musique de jeux vidéo / pop symphonique

OSM | Une symphonie héroïque qui ne bat pas le boss

par Alexis Desrosiers-Michaud

Grosse semaine pour la musique de jeux vidéo à Montréal; après Final Fantasy : Distant World dimanche par GFN Productions, voilà que l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) donnait mercredi soir Heroes : Symphonie de jeux vidéo, sous la baguette du chef de cette production tournante, Kevin Zakresky. 

Tout s’enlignait pour être une soirée exceptionnelle : un bon choix de jeux et de leur bande sonore, un orchestre de classe mondiale qui se frotte régulièrement à la musique à l’écran et une salle pleine. Pour un néophyte venu découvrir la musique de ce monde, la soirée s’est probablement passée très agréablement. Mais pour ceux qui s’y connaissent un peu, voire beaucoup en la matière, il y a eu des accrocs majeurs.  

Ce n’était pas une mauvaise idée sur papier de présenter le concert sous forme de « concert dont vous êtes le héros », en intercalant chaque pièce de chapitres narrés par une voix off résumant chaque étape qu’un héros typique d’un jeu d’aventure peut suivre. Le problème réside plutôt dans les textes utilisés, souvent d’un sens vide, comme s’il s’agissait de phrases pigées dans un bol de biscuits chinois et mises bout à bout. Quelques interventions du genre durant le concert auraient suffi, mais pas 14 ou 15, surtout quand un problème technique nous envoie deux fois le même chapitre, ou encore quand ceux-ci ne collent pas totalement avec la cinématique qui suit. 

La disposition du chœur laissait grandement à désirer. Du nombre de 24 membres et perché côté jardin, celui-ci peinait à se faire entendre, du fond du parterre. Même amplifié, opposer si peu choristes à un orchestre complet n’as pas de sens, pour de la musique où la portion chorale fait partie intégrante de l’instrumentation, voire prépondérante. N’a pas de sens. C’était particulièrement criant dans The Elder Scrolls : Skyrim Dragonborn Theme, véritable hit à consonance gutturale de la musique de jeux vidéo, où on entendait que des murmures. 

Enfin, le chef vancouvérois Zakresky n’a pas aidé la cause du programme. Œuvrant sans partition en gardant les yeux rivés sur sa tablette et donnant quelques entrées ici et là, il dirige tout pareil, ce qui fait que tout sonne… à peu près pareil, sauf quand quelques sections décident d’y aller à fond (trombones, violon solo), laissant les talentueux musiciens à eux-mêmes. Il est un bon animateur de foule, s’exprimant dans un français plus que respectable et se pointant sur scène avec un chandail de la Victoire pour la deuxième partie, mais cette énergie ne se transmet pas quand il se retourne pour diriger. C’est dommage, car c’est l’essence même de la musique à l’écran : supporter et faire partie intégrante de la présentation visuelle, ce que ne voient pas ceux qui jouent. Par exemple, une transition entre un moment calme et cet instant où un ennemi arrive subitement doit s’accompagner d’une réelle tension musicale qui dépasse le simple fait de jouer les notes, ce qui manquait trop souvent hier et le seul moment vraiment digne de ce nom était le rappel, un extrait de Final Fantasy VII, présenté hélas sans projection. 
La musique de jeux vidéo est rendue depuis longtemps à une époque où elle dépasse le simple accompagnement type bruit de fond. Le choix des pièces d’hier regorgeait de chef d’œuvres incontestés: outre Skyrim mentionné plus haut, on a pu y entendre Bioshock, Assassin’s Creed et Castlevenia, certaines œuvres donnant un peu de lumière à des instruments d’orchestre plus rarement identifiés comme soliste (piano, guitare électrique, harpe). Ce répertoire développe une panoplie de couleurs qui peuvent en mettre plein la vue, tant qu’on y mette les moyens

SMCQ | Cristian Gort dirige les dialogues intergénérationnels

par Alain Brunet

Le chef principal de la SMCQ, le très compétent Cristian Gort avait carte blanche pour présenter sa vision des dialogues intergénérationnels entre les compositrices et compositeurs de la musique contemporaine québécoise. Jeudi soir à la Salle Pierre-Mercure, il dirigeait  l’ensemble de la SMCQ  pour l’exécution d’œuvres de Nicolas Gilbert, John Rea, Philippe Leroux, Michel Gonneville et Florence M.Tremblay.

Toujours est-il que le concert a démarré avec deux œuvres siamoises, signées Michel Gonneville (1950 ) et Nicolas Gilbert (1979). L’œuvre de Gonneville créée devant nous, Circuits remontés pour 2 pianos et 2 percussionnistes, a cela d’intéressant qu’elle s’inspire de la suivante composée en 2007 par son ancien élève Gilbert, Circuits parallèles, pour flûte, hautbois, clarinette, basson, cor, trompette, 2 pianos, 2 percussions, 2 violons, alto, violoncelle et contrebasse. La pièce du prof est une sorte de complément de 4 minutes à une autre de 16 minutes, fondée sur ce matériel avec une citation d’un autre prof marquant pour Nicolas Gilbert, Serge Provost. Rappelons que l’œuvre évoque la poésie du poète symboliste Nicolas Kasimov, mort tragiquement en 1928 alors qu’il était âgé de 25 ans. Les deux pièces sont effectivement concomitantes. L’esthétique dodécaphonique y est à peu près la même chez Gilbert que pour la génération précédente. On ne peut en déterminer à l’aveugle la période de création, pour le prof comme pour l’élève. On peut néanmoins y trouver son compte, apprécier entre autres réussites compositionnelles l’usage brillant des percussions (marimbas, etc) dans l’œuvre, les interventions fragmentaires des cordes, des deux pianos, des bois et des cuivres, sous formes de fenêtres qui s’ouvrent et se referment rapidement.

S’ensuit la pièce du compositeur John Rea (1944), sans conteste l’un des piliers de sa génération : Accident (Tombeau de Grisey), pour 2 clarinettes, cor, trompette, trombone, percussion, piano, 2 violons, alto, violoncelle et contrebasse. Composé en 2004 en référence à la mort prématurée du compositeur français Gérard Grisey (1946-1998) dont il est le contemporain et dont la rupture d’anévrisme (AVC) fatale est ici évoquée en trois tableaux spasmodiques, rigoureusement enchaînés, riches en découvertes et fidèle à une approche bien de sa génération tout en se permettant plusieurs avancées – Happé, Effondré, Défiguré. L’antichambre de la mort et sa conclusion funeste sont ici illustrés avec toute la pertinence et la théâtralité compositionnelle de l’excellent John Rea.

Après l’entracte, d’abord une pièce de Florence M Tremblay(1997) créée en 2022 : Manipulation, pour flûte, clarinette, percussion, piano, violon et violoncelle. On y évoque des organismes vivants aux propriétés changeantes, instables et complexes, dont un agent en transforme aléatoirement les paramètres de fonctionnement afin d’y générer de nouvelles interactions et d’en extraire les règles ou patterns récurrents. Des staccatos, des éclats, des glissandos, des pizzicatos, des éraillements de percus, des bois aviaires, des grappes de sons émis collectivement… Sorte de mutation systémique induite par un agent étranger : la compositrice. La métaphore est belle, et Florence M Tremblay parvient à exprimer son unicité sans déplaire à ses maîtres, professeurs ou compositeurs de référence. Sage stratégie de prime abord, pour une pièce de 9 minutes.

En dernier lieu, une œuvre de notre franco-canadien Philippe Leroux (1959) , créée en 2007: De la texture, pour flûte, clarinette, guitare classique, percussion, piano, violon, alto, violoncelle. Le compositeur estime que « l’œuvre  tire son origine à la fois de l’ornementation baroque, des notions de texture sonore et de polyrythmie, ainsi que de la théorie du Big Bang. » Il a ainsi souhaité l’ornementation de strates polyrythmiques, surimpression de couches, dont chaque venue dans la pièce est marquée par un tambour militaire. Une trentaine de propositions s’accumulent, se décalent, s’enchevêtrent pendant que les interprètes changent constamment de position dans l’amphithéâtre.

« L’œuvre se déploie comme une sorte d’explosion, à partir de laquelle une matière constituée d’une multitude de particules sonores, de grains et de micro-cellules rythmiques, va se propager, mue par une énergie qui lui fait s’approprier l’espace de la salle de concert. »

Encore une fois, le concept et sa transcription sonore sont intéressants, rigoureux, finement ciselés. Et fidèles à cette culture profondément européenne de la musique contemporaine.

Crédit photo : Jérôme Bertrand

A Cappella / classic rock / classique occidental

ArtChoral chante les Beatles: la pop classique dont on avait besoin

par Alexandre Villemaire

La « Beatlemania » a pénétré l’enceinte de la Maison symphonique avec l’Ensemble ArtChoral le dimanche 17 mai dernier en après-midi. Amateurs des Fab Four, habitués des concerts d’ArtChoral (ou un mélange des deux) s’étaient rassemblés en grand nombre pour venir entendre, à la sauce classique, les grands succès du groupe pop/rock emblématique des années 1960.

Dirigé par Matthias Maute et accompagné seulement d’un petit set de percussions (essentiellement une batterie et cloche) sous la responsabilité de Philip Hornsey avec Antoine Joubert au piano pour donner par moment un soutien harmonique et un élan rythmique, les chanteurs et chanteuses d’ArtChoral ont fait défiler les tubes des Beatles. De Yellow Submarine, qui a ouvert le concert, à Can’t Buy Me Love en passant par Penny Lane, Eleanor Rigby, In My Life, Yesterday, pour ne nommer que celles-ciles chanteurs d’ArtChoral avec leur voix pure et solide ont donné un rendu de « leur » interprétation des classiques des BeatlesOn aurait tort de rejeter du revers de la main toute proposition de concert qui met de l’avant le répertoire des Beatles sous prétexte que cette musique n’est pas suffisamment complexe, répétitive et pas assez classique pour être traitée par des ensembles du calibre de l’ensemble.

La performance des pièces Michelle et Because en est le meilleur exemple. Interpréter avec seulement les voix, permet de rendre compte et de constater la richesse des harmonies et la complexité des accords et des timbres qui façonnent ces pièces. L’interprétation de Michelle était aérienne et Because a instauré une aura mystique dans la salle avec ses accords lumineux et ses passages chromatiques qui viennent altérer la couleur de la pièce de manière constante. John Lennon disait qu’il a composé cette pièce après avoir entendu Yoko Ono jouer la célèbre « Sonate au clair de lune » de Beethoven et, frappé par cette mélodie, il lui aurait demandé de jouer la progression d’accords de reculons. Tout comme dans l’écriture de cette célèbre page de Beethoven, le langage est précis, épuré et envoûtant. Comme quoi encore une fois on peut démontrer que la frontière entre la musique classique et la musique dite populaire n’est pas si poreuse. Un autre exemple de cette parentalité se trouve dans la pièce Black Bird, qui a eu droit, tout comme I Saw Her Standing There, à un traitement de solo pianistique offert par Antoine Joubert. La mélodie simple de Black Bird, elle-même également inspirée par une pièce du répertoire classique, soit la Bourrée en mi mineur de Jean-Sébastien Bach, a donné à Joubert un superbe matériau de travail pour livrer une interprétation aux contours musicaux variés avec une grande virtuosité qui mettait à l’honneur les possibilités interprétatives de cette pièce.

Un concert d’ArtChoral n’en serait pas un sans au moins une participation du Grand chœur, cette chorale ad hoc formée de choristes de divers horizons. Ils se sont joints aux chanteurs d’ArtChoral pour des interprétations senties de Let It Be et All You Need Is Love. En conclusion de concert, tous ont entonné Hey Jude, alors que le public a été invité à se joindre aux musiciens pendant que la Maison symphonique s’est retrouvée baignée d’un « show de lumière » apparenté aux grandes performances de concerts rock.

Les choix assumés de Matthias Maute dans ce concert montrent bien que le répertoire de Paul McCartney, John Lennon, Ringo Starr et Georges Harrisson transcende les barrières du genre et ces deux univers ne sont finalement pas si éloignés l’un de l’autre. Était-ce un concert d’une virtuosité extrême ? Non. Mais, ce n’était pas non plus un concert terne où on présente des Beatles « classique » pour présenter du Beatles classique sans âme. Tous, du chef aux chanteurs en passant par les choristes, étaient habités par un plaisir de chanter ce répertoire, sans prétention, et de le livrer à un public tout aussi enjoué qui a bien rendu la pareille aux musiciens. Par les temps qui courent, l’amour de la musique et la passion de la transmettre, c’est bien une des seules choses dont nous avons besoin.

Crédit photo: Tam Lan Truong.

baroque / Musiques du Monde

Festival Accès Asie – Flûtes du monde, unissez-vous!

par Frédéric Cardin

Le Festival Accès Asie sait oser. Et on peut l’en féliciter. Mardi 19 mai était donné à la salle Bourgie un concert réunissant des flûtes très disparates (avec un violoncelle et des percussions pour donner un peu de texture) : une flûte de la renaissance, un flûte baroque (classiques occidentales, donc), un ney (flûte persane), des shakuhachi et un ryuteki (instruments traditionnels japonais) et un dizi (flûte chinoise). Le répertoire, bien que ‘’tagué’’ musiques du monde, avait tout pour plaire au oreilles les plus curieuses et exigeantes, en flirtant avec la complexité associée à la musique classique moderne (il y avait d’ailleurs plusieurs œuvres des 20e et 21e siècle au programme). 

Le Printemps de Vivaldi, dans un arrangement pour flûte solo, s’est déployé à travers tout le concert, chaque mouvement étant interprété comme une sorte de pont entre diverses parties du concert. Mika Putterman a bien démontré toute l’étendue de sa maîtrise de la flûte baroque. Le percussionniste Ziya Tabassian a offert l’une de ses compositions, une exploration sur la base rythmique d’un poème persan de Hâfez, alors que Ziad Chbat a joué une série d’arabesques portant le titre de Nostalgie sur son ney, une flûte de tradition ouest-asiatique (jusqu’en Turquie) avec une sonorité envoûtante, s’approchant du duduk arménien (qui n’est cependant pas une flûte, mais un instrument à anche, comme un hautbois). 

Deux pièces harmoniquement ‘’contemporaines’’, c’est-à-dire flirtant avec et même plongeant dans l’atonalité, étaient présentées : une composition originale de Jean Lérigé-Laplante, Évanescence. La pièce est une vague sonore qui fait s’entrelacer les différents timbres des flûtes présentes, en offrant tout de même une place bienvenue au violoncelle du Montréalais d’origine trinidadienne Kyran Assing, trop discret jusque là, je trouve (ce n’est pas sa faute, il n’avait presque rien à jouer).

L’autre pièce chromatiquement dissonante était une composition de Bruno Deschênes, une ‘’mise en complexité harmonique’’, d’une ancienne mélodie japonaise, Shin Etenraku. La mélodie, reprise telle quelle mais passée d’une section à l’autre dans des modifications et des combinaisons densifiées, n’offre aucun point de repère pour nos oreilles occidentales peu familières avec le répertoire authentique japonais. Au final, nous avions une œuvre moderniste, assez aride mais franchement intéressante. 

Une pièce chinoise pour le dizi solo a eu un effet pimpant sur le public, avec ses effets naturalistes, comme des oiseaux excités, et ses envolées virtuoses spectaculaires. Excellente performance de Shuni Tsou. 

D’ailleurs, il faut noter l’excellence de tous les instrumentistes présents, toustes de solides interprètes de leur instrument. 

Le baroque français Joseph Bodin de Boismortier a vu son Concerto pour cinq flûtes, op. 15 n° 1, traduit’’ pour les flûtes présentes, ce à quoi il n’a probablement jamais rêvé. L’arrangeur, Bruno Deschênes a avoué avoir pris un risque avec cette idée. On ne dira pas que ce fut une grande réussite, même si les artistes y ont manifestement mis toute leur conviction. Il est difficile de combiner des flûtes occidentales et des flûtes habituées à la microtonalité dans un langage tempéré (aux intervalles égaux) comme celui du baroque européen. On se demande parfois si ce qu’on entend est faux, ou si ce sont les inflexions naturelles du Shakuhachi ou du dizi qui se marient plus violemment qu’heureusement avec leurs sœurs baroques. L’idée, intéressante à priori, mérite d’être fignolée.  

Cela dit, on reconnaît l’intérêt de cette rencontre inusitée, et on souhaite, malgré quelques accrocs, que ce type d’ensemble chambriste nous revienne avec de nouvelles idées car le principe est porteur et stimulant. 

Et tiens, pourquoi pas y ajouter quelques autres instruments tels que la clarinette, le duduk, le basson, la flûte mandingue, la quena inca, le bansuri indien, quelques flûtes-à-bec (la basse!) et d’autres violoncelles? 

Bruno Deschênes, shakuhachi et direction

Boaz Berney,  flûte de la Renaissance

Élisabeth Caty, shakuhachi et ryuteki

Kyran Assing, violoncelle

Mika Putterman,  flûte baroque

Shuni Tsou, dizi

Ziad Chbat, ney

Ziya Tabassian, percussion

Antilles / Caraïbes / haïtien

Wesli transforme l’histoire haïtienne en une célébration collective

par Juliana Cortes

Le long week-end de mai annonce généralement le début du printemps : les fleurs éclosent, les arbres se parent de feuilles d’un vert éclatant et la ville s’anime. Cette année, mon week-end a été marqué par la sortie de Makaya, le dernier album de l’artiste haïtien Wesli, installé à Montréal, ainsi que par la Journée du drapeau haïtien, le 18 mai, jour où les Haïtiens célèbrent la création de leur drapeau lors de la Révolution haïtienne de 1803.

Avec son chapeau et ses lunettes emblématiques, Wesli a offert au public une performance rythmique unique, mêlant traditions africaines et haïtiennes à des sonorités plus modernes. À travers ce voyage musical, il a souligné combien notre présent reste profondément marqué par l’histoire, notamment à Montréal, où la culture – et la musique en particulier – est profondément enracinée au sein de l’importante communauté haïtienne de la ville.

Pendant le concert, Wesli a expliqué la signification de Makaya. En kikongo, ce mot signifie « feuille ». En Haïti, il désigne également une montagne et les rassemblements organisés par les Marrons durant la révolution haïtienne. Wesli a déclaré : « Makaya était nécessaire pour que les gens puissent guérir spirituellement et se libérer. »

Ancré dans l’histoire et la mémoire, Wesli a été rejoint sur scène par l’artiste sénégalais Ilham. De sa voix envoûtante, ils ont interprété « Mon Konpé / Ti Bom » de Coupe Cloue. J’ai été profondément touché par cette performance car l’un de mes artistes préférés, Joe Arroyo, a composé « A mi dios todo le debo », une chanson fortement influencée par la musique de Coupe Cloue. Ce moment m’a instantanément transporté dans mon enfance en Colombie.

À cet instant, j’ai cessé de prendre des notes et me suis levée pour danser, me remémorant les réunions de famille bercées par la musique de Joe Arroyo. Ce n’est que récemment que j’ai découvert à quel point cette musique avait été profondément influencée par Haïti. Apprendre ce lien a été comme trouver une pièce manquante du puzzle, me permettant de mieux honorer la musique qui m’avait apporté tant de joie et de liens tout au long de ma vie.

Wesli était accompagné de Gaya, une chanteuse et danseuse rayonnante qui a illuminé la scène de son énergie et de ses mouvements. Les deux artistes se connaissent depuis près de vingt ans, depuis leurs débuts musicaux. Le maître percussionniste Ronald Nazaire est également monté sur scène, partageant un savoir ancestral à travers le tambour. Nazaire n’avait besoin d’aucun mot pour exprimer la profondeur et la spiritualité de sa musique.

Un autre moment fort de la soirée fut la performance du groupe lui-même. Chaque musicien a brillé individuellement, mais ce qui a le plus marqué les esprits, c’est la complicité entre Wesli et ses camarades. Leurs échanges, à la fois enjoués et énergiques, étaient contagieux. Wesli a généreusement laissé la place à chacun, à travers des solos et des moments de danse, permettant à chaque artiste d’apporter sa propre présence et son énergie sur scène. Tous rayonnaient.

Alors que le Canada célébrait la reine Victoria, la place du théâtre est devenue un espace pour célébrer l’histoire, la mémoire et le patrimoine musical haïtiens.

alt-pop / électro-pop

Palomosa 2026 | L’été bat son plein… ear aussi !

par Loic Minty

Dès son entrée en scène, ear a provoqué une véritable onde de choc par sa simple présence. Ces artistes semblaient complètement hors de leur élément et s’exprimaient avec une vulnérabilité nerveuse qui donnait à se demander quand ils avaient quitté leur chambre pour la dernière fois. Mais c’est précisément cette sincérité qui a fait d’eux un groupe hors du commun.

La musique a commencé et tout s’est mis en place. Déconcertants, spontanés et débordants d’optimisme, ear a désarmé le réflexe de survie des festivaliers en partageant généreusement ce qui aurait pu être considéré comme brut. La plupart de leurs chansons ressemblaient à des démos dans le bon sens du terme, se terminant souvent par une fin de phrase maladroite, ou par Jonah Paz sautant simplement la piste sur son ordinateur portable. « Ok, celle-ci s’appelle “Nerves”, vous pouvez aussi danser dessus si vous voulez. »

Ils prenaient soin de parler avec fausse modestie de chaque chanson avant de se lancer dans une déchaînement incontrôlé qui donnait l’impression de voir Ian Curtis se prendre des coups de poing répétés dans le ventre. Pour deux personnages plutôt maladroits, ils savaient vraiment divertir.

Ce groupe, qui n’est désormais plus vraiment confidentiel, a connu une ascension rapide, mais ce n’est pas tant grâce à l’autopromotion ou à la chance qu’à leur son et leur esthétique sans compromis. On pourrait les comparer à certains égards à Crystal Castles ou même à MGMT, mais leurs influences sont davantage ancrées dans la chimie qui s’est créée entre les deux membres. Tous deux viennent respectivement du folk et de l’EDM, et il y a une forte tension dont ils tirent parti dans leur musique. Mais surtout, il y a une impression de profondeur omniprésente dans leur approche. Une méta-dimension qui n’est ancrée ni dans l’ironie ni dans l’autoproclamation d’un génie, une dimension qui est simplement là, planant dans un coin de la piste de danse.

Même au milieu de la foule nombreuse qui s’était rassemblée, l’intimité que créait ear donnait l’impression que nous étions soudainement tous ensemble. Cela en fait sans conteste ma découverte préférée de cette programmation, voire de l’année. Et si je connaissais déjà ear pour avoir parcouru leurs albums The Most Dear et The Future, le duo est désormais gravé à jamais dans ma mémoire. ear summer ?

breakcore / cloud rap / hip-hop / trap

Palomosa 2026 | La rage positive de Lucy Bedroque

par Loic Minty

Cette année, Palomosa s’est transformé en terrain d’essai pour les jeunes rappeurs de la vague « cloud/rage » qui ont envahi l’affiche. La musique et les émotions sont quelque peu différentes, mais pas tant que ça ; la formule et l’intention, en revanche, sont pratiquement identiques. À bien des égards, les rappeurs sont détachés de la musique et se concentrent plutôt sur l’expérience du public. L’intensité d’un concert ne dépend pas tant de la musicalité que de la présence, du style et de l’assurance, ou de ce que certains appelleraient « l’aura ». Les rappeurs ne cherchent pas à cacher qu’il y a une bande-son, et tout le monde s’en fiche, car pendant que le beat joue, ils hurlent dans un micro autotuné pour « ouvrir la fosse », et vous essayez juste de survivre à la frénésie de ces jeunes de 17 ans qui viennent de découvrir les boissons énergisantes.

Pourtant, au milieu de ce chaos organisé et de ces mouvements répétitifs, on peut percevoir ici et là des traces d’énergie créative brute qui transparaissent. Celle de Lucy Bedroque était fondamentalement positive. Elle était subtile, mais immédiate. Des sourires se sont répandus dans la foule, et tout le monde semblait se détendre, malgré les mosh pits. Le style, les choix musicaux et les références visuelles de Lucy Bedroque semblaient faire référence à la contre-culture de la même manière qu’Yves Tumor ou Lil Uzi Vert, et moins à la violence de la « rage » comme dans la musique de Travis Scott. Le New-Yorkais s’en est sorti avec brio. Il a capté sans peine l’attention du public avec ses grands yeux et ses sauts frénétiques, et son set laissait davantage de place à la lenteur. L’ensemble semblait nettement plus équilibré que celui de Xaviersobased ou même de l’artiste suivant, Thaiboy Digital.

cloud rap / hip-hop / trap

Palomosa 2026 | « Xaviersobased », ça n’a aucun sens et c’est justement le but

par Loic Minty

Difficile de dire qui se sentait le plus déplacé lors de la programmation en dents de scie de Palomosa vendredi : le public de Xaviersobased venu voir Poison Girlfriend, ou les fans de Poison Girlfriend qui assistaient à l’incarnation même de l’ironie de la Génération Z se dérouler sous leurs yeux.

Si aucun des deux ne comprenait vraiment, tous deux s’en amusaient. Comptant parmi les plus jeunes rappeurs à s’être fait connaître ces dernières années, le nom de Xaviersobased est devenu synonyme de l’engouement de sa génération pour l’absurde.

Entre les références à Internet, les signes de la main et la sémiotique énigmatique de ses visuels, son set donnait l’impression d’entrer dans le panthéon d’une culture extraterrestre. Alors qu’il courait d’un côté à l’autre, hurlant hors tempo dans son micro autotuné sur des beats rageurs aux basses amplifiées, l’ambiance et la foule de tout le festival ont complètement changé en l’espace de 10 minutes.

Vu de l’extérieur, il peut être difficile de s’habituer au caractère abrasif de sa musique, mais pour ceux qui pogotent, chantent à tue-tête et s’accrochent à chaque parole, on ressent un profond sentiment de cohésion. En tant que célébrité Internet de niche avant tout, voir Xaviersobased en chair et en os doit être l’équivalent d’un grand pèlerinage pour les accros du web.

Au cours de son set d’une heure, il a tout donné et le public a répondu présent. Des circle pits se sont formés, et les spectateurs au premier rang se sont retrouvés écrasés contre les barrières. À la fin de son set, on ressentait non seulement un sentiment de soulagement, mais aussi de satisfaction. Aussi inconfortable et incompréhensible que cela ait pu être, cela m’a donné un immense sentiment d’espoir de voir une nouvelle génération d’artistes créer son propre mouvement.

Après le succès de Nettspend et Shadow Wizard Money Gang l’année dernière, il est logique que Palomosa tire parti de l’effet d’attraction de ces rappeurs promis à un brillant avenir. La programmation de cette année était menée par des artistes tels que Xaviersobased, Lucy Bedroque, Fakemink et Thaiboy Digital. Seul le temps nous dira s’il s’agit d’une tendance passagère ou de l’identité de plus en plus affirmée de ce festival encore récent.

bass house / DJ set / future bass / house / hyperpop

Palomosa 2026: Hannah Diamond nous offre le DJ set le plus rose qui soit 

par Helena Palmer

Palomosa a eu la bonne idée de déplacer le festival de la fin de l’été à son petit matin. Tout le monde attendait depuis des mois de pouvoir enfiler ses tenues les plus osées et de sortir. Au lieu d’arriver épuisés et fauchés, les festivaliers arrivent désormais pleins d’enthousiasme et d’énergie. Le parc Jean-Drapeau a été envahi par une marée de micro-shorts, de bottes de motard et par un chœur de « on en avait besoin ».

La performance DJ d’Hannah Diamond au coucher du soleil a parfaitement capturé l’extase du moment. Ses cheveux roses s’accordaient avec le ciel rose. Son mix était composé de morceaux hyperpop euphoriques en majeur. Les rythmes rapides et les voix mignonnes ont laissé place à une ambiance de pur bonheur.

Hannah a détendu la foule et a vraiment donné le ton pour la suite de la soirée. Toute la foule s’était lâchée dans un abandon total.

Derrière elle, une cinquantaine de personnes dansaient dans la cabine. Je pense que n’importe qui pouvait monter là-haut, mais ça la rendait encore plus cool de voir tous ses fans danser en cercle autour d’elle. C’était le début parfait pour la soirée, et je ne plaisante pas quand je dis qu’on en avait besoin.

Merci, Hannah Diamond.

Photo par Felix Bonnevie

Palomosa 2026: Cannelle, DJ icône de la mode

par Félicité Couëlle-Brunet

À Palomosa samedi, Cannelle donnait l’impression d’être déjà une pop star avant même que quiconque ne connaisse vraiment sa musique. Ce qui frappe d’emblée, c’est son aura : une certaine présence, une attitude, une façon de s’imposer sur scène avec une énergie hors du commun. Il y a chez elle quelque chose de très « icône de la mode avant tout », une présence qui évoque à la fois les icônes de la pop européenne et l’esthétique Internet de l’ère Tumblr. Le public réagit immédiatement à cette énergie ; un effet presque « Boiler Room » s’empare de la salle grâce à la proximité intime avec la chanteuse.
Originaire d’un petit village entre Marseille et Aix-en-Provence, désormais installée à New York, Cannelle porte toujours en elle les références culturelles du sud de la France. Marseille apparaît comme un repère important : une ville associée aux scènes alternatives, aux espaces marginaux et à une certaine culture DIY qui nourrit encore plusieurs communautés artistiques européennes. Dans son interview avec WIRES00, elle évoque les free parties, les espaces de danse improvisés et la culture rave comme des espaces de liberté collective. Cette vision trouve un écho particulier dans le contexte actuel de Montréal, où de nombreux lieux alternatifs ferment ou deviennent de plus en plus précaires, comme la Parquette ou l’Espace Durocher. Derrière l’esthétique pop très contrôlée se cache également un engagement envers des formes de rassemblement plus underground.

Son travail s’appuie également sur son implication profonde dans la direction artistique de ses projets. Les visuels, les tenues vestimentaires, les références à Internet et les inspirations cinématographiques semblent faire partie intégrante de sa musique plutôt que de simplement l’accompagner. On retrouve des traces de Michel Ocelot dans son univers, notamment à travers l’imaginaire magique et hybride des princes et princesses, mais aussi l’influence de figures comme Madonna dans la manière dont elle utilise la féminité comme performance, transformation et pouvoir de l’image. Cannelle construit ainsi un style pop où musique, mode et mise en scène deviennent indissociables, créant un personnage qui semble tout droit sorti d’Internet.
Cette cohérence entre l’image, la musique et la performance rend particulièrement impatient de voir jusqu’où cet univers pourrait être poussé dans un contexte plus immersif. Dans un espace alternatif ou une scénographie plus élaborée, l’esthétique de Cannelle pourrait prendre une dimension encore plus forte, quelque part entre le concert, la performance et l’installation visuelle.

Palomosa 2026 | Imprévisible Femtanyl

par Félicité Couëlle-Brunet

Femtanyl était sans doute l’un des groupes les plus imprévisibles de l’affiche. À première vue, leur nom évoque immédiatement le fentanyl, ce qui suscite un certain malaise et amène à se demander pourquoi ils auraient choisi une référence aussi lourde pour un projet musical. Mais cette ambiguïté devient presque une porte d’entrée vers leur univers brut, chaotique, mais profondément humain.
Le duo – composé de Juno Callender à la batterie et de Noelle Stockwood au chant – propose une formule étonnamment simple mais extrêmement efficace. La batterie live apporte une énergie physique immédiate, tandis que le chant transperce des textures numériques agressives, saturées et glitchées. Leur son évoque le digital hardcore, mais avec une dimension presque euphorique, comme si la violence sonore devenait aussi un espace de libération émotionnelle.

Il y a une dimension « emo » dans leur performance, au sens le plus sincère du terme : une façon d’aborder des problèmes réels sans chercher à édulcorer l’émotion. Ici, l’esthétique semble émerger directement de l’intensité émotionnelle plutôt que d’une construction artificielle. Le chaos visuel et sonore devient ainsi le prolongement naturel des sentiments exprimés sur scène. Les références aux jeux vidéo, aux interfaces numériques et à l’esthétique glitch jouent un rôle majeur dans cet univers. Dans une interview accordée à BACKLIGHT, Noelle Stockwood évoque un intérêt pour les univers cyberpunk et la musique de jeux vidéo, ce qui transparaît clairement dans la manière dont leurs compositions créent des atmosphères presque interactives.
Au-delà du bruit et de l’intensité, ce qui ressortait le plus, c’était le lien entre le groupe et le public. On sentait clairement que l’accent était mis sur le comportement de la foule, le respect d’autrui et la création d’un espace sûr, malgré l’énergie explosive du concert. Les mouvements de la foule semblaient guidés par les intentions du groupe plutôt que par une agressivité incontrôlée. Cette sensibilité, liée en partie aux discussions sur la neurodiversité au sein de leur communauté, a conféré au concert une atmosphère étonnamment bienveillante. Derrière le chaos numérique, il y avait avant tout une volonté très claire de créer un espace collectif où l’émotion pouvait être pleinement vécue.

FIMAV 2026 | Eric Chenaux en fondu de sortie

par Alain Brunet

Récemment, je me suis délecté à l’écoute des enregistrements d’Eric Chenaux. Sa voix de contre-ténor (ou de ténor léger par moments) le mène à interpréter des mélodies haut perchées, très proches de la pop, de la soul ou du jazz, avec des choix harmoniques consonants. L’accompagnement, toutefois, est fort différent de ce à quoi une telle voix et de tels accords nous convient normalement. Les basses sont atypiques, les dissonances volontairement conférées à certains accords, les propositions texturales concourent à une expression sur la clôture entre pop normale et musique expérimentale.

Les filtres analogiques ou numériques juxtaposés à sa guitare produisent des sons fort différents, un peu déglingués, presque caricaturaux, pendant que le collègue Ryan Driver pianote doucement tout en émettant des sons synthétiques singuliers pour la plupart. L’environnement sonore de ces chansons plutôt conventionnelles sur le plan mélodico-harmonique – jazz moderne, soul et pop classiques.

Pour une conclusion de festival, ce n’était peut-être pas le moment de présenter du matériel exclusivement inédit, c’est-à-dire quatre chansons d’une quinzaine de minutes enrobées de longues improvisations effectuées sur de lentes progressions d’accords. J’ai l’intime conviction que ces chansons nouvelles feront leur chemin, mais leur première exécution pouvait laisser perplexe.

Certain.e.s on d’ailleurs décroché de ces « chants d’amour », expression avancée par le directeur artistique du FIMAV (Scott Thomson), sans probablement savoir avec qui ils.elles avaient affaire avant de se pointer à ce concert découverte… pendant que d’autres ont vraiment apprécié et applaudi chaudement.

Pour faire l’unanimité, un autre dosage aurait été à mon sens indiqué, mais bon, je continue de vous recommander chaudement la musique d’Eric Chenaux, créature absolument unique.

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