Affublé d’un jersey du CH au numéro 85 de l’estimé hockeyeur français Alexandre Texier (évidemment), prisonnier d’une armure débusquée du Japon ancestal à la nôtre ou encore vêtu en toute normalité, Orelsan a fait cette démonstration : être devenu la plus importante tête d’affiche venue de France en 2026. En ce jeudi de Francos 2026, dans un Centre Bell peuplé de 8000 fans montréalais, majoritairement d’origine française si on se fie à ses oreilles, Orelsan a assurément triomphé.
Huit années se sont écoulées depuis son passage remarqué dans un amphithéâtre moins fourni que celui de jeudi. Deux décennies de progression scénique l’ont mené à un show d’aréna en bonne et due forme, avec projections 3D, chroégraphies de ninjas, multiples évocations japonaises dans les décors de scène, on en passe. Le temps a passé avec Perdu d’avance, Le chant des sirènes, La fête est finie et Civilisation, dont il reprend quelques classiques mais surtout les titres de La fuite en avant, son plus récent sorti en 2025 – Plus rien, Ailleurs, Boss…
Le spectacle évoquait aussi plusieurs extraits de Yoroï , film dont il a participé à la coscénarisation. Réalisé par David Tomaszewski, ce film met en scène la migration d’Aurélien (Orelsan) et de sa femme enceinte. En pleine rénovation, le personnage principal débusque une armure ancestrale qui déclenche le retour des Yokaïs, étranges créatures qui hanteront la maison et leurs occupants. L’exploration du puits de la maison le mènera aussi à de sombres découvertes, à la lisère du fantastique ou de l’horreur. Il enchaînera alors Pour le pire, Jimmy Punchline, À l’heure où je me couche, La pluie, Rêves bizarres.
Scènes de combat, scène de danse, scène de provocation sympathique lorsque le rappeur-auteur se met à dénigrer le Keb sans identité, ni Français ni Nord-Américain, dont il n’arrive pas à comprendre l’accent des huées. Excellent haha!! Parfait enchaînement pour Sama, qui incarne le côté sombre de l’auteur et se rit de tous les travers du mode de vie parisien.
Des bémols? Le flow d’Orelsan le rappeur est OK, sans plus, la voix d’Orelsan le chanteur est très moyenne, comme c’est le cas d’une majorité de rappeurs qui finissent immanquablement par faire de la soul-pop afin d’étendre leur rayonnement.
Les qualités de cet artiste ne sont pas là : Orelsan est d’abord un écrivain, communicateur, scénariste, parolier brillant et réaliste, plus proche en fait de la littérature que de la musique, observateur lucide de son époque, auteur en macro ou en micro, très drôle par moments, fin descripteur de son couple, de sa paternité et de son cercle immédiat, mais aussi peintre de l’universel et bâtisseur d’un refuge salvateur dans une séduisante fiction à saveur asiatique.
Orelsan n’hésite pas à incarner les travers masculins et aussi la vulnérabilité masculine de notre temps, il danse bellement sur la clôture qui sépare la réalité de la fiction. En conférant à sa pensée un cadre hip-hop avec attitude rock (4 musiciens sur scène avec lui), Orelsan devient une figure majeure de l’expression populaire et francophone sur cette petite planète.























