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Avec l’arrivée du beau temps printanier, il était tout à fait à propos de rencontrer Alex Paquette, un artiste qui aime faire danser les foules sur des rythmes inspirés du soleil et des rythmes enjoués. Pour les citadins du grand Montréal, vous pouvez vous procurez des billets pour le lancement de Et J’ai pris la route, son 3e album, prévu ce samedi 2 mai au Petit Campus.
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PAN M 360: Outre ton plus récent projet, tu es également l’un des chanteurs de Francbâtards. J’aimerais comprendre dans ton processus d’écriture, comment sépares-tu ce qui est un matériel Francbâtardesque versus ton projet solo. Parce que musicalement, il y a quand même une similitude dans les styles.
Alex Paquette : En fait, il y a une similitude seulement dans le ska, un petit peu dans le reggae que moi j’amène chez Francbâtards, on va dire. C’est environ 30% de Francbâtards; moi dans Francbâtards, j’amène des tons de reggae-ska. Les autres amènent tous les autres styles que je maîtrise moins. Pour l’écriture avec Francbâtards, c’est particulier parce que souvent on y va par thème. Ça veut dire que moi et l’autre chanteur, on peut se dire qu’on va écouter des documentaires sur la souveraineté alimentaire, sur Monsanto par exemple, on va écouter tout ce qui se dit là-dessus, on va écouter des balados, on va en discuter et on écrira ensemble. Ou si c’est arrivé par des moments qu’on arrive sur un thème, un ou l’autre, « Ah, as-tu envie d’écrire là-dessus? »
Mais on a peut-être une toune qui parle d’amour, des choses comme ça, puisqu’on est deux chanteurs qui parlent un peu chacun notre tour, Il y a des thèmes qui sont plus durs à aborder, je trouve, en collectif. Puis, pour mon projet solo, justement, ça me permet de parler de choses qui ne cadrent pas avec Francbâtards. C’est sûr qu’il y a des thèmes communs, c’est assez politisé, beaucoup par rapport à l’écologie, contre les inégalités, tout ça.
Avoir mon projet solo fait en sorte que la grande majorité de la musique c’est principalement moi et ce sont mes textes. Mon projet solo c’est vraiment un peu comme si j’écrivais de la poésie. C’est vraiment ça la grosse différence, j’écris surtout en tournée, en voyage, pour le fun quand je n’arrive pas à dormir la nuit. Quand vient le temps de créer des chansons, c’est peut-être 10% de mes textes qui vont s’y retrouver. Pour certains textes, je pense que ça pourrait fonctionner avec Francbâtards, mais honnêtement ça n’arrive pratiquement jamais.
PAN M 360: Ok, ok, ok. Intéressant. Dans le même veine, on sent qu’il y a tout de même une fracture/évolution entre Reggae de Verdun, ton album précédent, et Et J’ai pris La Route d’Alex Paquette et les Insulaires. Le côté mélancolique semble avoir disparu pour faire place à une introspection face au chemin parcouru. Est-ce que ça part des musiciens, les Insulaires, ou c’est plus l’écriture qui a évolué en ce sens?
Alex Paquette: Oui. Bien tu as bien saisi. Reggae de Verdun, je l’ai écrit durant la pandémie. Je ne sais pas si ça se sent, j’étais souvent tout seul. J’ai vraiment tout composé, juste avec voix et guitare, sans penser au band qui pourrait se joindre. C’est seulement après que des beatmakers ont rajouté des sons, puis des musiciens ont travaillé sur la finition. C’était vraiment une étape durant laquelle, je prenais des marches le soir, c’était la pandémie, j’étais dans mon quartier.
Tandis que le nouvel album, je l’ai un peu créé comme si c’était mon dernier. J’arrive près de la quarantaine, je vais bientôt avoir fait 500 shows, 10 tournées internationales, j’ai un peu de fatigue et je me suis dit « Ok là je fais de quoi dont je vais être à 100% satisfait. J’ai enlevé de ma pensée « Ah un prochain album, je ferais ça comme ça », j’étais beaucoup plus “ Je veux que ça sonne exactement comme je veux que ça sonne”. Ça fait 15 ans que je tourne, ça fait 2-3 ans que je ne suis pas chez moi la majeure partie du temps, parce que je suis en tournée. Il me fallait revenir sur ce que je pensais de tout ça, puis le mettre en musique.
Avec Reggae de Verdun, j’avais plus des idées de « Ah, si je fais telle affaire, ça marche mieux (commercialement) ». Pour celui-là, je suis vraiment allé avec des choses que moi j’aime, même si certains styles, disons le ska français, c’est vraiment pas tant populaire, mais je le fais plus pour moi.
PAN M 360: Ton album, tu le lances cette fois avec Les Insulaires, qu’est-ce qui importe pour toi quand tu lances un tel projet ? Avoir cet esprit d’équipe, de communauté?
Alex Paquette: Justement, dans Reggae de Verdun, peut-être que ça m’avait manqué un peu. Je l’avais vraiment fait tout seul, et les collaborateurs avaient pas mal travaillé de chez eux. Alors que pour celui-là en fait, je voulais une sonorité des îles, une sonorité tropicale, donc je suis arrivé avec mes textes sans avoir de chansons finies à proprement parler.
Ce sont deux personnes qui m’ont aidé pour la majorité : Alex qui vient de la Guadeloupe et Adrien qui vient de l’île Maurice. Puis après c’est la chimie en studio avec ces deux gars-là, même si nous sommes 8 sur l’album, j’ai vraiment créé principalement avec eux pour qu’ils amènent leur propre son. Il y a des musiciens qui sont dans mon autre projet, mais je ne voulais pas les impliquer avant que les chansons soient avancées ou finies. Parce que justement je savais ce qu’ils allaient me proposer; même si j’aime ça, ça risquait de trop ressembler à Francbâtards, donc je voulais séparer les deux projets.
PAN M 360: Plusieurs langues sont exprimées sur cet album, pourquoi ?
Alex Paquette: En fait, puisque je l’ai fait comme si c’était mon dernier album, tous les gens qui chantent sont des gens que je connais déjà. Si j’avais eu l’idée « je vais faire plein d’autres albums, je vais faire du développement », j’aurais invité de nouvelles personnes en me disant que je retravaillerais avec les collaborateurs plus tard.
Les deux personnes avec qui j’ai plus aimé travailler dans le passé, sur mon premier et deuxième album reviennent donc. Tchoomin Daddy est un gars du Sud-Ouest de la France. Je le revois à chaque fois que je retourne en Europe, je suis même allé en touriste chez lui, on est rendu de vraiment bons amis. Même si ce n’était que pour quelques mesures je voulais qu’il soit là. Maru Tribu, j’ai adoré travailler avec elle sur C’est Pas Normal. À l’époque, on ne se connaissait presque pas. Depuis, on est allés ensemble au Chili, on se côtoie assez fréquemment. Ma chanson préférée que j’ai faite à ce jour, c’était avec elle. Je voulais donc en refaire une autre, puis en fait, l’idée venait d’elle aussi, car elle m’a envoyé un texte. C’est pour ça que c’est principalement elle qui chante, cette chanson-là. C’était à la base une collaboration qui n’a pas abouti avec un artiste français, puis la chanson n’est jamais sortie. On a donc repris le thème, modifié certains accords, et puis on la fait évoluer d’un reggae hip-hop à un ska/reggae question d’y faire un petit clin d’œil. J’ai changé un peu les paroles comme pour me réapproprier la chanson, elle rêvait de pouvoir la sortir et je lui ai juste dit « Ben c’est le temps, là, On y va, là ».
Pour la collaboration avec Noé, c’est l’inverse. Noé est venu vers moi, qui était comme « Ah, j’ai envie d’essayer quelque chose. » Dans le fond, moi et Noé, on a fait des chalets d’écriture ensemble. Puis, on écrivait des textes en prenant des marches. On partage un fichier dans lequel on change les paroles. Puis, nous, on n’avait jamais fait de reggae – moi, j’aime bien Tryo. Finalement, on est parti de ça et on a fait une chanson. Mais je dirais que le processus, je pense que j’avais envie de m’entourer de mes amis. Noé joue au hockey avec moi, c’est un ami dans la vie, donc c’est important d’avoir un album avec le plus d’amis possible.

PAN M 360: Que justifie le choix artistique d’intituler ça Alex Paquette et les Insulaires, alors que pour les deux premiers, c’était tout simplement Alex Paquette?
Alex Paquette: En fait, quand j’ai commencé ce projet, c’est vraiment en réponse à Francbâtards; je pensais que j’allais donner mes shows en solo, duo ou même avec des enregistrements derrière. Avec, Reggae de Verdun par exemple, ça aurait pu se passer, je l’ai fait quelquefois en soundsystem et tout ça. C’était surtout la réflexion « Je tourne à 8 avec Francbâtards, je veux avoir la possibilité de tourner à 2 dans une auto ».
Je l’ai fait un peu, puis je me suis rendu compte qu’en fait, j’aime faire de la musique en gang. Donc dans les 2-3 dernières années, quand je tourne en groupe avec le projet, le monde est souvent « Ah oui OK, c’est Alex Paquette, mais c’est qui les autres? ».
Il y avait plusieurs musiciens, peut-être une quinzaine, qui défilaient souvent par combinaison de 4-5. Sauf que depuis un an, c’est devenu beaucoup plus stable et avec Axel, le drummer dont j’ai parlé tantôt, je trouvais qu’il apportait quelque chose. De là l’idée d’un nom au band, puis comme j’ai créé les chansons principalement avec le gars de la Guadeloupe et le gars de l’île Maurice, pis dans une de mes anciennes chansons je dis « On vit sur une île, Appelle-nous les Insulaires », en parlant de Montréal, le constat allait de soi, je dis « Appelle-nous les Insulaires » dans l’album d’avant, donc on a balancé plusieurs idées pour finalement se dire « Dans le fond je pense que c’est ça ». Ça cadre aussi mieux avec ce que je fait faire aussi. Lorsque le show sera Alex Paquette et les Insulaires, ça va être le gage d’un show full band. Tandis que si je veux y aller en formation réduite, ce sera Alex Paquette en duo ou solo.
PAN M 360: D’où vient ton amour du ska, alors qu’on pourrait dire que ça fait au moins 25 ans que ce n’est plus à la mode?
Alex Paquette : C’est vraiment bizarre, j’y suis vraiment arrivé sur le tard. Je viens de la scène hardcore, métal, un peu punk rock. Jusqu’à 20 ans, j’écoutais presque seulement du hardcore, et c’est quand j’ai déménagé à Montréal que je suis mis à avoir des colocs qui venaient d’un peu partout. Cadet m’a fait découvrir la musique des îles, il écoutait du reggae plus moderne, puis jouait des tunes de Manu Chao à la guitare, puis je me suis mis à vraiment aimer ça.
En jouant avec d’autres groupes, les coups de cœur que j’ai eu, et le monde avec qui je m’entendais bien, c’était beaucoup de monde issu de cette scène ska. Puis ça m’a amené à écouter d’autres choses pour me rendre compte que le ska européen, c’est vraiment ce que je préfère. Les groupes sont plus politisés, ils ont un petit côté des fois latin dans leur musique, quand j’ai découvert les Skarfaces, le 86 Crew, les Scarbone 14, j’étais comme « Ah c’est en plein moi ça! », c’est de la musique positive mais quand même fâchée. Et on va se le dire, les musiciens sont quand même des bums, c’est quand même des rude boys, alors que le ska au Québec, je le trouvais plus collé sur le ska américain avec des skaters et tout ça. C’est excellent en show, mais pour l’écoute, le ska européen demeure ce que je préfère.
PAN M 360: En rafale, tu es plus du style Pisco Sour à Valparaiso ou Gin Tonique de la Société Secrète en Gaspésie?
Alex Paquette : Oh mon dieu! Pour vrai c’est pas mal, j’arrête pas de le dire à tout le monde, mais mes deux places préférées. Le parallèle est vraiment bon parce que ce sont les deux endroits où je me sens bien. Je dirais au goût j’aime plus le gin et pour être installé, je dirais Valparaiso parce que l’eau est plus facilement baignable. Les paysages sont très beaux aux deux endroits, mais j’avoue que de se baigner à Valparaiso avec les vagues c’est quand même cool. Mais le gin de la Société Secrète c’est pas mal imbattable. Big Up à la Société Secrète, le meilleur gin au Québec.
PAN M 360: Y aurait-il un film sur lequel tu aurais aimé faire la bande originale?
Alex Paquette: Bonne question… j’ai un bacc en cinéma ! C’est que mes film préférés sont plus sombres, je ne vois pas de ska ou de rocksteady dans un film de Spike Lee ou encore dans La Haine. Il faudrait que ce soit un film plus happy. Je pense à mes films préférés et c’est surtout des films de révolution, des films de révoltes pis tout ça. Récemment, je sais que je n’aurais pas fait mieux, mais la série de films de Steve Rodney McQueen, Small Axe? Il a fait 4 ou 5 films sur l’arrivée du calypso et du reggae en Angleterre sous différents points de vue, c’est sorti en 2020, je conseille ça à tout le monde c’est sur l’immigration à Londres, notamment, et son apport musical.























