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Pays : Norvège Label : Jazzland Genres et styles : ambient / expérimental / jazz / jazz contemporain Année : 2020
Eivind Aarset & Jan Bang

Snow Catches on her Eyelashes

· par Michel Rondeau

On a découvert le premier à l’époque où il était guitariste dans le groupe de Nils Petter Molvaer, période Khmer et Solid Ether, avec lequel il a d’ailleurs continué un bon moment, tout en enchaînant ses propres productions (Électronique Noire, Light Extracts, Connected, Sonic Codex) et en multipliant les collaborations, avec des musiciens d’horizons aussi divers que Dhafer Youssef, Jon Hassell, David Sylvian, Arve Henriksen, Tigran Hamasyan et Andy Shepard.

On connaît moins le second. Il a lui aussi travaillé avec une flopée de musiciens, dont certains sont nommés ci-dessus, et réalisé sa part d’enregistrements à son nom, mais il est également cofondateur du Punkt Festival, un festival de musique nouvelle qui depuis 2005 est présenté chaque année dans la ville côtière de Kristiansand et dont l’une des particularités est que la plupart des concerts sont immédiatement suivis d’un remix live.

Snow Catches on her Eyelashes est en quelque sorte la suite de l’album d’Aarset Dream Logic réalisé par Bang en 2012, mais en nettement plus étoffé, et cette fois l’œuvre est cosignée.

Ces Norvégiens ont un univers sonore bien à eux. Quelque chose de sombre, mystérieux, introspectif, de nordique en quelque sorte, qu’ils affinent patiemment depuis des années. On remarque immédiatement l’absence de sons de guitare identifiables comme tels. Aarset utilise plutôt son instrument pour générer des textures, des effluves sonores que Bang vient compléter avec ses propres nappes et strates d’ambiance, ses nébuleuses, dynamisées par des vagues, que toutes sortes d’accents percussifs hétéroclites viennent ponctuer et qui brillent comme des mouches à feu dans la nuit. 

Ce qui frappe aussi, c’est la transparence de la réalisation. Tous ces sons vont, viennent, se faufilent et s’estompent, sans jamais rien de tapageur, tout en finesse. Ça glisse, ça coule. Il y aussi la façon avec laquelle ils arrivent à jouer avec l’espace, si bien qu’on a parfois l’impression que celui-ci se distend, s’allonge, se creuse, comme si les sons nous venaient du fond des âges ou d’une galaxie lointaine, comme si les hallucinations sonores qu’ils créaient étaient des illusions, des « trompe-l’oreille ». Oui, ces types sont des illusionnistes, de sacrés magiciens.

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