Quand la musique a mal : le quotidien d’Adrien Juhel

par Louis Garneau-Pilon

Chez Pan M 360 nous nous interrogeons, par l’entremise de notre dossier « Quand la musique a mal », sur la santé de la musique et de ses praticiens. Dans le présent article, le multi-instrumentiste Adrien Juhel témoigne de sa réalité que dictent les mesures sanitaires depuis les débuts de la pandémie.

Dans le cas des praticiens de la scène musicale, cette réalité est d’autant plus complexe. Pour Adrien Juhel, pigiste et producteur à temps partiel, cette réalité est constante. Il mène la vie d’un musicien professionnel, il participe en tant que multi-instrumentiste à des spectacles ou s’implique à la production en studio. Adrien affecte particulièrement les rythmes afros, le merengue et la pop latina. Or, la chaleur de cette musique ne suffit pas toujours. Comme une multitude d’autres dans sa position, notre musicien doit survivre à toutes les complications qu’amènent les confinements : spectacles annulés, problèmes monétaires ou pire, les problèmes de santé mentale.

PAN M 360 : Au premier confinement, avais-tu idée des difficultés à venir ?

ADRIEN JUHEL : Je vais être honnête, non! Au départ, j’étais même un peu content au fond. Je ne sors pas beaucoup, sauf pour jouer de la musique. Ça m’allait de rester chez moi. Après une semaine…   j’ai réalisé que ma carrière allait en être handicapée. Une semaine, deux semaines… Après ça, les semaines se sont transformées en années et c’est devenu de plus en plus difficile. 

PAN M 360 : Es-tu resté actif durant cette période?

ADRIEN JUHEL : J’ai trouvé une avenue ou deux. Notamment, un contrat pour jouer les fins de semaine durant l’été. Le problème c’est que, comparé à l’avant COVID, ça ne suffisait pas. Pas seulement au niveau monétaire, mais aussi au niveau musical. Je n’aime pas perdre ma source principale de revenu, mais j’aime encore moins perdre toute l’énergie du spectacle. En plus de ça, il n’y a jamais un contrat sûr. J’ai dû faire face à énormément de gigs annulés, parfois à la dernière minute. C’est triste, mais, pour moi, c’est quasiment devenu normal de vivre dans l’incertitude. On parle toujours du nouveau normal, mais mon nouveau normal c’est de devoir m’adapter à constamment annuler des spectacles ici et là. 

PAN M 360 : Et en ce qui touche ta situation monétaire, ça doit compliquer les choses pour joindre les deux bouts?

ADRIEN JUHEL : Vraiment, vraiment vraiment beaucoup! J’ai vu une grosse partie de mon argent disparaître d’un coup. Je n’ai pas de passion aussi sérieuse que la musique. Je gagne ma vie comme artiste. En ce moment, je peux dire que financièrement, les nouvelles ne sont pas très bonnes. Je ne dirais pas que je suis dans la rue, mais j’en ai juste assez pour m’en sortir tout seul. Ce n’est vraiment pas assez pour dire que je suis à l’aise financièrement. Je suis très reconnaissant des gens qui m’ont permis d’avoir un spectacle ou deux de temps en temps. Cependant, ces représentations sont rares et éloignées, je n’ai pas le choix d’établir un budget sérieux et de le suivre religieusement. Avant j’avais au moins une certaine liberté avec mes dépenses. Pour te donner une idée, avant la pandémie, je pouvais faire au moins trois spectacles en une semaine au prix de 250$ la représentation. Pour mes travaux de production, je pouvais toucher 500$. En période confinement, je ne sais pas le montant que je vais recevoir pour la semaine, ou même si je vais recevoir quelque chose. 

J’ai pensé à faire autre chose que de la musique, mais… ce n’est simplement pas pour moi. De temps en temps, je prends de la jobine qui passe. Un petit job de restauration ici et là… mais ce n’est pas un domaine dans lequel je suis très bon.

PAN M 360 : Si ce n’est pas facile financièrement, l’est-ce plus mentalement?

ADRIEN JUHEL : Étonnamment oui, un peu. Sur le long terme, je m’en sors relativement bien. J’aime penser que je suis assez fort mentalement. Mais ça devient plus complexe quand on est coincé tout seul chez soi. Tu es pris dans ton appartement avec rien à faire et pas de musique. Tu te mets à réfléchir pour réfléchir. Si tu penses au futur proche, ça devient rapidement angoissant. Malgré tout, je suis optimiste. 

C’est quand même quelque chose qui se discute beaucoup entre musiciens. Si pour moi ça va relativement bien, il y en a beaucoup qui l’ont bien plus dur que moi. Malheureusement, j’en connais plusieurs qui ont choisi de changer de parcours. J’en connais un qui est devenu boucher, un autre qui s’est reconverti en coiffeur. Avec tout ce qui se passe, je ne pense pas qu’ils reviendront à la musique professionnellement. Mais ça, c’est ceux qui s’en sont sortis tant bien que mal, ils sont chanceux d’une certaine façon. J’en connais deux qui n’ont pas été capables de vivre avec les manques que le confinement leur a imposés… et se sont enlevé la vie. C’est dur de voir que ça ne va pas chez certains. Ils vont parler un peu de leur détresse, mais ils minimisent aussi la situation pour qu’on ne s’en fasse pas. On n’a pas vraiment idée de ce qu’ils vivent.

PAN M 360 : Et pour l’avenir, comment te vois-tu aller?

ADRIEN JUHEL : Eh bien je reste optimiste. Pour moi, la seule solution c’est d’attendre que tout reprenne,  qu’on ait un semblant de vie normale. Éventuellement, tout devrait s’arranger. Nous les gens des îles,  vivons au jour le jour. Ce ne sera pas facile, mais j’essaie de ne pas trop y réfléchir. J’ai toujours quelques spectacles qui viendront entre-temps et un peu de production. Malgré tout, je mentirais si je disais que c’est facile. Je fais avec ce que je peux, mais ce n’est vraiment pas une situation idéale. 

Si vous voulez découvrir les projets pour lesquels Adrien Juhel collabore, vous pouvez faire un tour sur sa page YouTube https://www.youtube.com/user/adrienjuhel

https://www.youtube.com/watch?v=CoACJZ_OQXI

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