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Le vendredi 10 juillet, Celimène Daudet et Henry Kramer se produiront au Domaine Forget lors d’un récital avec de la musique de différentes régions du monde au nom des atmosphères évocatrices et de la découverte culturelle. Pietro Freoburger a rencontré Henry Kramer pour en discuter.
PAN M 360 : Vous êtes l’un des pianistes les plus actifs de la scène nord-américaine. Que ressentez-vous de jouer ici au Domaine Forget ?
Henry Kramer : Pour moi, c’est la quatrième année ici au Domaine Forget, où je suis invité pour y donner des masterclass et j’ai aussi l’occasion d’y jouer en concert. Je me souviens avec émotion de mon arrivée pour la première fois au Domaine, en provenance des États-Unis. Je peux dire que je suis très heureux d’être ici et je suis reconnaissant envers la direction artistique pour cette chaleureuse invitation. Bien sûr, jouer pour les étudiants n’est jamais facile, car il faut prouver sa crédibilité sur scène !
PAN M 360 : Pouvez-vous nous en dire plus sur le programme que vous allez jouer ? Y a-t-il une pièce à laquelle vous vous sentez plus attaché ?
Henry Kramer : Ma portion du programme vient d’un répertoire plus long que j’ai joué à New York. Mon objectif est de proposer un programme naturaliste qui met de l’avant ma réflexion sur la musique en tant qu’énergie bénéfique et transformatrice. Pour cette raison, j’ai décidé de combiner des pièces contenant des éléments bucoliques et pastoraux, comme la transcription de Petri à partir d’un prélude choral de Bach, L’Isle Joyeuse de Debussy et une de mes œuvres inspirées du Maine, ma terre natale. Je jouerai aussi La Campanella de Liszt, une pièce célèbre, qui s’inscrit dans la veine évocatrice et donne la juste touche de virtuosité à ce programme déjà varié.
PAN M 360 : Votre partie du programme est un dialogue entre la musique européenne et américaine. Comment voyez-vous cette relation ?
Henry Kramer : Je pense qu’elles ont toutes les deux des points communs. Par exemple, les deux possèdent une qualité naturaliste, qui consiste à essayer de mettre les sons de la nature en musique. Il y a aussi un côté impressionniste, presque pictural, de recherche de l’atmosphère, que toutes les deux partagent de manière plutôt évidente.
PAN M 360 : Vous êtes un pianiste reputé, que pouvez-vous nous dire sur votre relation avec le piano ? Pensez-vous que l’instrument possède des qualités particulières ?
Henry Kramer : Je pense sincèrement que le piano est une page blanche, qu’il n’est pas un instrument bien défini avec sa propre voix. Au contraire, je crois que lorsqu’on joue, on doit faire l’effort de faire sonner le piano comme autre chose. De ce point de vue, notre instrument est un caméléon qui peut parfois sonner comme un orchestre, parfois comme une voix humaine, parfois comme un élément naturel. En ce sens, je crois que des compositeurs comme Liszt ou Debussy étaient particulièrement importants, car tous les deux ont tenté de transcender l’instrument dans un sens évocateur et timbral. De plus, pour moi, le son est un matériau à traiter, et le piano doit donner voix à notre imagination.
PAN M 360 : Vous êtes également professeur de piano à l’Université de Montréal. Comment définiriez-vous la relation entre pédagogie et performance ? Et que diriez-vous aux jeunes pianistes émergents ?
Henry Kramer : Pour moi, ces deux activités viennent de la même passion pour la musique, qui est une nécessité vitale pour moi. Les deux me permettent d’apprendre sans arrêt, à la fois de la musique et de mes élèves. Autrefois, je pensais qu’il s’agissait de deux mondes distincts, mais j’ai réalisé qu’ils étaient les deux faces d’une même pièce. En tant qu’enseignant, je dis toujours à mes élèves de s’écouter attentivement et de suivre leur voix intérieure, car la compétition la plus difficile à gagner est celle avec soi-même et les autres ne sont pas des adversaires, mais des collègues de qui on peut apprendre. Je pense aussi que la recherche de validation externe est contre-productive pour une longue carrière musicale, donc je recommande à mes étudiants de suivre leur propre boussole intérieure et de lui donner une voix, sans être distraits par les interférences extérieures.






















