ambient / drone / électronique / expérimental / contemporain

MUTEK 2026 | La douce entropie de Endless Summer

par Marc-Antoine Bernier

Dans le cadre du programme X/Visions de MUTEK, la Maison symphonique de la Place des Arts accueillait samedi 29 août Fennesz et Lillevan, pour une première canadienne célébrant les 25 ans de Endless Summer, on parle ni plus ni moins d’un album charnière de la musique électronique. L’Autrichien Christian Fennesz revisitait ainsi son œuvre ayant contribué à redéfinir les rapports entre guitare, ambient et traitement numérique, accompagné des compositions visuelles abstraites de Lillevan.

Dès les premières notes, la performance m’a plongé dans une douce entropie: le moment où le bogue informatique devient aussi organique et apaisant que le bruit des vagues. Le bruit blanc, le grésillement numérique, les microbugs audio et la distorsion composent un tumulte digital enrobé d’accords de guitare électrique chaleureux, noyés dans les effets.

Fennesz suit l’ordre originel de l’album, mais en propose une relecture enrichie par les outils numériques contemporains. Ayant abandonné plusieurs de ses anciens procédés et perdu les pistes originales de certaines pièces, il a dû en recréer des segments, tout en développant notamment le spectre grave de l’œuvre.

Le résultat donne davantage de corps et de profondeur à ces compositions. Sur la pièce-titre, les basses entrent en résonance avec les accords de guitare tandis que les harmonies enfouies font ressurgir les souvenirs d’un été lointain. On pourrait même considérer cette relecture comme la version la plus aboutie de Endless Summer jusqu’à présent.

Lillevan, toutefois, emprunte une voie moins convaincante d’entrée de jeu. Ses images explorent des formes abstraites et des mouvements de matière en suspension, mais leur relation avec la musique demeure souvent ténue. J’aurais aimé y percevoir davantage de finesse dans la manière de réagir aux textures, aux variations et aux intensités de Fennesz : plutôt qu’un véritable dialogue audiovisuel, les projections semblent parfois évoluer en parallèle. La surimposition, utilisée comme motif récurrent, crée de beaux effets de texture, mais son omniprésence limite quelque peu la variété de la proposition.

Il m’a fallu quelques minutes pour me mettre en phase avec cette esthétique, qui ne m’a finalement ni particulièrement séduit ni déplu. J’aurais simplement souhaité que les visuels participent davantage à cette plongée sensorielle et nostalgique que la musique de Fennesz rendait si évocatrice.

Ce contraste pourrait expliquer les applaudissements plutôt timides qui ont suivi. La finesse de l’exécution musicale, profondément liée à l’écoute intime de l’album, semblait demander une attention que la production visuelle, plus axée sur l’impact immédiat, ne parvenait pas toujours à susciter.

 Pour moi, l’expérience demeure néanmoins une magnifique plongée dans les rêveries solitaires que Endless Summer accompagne depuis longtemps.

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électronique / jungle

MUTEK 2026 | A Guy Called Gerald, grand sorcier de la jungle

par Marc-Antoine Bernier

Figure pionnière de la musique électronique britannique, A Guy Called Gerald n’a plus besoin de présentation auprès des amateurs de jungle et de drum’n’bass. Depuis Voodoo Ray, hymne acid house paru en 1988, jusqu’à Black Secret Technology en 1995, l’artiste de Manchester n’a cessé de repousser les frontières des musiques électroniques. 

Pour sa première nord-américaine de Black Secret Technology Reimagined, présentée dans le cadre de la Nocturne 3 de MUTEK à la Société des arts technologiques, il revisite en direct cet album fondateur de la jungle, près de 30 ans après sa parution.

La performance s’ouvre sur So Many Years, morceau inaugural de l’album, ici entièrement ré-imaginé. D’abord relativement détendue, l’introduction laisse progressivement émerger des basses profondes et rapides, tandis que les percussions se multiplient et se désarticulent en une succession de breakbeats énergiques et chaotiques.

Derrière son poste de commande, deux ordinateurs portables et une console de mixage à portée de main, Gerald reconfigure ses morceaux en temps réel dans son format « Live In Session ». À coups de manipulations précises, il déconstruit ses amen breaks et ses jungle chops avant de les réassembler avec une précision presque chirurgicale.

À genoux derrière ses machines pendant toute la performance, sa silhouette frêle et son afro grisâtre lui confèrent l’allure d’un sorcier des rythmes afrofuturistes. Ses vocalisations spectrales, auxquelles il recourt occasionnellement pour s’adresser à la foule, renforcent cette impression de rituel. Mais le véritable pouvoir de Gerald réside dans sa capacité à canaliser l’énergie chaotique de ses rythmes. Incessants, les  jeux de tension et de relâchement provoquent les exclamations d’une foule ensorcelée, engagée du début à la fin.

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électronique / techno / techno minimale

MUTEK 2026 | Cleo Leigh vers la zone profonde

par Julius Cesaratto

J’étais très impatient de découvrir la prestation de Cleo Leigh, après l’annulation de sa participation à Mutek l’an dernier.Figure de proue de la scène musicale électronique de Saint John, Cleo Leigh est le pseudonyme de l’artiste Shauna Gilpin,  à la fois DJ, productrice et performer. L’artiste de Terre-Neuve a également joué un rôle déterminant dans la vie nocturne de sa capitale, soit en participant à la fondation de  lieux emblématiques tels LAVI SÈKS et  STÄMPT. Marquées par l’improvisation sur matériel et la synthèse modulaire, ses performances live transmettent son indiscutable énergie.

En première partie du programme Metropolis 1, elle a présenté la première canadienne de Romance by Design, une improvisation techno live aux vertus hypnotiques, accompagnée de visuels impressionnants. Inspirée par les constructions géométriques de l’architecte Mario Botta, elle laisse l’émotion guider la musique, faisant émerger l’intimité et la tension à travers une conception sonore brute et rugueuse.

Alors qu’elle montait sur scène, des acclamations s’élevaient de la foule grandissante tandis que Gilpin se mettait sans cérémonie au travail. L’amphithéâtre a été submergé par un mur de son, tandis des percussions graves s’insinuent, submergent le tout et créent un sentiment d’urgence à travers cette montée en puissance.

Un écran audiovisuel lumineux brillait de blanc tandis que le son devenait de plus en plus angoissant. La batterie s’arrête par moments. Des extraits sonores dérangent, créent une atmosphère dystopique, chaotique, avec cette basse qui gronde  comme le tonnerre. 

Le set prend toute son ampleur avec ce fond d’écran rouge feu, incendiaire, infernal, pendant que Cléo Leigh se livre  à une improvisation libre et exploratoire, ponctuée d’un défilé clignotements lumineux sur des rythmes saccadés.

Des sons microtonaux nous donnent alors  l’impression d’écouter des cassettes audio avec tout ce ishhh granulaire. Cette techno minimaliste laisse ainsi chaque élément s’exprimer  et s’intégrer au mix en arrière-plan.  Des sons organiques parcourent l’ensemble de la proposition, la grosse caisse finit par prendre le dessus, et le sol tremble sous nos pieds.

Cléo  Leigh s’aventure alors en zone profonde, des accords graves et puissants en expriment la marche, avant que le set ne se conclue  par un arrêt prolongé et grinçant, tel un cœur qui s’éteint.

Photos: Frédérique Ménard-Aubin

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techno / techno expérimentale

MUTEK 2026 | Jeff Mills, maître à l’œuvre dans le cosmos

par Julius Cesaratto

Dans la nuit de vendredi à samedi, le dernier live set du programme Metropolis 1 était sans doute  l’un des plus attendus de Mutek 2026 :  le légendaire Jeff Mills y a présenté en première mondiale son nouveau projet live, Stargate. La file d’attente pour entrer dans la salle s’étendait sur pas moins de deux pâtés de maisons, il fallait être brave et patient pour finalement pénétrer dans le MTELUS.

Le célébrissime  pionnier de la techno de Détroit a présenté sa nouvelle performance, accompagnée d’une ambitieuse proposition audiovisuelle. Le visuel était construit autour du concept  sci-fi de Stargate, cet ancien portail  entraînant ses usagers  vers des mondes lointains, interstellaires, mystérieux. 

L’exploration spatiale est une obsession pour Jeff Mills, et elle s’incarne ici sous la forme d’un trou de ver cosmique : là où le temps se déforme et où les distances colossales s’effondrent, permettant un voyage quasi instantané à travers l’espace. Sur scène, en résultait un son techno minimal, articulé en cinq segments.

Le spectacle s’est ouvert sur la projection d’un carrousel de photos présentant les faits marquants de l’actualité liés à Stargate, en référence au véritable programme homonyme apparemment déclassifié, préparant le terrain pour nous plonger dans ce  thème mystérieux.

Vint le titre  sur grand écran:  Activation : The Journey Begins. Et c’est ainsi que cela a commencé, Mills a alors ouvert le champ sonore avec des sons que l’on peut qualifier d’extraterrestres. L’ambiance était brûlante et intense, à l’image de l’atmosphère qui régnait dans la salle, où la foule se pressait épaule contre épaule dans un amphithéâtre à guichets fermés. 

Des sons stridents résonnaient sur un rythme inquiétant et vaporeux. Des synthés brumeux conféraient un caractère onirique à la proposition. Associées à des sons déformés, ces nappes donnaient l’impression à la foule d’être en suspension,  coincée dans une sorte de purgatoire. Après quoi le maître techno libérait la pression avec un échantillon vocal et un gros « breakdown » ont déchaîné la piste de danse, tandis que la foule hurlait.

Sur scène, des cubes blancs descendaient  pendant que des poutres montaient, ajoutant à l’expérience immersive, idem pour ces  extraits sonores granuleux, idem pour les lasers déployés dans cette prestation cosmique sur le thème de l’espace.   Pendant laquelle, il va sans dire,  un imperturbable  rythme techno 4×4 faisait littéralement bondir la foule.

À un certain moment, la soirée a pris les allures d’une séance d’hypnose, les rythmes percutants étaient illustrés par les images d’un trou de ver spatial, manière 2001 : L’Odyssée de l’espace.

Le BPM a accéléré pour atteindre une frénésie vertigineuse, avant de s’arrêter net pour laisser place à la deuxième partie du spectacle, judicieusement intitulée Gamma Ray Burst. Un grand projecteur  s’est mis à osciller au fond de la scène, baignant la foule d’une lumière stroboscopique violette. La musique nous semblait alors parfaitement adaptée à la bande originale d’un film.

Jeff Mills  a ensuite alterné entre pics et creux d’intensité pendant les trois derniers segments, avant de revenir avec une ligne de basse écrasante. Une spirale hypnotique s’est alors dessinée à l’écran, tandis que des lignes tonales survolaient des grosses caisses étouffées. 

Pius le maître a quitté les platines alors que la foule en redemandait. Après une brève pause, il est revenu d’un pas léger, a repris son poste et relancé le groove, très  tard dans la nuit. Après avoir gratifié le public d’un généreux rappel, il a salué avec élégance et a quitté la scène devenue un musée d’art vivant.

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techno

MUTEK 2026 | Polygonia, ode à la techno texturée

par Léa Dieghi

Je me souviens encore de la pointe de déception qui m’avait traversée il y a deux ans, lorsque j’avais manqué la 15e édition d’Exposé Noir au Belvédère du Centre des sciences de Montréal. En faisant défiler la liste des artistes de ce jour-là – Djrum, Avalon Emerson, DJ Nobu, Pavel Milyakov – , un nom avait particulièrement retenu mon attention : Polygonia. 

Dans mon cercle d’intimes présents ce soir-là, tous s’accordaient sur le même constat : sa performance live avait été remarquable. Connaissant principalement l’artiste munichoise à travers ses productions studio, ses prestations live et les ouï-dire des gens, je suis donc arrivée sur le site avec des attentes particulièrement élevées. La barre était haute. 

Il faut dire que le terrain avait été parfaitement préparé par la prestation d’Istanbul Ghetto Club – un groupe à découvrir d’urgence si ce n’est pas déjà fait. Mais lorsque Polygonia (Lindsey Wang, de son vrai nom) s’est installée derrière les platines, c’est avec l’assurance et l’élégance d’une reine qu’elle a pris le contrôle de la nuit mutékienne.

Pour cette édition 2026 de MUTEK, l’artiste multidisciplinaire allemande doublait les plaisirs : une première apparition en formule live dans le cadre de la soirée Métropolis 1 au MTELUS, puis ce DJ set à l’Esplanade Tranquille. Si ses performances live sont reconnues pour leur sound design complexe et leurs sonorités organiques, ses DJ sets infusent avec autant de rigueur les mêmes particularités esthétiques. Bien sûr, le format DJ set n’offre pas la même liberté de création pure de A à Z, ce qui rend l’exercice en apparence moins conceptuel. Pourtant, on y retrouve immédiatement cette signature « techno texturée » 

Pendant deux heures, Polygonia a investi l’espace urbain en tissant avec précision des ponts entre bass music, breakbeat, IDM et, bien évidemment, techno. 

Son set s’est distingué par une progression linéaire, riche en texture sonore. Là où la répétition aurait pu lasser, Polygonia excelle dans l’art des micro-variations : ce sont les métamorphoses subtiles des textures en arrière-plan, les modulations discrètes et le mixage qui rendent l’ensemble captivant de bout en bout. Elle construit ainsi une architecture sonore hautement immersive, un sans-faute. 

Pour un jeudi soir, la foule avait répondu présent en masse, portée par une réelle énergie collective. Même avec les jambes flageolantes après des heures de danse, impossible de quitter le parvis avant la dernière note. Polygonia a ainsi prouvé qu’il suffit d’une sélection construite avec une minuterie d’horloger pour ainsi  transformer une banale fin de soirée de jeudi soir en expérience électroacoustique des plus nourrissantes.

Photo : Vivienn Gaumand (live set au MTELUS)

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ambient / breakbeat / électronique / hip-hop

MUTEK 2026 | Korea Town Acid & Ajeebsir, la fascination dreamcore

par Marc-Antoine Bernier

Présentée en première mondiale dans le cadre de la Nocturne 2 de MUTEK, Zero Gravity de Korea Town Acid et Ajeebsir transforme la Satosphère de la Société des arts technologiques en un espace suspendu, entre rêve et fascination. Installée à Toronto, Korea Town Acid développe une musique électronique qui navigue entre ambient, hip-hop, breakbeat et jungle, tandis qu’Ajeebsir, artiste en arts numériques basé·e à Montréal, travaille avec des systèmes génératifs et des images en temps réel. 

Leur collaboration prend ici la forme d’une performance audiovisuelle où le son se déploie autour du public et où les visuels cinétiques d’Ajeebsir prolongent la musique à travers des formes abstraites, des distorsions numériques, des textures fluides.

Dès les premières minutes, Zero Gravity m’a complètement fasciné. La performance exploite avec une grande justesse le sens de l’espace propre à la Satosphère : on se retrouve visuellement projeté dans un ciel rosé, entouré de nuages, puis plongé sous l’eau au milieu de poissons et de tortues. Des formes abstraites évoquent parfois un oiseau métallique ou une créature synthétique, tandis que les mouvements fluides de la matière donnent l’impression d’être constamment en suspension. 

L’esthétique puise manifestement dans une nostalgie d’Internet et des jeux vidéo des années 1990 et 2000, avec quelque chose du dreamcore et du liminal gaming. Les paysages naturels y côtoient les textures numériques, comme si un souvenir d’un monde virtuel oublié reprenait vie devant nous.

À chaque changement de paysage, les regards se lèvent simultanément vers le dôme et des exclamations parcourent l’auditoire fasciné. Korea Town Acid, particulièrement énergique derrière ses contrôleurs, nous semblait d’ailleurs donner l’impulsion aux transformations visuelles d’Ajeebsir, plus concentré·e sur les images et leurs mouvements.

À mesure que la performance évolue, l’émerveillement initial décline. Le dernier bloc, plus ambient et cinématographique, mise davantage sur la relation entre l’image et le son. Des formes organiques aux longues tiges souples se déploient lentement dans l’espace, évoquant des plantes grimpantes qui s’élèvent et s’enroulent autour de leur environnement à la recherche d’un point d’appui. La spatialisation sonore, parfois très marquée mais souvent discrète, renforce cette sensation d’immersion, sans toutefois  chercher à s’imposer.

Ce qui était au départ une fascination partagée par toute une salle s’est ainsi transformé en expérience beaucoup plus intérieure. L’apesanteur n’était plus seulement autour de nous, elle semblait s’installer en nous.

Crédit photo: Frérérique Ménard-Aubin

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électronique / instruments inventés

MUTEK 2026 | Electronicos Fantasticos, divertissement garanti!

par Alain Brunet

À Tokyo, l’informaticien et compositeur électro Ei Wada pilote depuis 2015 le projet Electronicos Fantasticos!, dont l’objet est de recycler des objets du quotidien pour en faire des instruments électroniques fonctionnels destinés à l’enregistrement et à la scène. Mission accomplie : dans le contexte de Nocturne 2, le set live du quartette nippon a accroché des sourires à toutes les lèvres présentes à la SAT, dans la nuit de jeudi à vendredi.
La récupération d’objets du quotidien et leur transformation en instrument de musique est une pratique connue, notamment en République Démocratique du Congo avec quelques groupes connus interntationalement (Staff Benda bilili, etc,) , mais la confection d’instruments électroniques l’est moins … ou pas du tout.
Le quartette japonais est donc pionnier en ce sens, es artistes impliqués en font un spectacle dynamique et consensuel, présentable dans tous les contexte, de gauche à droite sur l’éventail des perceptions.
L’heure passée avec Electronicos Fantasticos est à la fois intense pour le corps et légère pour la caboche. Car il s’agit ici d’un pur divertissement, chorégraphié, scénographié, immersif dans sa proposition audiovisuelle, très dynamique du tout début jusqu’à la toute fin. Les musiciens s’y présentent costumés, flamboyants. Leurs instruments sont de beaux objets en plus d’être spectaculaires, ça rutile de tous bords tous côtés, on s’éclate, on s’amuse, on se divertit.
Rien n’est laissé au hasard, l’auditoire en a plein la gueule et n’a pas une seconde pour réfléchir à la nature de la proposition. On se fend la gueule à contempler ce téléviseur, ce ventilateur, cet éclairage domestique et autres cossins transmutés. Outres la proéminence pop de la propositon, on observe au passage d’infimes références folkloriques de l’Asie, mais bon c’est loin d’être l’essence du propos.
D’un point de vue strictement compositionnel, cette synth-pop forte en rythme n’a rien de sorcier, correcte mais pas vraiment top pour le casque d’écoute. Cela étant dit, l’ajout visuel est déterminant, tant et si bien que la performance sur scène fédère assurément les foules festives. À minuit, entre jeudi et vendredi, qui veut vraiment se prendre la tête et se nourrir de concepts lourds ? Inutile de répondre, c’est le temps de rigoler et ce numéro de cirque électro est approprié, on ne peut plus efficace.

Crédit photo: Vivienn Gaumand

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bass-music / breakbeat / électronique / IDM / techno

MUTEK 2026 | Le live set de Polygonia richement garni

par Julius Cesaratto

La productrice munichoise Polygonia a présenté son set live au Metropolis 1 du Mutek. Les festivaliers, visiblement enthousiastes, faisaient la queue autour de cette salle mythique, impatients de découvrir le programme richement garni de la soirée, et Polygonia n’a certainement pas déçu.

Résidente du vénéré club BLITZ, qui fermera bientôt ses portes, elle s’est forgé une réputation grâce à un son iconoclaste qui navigue librement entre la techno, la bass music, le breakbeat et la house.

Elle adopte une approche intéressante et audacieuse de l’IDM, sans jamais se cantonner à un style musical précis. Sa formation aux instruments acoustiques transparaît dans une musique qui échappe aux étiquettes strictes, mêlant des influences issues de différentes cultures et de divers genres pour créer quelque chose qui lui est propre. La nature façonne discrètement l’ambiance sous son son méditatif.

Elle a ouvert le bal par une sérénade de voix filtrées, tandis que des lueurs d’un violet profond inondaient la piste et le balcon, avant d’enchaîner en douceur vers des sons et des rythmes pulsés. Le tempo est resté soutenu pour la foule compacte, porté par des patterns de batterie groovy aux accents industriels.

Elle a captivé le public avec un groove contagieux et hypnotique. Une montée en puissance atmosphérique a suscité une salve d’applaudissements, avant de laisser place à une basse percutante et endiablée. Tout au long de son set, Polygonia a fait bouger une piste de danse frémissante et absolument bondée.

Elle a conclu sur des notes résonnantes et dramatiques avant de quitter la scène sous une pluie d’applaudissements. Un moment fort précoce d’une soirée qui réservait encore bien d’autres surprises.

Crédite photo: Vivienn Gaumand

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électronique

MUTEK 2026 | Art Saves, ou la survie urbaine entre tradition et décharge industrielle

par Léa Dieghi

Changement radical d’atmosphère pour la deuxième prestation de la soirée Expérience 4, Esplanade Tranquille, avec l’arrivée sur scène d’Art Saves. Partageant sa vie entre Vancouver et Téhéran (dont il est originaire), cet artiste actif depuis près de quinze ans a évolué au sein de la scène underground iranienne, bravant les restrictions strictes imposées aux rassemblements festifs. De ce parcours autant politique que sensoriel découle une œuvre tiraillée entre l’urgence de créer et la quête d’une identité authentique, nourrie par un héritage culturel en constante évolution.

Pour MUTEK, l’artiste offrait en première mondiale la version live de son nouvel album, Survival of the Weakest, une création complexe bâtie à partir d’échantillonnages et de synthétiseurs.

Si le concert s’amorce calmement dans un vrombissement de drone, le paysage sonore se charge très vite de textures métalliques et hautement industrielles. Le travail électroacoustique d’Art Saves joue habilement entre le sacré et le moderne : des timbres d’orgues et de cloches se mêlent à des modulations synthétiques incisives. À l’inverse de la poésie radiophonique de Vivian Li, les field recordings d’Art Saves prennent la forme de narrations brutes enregistrées au dictaphone, offrant une perspective beaucoup plus rugueuse et urbaine de l’ambient.

Au fil des minutes, la composition se déconstruite, portée par des lignes de basse profondes, du glitch et des synthétiseurs étirés. Le morceau quitte progressivement l’ambient pour frôler les territoires de la dub techno et du minimalisme. La dynamique gagne en percussion, adoptant même des motifs rythmiques empruntés à l’afrobeat. Le tempo ralentit, s’interrompt, puis repart de plus belle sous le choc de hi-hats frénétiques et de sous-basses profondes.

En vivant cette performance, le choix du titre Survival of the Weakest prend tout son sens : c’est l’illustration du calme avant la tempête, le récit d’un individu devant évoluer au cœur d’un environnement urbain et industriel en constante mutation. Un être parfois dépassé par le fracas du monde et le rythme des autres, mais qui choisit, malgré tout, d’avancer.

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expérimental / contemporain

MUTEK 2026 | Vivian Li, nostalgie des souvenirs et du temps suspendu

par Léa Dieghi

Après les envolées hypnotiques des soirées précédentes, le volet gratuit du festival MUTEK proposait ce jeudi 27 août une traversée sonore aux accents plus personnels et narratifs. Entre la poésie contemplative de Vivian Li et la première mondiale percutante d’Art Saves, le public de l’Esplanade Tranquille a assisté à deux visions fascinantes – et parfaitement complémentaires – de ce que peut être la musique ambient aujourd’hui.
Il y a un an, j’avais eu le privilège de m’entretenir avec Vivian Li lors d’une entrevue téléphonique alors qu’elle voyageait en Chine, son pays d’origine. Au cours de cet échange d’une rare générosité, elle m’avait confié concevoir la musique comme une forme pure de poésie : une tentative de livrer un récit intime, ancré dans le filtre de ses propres souvenirs. Entre Montréal et la Chine, son travail gravite constamment entre différentes temporalités et spatialités, au croisement de ses racines et de son présent.
C’est donc avec un plaisir renouvelé que je l’ai retrouvée en ouverture de soirée. Installée derrière un bureau garni de fleurs et d’un ensemble de synthétiseurs, l’artiste a pris le temps d’adresser quelques mots chaleureux et empreints de gratitude au public avant de lancer une scénographie mise au point à la toute dernière minute.
Sa prestation a débuté tout en douceur, enveloppant l’Esplanade de nappes synthétiques atmosphériques qui n’étaient pas sans rappeler la sensibilité de pionniers comme Vangelis. Rapidement, une boîte à rythmes est venue marquer le temps à la manière d’un métronome réconfortant, évoquant des bribes de souvenirs d’enfance, des bandes sonores de jeux vidéo mythiques tels que Zelda aux compositions féeriques des films du Studio Ghibli.
Jouant lentement du piano par-dessus cette architecture sonore, Vivian Li a plongé la foule dans un temps suspendu contemplatif. Vers le milieu de sa performance, elle a déployé l’élément central de sa démarche : l’usage de field recordings. Modifiés et montés avec soin, ces enregistrements environnementaux grésillent comme une fréquence radio ou une télévision ancienne cherchant son signal, tissant un récit auditif captivant qui se déroule directement dans nos oreilles plutôt que sous nos yeux.
Au bout d’une cinquantaine de minutes d’une grande délicatesse, son œuvre s’est éteinte un peu comme elle avait commencé, s’évaporant dans le souffle long et atmosphérique de son synthétiseur. Vivian Li a ensuite repris le micro une dernière fois pour remercier chaleureusement le public, avant de s’effacer discrètement, laissant derrière elle un groupe de spectateurs conquis.

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ambient / expérimental / contemporain / minimaliste

MUTEK 2026 | Kali Malone, minimalisme extrême… élévation

par Alain Brunet

Très peu d’accords au menu de chaque oeuvre, environ 3 à  5. Certaines harmonies s’étirent même pendant de très longues secondes. Que ressent-on de la musique de Kali Malone ? L’effet d’une méditation, d’une prière païenne, d’un bourdon qui apaise l’esprit. Une élévation.

Le choix des accords est excellent, des harmoniques graves s’en dégagent, des ondes intrinsèques à l’harmonie génèrent de minuscules variations qui en enrichissent la texture. Les harmonies consonantes ne peuvent agresser personne lorsque jouées si paisiblement. 

En ce jeudi soir à la Maison symphonique, série X/Visions 1, le public mutékien approfondit  sa connaissance de l’orgue, cet ancêtre à tuyaux du synthétiseur dont l’objet initial était d’évoquer toutes les machines issues des époques précédentes:  les instruments acoustiques. Conçu pour la Maison symphonique, le Grand Orgue Pierre-Béique est l’instrument idéal pour s’y plonger, on parle ici de quasi perfection dans la facture.

Kali Malone, musicienne de Denver ayant fait à Stockholm ses études électroacoustiques au Collège Royal de Musique, a sûrement beaucoup réfléchi pour oser un minimalisme aussi extrême: ne presque rien à jouer avec les doigts, quelques accords plaqués, répétition du cycle de ces accords, fin. Pour ce programme, en fait, tout se passe dans les réglages de l’orgue. 

On peut alors se poser la question:  pourquoi faire si peu ? Ou encore se poser celle-ci: que peut-on faire avec si peu ?

Kali Malone répond brillamment à la deuxième. La réverbération, les subtilités incluses dans les harmonies, l’acoustique inhérente de la salle, l’ambiance propice au recueillement, l’atteinte de l’effet ambient, tous ces facteurs concourent au ressenti d’une élévation.

Prises individuellement, ces pièces au programme ne passeront peut-être pas à l’histoire mais, chose certaine, Kali Malone a trouvé un filon qu’elle n’a certes pas fini d’exploiter.

crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin

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MUTEK 2026 | Kara-Lis Coverdale pour piano, pour cordes… et pas pour orgue

par Ariel Rutherford

Ce soir, la première sélection de la série X/VISION, présentée à la Maison Symphonique, fait la part belle à l’acoustique avec des prestations de Kara-Lis Coverdale et Kali Malone, deux figures majeures de la composition actuelle.

Je dis acoustique, on pas simplement parce que les instruments le sont : piano, ensemble à corde, orgue, mais parce que les propriétés du son en soi, jeux de timbre et de tonalité, sont au cœur de l’approche des compositrices respectives. Je m’attarderai ici sur l’offrande de Kara-Lis Coverdale.

Il me faut malheureusement commencer par une déception : si la performance annoncée devait combiner piano, orgue et ensemble à cordes, point d’orgue. Problème technique, problème de communication, autre chose? No sé. 

C’est bien dommage. L’occasion de faire se rencontrer l’œuvre à l’orgue de deux compositrices aux approches résolument minimalistes, et pourtant clairement distinctes, était pour moi l’un des attraits majeurs de la soirée promise.

La performance de Coverdale s’est donc découpée en une première partie au piano, et une deuxième avec un octuor à corde dirigé par elle-même.

La première partie fût un ensemble de nocturnes tirées de l’album A Series of Actions in a Sphere of Forever . Résolument minimalistes, celles-ci m’évoquent certaines des compositions impressionnistes de John Cage, telles que « Dream » ou « In a Landscape ». Assise au piano, Coverdale nous a présenté de belles pièces, situées à la frontière de l’ambient, construites autour de motifs mélodiques simples et des contrastes marqués de tonalité, laissant longuement s’étirer les notes pour mettre en exergue la facture sonore inhérente au piano. J’aime assez ces compositions, qui font la part belle au presque silence. Il me faut cependant avouer que, sur scène, en l’absence des effets de captation et des effets numériques propres à l’album dont elles sont tirées, subtiles mais cruciaux, il me manquait quelque chose. 

Mon ressenti est similaire pour la seconde section consacrée aux cordes, présentant ce que je crois être des pièces inédites de Kara-Lis Coverdale, qui n’ont pas été nommées. La compositrice à ici présenté une maîtrise certaine de la superposition des voies instrumentales, tirant des 8 instruments des drones riches harmoniquement, offrant un contre-pied plaisant au minimalisme dénudé du piano. 

Malgré tout, je suis resté sur ma faim.

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