halliday ont été les solistes, le choeur présent fut magistral, les cuivres disposés à gauche de l’écran géant ont accompl leur tâche avec brio, l’OSM, son maestro furent à la hauteur d’un événement consensuel des plus réussis, le tout coiffé par les pétarades des feux d’artifices de circonstance.
Crédit photos : Antoine Saito/Orchestre symphonique de Montréal
Présence autochtone | Rei hydrate et décolonise
par Michel Labrecque
Ce samedi soir, nous avions l’occasion de plonger dans une immersion culturelle maorie, par l’entremise de Chief Rei et de ses deux acolytes. Ce trio fait du haka-rap, selon la formulation de Rei lui-même, en entrevue. Une fusion de tradition et de contemporanéité qui fonctionnait à fond.
C’est d’abord la danse haka et ses chorégraphies qui nous fascinent. Ainsi que la présentation par Rei des instruments traditionnels et des objets variés de la culture maorie, un peuple autochtone qui constitue autour de 20% de la population de la Nouvelle-Zélande.
À cette couche s’ajoutent les sons synthétiques et le hip-hop, scandé tantôt en maori, tantôt en anglais. Très rapidement, le public a commencé à danser ou à onduler.
Le dernier album de Rei s’intitule Moisterize & Decolonise (2025). Hydrater et décoloniser. En entrevue, Rei m’a expliqué que l’idée derrière ce titre était de créer une synthèse entre revendication politique pour les autochtones et une sorte de crème hydratante, pour mettre de la douceur sur ces traumatismes.
Le dernier single s’intitule Never Ceded. Territoire jamais cédé.
Sur scène, le contenu politique est contenu aux textes rap. Les propos de Rei, entre les chansons, sont plutôt éducatifs et ludiques. Il est clair qu’on vise une ambiance positive plutôt que traumatique. Une façon différente de sensibiliser les non autochtones. Et pourquoi pas?
Il faut ajouter qu’à l’échelle des peuples aborigènes, les Maoris sont parmi ceux ayant fait le plus de progrès au cours des deux dernières décennies, tant culturellement qu’économiquement.
Rencontré par hasard sur le site, le « grand manitou » du Festival Présence Autochtone, André Dudemaine, était très satisfait de sa prise. « Ça faisait trois ans que j’essayais de le faire venir, mais il tourne beaucoup en Europe et en Asie ». Cette fois-ci était la bonne.
La foule, très diversifiée, a été gagnée rapidement par cette synthèse de danse et de musique. Malheureusement, elle était un peu éparse. Est-ce la chaleur accablante, la concurrence d’autres événements (Fierté, IleSONIQ) ?
Rei mériterait d’être écouté et observé par plus de monde. Au fait, il sera à Sherbrooke le 15 août, à la Fête des Traditions et le 22 à Rimouski au Festival Interculturel.
Invasion maorie à Rimouski? À suivre.
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Présence autochtone | Big Tones et DJ Shub, indigènes du présent et de l’avenir
par Alain Brunet
De la région de Saskatoon, Big Tones et sa compagne Zhe the Free ont été les premiers aimants magnétiques d’un vendredi torride. Le parterre clairsemé s’est progressivement peuplé de curieux, conquis un à un. Le pouvoir attractif de Présence Autochtone sur la Place des Festivals est clairement plus difficile à gérer en période caniculaire, on l’a vu vendredi soir.
Néanmoins, les étincelles produites par ce couple hip-hop ont allumé quelques lumières persistantes jusqu’au couvre-feu.
Est-il besoin de rappeler qu’on est loin du monolithisme country/folk/pow-wow des époques antérieures de la culture pop autochtone; le hip-hop et l’électro s’y sont infiltrés pour le mieux au fil des dernières décennies.
Ainsi, Big Tones et Zhe the Free ont opté pour un set alliant une esthétique old school des années 90, tant pour le flow que pour le beatmaking.
Les artistes sur scène forment un couple dans la vie, Big Tones étant l’artiste autochtone et Zhee the Free étant une non autochtone ayant grandi avec une mère très proche des Premières Nations en Colombie Britannique. Personne ici se sent obligé d’inclure des matériaux indigènes traditionnels, on s’exprime sur des grooves mis au point par des pionniers du rap new-yorkais et californien, les harmonies sont résolument soul/R&B.
Les origines sont différentes, le destin est commun, une vie autochtone est prioritairement mise en rime car Big Tones est ici mis en valeur, c’est d’abord son show. Une existence mise en rimes, de ses sombres aspects, inhérentes à l’oppression vécue, à une quête de rédemption à l’évidence plus optimiste malgré tout.
Allons je rejoindre après le set, alors qu’il s’adresse à ses nouveaux fans conquis.
PAN M 360 : On apprécie beaucoup ce mélange de rap première mouture et de ta trame narrative, résolument autochtone et moderne.
Big Tones : Merci man! Le hip-hop old school a toujours résonné en moi. Enfant, mon père m’en faisait jouer de toutes les façons, jusqu’aux vidéos de musique sur cassettes VHS. J’ai essayé le rap mélodique, ce n’était pas vraiment pour moi.
PAN M 360 : Mais tu chantes parfois, n’est-ce pas?
Big Tones : Oui, je recommence à chanter un peu maintenant, question d’inclure un peu de pop dans mon rap tu vois. C’est un mélange de styles et d’époques, mais je m’en tiens d’abord à l’âge d’or du hip-hop, les années 80-90. J’en reste proche, ce qui ne signifie pas que je refuse ma propre émancipation. Ma cuisine évolue, j’y ajoute de nouveaux ingrédients.
PAN M 360 : Tu rappes depuis l’enfance?
Big Tones : Non, seulement depuis 7 ans environ. Un cousin faisait des beats et je me suis mis au rap, juste pour essayer. J’ai été content du résultat , et voilà.
PAN M 360 : Tu proviens de quelle Première Nation?
Big Tones : Je viens de la Nation Pasqua mais je vis sur le Treaty 6 Territory, soit à Saskatoon où vivent beaucoup d’Autochtones parmi les gens de toutes origines.
PAN M 360 : On aimerait en savoir sur ta partenaire sur scène!
Big Tones : Zhe the Free est aussi ma partenaire dans la vie, et elle mène sa propre carrière. Nous nous supportons mutuellement lorsque l’occasion se présente. Elle fait DJ pour moi et je le fais pour elle, et nous ajoutons nos voix à celle dont c’est le spectacle. Nous grandissons ensemble, artistiquement. Nous formons une bonne équipe. Tiens je lui demande de se joindre à nous!
PAN M 360 : Bonsoir Zhe the Free!
Zhe the Free : Enchantée!
PAN M 360 : Nous parlions de votre complicité mutuelle!
Zhe the Free : Oui, c’est une chance extraordinaire de pouvoir accorder toute sa confiance, et bien comprendre le jeu, la gestuelle, bref tous les réflexes de l’artiste. Nous partageons la même vision et nous pouvons alors modifier notre interprétation en temps réel car nous nous connaissons tellement! Nous valorisons aussi l’amour et le plaisir de divertir les gens, alors tout s’imbrique naturellement.
PAN M 360 : Tu n’es pas de la Nation Pasqua?
Zhe the Free : Je ne suis pas autochtone, mes grands-parents sont venus jadis de Pologne.J’ai grandi dans le Treaty 7 Land, je viens de la petite ville de Black Diamond, dans les Rocheuses. Ma mère a beaucoup travaillé dans les réserves autochtones, j’y suis allée régulièrement depuis l’enfance, j’y ai appris à en imiter les danses et musiques. Ça fait partie de moi. Nous, non autochtones, devrions tous connaître davantage les cultures autochtones. Aujourd’hui, il faut chercher à comprendre d’où proviennent les gens que l’on côtoie. Apprendre les traditions, partager la musique, voilà ce que nous devons faire maintenant. Il faut donc honorer le passé de chacun pour ensuite construire des ponts.
On se remercie mutuellement, puis on se redirige vers la grande scène où vient de démarrer le set d’un maître de la culture moderne autochtone du Canada : DJ Shub, Mohawk de la réserve des Six Nations / Six Nations of the Grand River, sud de l’Ontario, entre Mississauga et Buffalo), très connu pour sa participation au groupe A Tribe Called Red.
Atterré par la mort récente de son père, Shub a refusé les demandes d’interview, ce qui est tout à fait compréhensible. Cette tristesse profonde s’est néanmoins transformée en énergie positive car l’artiste nous a balancé une grande performance et a attiré plus de monde que le début de soirée ne le laissait présager.
As du scratch mix, redoutable mixer, Shub est parmi les architectes du son électronique autochtone. Ses référents sont innombrables, breakbeats, boom-bap, dub, jungle, footwork, reggaeton, musique pow-wow, soul/R&B, house, dubstep et plus encore. La performance était assortie de projections recherchées, à la fois très incarnées dans la symbolique autochtone et très contemporaine. On aura aussi observé la curiosité de Shub pour notre culture locale, entre un refrain de Boogat et un rigodon keb assorti de big beat.
Présence Autochtone I Anyma Ora envoûte la Place des Festivals
par Michel Labrecque
Il y’a un « buzz »en ce moment à propos d’Anyma Ora, de son vrai nom Danyka Sioui. La musicienne Wendat issue de Wendake, en banlieue de Québec, a remporté des prix ROSEQ, Stingray et LOJIQ, en 2025. Elle a beaucoup tourné au Québec ces derniers mois et poursuivra cet automne.
« C’est sûr que de me retrouver sur la grande scène du festival Présence Autochtone est un grand honneur », me dit-elle en entrevue. « Avec ce genre d’événement, dans une grande ville, on sent aussi une ouverture des non-autochtones envers notre culture et c’est génial », ajoute Anyma-Danyka.
Pourtant, sa discographie est minuscule: un EP, Humans, qui date de 2021 et un single de cette année, Fish. Sa musique est plutôt électro-pop, avec des paroles en anglais. Mais c’est quand on la voit sur scène, où elle mélange ces titres avec des chansons traditionnelles wendat, de la danse…et sa voix en direct, qui prend toutes sortes d’inflexions, qu’on réalise qu’Anyma Ora est dotée d’un potentiel fabuleux.
« Pour moi, être autochtone ne signifie en rien qu’il faut faire de la musique traditionnelle », dit cette fille de musiciens qui a grandi en écoutant de la pop et a fait ses études primaire et secondaire en anglais. Son père, Gaétan Sioui, a produit et composé de la musique qui tentait de fusionner la tradition et la modernité, au début des années 2000.
« Il m’a transmis la passion de la musique; quand j’avais 4 ou 5 ans, il me faisait écouter du Pink Floyd à plein volume », raconte Danyka avec une pointe de tristesse, car le paternel est décédé en 2014, à l’âge de 49 ans.
Sur la scène de la Place Des Festivals, on sent toutefois beaucoup de clins d’oeils à la culture autochtone. Et c’est quand elle chante une chanson en langue Wendat, cette langue presque disparue qu’Anyma est en train d’apprendre, sur un fond discret de clavier électro, que son âme et sa voix nous transpercent le plus.
Il faut comprendre que la jeune artiste est toujours en train de définir sa trajectoire. Bien qu’elle chante en anglais, elle s’est adressée la foule uniquement en français, qu’elle parle comme une fille de Québec.
« J’ai commencé à composer une pièce en français, mais c’est totalement différent de ce que je fais en anglais », m’a-t-elle confié.
Anyka Ora entrevoit aussi un projet de disque en langue wendat. « Mais je veux y mettre tout le temps qu’il faut, approfondir ma connaissance de la langue et aller dans les communautés, avant de le faire ».
Entretemps, paraîtra bientôt un deuxième EP, dont Anyma a chanté quelques pièces mercredi soir. De l’électro pop soignée, méditative, une suite logique, mais un brin plus sophistiquée, de Humans.
Par les hasards de la vie, j’étais accompagné d’un jeune britannique, étudiant dans une université américaine, qui visitait Montréal pour la première fois.
« Wow she is really fantastic », m’a-t-il répété à de nombreuses reprises, étant convaincu que c’était une étoile de la musique d’ici.
Ça explique un peu le potentiel dont je vous parle. À suivre…
OSHEAGA 2026 I Mother Mother is Still Ghosting Our Dreams
par Charly Blais
While I was a big Mother Mother fan back in the day, I haven’t listened closely to a new Mother Mother album since Very Good Bad Thing came out in 2014. Yet, I still knew almost every song in their nostalgia-drenched, crowd-pleasing Osheaga set in the year of our lord 2026. Not only that, but I found myself singing all the words, somehow effortlessly pulling them from the depths of my dusty-ass teenage memories, a testament to how damn catchy they still are.
By the time they started in on their second song, « Verbatim, » I was compelled to drag my partner deeper into the pit. And I wasn’t the only one rocking out: people of all ages were having as much fun as the band seemed to be.
After doing this for more than 20 years, it’s no surprise that Mother Mother’s set was as tight as my 30-something-year-old neck on the last day of a music festival weekend, with flawless vocals, magnetic chemistry between band members, and quick, seamless transitions.
The blasts from the past were not limited to Mother Mother’s catalogue. They also performed two meticulously arranged medleys: “Hayloft” mashed up with Nirvana’s “In Bloom” and “The Matrix” combined with The Pixies’ “Where is My Mind?”
An unreleased song, “Rot,” led vocally by the incomparable Molly Guldemond, reminded us that they aren’t just welcome ghosts, but still very much alive and kicking. I, for one, was moved enough to add the next Mother Mother album to my mental watchlist.
Irish country-pop sensation CMAT’s electrifying Osheaga set almost didn’t happen. As she strutted onto the stage, CMAT, aka Ciara Mary-Alice Thompson, proclaimed that she and her band had been up since 4 a.m., her keyboardist had been taken out by food poisoning, and the airline had mistakenly sent all of their gear to Washington, D.C.
But apparently nothing can stop this redheaded tour de force. If anything, the resulting rage fueled a grittier, more explosive performance.
Kicking off with “The Jamie Oliver Petrol Station,” the so-called Dunboyne Diana channelled everything she had into guttural screams and operatic vocals that had the whole crowd on her side despite some imperfections in the sound due to the missing equipment.
Without their usual setup, the setlist was out the window. Instead, she took requests from the audience and paid tribute to Leonard Cohen the “only way [she] knew how”: by getting her guitarist, Jack Wolter, to do The Worm while violinist Holly Carpenter played “Hallelujah.”
Cheekily flashing her red bloomers, CMAT radiated playful confidence. The lack of in-ear monitors meant she could barely hear herself, but the flip side of that was that she could hear the audience singing along clearly for the first time.
And sing they did, Irish and Pride flags waving. I heard multiple people exclaim, “She’s so fun!” and at one point a group of fans started chanting, “Diva! Diva! Diva!”
She ended the emotional set by parting the crowd like the Red Sea, running deep into the pit to shout the chorus of her last song, “Stay For Something,” among the people.
Lanaudière 2026 | Macbeth, une tragédie portée par des voix d’exception
par Chloé Rouffignac
Malgré une pluie persistante qui n’aura jamais vraiment quitté l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay, le public était au rendez-vous pour assister au concert de clôture de la 49e édition du Festival de Lanaudière.
Yannick Nézet-Séguin à la tête de l’Orchestre Métropolitain dans une version de concert de Macbeth de Verdi portait déjà une valeur symbolique. L’enthousiasme palpable du public avant même d’entendre la première note témoignait de l’attente entourant cette soirée. Ironiquement, la météo contribuait presque à installer l’atmosphère sombre et tragique de Shakespeare.
Si l’orchestre trouve progressivement son plein équilibre entre quelques flottements d’intonation et de synchronisation ici et là, essuyant certains déséquilibres couvrant momentanément les chanteurs. Ce sont avant tout les solistes qui portent la tragédie du début à la fin. Étienne Dupuis compose un Macbeth très humain contrairement aux figures héroïques ou très démonstratives que l’on retrouve souvent dans le rôle. Cette version-là est pleine de nuance, de retenue et incarne l’introspection et la torpeur sans pour autant sacrifier l’autorité vocale – et théâtrale – du personnage. Un choix crédible dont la sobriété nous a invités à tendre l’oreille à plusieurs reprises. Face à lui, la soprano Saioa Hernandez conjugue puissance vocale et engagement dramatique constant, sans tomber dans l’excès ou la caricature. Pour autant son magnétisme récolte des exclamations du public dès le premier acte. Ensemble, les deux artistes démontrent une alchimie singulière dans leur présence scénique et vocale.
Autour de ce couple central, Alexandros Stavrakakis prête à Banquo une présence grave et solide, tandis que Matthew Cairns offre un Macduff touchant, notamment dans son grand air empreint de douleur dont les dernières notes furent couvertes par les applaudissements impatients du public. Les interventions d’Elizabeth Polese, Vartan Gabrielian, Geoffroy Salvas et Owen McCausland complètent une distribution d’une remarquable homogénéité où chaque rôle, même plus bref, trouve pleinement sa place.
L’ensemble gagne en cohésion dans le deuxième Acte, résolument le plus réussi de la soirée. Les pupitres dialoguent avec précision; le drame se solidifie notamment dans la section des cuivres. Il (le drame) est habité autant par les chanteurs que les instrumentistes. Yannick Nézet-Séguin accompagne cette montée en puissance avec une direction extrêmement dynamique dans la montée en puissance du texte. Faisant émerger les contrastes de Verdi avec la grande fluidité qu’on lui connaît. Même privé de mise en scène, il a su conférer à cette version de concert la force narrative unique (et primordiale) de cet opéra.
L’enthousiasme du public, en revanche, aura parfois produit un effet paradoxal. Les applaudissements, fréquents entre plusieurs tableaux, interrompent régulièrement le déroulement dramatique et obligent le chef à reconstruire la tension musicale à de nombreuses reprises. Si ces réactions témoignent sans équivoque de l’admiration suscitée par les interprètes, elles brisent néanmoins le fil dramatique d’une œuvre qui tire précisément sa puissance de sa continuité.
Impossible, enfin, de passer sous silence le Chœur Métropolitain dont l’engagement pluri-dimensionnel – dans le rôle des sorcières notamment – contribue avec précision à l’ampleur du drame.
Au terme de cette soirée, Macbeth nous retient émerveillé, tant par la virtuosité des chanteurs que par la puissance de l’orchestre et la nature qui se mêle au théâtre. Une conclusion qui marquera durablement les esprits et plus largement cette belle édition du Festival.