afro-antillais / Antilles / Caraïbes / gwo-ka / soul

Francos 2026 | Malaka, entre soul, folk et héritage caribéen

par Sandra Gasana

Une des découvertes de cette première fin de semaine des Francos est sans aucun doute le duo de sœurs françaises aux origines guadeloupéennes Malaka. Formé par Sasha et Laurina, ce groupe a clôturé sa petite tournée dans la province québécoise au Pub des Brasseurs des Francos.

Avec leurs voix distinctes mais complémentaires à la fois, elles interagissent merveilleusement bien sur scène avec une complicité touchante. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser au duo Ibeyi, ces sœurs jumelles franco-cubaines basées en France, en découvrant leur univers. Avec leur percussionniste Timothée Faure, elles parviennent à nous faire plonger dans la douceur de la soul et folk ainsi que vers des sons plus rythmés et percussifs caribéens.

L’une joue de la guitare, l’autre de la basse, qu’elles échangent par moments, ce qui rajoute à leur versatilité. C’est avec « Malaka Maï » qu’elles ont choisi d’ouvrir le bal.

« J’aime aller vite avec les gens que je ne connais pas, je vais danser pour vous », nous avertit Sacha avant de chanter et danser autour de sa sœur et autour de la scène. Leur plus récent EP Mang inclut de l’anglais, du français et du créole avec des thèmes allant de l’identité à l’acceptation des racines.

La calebasse de Timothée s’invite sur quelques morceaux, mettant ainsi l’accent sur les sonorités caribéennes pendant que le public est appelé à contribution en faisant des bruits d’oiseaux durant une des chansons.

Elles ont joué un morceau de leur premier album Maï, intitulé « Tino » mais c’est surtout pendant le morceau « Ulo » sur lequel elles ont collaboré avec la chanteuse et musicienne brésilienne Flavia Coelho que le public s’est rapproché de la scène pour danser. D’ailleurs, les festivaliers ont même eu droit à un cours de zouk, avant de terminer avec une portion de danse sur fonds de gwoka, en guise de clôture du spectacle, le tout avec une excellente mise en scène.

Retenez bien ce nom puisqu’on risque d’en parler dans les années à venir.

Crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin

Francos 2026 | Adib Alkhalidey, l’énergie vitale de Plexus Lunaire

par Simon Gervais

Adib Alkhalidey présentait hier aux Francos de Montréal les pièces de son plus récent album, Plexus Lunaire, réalisé par Dominique Plante, également connu pour son travail sur Dogue d’Ariane Roy. L’artiste a confié avoir ressenti une certaine anxiété dans les jours précédant le spectacle. La météo menaçante et les nombreux imprévus possibles occupaient ses pensées. Finalement, ce sont plutôt la chaleur estivale et les culottes courtes qui étaient au rendez-vous.

Si le grand public connaît d’abord Alkhalidey comme humoriste, c’est pourtant en musicien pleinement investi qu’il s’est présenté sur scène. Porté par une présence magnétique, il a livré les compositions de Plexus Lunaire avec une intensité constante. Sa voix, ses silences et son interprétation donnaient du poids à des textes réfléchis et immersifs qui explorent autant l’intime que le collectif.

Les émotions qui traversent l’album ; colère, indignation, anxiété, perte de repères et moments se rapprochant d’une crise de nerfs, prennent une dimension encore plus palpable en concert. Les chansons abordent des questionnements identitaires, sociaux et géopolitiques sans jamais perdre leur ancrage humain. Chaque pièce semble construire son propre univers avant de culminer dans des montées dramatiques particulièrement efficaces.

La foule a accueilli la prestation avec enthousiasme et bienveillance, réagissant autant à la pertinence des propos qu’à la force des compositions. Une performance dense et sincère qui a confirmé la capacité d’Adib Alkhalidey à captiver son public bien au-delà de son parcours en humour.

Crédit photo: Benoît Rousseau

chanson française

Francos 2026 | Laurent Voulzy: un moment de grâce

par Michel Labrecque

Les Francos ont de la suite dans les idées: un an après la venue d’ Alain Souchon, accompagné de ses fils, c’était au tour de son comparse et compositeur, Laurent Voulzy, de se présenter au public montréalais, à 77 ans, après une longue et riche carrière.

Voulzy est, de loin, le compositeur français le plus anglophile, adepte des Beatles, des Beach Boys et de Simon & Garfunkel depuis son adolescence et malgré ses origines guadeloupéennes, de par sa mère. D’abord et avant tout, Laurent Voulzy est un mélodiste exceptionnel, doublé d’un arrangeur et musicien au-dessus des normes.

Bien que n’ayant rien de neuf à proposer, musicalement, Voulzy nous a présenté un spectacle magnifique, avec des chansons réarrangées avec un souci du détail qui frôlait la perfection.

Mariant les chansons plus connues, comme My Song of You et Coeur Grenadine et d’autre moins connues, comme Ma Seule Amour et Le Rêve Du Pêcheur, assorties de très longues présentations, durant lesquelles il a rendu de longs hommages à Alain Souchon, son « frère ». Souchon écrivait des textes, Voulzy faisait des musiques, une complicité qui dure depuis un demi-siècle.

Laurent Voulzy était accompagné d’un quatuor de musiciens étonnant: quand le batteur électronique Mederic Bourgue délaisse les percussions pour enfourcher un violoncelle; Karen Brunon alterne entre le violon, la harpe celtique et  la guitare électrique. Le pianiste et claviériste Michel Ansellem est d’une versatilité hallucinante. Le bassiste Olivier Brossard complétait la formation. Tous chantaient et contribuaient aux harmonies vocales, qui sont aussi une obsession de Voulzy. Digne de Crosby, Stills & Nash.

Nous avons eu droit à des arrangements d’une finesse exceptionnelle. Il faut ajouter Laurent Voulzy, un guitariste digne de Paul Simon, qui a utilisé une dizaine de guitares durant ce concert de deux heures et demie. Il s’est même permis d’improviser sur des congas sur un air de calypso en hommage à sa mère.

Pour un geek de musique comme moi, qui n’attendais rien de particulier de ce concert, ce fut un plaisir formidable. Un tout petit bémol: j’aurais aimé qu’il nous fasse entendre des chansons de Belém (2017), son album le plus brésilien. Ce n’est pas arrivé.

Évidemment, il fallait qu’on entende Rockcollection, son premier grand succès et quelques souchonneries comme La Fille D’avril ou Foule Sentimentale, « une des rares dont je n’ai pas fait la musique » a-t-il dit avec une douce ironie.

Mais j’ai préféré Le Soleil Donne, un discret hymne anti-raciste qui affirme que « Le Soleil donne la même couleur aux gens », chantée en anglais espagnol et français. Avec une mélodie digne de Sir Paul McCartney.

Cette fête s’est terminée sur une interprétation de Je reviendrai à Montréal, de son ami Charlebois. Et Paradoxal System, une pépite Voulzéenne des années 90.

Quelqu’un lui a emmené un drapeau du Québec, qu’il a brandi devant le public, qui était totalement rassasié.

Crédit photo: Victor Diaz Lamich

Antilles / Caraïbes

Francos 2026 | Le RnBouyon de Fallon conquiert Montréal

par Sandra Gasana

Contrairement au concert de Kassav’ où toutes les générations étaient représentées, le public venu voir Fallon était principalement jeune. Cette artiste originaire de la Guadeloupe et de la Martinique semble avoir un fan club à Montréal. Et selon ma nièce, qui est dans la vingtaine, c’est surtout sur Tiktok qu’elle s’est fait connaitre.

Accompagnée d’un DJ venu mettre l’ambiance et qui jouait les instrumentaux sur lesquels elle posait sa voix, Fallon nous a déployé son RnBouyon, un style qu’elle a contribué à populariser, un mélange de RnB et de bouyon, très populaire dans ces deux îles des Antilles françaises.

 Vêtue d’une robe noire moulante, elle a joué ses titres les plus connus, entre autres « Normal », qui a dépassé 9 millions de streams, et « Memories », avec plus de 7 millions de streams. Elle collabore également avec d’autres artistes, comme Ronisia sur le titre « FAKE WOMAN (Et alors ?) ».

On voyait des drapeaux de la Guadeloupe et Martinique dans le public, au grand plaisir de l’artiste. « C’est la première fois que je viens ici. Je suis venue juste pour vous ! » annonce-t-elle. Elle a également inclus une reprise de « Thinking Bout You », de Frank Ocean qu’elle a mise à sa sauce. Certaines de ses chansons se ressemblaient un peu à mon goût, probablement à cause du même rythme bouyon qu’on y entend, mais dans l’ensemble, le public semblait satisfait du résultat.

Nous avons même eu droit à une exclusivité avec une toute nouvelle chanson enregistrée en studio la semaine dernière, dont le titre semble être « Deux minutes ».

« Je suis fière de ramener le RnBouyon de l’autre côté de l’Atlantique », admet-elle avant de jouer « Bout du monde », un morceau qu’elle a réalisé avec Nono La Grinta, avec des accents de trap. En plein concert, un festivalier lui a lancé son cellulaire sur la scène pour un selfie.

Les danseuses ont eu la chance de déployer leur talent durant le show pendant que le DJ ambiançait la foule. C’était une belle façon de terminer la première soirée des Francos, tout en restant dans le thème des Antilles françaises, après Kassav’.

Crédit photo: Productions Novak

Antilles / Caraïbes / zouk

Francos 2026 | Kassav’ prouve que le zouk n’a pas pris une ride

par Sandra Gasana

Les Francos ont réussi leur pari en décidant d’ouvrir cette édition avec le groupe mythique Kassav’ qui a popularisé le zouk. Avec des images du regretté Jacob Devarieux qui défilaient sur un écran, c’est ainsi qu’ils ont voulu lui rendre hommage, lui qui nous a quitté en 2021. Ce sont cinq chanteurs, incluant Jocelyne Béroard, et six musiciens qui ont envahi la scène Rogers, sous une chaleur accablante. Vêtue d’une longue tunique brillante bleue, Jocelyne sortait du lot avec sa voix qui n’a pas perdu de son intensité. Malgré ses 71 ans, elle parvient à faire des chorégraphies parfois exigeantes, sans trop de soucis. Cela dit, grâce à ses choristes, elle parvient à prendre quelques pauses durant le spectacle, reprenant des forces pour ce qui allait suivre.

Le groupe Kassav’ se réinvente en incluant une nouvelle génération au sein de ce collectif, le rendant par moments plus africanisé que créolisé. Pas de pause entre les morceaux, ou presque pas, puisqu’ils avaient 90 minutes pour mettre le feu à la place des Arts. Une parfaite façon de commencer l’été et d’ouvrir la saison des festivals.

Nous avons eu droit à un moment percussif entre le batteur et le percussionniste qui dialoguaient avec leur instrument. Cela a permis aux autres musiciens et chanteurs de sortir de scène pour souffler avant de revenir pour la 2ème partie. Une jeune fille dans la vingtaine qui était à côté de moi semblait connaitre toutes les paroles du répertoire, un indicateur de l’impact de ce groupe sur toutes les générations.

Jocelyne a pris la parole qu’une seule fois pour donner les instructions à la foule sur les passages à répéter alors que les solos de guitare et basse ont particulièrement plu à l’audience. Parmi les classiques, nous avons eu droit à « Kolé séré », « Rété », « Siwo », « Kay-manman », mais en mode medley.

Bien entendu, ils ne pouvaient pas terminer sans LA chanson « Zouk la sé sél médikaman nou ni », qui nous rappelle l’unique voix de Jacob Devarieux. Il n’était peut-être pas avec nous sur scène mais il semblait être présent en esprit tout au long de ce spectacle. Un hommage bien mérité.

Crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin

période romantique

Classica 2026 – Trop chaud et humide pour Schubert, et les instruments

par Frédéric Cardin

Il faisait chaud et humide mercredi soir dernier à l’église Sainte-Famille de Boucherville. Remarquez, j’ai déjà vu pire, mais n’empêche… Le concert qui y était donné nous promettait de beaux moments de musique, avec de jeunes interprètes de premier plan : le violoncelliste Cameron Crozman, la violoniste Chloe Kim et la pianiste Meagan Milatz. Crozman et Milatz, je vous en ai déjà parlé. Il et elle sont excellents. Chloe Kim, je ne l’avais jamais entendu auparavant. 

Au programme, les deux merveilleux Trios pour piano de Schubert. Pour l’occasion, on nous les présentait sur instruments d’époque : un pianoforte de 1826 (contemporain de Schubert, donc) et un violon périodiste. Seul le violoncelle de Crozman demeurait moderne, mais avec des cordes en boyaux plutôt qu’en métal. Un son plus feutré, donc. 

Il faut comprendre quelque chose sur ces instruments (et les cordes en boyaux) : ce sont des petites bêtes très fragiles. Bien plus que leurs descendants modernes. Ces choses se désaccordent à rien, en plus d’avoir moins de puissance de projection. Et quand il fait chaud et humide, devinez-quoi, c’est pire. 

Résultat : le concert a fini par ressembler à un combat de tous les instants des interprètes pour donner de l’ampleur à leurs phrases et, surtout, à conserver leur justesse tonale. C’est moins vrai du pianoforte, dont la mécanique est plus résistante, mais pour le violon et le violoncelle, c’est autre chose. Ne connaissant pas Chloe Kim, je ne peux témoigner de ses aptitudes habituelles, en termes d’intonation. Elle est réputée excellente, et a joué avec Rachel Podger, Monica Huggett, Masaaki Suzuki, William Christie and Les Arts Florissants, et d’autres de ce calibre. Ces gens ne peuvent se tromper dans leur évaluation de partenaires de jeu. 

Ce que je peux dire, uniquement, c’est que les problèmes de justesse du violon hier soir étaient récurrents. Quelle part de la faute au violon et à l’interprète? Je refuse de me prononcer. Si je compare avec le violoncelle, ce dernier est apparu beaucoup moins fautif. En vérité, presque jamais. Il faut dire que, connaissant Cameron, je sais que c’est un musicien d’une exceptionnelle qualité. A-t-il eu plus d’aisance à compenser les conditions atmosphériques? Ses cordes étaient en boyau, mais son instrument demeure moderne, plus résilient. 

J’ai pris beaucoup de temps pour cette explication introductive, mais je pense que la mise en contexte était importante, car je devine que les musiciens en présence ont offert le meilleur d’eux et elles-mêmes. 

Ainsi, en faisant abstraction de la question d’intonation, les trois artistes ont démontré un jeu d’ensemble très solide, avec des constructions narratives vibrantes de naturel et de conviction. Crozman nous a offert de superbes lignes solaires dans les expositions des premiers mouvements des deux trios. Il a aussi chanté avec énormément de force émotive la fameuse mélodie de l’Andante du Trio no 2 en mi bémol, reprise avec une attention délicate et très expressive dans l’Allegro moderato final

Chloé Kim a démontré d’heureuses aptitudes techniques, s’exprimant avec beaucoup de clarté, même si je m’ennuyais un peu de l’éclat enveloppant d’un instrument moderne (je pense par exemple à Isabelle Faust, dans un magnifique enregistrement live). 

Cela dit, c’est Megan Milatz qui m’a particulièrement ravi. Ceux et celles qui l’ont déjà entendue ailleurs à Montréal (comme dans un concert HausMusique au 9e étage du Centre Eaton, par exemple), savent à quel point son jeu est d’une précision remarquable, tout en conservant une aisance plastique qui lui permet de faire danser n’importe quelle ligne chirurgicalement organisée. La jeune dame était en grandes dispositions hier, et nous a donné des passages précieux, sur un instrument particulier, un pianoforte anglais de marque Boradwood. 

Ouvrons ici une parenthèse sur cet instrument. Au début du 19e siècle, il y avait différents facteurs de pianofortes (ancêtres du piano moderne). Chacun avait son style de fabrication. On distingue principalement deux modèles : Anglais et Austro-allemand. Les Anglais (dont Broadwood) avaient une architecture plus robuste et des détails de construction (cordes, types de coussinets sur les marteaux, etc.) qui donnent encore aujourd’hui des machines sonores avec un son plus rond, moins lumineux, que leurs cousins germaniques. 

L’utilisation d’un modèle Broadwood était une expérience ‘’intéressante’’, selon les mots mêmes de Cameron Crozman en introduction de concert. Surtout parce que ce n’est pas le type d’instrument que Schubert aurait utilisé. 

L’expérience a été en effet intéressante, et j’imagine peu d’artistes qui auraient pu faire aussi bien que Meagan Milatz dans l’apport de couleurs et d’expressivité à cette musique qui résonne habituellement d’une manière plus radieuse avec un instrument d’époque austro-allemand ou carrément moderne. L’instrument lui-même, une propriété du mécène Jacques Marchand, si j’ai bien compris, est de toute évidence excellent. 

Cela dit, je ne suis pas convaincu que j’ai envie de réentendre cette musique avec ce genre de modèle sonore. La ‘’brume’’ entourant le discours pianistique (expression de Meagan Milatz elle-même) finit par créer un manque. On s’attend à une présence plus affirmative de l’instrument dans le récit complexe et étoffé construit par Schubert. Elle n’est pas là. L’instrument s’efface trop facilement. 

Conclusion : je suis sorti en me disant que j’avais très envie d’entendre ces artistes jouer le même programme soit dans une salle climatisée, soit sur instruments modernes, soit les deux. 

rap français

Francos 2026 | Orelsan, LA tête d’affiche de la francophonie cette année à MTL

par Alain Brunet

Affublé d’un jersey du CH au numéro 85 de l’estimé hockeyeur français Alexandre Texier (évidemment), prisonnier d’une armure débusquée du Japon ancestal à la nôtre ou encore vêtu en toute normalité, Orelsan a fait cette démonstration : être devenu la plus importante tête d’affiche venue de France en 2026. En ce jeudi de Francos 2026, dans un Centre Bell peuplé de 8000 fans montréalais, majoritairement d’origine française si on se fie à ses oreilles, Orelsan a assurément triomphé.

Huit années se sont écoulées depuis son passage remarqué dans un amphithéâtre moins fourni que celui de jeudi. Deux décennies de progression scénique l’ont mené à un show d’aréna en bonne et due forme, avec projections 3D, chroégraphies de ninjas, multiples évocations japonaises dans les décors de scène, on en passe. Le temps a passé avec Perdu d’avanceLe chant des sirènesLa fête est finie et Civilisation, dont il reprend quelques classiques mais surtout les titres de La fuite en avant, son plus récent sorti en 2025 – Plus rien, Ailleurs, Boss…

Le spectacle évoquait aussi plusieurs extraits de Yoroï , film dont il a participé à la coscénarisation. Réalisé par David Tomaszewski, ce film met en scène la migration d’Aurélien (Orelsan) et de sa femme enceinte. En pleine rénovation, le personnage principal débusque une armure ancestrale qui déclenche le retour des Yokaïs, étranges créatures qui hanteront la maison et leurs occupants. L’exploration du puits de la maison le mènera aussi à de sombres découvertes, à la lisère du fantastique ou de l’horreur. Il enchaînera alors Pour le pireJimmy PunchlineÀ l’heure où je me coucheLa pluieRêves bizarres.

Scènes de combat, scène de danse, scène de provocation sympathique lorsque le rappeur-auteur se met à dénigrer le Keb sans identité, ni Français ni Nord-Américain, dont il n’arrive pas à comprendre l’accent des huées. Excellent haha!! Parfait enchaînement pour Sama, qui incarne le côté sombre de l’auteur et se rit de tous les travers du mode de vie parisien.

Des bémols? Le flow d’Orelsan le rappeur est OK, sans plus, la voix d’Orelsan le chanteur est très moyenne, comme c’est le cas d’une majorité de rappeurs qui finissent immanquablement par faire de la soul-pop afin d’étendre leur rayonnement.

Les qualités de cet artiste ne sont pas là : Orelsan est d’abord un écrivain, communicateur, scénariste, parolier brillant et réaliste, plus proche en fait de la littérature que de la musique, observateur lucide de son époque, auteur en macro ou en micro, très drôle par moments, fin descripteur de son couple, de sa paternité et de son cercle immédiat, mais aussi peintre de l’universel et bâtisseur d’un refuge salvateur dans une séduisante fiction à saveur asiatique.

Orelsan n’hésite pas à incarner les travers masculins et aussi la vulnérabilité masculine de notre temps, il danse bellement sur la clôture qui sépare la réalité de la fiction. En conférant à sa pensée un cadre hip-hop avec attitude rock (4 musiciens sur scène avec lui), Orelsan devient une figure majeure de l’expression populaire et francophone sur cette petite planète.

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classique / klezmer / période romantique

Classica 2026 | Jorane et Oktopus: unir les couleurs

par Ariel Rutherford

Avec mon père, on arrive un peu fesses. Le concert débute à 09h30, nous prenons place sur les bancs de l’église Sainte-Famille à 09h25.  En attendant que débute le spectacle, nous admirons le plafond peint de la nef. C’est une merveilleuse petite église où s’apprête à prendre place Rêvance sans paroles, une collaboration inédite entre la compositrice-interprète Jorane et l’octuor Oktopus. 

Je ne sais pas trop à quoi m’attendre : Oktopus se spécialise dans la tradition musicale de l’Europe de l’Est, fusionnant musiques folkloriques et compositions classiques, tandis que Jorane offre à découvrir un univers tout contemporain, planant, où le chant dénué de mots devient une pure texture sonore. Le mélange pouvait s’avérer risqué.

C’est jorane qui ouvre le bal, avec son violoncelle et son chant iconoclaste, pour interpréter une de ses compositions. Rien à redire sur la performance, mais notons cependant un problème technique qui perdurera sur la durée du spectacle : peut-être un problème de câble, mais par moment le micro du violoncelle laisse entendre des grésillements. Pas de quoi gâcher le concert, mais un bémol néanmoins regrettable. 

C’est ensuite le tour d’Oktopus de saisir la scène et de nous embarquer immédiatement dans un déluge klezmer jouissif, donnant envie de taper du pied. 

Après avoir ainsi établi leurs langages respectifs, c’est sur des morceaux communs, que la collaboration Oktopus/Jorane vient pleinement se révéler. Il me faut avouer que la formule chant abstrait/violoncelle de Jorane n’est pas tant ma tasse de thé. Je suis beaucoup plus sensible à la palette d’Oktopus. Par contre, sur des morceaux tels que Le rêve d’Anne Frank ou encore Pour Gabriel, accompagnée d’Oktopus et prenant le rôle de cantor, le chant théâtral de Jorane, émergeant du flux des trombones et dialoguant avec la clarinette, devient une évidence. Les univers musicaux respectifs entrent alors en harmonie et offrent à entendre une riche palette de couleurs et de sonorités, bénéficiant de la théâtralité aux accents mystiques de Jorane.   

En tout et pour tout ce fut un concert les plus agréables, tout en crescendo, Gardant les meilleurs moments pour la fin. L’apogée fut certainement la Rhapsodie Hongroise n.2 de Franz Liszt, arrangée par Francis Pigeon le trompettiste d’Oktopus en une version espiègle et humoristique. Des passages solos truculents, étirant des conclusions de manière intentionnellement superfétatoires, particulièrement celui du pianiste Guillaume Martineau, arrachèrent plusieurs rires et applaudissements à la salle, pour se conclure sur un tonnerre d’applaudissements.

On eut droit en rappel à un morceau traditionnel klezmer, une fois de plus avec Jorane au chant, pour un final en beauté, les musiciens prenant visiblement grand plaisir à être sur scène et à interpréter leur musique pour notre plus grand plaisir.

Le concert fini, mon père et moi flânons un moment sur le bord du fleuve, qui fait face à l’église. Puis on rentre chez nous, en écoutant du David Krakauer dans la voiture.

électronique / immersif

SAT – Futurs Antérieurs | « Lueurs quantiques », espace de perception suspendu

par Félicité Couëlle-Brunet

Présentée le samedi soir 6 juin comme sortie de résidence du dôme de la SAT dans le cadre de l’événement Futurs Antérieurs, Lueurs Quantiques de France Jobin et Markus Heckmann mettait en lumière un espace de perception suspendu, où le dôme devenait un champ d’expérimentation. Sous la Satosphère, l’écoute se déployait dans une spatialisation à plus de 90 haut-parleurs, fragmentant l’air en déplacements imperceptibles.

Le travail sonore de France Jobin, fondé sur une pratique minimaliste qu’elle conçoit comme une sculpture de l’écoute, s’y manifeste dans des micro-événements précis, presque effacés, qui circulent comme des poussières en apesanteur. La retenue devient matière, et le silence un vecteur de tension, structurant un espace où chaque variation d’intensité redéfinit la profondeur.

En réponse, les systèmes visuels de Markus Heckmann génèrent des flux lumineux en temps réel. Brume, faisceaux et ombres y émergent comme des phénomènes instables, immédiatement absorbés par l’obscurité. La lumière n’y dessine pas des formes fixes, mais des états transitoires.

Inspirée par les logiques de la physique quantique et les structures de l’espace architectural, l’œuvre explore des zones d’indétermination où perception et disparition cohabitent sans hiérarchie. Dans cette sortie de résidence, le processus reste perceptible, comme une matière encore en formation.

Sous le dôme, Futurs Antérieurs prend alors une résonance littérale : un futur déjà advenu, encore en train de se déplier dans l’ombre de ce qui n’a pas encore eu lieu.

crédit photo: Nina Gibelin Souchon

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SAT – Futurs Antérieurs | Jacques Greene & Martyn Bootyspon, dans la filiation post-club

par Félicité Couëlle-Brunet

En parcourant récemment une page Instagram d’archives (lastcallmtl), qui documente la scène musicale montréalaise entre 2005 et 2015, une continuité s’impose entre ces fragments du passé et les formes actuelles du club. On y reconnaît les germes d’une esthétique post-club encore active aujourd’hui, où les trajectoires artistiques se sont croisées, déplacées, transformées sans jamais disparaître. Sous  le dôme de la SAT, le B2B entre Martyn Bootyspoon et Jacques Greene s’inscrit précisément dans cette filiation. Tous deux issus de cet écosystème montréalais en constante mutation, ils incarnent deux inflexions d’un même héritage.

Bootyspoon prolonge une énergie post-club faite de collision et d’excès contrôlé : sub-bass saturés, rythmiques fragmentées, edits vocaux absurdes. Le geste y est rapide, instable, traversé d’humour et de rupture, comme si le dancefloor devenait un espace de dérèglement joyeux. Jacques Greene explore à l’inverse une forme de densité émotionnelle plus contenue, où la texture prime sur la rupture. Sa musique construit des espaces immersifs, tendus entre mélodie, matière et résonance affective, où le club devient un lieu d’écoute autant que de mouvement. Ces deux approches se rejoignent sans s’annuler.

La spatialisation du dôme agit comme un tissu commun, les transitions deviennent des circulations, les contrastes des prolongements. Le son se déplace dans un espace qui ne sépare plus les esthétiques mais les relie. Ce B2B apparaît alors comme une mise en perspective de la scène dont ils sont issus. Une mémoire active du club montréalais, où les formes d’hier continuent de se reconfigurer dans le présent du corps en mouvement.

crédit photo: Nina Gibelin Souchon

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électronique

SAT – Futurs Antérieurs | Mozhgan, messe industrielle dans la Satosphère

par Marc-Antoine Bernier

Déjà passée à MTL en janvier 2025 (série Dômesicle), Mozhgan revenait le 6 juin à la Satosphère pour Futurs Antérieurs et les 30 ans de la SAT. Sa prestation s’est avérée un puissant moment de transition, au cœur d’une soirée marquée par la recherche d’expériences immersives et sensorielles.

Dès les premières minutes, Mozhgan installe un univers sonore sombre, dense, profondément psychédélique. Son approche repose sur des tempos moyens et  lourds, qui imposent une dynamique lente mais implacable, transformant progressivement la piste en un espace rituel. À travers cette pulsation régulière, elle construit une tension continue, presque incantatoire, qui absorbe le public.

Son langage musical puise dans les esthétiques de l’EBM, de la cold wave et du post-punk, avec des lignes de synthés acides et des basses métalliques directement héritées de l’industriel des années 1980. Ces éléments sont hybridés à des structures techno et house contemporaines, créant un dialogue constant entre nostalgie sombre et modernité souterraine. Le résultat est une matière sonore granuleuse, à la fois mécanique et énergique.

Tout au long du set, Mozhgan injecte une dose assumée de chaos contrôlé. Ses transitions abruptes, passant du techno leftfield à des détours disco ou post-punk, maintiennent le public dans un état d’instabilité volontaire. Cette approche renforce la dimension cinématique et dystopique de son univers, amplifiée par les visuels immersifs de la Satosphère, signés SULFATION et al11z, dont les projections prolongent la transe sonore en une véritable scénographie synesthésique au sein de laquelle le public se retrouve encapsulé.

En combinant intensité rythmique, références industrielles et chaos contrôlé, elle a transformé l’espace en véritable rituel sonore, marquant l’un des moments les plus singuliers de la soirée avant les performances de Jacques Greene et Martyn Bootyspoon.

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électronique

SAT- Futurs Antérieurs | Kaitlyn Aurelia Smith amène ses breakbeats cathartiques

par Marc-Antoine Bernier

Présentée le samedi 6 juin dans le cadre de Futurs Antérieurs, la performance de Kaitlyn Aurelia Smith se voulait un premier aperçu de son prochain album, attendu le 2 octobre 2026.

Dans une salle enveloppée de fumée, l’artiste américaine a déployé un live hardware set où synthétiseurs, séquenceurs et traitements sonores se répondaient dans une expérience à la fois physique et émotionnelle.

L’ouverture du concert frappe d’emblée par la richesse de son design sonore : des textures organiques et des sonorités de cordes émergent d’une synthèse dense et puissante, traversée de timbres graves, rugueux et presque gutturaux qui semblent pousser le système dans ses retranchements.

Smith enchaîne ensuite avec Ruin, son plus récent simple paru à la fin mai. Portée par des breakbeats drum and bass qui se fracassent à travers une matière sonore foisonnante, la pièce marque un virage important dans son parcours créatif. Délaissant les paysages ambient qui occupaient une place centrale dans ses deux derniers albums, elle embrasse ici des rythmiques de breakbeats plus affirmées, teintées de glitch pop.

Le reste de la performance joue avec cette tension entre intensité et apaisement. Les nouvelles compositions inédites semblent prolonger cette exploration, où des nappes spatiales accueillent des rythmes toujours plus complexes. Certains passages s’ancrent davantage dans le future garage avec des motifs 2-step plus lents et mélancoliques, tandis que d’autres rappellent l’énergie des jungle rollers, ces morceaux propulsés par des breakbeats rapides et des lignes de basse hypnotiques.
À l’occasion de l’annonce de ce nouvel album, Ruin: It’s Not Just Music, Smith expliquait vouloir créer une œuvre confrontante, presque un « combat sonore », conçue comme un « choc et un après-choc » dans un monde en perpétuelle rupture. Cette intention traverse l’ensemble de la prestation : parfois de manière éclatante, parfois plus subtilement, mais toujours avec une sincérité qui donne à cette nouvelle direction artistique toute sa force.

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