Pourquoi donc consacrer un samedi soir montréalais à Arca, soit le point culminant du festival Palomosa? Parce qu’Alejandra Ghersi Rodriguez n’était jamais venue à Montréal et que cette artiste transgenre est à mon sens la plus importante game changer de la musique électronique à une aussi grande échelle. Depuis son émergence en 2012, époque où elle joignait la famille élargie de Björk et amorçait sa transition vers la non binarité, on se pâme.
Ce qu’on a fait samedi!
Amorcée par un retentissant TABARNAK!, blasphème appris sur place, la performance de samedi n’était pas un résumé succinct de l’œuvre d’Arca, mais bien une décharge majeure de ses munitions. Cela étant, il y avait sur la table bien assez de séquences idiosyncrasiques pour s’y régaler et contempler la musique de cette surdouée, musique servie par une sonorisation exemplaire mettant en relief l’excellence de ses mixes imaginés ici et maintenant.
Très percussif, enchaînement infernal de breakbeats, polyrythmes afro-latins incluant une volée de samba brésilienne, ce set de 60 minutes fut aussi traversé de citations pop judicieusement filtrées, harangues vocales, psalmodies de mots ou carrément rap, et aussi de ces points d’orgue ponctués de violentes déflagrations, éructations de noise n’ayant normalement rien à voir avec les codes admis de la pop culture.
Contrairement à la la plupart des artistes de même rayonnement, Arca ne construit pas sa musique autour de formes proche de la la chanson (intro, chorus, pont, chorus), les éléments mélodiques y sont émaillés ça et là, soit à titre de matériaux parmi les autres, sans dominer la proposition.
Même si plus accessible devant public qu’en studio, Arca ne souscrit pas non plus aux codes du plancher de danse, elle exclut ces reprises coiffées d’un retour au big beat. Arca est plutôt une créature hybride en tous points, elle fait danser un tantinet mais impose l’écoute attentive, ce qui n’est pas évident pour cette génération venue à sa rencontre. On parle ici d’un véritable exploit conceptuel, rien de moins.
Les albums solos de la Vénézuélienne (transplantée en Europe depuis ses débuts professionnels) ont marqué les esprits, bien au-delà des cercles d’initiés qui se pointent aux festivals plus pointus de types Mutek ou Akousma et qui repoussent la presse grand public.
Très rares, en fait, sont les créateurs aussi innovants capables de fasciner des auditoires de masse, normalement férus de musiques plus convenues et très difficiles à convaincre.
La musique électronique ne fait pas exception à la redondance et à la prévisibilité mais, fort heureusement, il y a parfois une Arca qui surgit pour séduire un vaste public tout en le secouant à qui mieux mieux. Et, surtout, en l’élevant de sa créativité innovante.
Photo: Stéphan Boissonneault
























