baroque / chant lyrique / classique occidental

Arion Orchestre Baroque : Il pianto di Maria : des larmes de bonheur

par Alexandre Villemaire

Pour l’avant-dernier concert de sa saison, Arion Orchestre Baroque invitait le public mélomane montréalais à une plongée dans l’Italie baroque. L’Italie dans tout ce qu’elle a de « caricatural », pour reprendre les mots que le directeur artistique a adressés au public, où les émotions sont exprimées à l’état brut.

Car c’est bien les émotions : la peine et la douleur certainement, mais aussi l’amour, l’amitié, la joie et l’allégresse qui traversent ce programme concocté par la claveciniste et cheffe invitée Marie van Rhijn. Un programme qui, aussi, mettait à l’honneur les compositrices en cette fin de semaine de la Journée internationale des droits des femmes.

Pour traduire et communiquer les différents affects de ces œuvres, c’est la voix qui était mise à l’honneur avec la contralto française Anthea Pichanik. Dans la première partie qui s’ouvrait avec la cantate Cessate, omai cessate d’Antonio Vivaldi, la puissance de son instrument nous a saisis, de même que son interprétation incarnée de ce personnage d’amoureux rejeté qui se lamente d’avoir été rejeté par sa Dorilla. Pichanik possède un timbre riche et cuivré dans son médium, des aigus et des graves charnus, que l’on perdait cependant parfois dans la masse orchestrale et dans certaines fins de phrases, mais qui était d’une stature et d’une incarnation sur scène ancrée et engagée. Dans l’extrait de la cantate Pallade et Marte de Maria Margherita Grimani, l’air du dieu Mars, une marche triomphante au style assez guerrier, mais qui conserve une parure très légère, a été rendu avec preste. C’est surtout le dialogue entre le violoncelle et le basson qui retient l’attention dans cette œuvre. Composée originalement pour violoncelle et théorbe obligé, Marie van Rhijn a adapté ce en remplaçant le théorbe par le basson en lui écrivant une ligne spécifique, au grand plaisir de Mathieu Lussier. Le dialogue entre les deux instruments illustrait bien la relation des deux protagonistes, soit Athéna et Mars, avec un échange quasi humoristique qu’on n’imaginait pas possible de cette manière dans le répertoire du XVIIIᵉ siècle. Un court concerto pour clavecin, sous-titré « Madrigalesco » de Vivaldi, servait de liant entre ces deux pièces de la première partie pour témoigner de la richesse harmonique du langage du compositeur.

La deuxième partie était entièrement dédiée à la voix avec des extraits de la Serenata Ulisse in Compania de Maria Teresa Agnesi et de la cantate Il pianto di Maria de Giovanni Battista Ferrandini, dont le nom a inspiré le titre de ce concert. Cette cantate de Ferrandini, à l’image d’un Stabat Mater, relate les souffrances de la mère du Christ à la vue de son fils sur la croix. Originellement composée pour soprano, la version de ce concert a été transposée une tierce plus bas. Trop haute pour un contralto dans la tonalité originale et même trop grave pour une soprano, cette version adaptée pour l’occasion pour la voix qui était sur scène conférait à l’œuvre une sonorité très maternelle. Dans la cavatine « Se d’un Dio fui fatta Madre » – la Vierge exprime sa douleur et même son indignation de voir mourir son fils. La ligne musicale et harmonique est simple, mais d’une grande richesse, portée avec chaleur par la voix de Pichanik et soutenue par l’orchestre et Marie van Rhijn dans un phrasé et une direction d’une intensité frissonnante et touchante.

Avec une programmation qui allie cette année un savant mélange de compositeurs connus et de découvertes, avec notamment le tiers de sa programmation 25-26 consacré aux compositrices, Arion continue d’apporter un vent de fraîcheur et une variété bienvenue dans le répertoire de la musique des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles sur la scène montréalaise.

crédit photo: Elliana Zimmerman

Tout le contenu 360

OperaM3F | Voix polyvalentes à la rencontre du jazz moderne

OperaM3F | Voix polyvalentes à la rencontre du jazz moderne

Geneviève Bilodeau – Rendre Grâce

Geneviève Bilodeau – Rendre Grâce

Valérie Lacombe : Du violon classique à la batterie jazz

Valérie Lacombe : Du violon classique à la batterie jazz

UdeM – Ultrasons | Florence Dubé, Allison Chidiac, Alexandre Hamel, Alexandre Vaillant, Florence Lafontaine, Olivier Martin-Fréchette, Charles Anthony Raymond-Plante Jacob Boucher, Rafaël Bouthillette, Félix Gervais-Richard

UdeM – Ultrasons | Florence Dubé, Allison Chidiac, Alexandre Hamel, Alexandre Vaillant, Florence Lafontaine, Olivier Martin-Fréchette, Charles Anthony Raymond-Plante Jacob Boucher, Rafaël Bouthillette, Félix Gervais-Richard

UdeM – Ultrasons  | Aurélie Théroux Sénécale, Maurice du Berger, Zao Dinel, Platon Beliaevskin, Ziryab El Hihi, Ac Riznar, Alex Ronald Brisson, Matisse Charbonneau, Jaden Brown

UdeM – Ultrasons | Aurélie Théroux Sénécale, Maurice du Berger, Zao Dinel, Platon Beliaevskin, Ziryab El Hihi, Ac Riznar, Alex Ronald Brisson, Matisse Charbonneau, Jaden Brown

Productions Nuits d’Afrique | Zalam Kao, grand gagnant des Syli d’Or

Productions Nuits d’Afrique | Zalam Kao, grand gagnant des Syli d’Or

Codes d’Accès, Constellations corporelles | « Crowdwork » d’Alexis Blais, pour violons, alto et haut-parleurs

Codes d’Accès, Constellations corporelles | « Crowdwork » d’Alexis Blais, pour violons, alto et haut-parleurs

Codes d’Accès, Constellations corporelles | Gabo et Rebecca, « Funelleries »

Codes d’Accès, Constellations corporelles | Gabo et Rebecca, « Funelleries »

Codes d’accès, Constellations corporelles | Gabi, Christophe, guitare, poésie, électro, open source, théorie du chaos

Codes d’accès, Constellations corporelles | Gabi, Christophe, guitare, poésie, électro, open source, théorie du chaos

Codes d’accès, Constellations corporelles | « Apparitions sur la chaîne de montage » par Nicholas Ma

Codes d’accès, Constellations corporelles | « Apparitions sur la chaîne de montage » par Nicholas Ma

OSM | Le pianiste montréalais Bruce Liu, superstar sur la planète classique… Et chez lui ?

OSM | Le pianiste montréalais Bruce Liu, superstar sur la planète classique… Et chez lui ?

Jordi Savall à la Maison symphonique, quête infinie dans l’Ancien et le Nouveau Monde

Jordi Savall à la Maison symphonique, quête infinie dans l’Ancien et le Nouveau Monde

Kelzk s’affirme avec DLB II, entre introspection et maitrise

Kelzk s’affirme avec DLB II, entre introspection et maitrise

Quasar: quatre saxophones, quatre compositeurs.trices, de l’électro et de la vidéo au CRMMT

Quasar: quatre saxophones, quatre compositeurs.trices, de l’électro et de la vidéo au CRMMT

High Klassified & Zach Zoya de nouveau réunis: Misstape II

High Klassified & Zach Zoya de nouveau réunis: Misstape II

Ping Pong Go – Smash Combat

Ping Pong Go – Smash Combat

UdeM | Soirée aux grands airs

UdeM | Soirée aux grands airs

Finale Sylis d’or 2026 : on vous présente Zalam Kao

Finale Sylis d’or 2026 : on vous présente Zalam Kao

Finale Sylis d’or 2026 : on vous présente Tamboréal Samba Bloco

Finale Sylis d’or 2026 : on vous présente Tamboréal Samba Bloco

Palais Montcalm | Palais Montcalm | Des hommes rapaillés, spectacle intemporel pour poète intemporel

Palais Montcalm | Palais Montcalm | Des hommes rapaillés, spectacle intemporel pour poète intemporel

Colin Stetson – Something Very Bad Is Going to Happen

Colin Stetson – Something Very Bad Is Going to Happen

Lamia Yared : entre le Minho et l’Euphrate, les époques et les traditions

Lamia Yared : entre le Minho et l’Euphrate, les époques et les traditions

Inéluctable musique artificielle, genèse et enjeux selon Michel Rochon

Inéluctable musique artificielle, genèse et enjeux selon Michel Rochon

‘’Jeux de couleurs’’ de l’Orchestre métropolitain : on y découvre un chef inspirant, et un bijou de Jacques Hétu

‘’Jeux de couleurs’’ de l’Orchestre métropolitain : on y découvre un chef inspirant, et un bijou de Jacques Hétu

Inscrivez-vous à l'infolettre