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Pays : Brésil / États-Unis Label : Polyvinyl Genres et styles : brésilien / indie folk / música popular brasileira Année : 2021
Rodrigo Amarante

Rodrigo Amarante – Drama

· par Steve Naud

Encore méconnu dans l’hémisphère nord, le chanteur brésilien Rodrigo Amarante
a pourtant une feuille de route impressionnante. Au tournant du millénaire, il faisait
partie de la formation indie rock Los Hermanos, groupe assez notoire pour remplir
les stades du pays de Pelé. Puis, en 2007, il s’est joint à l’Orquesta Imperial, un
big band se consacrant à la samba. Ensuite, ses collaborations avec Devendra
Banhart l’amenèrent à voyager vers la Californie avant qu’il ne s’y installe
définitivement. Il fonda également le trio alternatif Little Joy dont fait aussi partie
Fabrizio Moretti, batteur des Strokes. Il a plus récemment travaillé avec des
artistes établis tels Gilberto Gil, Gal Costa ou Norah Jones et s’est fait connaître
des adeptes de la télésérie Narcos puisqu’il en a composé la chanson-thème. Fin
2013, il faisait paraître son premier album solo, Cavalo, une merveille de finesse,
d’inventivité et d’humanité. Cette description s’applique tout autant à Drama, son
second opus venant tout juste d’être publié sur étiquette Polyvinyl.
Héritier d’une tradition en musique pop brésilienne qui fait du métissage un art,
Amarante nous propose des chansons qui tiennent autant de la samba, de la
bossanova – dans le genre, Tara, superbe quatrième titre au programme est
exemplaire – du folk ou du rock indé que de la musique pour films. Les
arrangements de cordes et de cuivres ainsi que l’intégration subtile de sonorités
électroniques y sont délectables. Sa voix suave et son chant zen le sont tout
autant. Côté propos, que ce soit en anglais ou en portugais, notre homme se
mesure à de grandes questions : le destin, les apparences, l’identité, le couple, le
sens, la mort… Cependant, comme toutes les âmes sages, il ne se prend jamais
trop au sérieux, ne donne pas de leçons. À la première écoute, à mesure que les
pièces se succèdent, on se dit qu’on a affaire-là à un bien bon disque jusqu’à que
vienne le coup de maître qui nous désarçonne : The End, ultime chanson de cette
collection, une ballade belle à en pleurer qui débute tout discrètement au son du
piano, mais qui gagne en intensité tandis que l’instrumentation se complexifie et
que son tourbillon nous emporte. Le cœur n’en sort pas indemne.

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