chant lyrique / classique / période romantique

Festival de Lanaudière | Tristan et Isolde en clôture… transcendental !

par Alexis Desrosiers-Michaud

Il s’est passé quelque chose de transcendantal en cette journée de clôture du Festival de Lanaudière. Tristan und Isolde de Wagner y fut  présenté, cette véritable épopée musicale n’a laissé personne indifférent, et pour de très bonnes raisons. 

D’abord, cet accord de Tristan, qui ouvre l’œuvre et qui guidera l’essentiel des quatre heures de musique qui suivront. Un accord dissonant et très instable qui annonce un opéra où règnent tourment, tiraillement, pulsion, fusion. Un accord pour les gouverner tous, et dans les ténèbres, pour les lier. 

Dès la fin du célèbre prélude, l’action prend lieu et place sur le bateau menant les personnages à Cornouailles. 

La soprano Tamara Wilson affiche ses couleurs et se démarque en Isolde. Sa voix profonde et sa théâtralité épousent bien le texte et la musique. À ses côtés, Karen Cargill paraît un peu effacée, malgré une belle voix. Au premier acte, son rôle de Bragäne est parfois coquin, parfois hautain, mais la voix est posée et juste comme on l’avait entendue en ouverture de saison de l’OSM dans Les Gurre-Lieder.  Dans les deux cas, les mots sont parfois prononcés de manière mielleuse, mais ce n’est qu’un détail dans cette magnifique interprétation. 

Dès son entrée en scène, le ténor Stuart Skelton en Tristan est meilleur vocalement, mais stoïque dans son personnage. Accompagné de Christopher Maltman en Kurwenal, celui-ci paraît très bien. 

Tristan et Isolde se complètent bien à la fin du 1er acte, surtout au moment de boire le philtre d’amour au lieu de celui de mort. 

Cette inversion mène vers une fin acte spectaculairement triomphante, fanfare de cuivres à l’appui, car c’est l’arrivée à destination de l’embarcation. À ce moment précis, malgré l’apparence de joie, la musique est anormalement tonale pour du Wagner. En fait , c’est un renversement total de la hiérarchie musicale; si l’instabilité prône et devient la normalité, la stabilité de do majeur tranche et sous-entend que ça n’est pas synonyme de bonheur pour autant. En effet, nos deux protagonistes, viennent de comprendre qu’ils sont liés à la vie à la mort par l’amour, alors qu’Isolde est la prisonnière de Tristan, ne l’oublions pas. 

Le second acte contient le plus long duo d’amour de toute l’histoire de l’opéra. Pendant plus de 30 minutes, Wilson et Skelton ne font pas que chanter leur passion, ils la vivent.

Isolde embarque Tristan dans son jeu et on ne se rend pas compte que le temps file lorsque le roi Menke apparaît sur une effroyable dissonance qui vient casser l’envolée musicale. La basse Franz-Joseph Selig a une voix très sombre, caverneuse, mais avec une élocution claire et sans faille. Les interventions avec la clarinette basse étaient parfaites dans les timbres. 

Si Skelton était moins engagé dans le premier acte, c’était tout autre dans le troisième. Il était complètement absorbé dans son rôle de Tristan, agonisant et fou. Absorbé et absorbant, titubant d’un bout à l’autre de la scène, se tenant sur les lutrins et podium au passage, avant de mourir en apercevant Isolde pour la dernière fois. 

Enfin, lorsque Isolde ressurgit à la toute fin, soit à la mort de Tristan, on retrouve cette Isolde passionnée et amoureuse, pour un sublime Liebestod qui restera longtemps dans les mémoires des spectateurs présents.

Le tout a culminé à cet accord de si majeur venu résoudre non seulement l’envolée musicale reprise du 2e acte, mais encore les quatre heures de tension que nous venons de nous prendre dans la face, question de confirmer la seule manière de se libérer de cette pulsion salvatrice.

Un mot sur l’Orchestre Métropolitain qui fut sublime. Dans Wagner, il n’y a pas d’aria à proprement parler, mais l’histoire est racontée par l’orchestre, qui guide les chanteurs, par la panoplie de leitmotivs. Mentions honorable aux joueuses de premier hautbois et de cor anglais pour les solos intrigants, mais aussi au chœur de voix d’hommes de l’OM, qui chante très peu, mais qui est aussi très précis et très punché. 

Avant de clore le Festival de Lanaudière, le président du conseil d’administration, Simon Brault, est venu remercier « un public qui se déplace, qui se détache des écrans et qui ne se souscrit pas aux algorithmes, l’instant de quelques heures ». Des mots justes qui dépassent largement les remerciements d’usage, fort bien accueillis.

Cependant, ces compliments ont été relégués aux oubliettes lors du premier entracte.  Avec un très court entracte, les spectateurs n’avaient le temps de s’attabler que déjà, la fanfare annonçait le retour en scène se faisait entendre. Le hic, c’est qu’il est interdit de manger son repas sous le toit, et que la solution était d’aller manger sur la pelouse, derrière ceux déjà installés. Le second hic, c’est qu’il était impossible de réintégrer son siège une fois l’acte 2 commencé. À cela, on peut oublier l’idée de passer au petit coin, faute de temps.

Lors de son entrée en scène, YNS s’est poliment assis sur son podium pour attendre, pour ensuite prendre la parole afin d’alléger l’atmosphère avec un parallèle comique avec le tennis, une de ses passions : « Je comprends que les pauses sont courtes, mais il reste 2h25 de musique et on aimerait avoir terminé avant demain matin. Alors, comme on le dit à l’Omnium Banque Nationale ces temps-ci, les joueurs sont prêts ! »

Photo: Noah Boucher pour le Festival de Lanaudière

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