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Pour la troisième année consécutive, le Concours musical international de Montréal a de nouveau fait appel à un jury de la relève. En parallèle au travail du grand jury international, le jury de la relève est chargé d’évaluer les prestations des violonistes avec, au bout de l’exercice, l’attribution de leur prix en ayant évalué les 24 concurrents de la première épreuve selon ses propres critères d’évaluation. Quels sont justement ces critères, quelle expérience cela représente pour ces jeunes violonistes? Cela fait partie des questions qui ont été posées à la présidente de ce jury, la violoniste canado-serbe et professeure Ana Drobac par le collaborateur de PAN M 360 Alexandre Villemaire.
PAN M 360 : Pour ceux qui ne connaîtraient pas, qu’est-ce que le jury de la relève au concours musical international de Montréal qui est dans sa troisième année. Est-ce que vous pouvez en dire quelques mots sur ce que c’est, sur ce que ça implique pour les jeunes dans la compétition?
Ana Drobac : Le jury de la relève c’est une occasion pour des étudiants de niveau universitaire, donc baccalauréat et maîtrise, d’avoir la chance d’être assis avec le jury international, juste en arrière d’eux au balcon de la Salle Bourgie, et d’écouter tous les candidats de la première épreuve. Ils ont comme mandat de donner un prix au violoniste, qui, pour eux, représente le gagnant. Ce prix accompagné d’une bourse en argent sera remis après une délibération le vendredi 29 mai en après-midi. C’est aussi une occasion pour eux d’échanger avec les membres du jury international, non pas sur les candidats, mais simplement de parler un peu de la musique ou de leur futur, peut-être même de créer des contacts. C’est vraiment une très belle opportunité que le Concours offre aux jeunes artistes que d’être en contact avec de grands maîtres et de voir comment ils approchent un concours, parce que qui sait, peut-être parmi ces jeunes il y aura peut-être de futurs candidats au concours.
PAN M 360 : En tant que présidente du jury de la relève, quel est le rôle que vous êtes amenée à jouer dans cette fonction auprès de ces jeunes musiciens et musiciennes?
Ana Drobac : C’est surtout de bien les guider dans leur écoute, de les amener à s’interroger sur quels sont les éléments importants, quels sont les caractéristiques qu’on recherche chez un gagnant; est-ce que c’est quelqu’un qui a une technique parfaite, ou quelqu’un qui nous touche par sa personnalité et dont on va se souvenir de sa performance, le billet pour l’entendre une autre fois, ou un artiste qu’on aimerait suivre dans le futur, quelqu’un qui a une forte personnalité qui peut transmettre le message du compositeur, les émotions des œuvres, peut-être quelqu’un qui nous met les larmes aux yeux, ou qui nous fait sentir notre cœur battre plus fort, vous savez, comme de réveiller toutes les émotions.
Donc, je pense que mon rôle, ce serait vraiment de les diriger et d’enrichir les conversations qu’on va avoir après chaque trois, quatre candidats, mais aussi de les recentrer et de leur dire : « c’est quoi le but du jury, qu’est-ce qu’on cherche. » Mais à ce niveau, c’est un peu aussi personnel ce qu’on aime. Parfois, on aime les artistes qui nous ressemblent. Donc, si on est passionné, on va chercher quelqu’un comme ça, mais si on est plus réservé, peut-être quelqu’un qui est comme nous va nous rejoindre plus. Des fois, on aime les choses comme on joue nous aussi comme violonistes, on le sent, mais des fois aussi, ça peut être contraire, on est vraiment attiré ou on aime les choses qu’on n’a pas.
PAN M 360 : Quel est l’équilibre qu’il doit y avoir, selon ce que vous venez d’énoncer, entre l’émotion et la part peut-être un plus rationnelle, qui comprend la technique instrumentale?
Ana Drobac : Vous savez, chaque membre du jury est humain. Parfois, ça va peut-être dépendre de l’état dans lequel on est cette journée-là. On est plus émotif parce que quelque chose dans notre vie personnelle nous arrive, alors on est peut-être un peu plus sensible des phrases dans les mouvements plus lents, ou si on est tellement heureux parce qu’il fait beau à Montréal, après six mois d’hiver peut-être qu’on va accrocher avec quelqu’un qui est plus virtuose. On va donc vraiment voir la personnalité de chaque candidat aussi avec les œuvres qu’ils ont choisi. C’est ça qui est le plus difficile parce qu’on a juste une chance! Si cette personne joue la journée avant, puis avec un autre jury, peut-être que le résultat sera différent. C’est vraiment une perception dans le moment, ce qu’on ressent.
Quand je suis allée écouter Christian Tetzlaff interpréter les sonates de Bach, c’était parmi ce que j’ai entendu de plus beau de ma vie. C’est vraiment comme un modèle quand j’enseigne le Bach à mes élèves. C’est comme une référence de comment ça devrait sonner. C’est cela qu’on recherche : le moment où le candidat nous laisse l’impression la plus forte qu’on ne peut pas l’oublier.
PAN M 360 : Comment la sélection de ce jury de la relève s’est faite ?
Ana Drobac : Chaque institution a choisi ses candidats. Au Conservatoire, nous nous sommes réunis avec les professeurs de violon Anne Robert, Alexandre Read et Andrée Azar, pour décider du profil que nous recherchions.
Nos trois candidats sont vraiment des violonistes exceptionnels qui pourront possiblement bénéficier de cette expérience et peut-être même, éventuellement, se retrouver un jour parmi les candidats dans le concours. Ça leur donne une autre perspective étant donné que la plupart du temps, on est toujours de l’autre côté de la médaille. C’est vraiment rare, qu’on commence à être membre de jury dans le cadre d’une compétition aussi important que le Concours musical international de Montréal.
PAN M 360 : Quels sont les défis auxquels ils vont être confrontés, d’après vous, notamment sur le fait d’évaluer des pairs qui ont à peu près leur âge?
Ana Drobac : Honnêtement, je ne pense pas que c’est quelque chose qu’ils font assez. Je pense que le défi, c’est de garder un équilibre, de vraiment regarder le tout avec un angle très global. Quand on a une grande connaissance du répertoire, on peut souvent mieux juger les choses qu’on connaît ou qu’on a déjà jouées plutôt qu’une œuvre qu’on découvre sur place. C’est le défi du jury de la relève. Ça demande une grande intelligence et de bonnes réflexions pour choisir et trouver le bon résultat, à la limite s’approcher du choix du jury officiel.
Même si ce sont des élèves exceptionnels, dont certains ont presque le même âge que les concurrents, peut-être qu’ils auront l’impression de pas avoir le même calibre de jeux, mais j’espère que cela les motivera et qu’ils vont le prendre de façon constructive et de leur donner le goût de se dépasser encore et d’aller plus loin. Ultimement, je pense que le défi sera qu’à la fin de ce processus, ils soient tous contents du choix qu’ils ont fait. S’il arrive qu’on doive voter si on ne parvient pas à s’entendre. Il ne faudrait donc pas avoir de frustrations quand notre candidat n’est pas choisi. C’est ça, aussi le défi. !
Le choix de la relève
Le défi que représentait l’évaluation des 24 concurrents de la première épreuve par le jury de la relève a permis de dégager une candidate du lot pour les 10 étudiants et étudiantes en violon issu respectivement de l’Université de Montréal, de l’Université McGill, du Conservatoire de musique de Montréal et du Royal Conservatory of Music. Avec son interprétation engagée de l’Étude no 3 de Jörg Widmann, de la Suite pour violon solo en la majeur de Johann Paul von Westhoff et la Rhapsodie de concert (Tzigane) de Maurice Ravel a été, c’est la Néerlandaise Charlotte Spruitt qui s’est mérité le Prix Richard-Trempe du Jury de la relève. Remis en partenariat avec Richard Tremblay et est accompagnée d’une bourse de 1 500 $.

crédits photo : Tam Photography






















