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Il y a une certaine beauté dans la contestation, encore plus lorsqu’elle s’exprime en musique. Comme un cri du cœur qui s’étend sur une longueur de trois minutes et cinquante-deux secondes. Entrecoupé de basses cassantes produites par Eius Echo (Dominic Walther-Battista), survolé par la voix d’Alexine Morine, alias Xela Edna, les propositions du tandem nous partagent ce cri d’un “quelque chose qui les dérange ».
On peut l’entendre dans la chanson Anti-guérison, comme ce sera le cas sur un nouvel album en pré-production. Ce petit quelque chose, c’est beaucoup de choses, en réalité: le patriarcat et toutes ses structures de domination, les relations amoureuses, les nouvelles technologies, les douleurs personnelles, leur place à l’intérieur de toutes ces entités, et notamment celle au sein du monde de l’industrie musicale québécoise.
Entre envie de se fondre et de se distancier en pleine finalisation d’un nouvel album, le duo montréalais a finalement décidé d’être unapologetic, sans excuses ni remords, avec le profond désir de finalement s’exposer pleinement au monde.
Sur un fond électro-pop, Xela Edna et Eius Echo se sont frayé une place dans leur ville d’origine. Depuis la sortie du simple Ultraviolet en 2019, ils ont continué à évoluer sur la scène, se démarquant par une poésie rythmée sur des fonds électroacoustiques, une voix modulée par auto-tune, une esthétique minimaliste et des performances énergétiques.
Mais qui est Xela Edna ? En tant qu’entité artistique unique, elle reste un personnage qu’Alexine considère comme “ un alter ego, une sorte de personnage de scène que j’ai créés, bien que ce soit une partie de moi, avec des traits exagérés, portant mon histoire.”, bien qu’accompagnée de Dominic, en acolyte. Et cet alter ego a été construit à travers une relation amicale et professionnelle de longue date, s’inspirant notamment de la toute première connexion: le sport compétitif. Un contexte qui leur a appris beaucoup, notamment le dévouement.
Elle raconte: “On s’est rencontrés dans un contexte sportif, dans des compétitions de patinage de vitesse, en fait. Et je pense que ça nous a appris plusieurs choses qui nous servent maintenant dans la musique… Évoluer dans l’industrie de la musique n’est pas quelque chose de particulièrement facile : il faut de la persévérance et de la détermination… Et puis on bouge tellement sur scène, on produit aussi énormément, donc, pour moi, c’est un travail que je ressens comme très mental et très physique, un peu comme un sport, où il faut s’accrocher pour atteindre nos objectifs.”
Si évoluer dans le monde de la musique n’est effectivement pas quelque chose d’aisé, l’univers qu’ils ont créé, et continue de créer, se démarque au sein du monde de la musique québécoise: comme un petit quelque chose de plus brute et dramatique, comme un cri perçant les rues calmes montréalaises.
“On essaye de créer un univers qui est assez cinématique et maximaliste, mais en même temps intense, dramatique et un peu obscur… On essaye de partager un peu tous les sentiments un peu sombres que tu ressens dans la vie quotidienne, mais en les accentuant, et en les théâtralisant… C’est là que le personnage ressort. On essaye d’extérioriser le méchant… C’est d’ailleurs pour ça qu’on danse beaucoup sur scène, on bouge, on court, on essaye de sortir toutes ces émotions par la performance”, explique Alexine.
Ces émotions fortes, transparentes d’une certaine intensité, et d’une certaine colère, se sont véritablement cristallisées à la suite du concours des Francouvertes. Participants à l’édition 2022, ils se sont rendus jusqu’en demi-finale, faisant face à autant de critiques, que de bons commentaires.
“L’aspect de colère, soulève notre interviewée, est vraiment venu dans la production de notre nouvel album. Après les Francouvertes, on a quand même été déçus, et l’on est partis avec un sentiment de pousser plus loin, de dépasser nos limites, et de s’assumer dans notre style. (…) Durant les Francouvertes, on a réalisé que notre musique ne fittait pas forcément avec les standards de ce que ce festival représente, et l’on avait quand même le goût de briser ces codes… ça s’est quand même bien passé pour nous, on s’est presque rendus en finale, les gens aimaient notre proposition, mais beaucoup de personnes disaient que ça détonnait beaucoup…
“ On a eu des personnes qui sont venues nous remercier de présenter ce type de musique dans ce concours, mais aussi beaucoup de mauvais commentaires… Ça nous a fait réaliser notre place dans la scène québécoise, et ça nous a poussés à être plus nous-mêmes, à trouver notre son, et à assumer nos influences… Ne pas juste vouloir plaire. Nous écoutons de la musique de partout dans le monde et c’est ce que nous voulons partager, être nous-mêmes et montrer ce qui nous inspire.”
Naviguant entre la pop et l’électronique, leur musique peut être “difficilement classifiable”. Sorte de jonction entre mainstream musical et underground. Mais cette pluralité d’influences est très certainement ce qui fait la force du tandem. Cette possibilité de rejoindre plusieurs publics, et de tendre la main de chaque côté du spectre musical.
“Et définitivement, on a une place ici, et il faut juste qu’on se la donne… On vient d’ici, on chante en français, et en anglais… on est inspirés par la vie et la musique ici, et il y a des personnes qui aiment cette musique là et qui veulent l’écouter. Le public est là, c’est plus à l’industrie qui doit s’ouvrir à ce style de musique (…) Il faut qu’il y ait des artistes qui ouvrent cette porte au sein de l’industrie musicale… Et je pense que le fait qu’on soit entre la pop et l’électronique, justement, ça peut nous permettre d’être un pont entre les différents publics ”, pense Alexine.
Profondément montréalais, avec des inspirations qui viennent d’ici et d’autre part, telles que
Marie Davidson, FKA twigs, Oklou, Moderat, Sophie, Burial, Rosalia…, le duo rêve de grandeur.
“Marie Davidson, soulève Alexine, c’est vraiment une de nos plus grandes inspirations, et on est vraiment fiers qu’elle vienne de Montréal… Durant la réalisation de notre album, on a beaucoup écouté ses compositions, pour se motiver, se mettre dans un bon head space… Être comparé à elle, c’est un immense honneur pour nous…”
Inutile d’ajouter que rêver de grandeur est aussi celui de percer à l’étranger: « Je pense qu’il faille qu’on s’exporte hors de Montréal, aussi. On rêve grand et on n’a pas peur d’aller plus loin… On aime ce qu’on fait, ce qu’on propose, on a un certain souci du détail, et l’on veut apporter quelque chose de nouveau, on est passionnés.. On aimerait bien rejoindre le public européen, même américain, même si, avec ce qu’il se passe, c’est un peu plus compliqué en ce moment…”
Cette envie de grandeur, et d’être “profondément eux-mêmes”, ce sont des choses qu’ils ont inscrites dans la production de leur nouvel album qui sortira en 2026.
Si leurs compositions étaient auparavant signées “Xela Edna & Eius Echo”, Dominic Walther-Battista convient “avoir enterré Eius Echo”, pour désormais s’intégrer pleinement au sein du projet Xela Edna. Il sera maintenant coproducteur à part entière. Composant les musiques à deux, ce changement de structure s’explique notamment par le processus créatif de leur nouvel album, dont l’histoire se façonne autour du personnage d’Alex, Xela Edna.
“Ce nouvel album, indique cette dernière, est un peu plus une collaboration qu’un duo… La trame narrative tourne beaucoup autour de mon histoire, j’ai écrit toutes les paroles, et c’est beaucoup plus personnel… Mais Dominic reste une partie essentielle du projet, et c’est pour ça qu’il est maintenant signé comme collaborateur/producteur dans l’album qui s’en vient (…) Si l’album aborde plusieurs sujets différents, c’est surtout celui d’être née en l’an 2000, c’est le rapport avec les nouvelles technologies, c’est ce que ça fait d’être né dans cette société en plein changement, avec des écrans dans les mains, les réseaux sociaux… Ça parle de mon enfance, de mon adolescence, de mon expérience en tant que femme au sein de tout ça, aussi… C’est beaucoup de choses, mais c’est aussi très conceptuel, et on aimerait la garder aussi un peu de mystère autour de cet album, avant qu’on le sorte…”
Et si cette production de leur nouvel album prend quasiment tout leur temps, leur laissant peu de moments pour consommer de la musique, ils continuent à jouer dans plusieurs événements, et notamment le 14 novembre au Théâtre Plaza, dans le contexte du Coup de cœur francophone. Un spectacle à ne pas manquer, pour quiconque souhaite découvrir la relève synth-pop montréalaise.























