Nicolas Ellis, Mécénat Musica Prix Goyer

Entrevue réalisée par Alain Brunet

À la barre de l’Orchestre de l’Agora, collaborateur régulier de l’Orchestre métropolitain, sollicité par plusieurs ensembles institutionnels, le jeune maestro Nicolas Ellis reçoit le prestigieux Mécénat Musica Prix Goyer, ce qui ajoute de la lumière à son aura.

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Décerné à un musicien classique « émergent collaboratif », ce prix est considéré comme le plus important prix du genre au Canada. Son nom rend hommage à feu Jean-Pierre Goyer (1932-2011), avocat et homme politique, pour sa contribution à la musique, aux arts et à la culture. Jean-Pierre Gohier fut notamment président du Conseil des arts de Montréal et présidait le  conseil d’administration de l’Orchestre Métropolitain, lorsque fut embauché sous son impulsion un certain Yannick Nézet-Séguin, alors âgé  de 25 ans. 

PAN M 360 profite de cette remise prestigieuse pour faire le point avec Nicolas Ellis, 29 ans, que l’on connaît depuis l’époque où il dirigeait un orchestre estudiantin, spécialement constitué 2012 dans le contexte du printemps érable. Près d’une décennie plus tard, beaucoup d’eau (d’érable!) a coulé dans les bacs acéricoles, Nicolas Ellis est devenu le jeune maestro le plus en vue de la famille musicale québécoise. 

Un entretien s’impose!

PAN M 360 : D’abord bravo pour ce prix! Quelles en seront les conséquences?

NICOLAS ELLIS :  Le Mécénat Musica Prix Goyer est décerné aux artistes canadiens s’étant démarqués par leur collaboration avec des musiciens, orchestres ou institutions culturelles. Le prix représente 125 000$  dont 50 000$  seront consacrés à mon développement artistique, et  50 000 $ seront injectés dans un fonds à perpétuité de l’Orchestre de l’Agora, que j’ai fondé il y a huit ans. Un des mandats de Mécénat Musica consiste à créer des fonds à perpétuité pour des organismes culturels; ainsi, le capital d’un tel fonds génère de l’intérêt .  En ce moment, il y a des appariements gouvernementaux, , les sommes grandissent, on peut toucher l’intérêt de ces sommes pour nos opérations. Dans deux ou trois ans, notre fonds dépassera le million de dollars, c’est une façon pour une petite organisation comme la nôtre de nous organiser économiquement, vu la fragilité du milieu. 

PAN M 360 : Dans un contexte extrêmement difficile que celui de la pandémie, ta carrière se porte étonnamment bien!

NICOLAS ELLIS :  Oui, je fais partie des plus chanceux. Évidemment, c’est une année difficile pour la dernière année culturelle, mais j’ai eu la chance de m’impliquer dans plusieurs projets pour assister Yannick Nézet-Séguin en tant que collaborateur artistique de l’Orchestre métropolitain, aussi comme chef invité. J’ai aussi passé six semaines à l’Orchestre symphonique de Québec l’été dernier, peu après que son précédent directeur artistique eut fini son mandat. Plus récemment, j’ai travaillé avec I Musici. Des projets ne sont pas encore rendus publics, mais il y en a de très intéressants avec l’Orchestre Métropolitain et l’Orchestre de l’Agora. Je devais aussi faire mes débuts avec l’Opéra de Montréal pour les Noces de Figaro à partir de la mi-avril, jusqu’à la fin mai… tristement ça a été annulé. À travers ça, je continue mon mandat à l’Orchestre métropolitain.

PAN M 360 : Comment un chef de ta génération peut-il se distinguer ?

NICOLAS ELLIS :  Je cherche à trouver l’équilibre entre la musique et collaboration d’artistes qui sont ici au Québec. Faire valoir les œuvres qui représentent l’identité québécoise ou canadienne. J’essaie de mélanger ça avec du répertoire plus standard. Récemment avec l’OSQ, par exemple, on a fait un concert où Tchaïkovski et Sibelius faisaient partie d’un même programme que Jacques Hétu et Éric Champagne. L’an prochain avec l’Orchestre de l’Agora, nous présenterons un programme et forum de création pour cinq jeunes compositeurs et compositrices d’ici. C’est donc de trouver un équilibre entre la musique de chez nous, la musique du passé et la musique nouvelle. 

Ce qui m’allume, c’est  aussi de trouver des façons de travailler avec les créateurs, pas nécessairement juste en musique classique car j’ai déjà travaillé avec Klô Pelgag, Philippe Brach, d’autres suivront.  Je veux être présent dans le processus créatif des compositeurs d’ici. Je veux jumeler leurs œuvres  avec le répertoire connu, je souhaite équilibrer le tout. Ça me tient à cœur, même en tant que chef invité j’arrive à mettre mon grain de sel et proposer cette orientation artistique. 

PAN M 360 : Dans la société actuelle, quel est selon toi le rôle de la musique symphonique ou de la musique de chambre en 2021?

NICOLAS ELLIS :  J’ai pour objectif est de trouver une façon d’utiliser la musique symphonique comme véhicule d’identité et de fierté, autant chez le public que chez les musiciens, chez tout le monde! On veut que la musique  et les arts soient un reflet de notre société, de qui on est, de notre histoire, peu importe l’angle qu’on veut y trouver. C’est le potentiel de survie à long terme de la musique classique. J’ai aussi un attachement au répertoire traditionnel, je crois à cette musique. Mais être un gardien de notre héritage symphonique n’empêche de créer l’héritage à venir. J’ose croire être très curieux et ouvert, une des questions que j’aime le moins me faire poser est de déterminer mon compositeur préféré. Mon compositeur préféré est celui que j’étudie cette semaine !

PAN M 360 :  Te faudra-t-il choisir un jour entre l’Orchestre de l’Agora et un poste dans un orchestre institutionnel?

NICOLAS ELLIS : Ce qui m’intéresse fondamentalement, c’est vivre de la musique et mener des projets avec des musiciens que je respecte. À la base, c’est ce qui m’inspire. Bien sûr, quiconque fait de la direction d’orchestre acceptera un poste dans un grand orchestre institutionnel, mais ce n’est pas mon seul objectif. En fait, plus je me développe, plus je souhaite un équilibre. D’une part, je veux augmenter le nombre de concerts de l’orchestre de l’Agora, un terrain de jeu qui me permet d’exprimer mon identité artistique. D’autre part,  je suis  intéressé à travailler avec des orchestres institutionnels, car ces organisations répondent à une demande pour les populations des villes et des communautés  qu’elles desservent. Cela permet aussi de se questionner sur les façons de présenter la musique classique.  C’est une autre façon de s’adresser au public que ce que nous faisons avec l’Orchestre de l’Agora.

PAN M 360 : Peux-tu résumer ta façon de diriger?

NICOLAS ELLIS : Comme chef, j’essaie de trouver une façon d’amener les musiciens à écouter dans l’orchestre ce que je suis en train d’écouter. Quelle section? Quelle mélodie? Le bon chef est la personne qui arrive à être claire non seulement avec le geste mais aussi en incitant les musiciens à s’écouter les uns les autres. Il y a toutes sortes de musiciens dans un orchestre : certains ne se fient qu’au geste du chef, d’autres écoutent plutôt ce qui se passe autour d’eux. Il faut selon moi une approche hybride où tout le monde s’écoute. On regarde le chef car il montre où s’en va la phrase, l’articulation, les nuances. En même temps, un musicien doit être conscient de ce qui se passe autour de lui. Il faut se le rappeler et ne rien tenir pour acquis. Nous pouvons être 100 personnes sur scène, nous devons tous savoir clairement ce que nous sommes en train de jouer ou d’écouter. Il faut s’écouter.

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