Quiconque s’intéresse au développement personnel connaît sans doute le concept de « travail sur l’ombre » : affronter ses ténèbres intérieures pour atteindre un plus grand équilibre spirituel. Le processus est désagréable. Il faut du courage pour explorer les recoins de l’esprit que la plupart d’entre nous passons notre vie à éviter. C’est de quelque part au cœur de ce vide que surgit « deege », l’avant-dernier morceau de l’album _redux de Mischa Gods. « Petite poupée de chiffon », demande Bethel, « as-tu peur de Dieu ? » La terreur ultime, qu’elle neutralise avec autant de défiance que Dorothy dévoilant Oz : « Je n’ai pas peur du tout. »
Très peu d’indices permettent de retracer les origines de Mischa Gods, le dernier projet de la compositrice montréalaise Leah Bethel, à part deux mots dans sa bio Instagram : « l’ombre de Leah ». Le mystère s’éclaircit un peu dès que l’on commence à explorer l’univers étendu de Mischa Gods, qui comprend un site web un peu farfelu tiré tout droit de Geocities, le service d’hébergement web aujourd’hui disparu. Mais aussi fascinante que soit sa mystique en ligne, c’est la franchise émotionnelle de Bethel qui m’a d’abord captivé en tant qu’auditeur, et qui m’a incité à suivre son parcours depuis lors.
Avant de créer le personnage de Mischa Gods, Bethel était la chanteuse du trio éphémère de power pop Leah x The Dutchmen, aux côtés du bassiste Hayden Farrar et du batteur Matys Colpron. Bethel était la principale compositrice du groupe, et _redux, son premier album sous le nom de Mischa Gods, a été en grande partie tiré de l’album inachevé des Dutchmen (avec leur accord). Mais ce changement de nom n’est pas simplement un exercice de rebranding. Je ne qualifierais pas non plus Mischa Gods d’alter ego de Bethel. Mischa Gods s’apparente davantage à un tulpa : une entité née d’une introspection sans concession.
_redux démarre in medias res avec la puissance singulière de « forget nothing ». Un riff de blues marécageux induit brièvement en erreur avant de se lancer dans une ruée étincelante de guitares accordées en drop, de la batterie vertigineuse de Colpron et de la voix à la fois rugueuse et éthérée de Bethel. Le deuxième morceau, « lamplighter », s’amplifie à rebours dans un abandon similaire, établissant l’excellent rythme de _redux qui, même lorsqu’il s’arrête pour reprendre son souffle, ne faiblit jamais. Sur des morceaux dépouillés comme « left » et une superbe interprétation live de « all apologies » de Nirvana, la voix de Bethel est particulièrement envoûtante. Cela peut s’expliquer en partie par ses brèves études d’opéra à l’Université McGill de Montréal, mais la formation seule ne suffit pas à rendre compte de la gravité qui se dégage de l’interprétation de Bethel.






















